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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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MESSAGER 

DES  SCIENCES  HISTORIQUES 


.  ou 


ARCHIVES 

DES  ARTS  ET  DE  LA  BIBLIOGRAPHIE 
DE  BELGIQUE 


LISTE  DES  COLLABORATEURS. 


MM.   P.  Bergmans,  Dr  en  philosophie  et  lettres,  à  Gand. 

B-jn  J.  B.  Béthune-de  Villers,  à  Gand. 

P.  Claeys,  avocat  à  Gand. 

Emile  de  Borchgrave,  ministre  de  Belgique,  à  Constantinople. 

Le  P.  H.  Delehaye,  à  Louvain. 

Cte  de  Marsy,  à  Compiègne. 

J.  Th.  de  Raadt,  secrétaire  et  membre  fondateur  de  la  Société 
d'archéologie,  à  Bruxelles. 

Fr.  De  Potter,  homme  de  lettres,  à  Gand. 

L.  de  Villers,  conservateur  des  Archives  de  l'Etat,  à  Mons. 

Alph.  de  Vlaminck,  archéologue,  à  Bruges. 

A.  Du  Bois,  avocat  et  conseiller  communal  à  Gand. 

J.  Felsenhart,  docteur  en  philosophie  et  lettres,  à  Bruxelles. 

Ach.  Gallet-Miry,  à  Gand. 

P.  Génard,  archiviste  de  la  ville  d'Anvers. 

M.  Heins,  avocat  à  Gand. 

H.  Helbig,  bibliographe,  à  Liège. 

H.  Hymans,  conservateur  à  la  Bibliothèque  royale,  à  Bruxelles. 

Baron  Kervyn  de  Lettenhove,  membre  de  l'Académie  de  Bel- 
gique, à  Bruxelles. 

Le  chanoine  J.  B.  Lavaut,  secret,  et  archiv.  de  l'Evèché,  à  Gand. 

F.  Nève,  professeur  à  l'Université  de  Louvain. 

J.  J.  E.  Proost,  docteur  en  sciences  pol.  et  adra.,  à  Bruxelles. 

Ch.  Rahlenbeek,  à  Bruxelles. 

Van  Bastelaer,  président  de  la  Société  archéolog.  de  Gharleroi, 
à  Bruxelles. 

D.  van  de  Casteele,  archiviste  de  l'Etat,  à  Liège. 

R.  Van  den  Berghe,  attaché  à  la  Bibliothèque,  à  Gand. 

V.  Vanderhaeghen,  archiviste  de  la  ville,  à  Gand. 

Enw.  Van  Even,  archiviste  de  la  ville  de  Louvain. 

Van  Spilbeeck,  Dr  à  Soleilmont,  Gilly. 

A.  Verhaegen,  ingénieur  honoraire,  archéologue,  à  Gand. 

P.  Voituron,  avocat  et  conseiller  communal,  à  Gand. 


MESSAGER 


DES 


SCIENCES  HISTORIQUES 


ou 


ARCHIVES 
DES  ARTS  ET  DE  LA  BIBLIOGRAPHIE 

DE  BELGIQUE 

Recueil  publié  par  MM.  le  Comte  de  Limburg-Stirum,  Sénateur, 
Docteur  en  droit,  etc.;  Ferdinand  Vanderhaeghen.  Bibliothécaire 
de  l'Université,  etc.;  Baron  Béthune,  archéologue. 

Emile  Varenbergh,  Conseiller  provincial,  Membre  delà  Commission 
de  statistique,  etc.,  Secrétaire  du  Comité,  à  Gand. 


ANNÉE     1890 


GAND 

IMPRIMERIE  ET  LITHOGR.  EUG.  VANDERHAEGHEN 
rue  des  Champs,  60 

1890. 


I  ' .-  ï. 


1   — 


NOTICE 

SUR    LE 


LOCAL  DE  LA  CONFRÉRIE  DE  SAINT-GEORGES 

* 

A.    O-A.3^13 

DE   1381    A    17901. 

La  gilde  gantoise  de  Saint-Georges,  la  plus 
grande  et  la  plus  puissante  des  confréries  d'arba- 
létriers de  la  Flandre,  après  avoir  fait  élever  de 
somptueux  bâtiments  pour  ses  réunions,  ne  pou- 
vait se  contenter  des  cibles  et  de  la  galerie 
construites  en  1440  dans  la  cour  de  l'ancienne 
halle.  Elle  en  fit  établir  de  nouvelles  plus  en  rap- 
port avec  la  richesse  de  son  local.  En  1486  on 
posa  la  première  pierre  d'une  élégante  galerie 
destinée  à  faciliter  l'accès  des  cibles  et  à  mettre 
les  tireurs  et  les  assistants  à  l'abri  des  flèches.  La 
ville  intervint  dans  la  dépense  :  «  Item  ghegheven 
ten  beveelne  van  scepenen...,  dit  le  compte  com- 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  4e  livr.,  1889,  p.  361. 


—     2    — 

mimai  de  1486,  int  legghen  van  den  eersten 
steene  van  den  anlegghene  .van  der  galérien  int 
hof  van  den  grooten  heere  Sente  Jooris...  »  Elle 
fut  terminée  en  1498  pour  le  grand  tir,  land- 
juweel,  qui  eut  lieu  en  cette  année,  comme  nous 
Fapprend  le  Memorie  boek  der  stad  Ghendt  :  «  1498. 
Item,  up  de  plaetse  van  sente  Joorishuus  tôt  den 
Belfroote  waren  gliestelt  up  elc  ende  een  doelhuus 
met  ender  scoonder  alleye  ghedect  met  scaelgien 
ende  also  scoene  ghescildert,  ende  die  van  Ber- 
ghen  sente  Winnocx  wonnen  den  upperprys.  » 

Les  galeries  réunissant  les  cibles  faisaient  le 
plus  bel  ornement  des  lieux  de  tirs  des  gildes 
d'arbalétriers.  Ces  confréries  rivalisaient  entre 
elles  pour  la  beauté  et  la  magnificence  de  cette 
partie  de  leurs  locaux.  Celles  des  arbalétriers  de 
Gand  et  de  Malines  étaient  les  plus  belles.  Schayes, 
dans  son  Histoire  de  V Architecture  en  Belgique,  a 
donné  une  description  de  cette  dernière.  «  Un 
genre  d'édifices  qui,  dit-il,  était  propre  encore 
aux  anciennes  villes  de  commune,  c'étaient  les 
locaux  où  se  réunissait  la  garde  bourgeoise 
connue  sous  le  nom  de  gilde  ou  de  serment,  où 
elle  s'exerçait  au  tir  et  où  elle  avait  le  dépôt  de 
ses  armes.  Ils  se  composaient  généralement  d'un 
grand  jardin  pour  le  tir  et  d'un  bâtiment  servant 
de'  lieu  de  réunion  et  d'arsenal.  Le  plus  remar- 
quable de  ces  établissements,  avant  le  milieu 
du  XVIe  siècle,  paraît  avoir  été  celui  du  Serment 
des  arbalétriers  de  Malines,  pour  le  magnifique 
portique  que  ce  Serment  fit  construire  en  1519 
dans  son  jardin.  Cette  galerie,  longue  de  381  pieds 


—    3     — 

(mesure  de  Malin  es)  était  portée  par  68  colonnes 
en  pierre  bleue.  Au  centre  s'élevait  un  élégant 
pavillon  carré,  percé  sur  ses  quatre  faces,  de 
grandes  fenêtres.  On  admirait  pour  la  beauté 
du  travail,  la  charpente  du  toit  qui  couvrait 
ce  pavillon  et  le  portique  \  »  Et  Fauteur  cite 
également  la  galerie  de  la  Confrérie  de  Saint- 
Georges  à  Gand. 

Celle-ci  surpassait  en  longueur  et  sans  doute 
aussi  en  beauté  celle  de  Malines.  Elle  mesurait 
1 54  pas  selon  Van  Vaernewyck  :  «  hebbende  eene 
schoone  gallerye   van  blauwe  steenen,  lang  van 
den  eenen  steger  tôt  den  anderen  154  schreden, 
en  doelen  die  bynaer  de  zelve  lengde  hebben  8.  » 
Sanderus  dit  qu'elle  avait  une  longueur  de  110  pas 
et  qu'elle  était  pavée  en  pierres  bleues.  »  Domus 
ampla  et  magnifica  sub  eodem  Caesare,  circa  quam 
regnorum   ejus   insignia  quoque  visuntur,    con- 
structa,porticum  habet  caeruleo  lapide  stratamad 
passus  110  longam,  è  regione  aedis  Praetoriae  \  » 
De  Busscher,  dans  sa  notice  sur  la  Confrérie  de 
Saint-Georges,  s'exprime  ainsi  :  «  la  plaine  inté- 
rieure, où  étaient  construits  les  berceaux,  avait 
450  pieds  de  longueur.  Elle  s'étendait  jusqu'au 
beffroi,  derrière  les  habitations  sises  de  face  sur 
la  place  de  la  maison  échevinale.  Au  milieu  de  la 
cour  des  exercices  avait  été  bâtie  en  1486-1487 
parallèlement  aux  berceaux  et  sur  toute  leur  éten- 


1  A.  G.  B.  Schayes,  Histoire  de  l'Architecture  en  Belgique,  t.  IV, 
p.  54. 

1  Marc  Van  Vaernewyck,  Historié  van  Belgie,  t.  II,  p.  219. 
3  Sanderus,  Flandrià  illustrât  a,  t.  1.  p.  203, 


—    4    — 

due,  une  élégante  galerie  '.  »  La  beauté  de  cette 
galerie  était  telle  que  la  Confrérie  l'invoqua  en 
1670  pour  obtenir  des  subsides  de  la  ville,  afin  de 
réparer  les  dégâts  que  la  chute  d'échafaudages 
placés  sur  le  beffroi  y  avait  occasionnés.  Elle 
disait  dans  sa  requête  du  19  septembre  1670  : 
«  dat  het  beclaghelick  saude  wesen  dat  een  soo 
raer  stuck  staende  int  midden  van  de  stadt,  ende 
wesende  eene  van  de  schoonste  wercken  van  de 
seventhien  provincien,  by  faute  van  secours  saude 
commen  ter  totale  ruyne  2.  »  Cette  considération 
fut  d'un  tel  poids  auprès  des  magistrats  de  la 
ville,  qu'à  défaut  de  ressources  pour  donner  à  la 
Confrérie  un  secours  en  argent,  ils  lui  accordèrent 
l'exemption  d'un  homme  dans  chacune  des  dix-huit 
compagnies  de  la  garde  bourgeoise,  afin  de  se 
procurer  par  la  vente  de  cette  faveur  les  moyens 
de  réparer  la  galerie,  «  Schepenen  van  der  Keure 
ghesien  het  verdragh  van  myn  Ed.  heer  den 
hoogh  balliu  deser  stede,  ende  sonderlynghe 
regard  nemende  op  de  redenen  by  requeste  ghe- 
allegiert...  consenteren  dat  de  supplianten,  omme 
daermede  te  maecken  de  werken  by  de  selve 
requeste  gheconcipieert,  sullen  moghen  te  kiesen 
tôt  eenen  man  uyt  elcke  respective  compagnien 
van  de  borgherlycke  wacht  deser  stede,  die  allée - 
nelyck  exempt  sullen  wesen  van  de  voors.  per- 
soenelyck  borgherlycke  wacht,  ende  contributie 


1  Edm.  De  Busscher,  La  Confrérie  de  Saint-Georges,  p.  18. 
*  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1670-1679  f°  3,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 


—    5    — 

van  diere  haerlieden  leven  lanck  gheduerende, 
mits  van  de  penninghen  danof  staende  te  proce- 
deren  doende  rekeninghe,  bewys  ende  reliqua  '.  » 

La  galerie,  qui  avait  une  longueur  de  385  pieds, 
se  terminait  à  chaque  extrémité  par  un  escalier. 
Elle  reliait  les  cibles  aux  abris  des  tireurs.  La 
cour  intérieure  avait  une  étendue  plus  grande  ; 
elle  dépassait  d'environ  65  pieds  celle  de  la  galerie. 
Aux  deux  côtés  de  l'entrée  de  celle-"ci,  près  de  la 
maison  de  la  gilde,  où  se  tenaient  les  tireurs,  il 
y  avait  un  mur  de  quatre  pieds  de  hauteur  et  de 
huit  pieds  de  largeur,  destiné  à  servir  d'appui 
pour  les  arbalètes.  Ces  murs  ont  été  détruits  à  la 
fin  du  XVIIe  siècle  par  les  soldats  logés  dans  le 
local,  pendant  les  guerres  de  cette  époque  2. 

La  construction  de  la  Gildehuus,  de  la  Chapelle 
et  de  la  Galerie  avait  coûté  de  grosses  sommes 
d'argent,  que  la  Confrérie  fut  pendant  longtemps 
hors  d'état  de  payer.  Elle  obtint  de  Charles-Quint 
l'autorisation  d'établir  une  loterie  dont  le  produit 
servirait  à  payer  ses  dettes.  La  charte  d'octroi  du 
13  octobre  1517,  porte  que  «  les  Roy,  Doyens  et 
proviseurs  de  lancienne  Confrarie  et  Grant  sere- 
ment  de  Monseigneur  Saint  George  en  notre  ville 
de  Gand,  ...  a  lonneur  de  Dieu  et  Monseigneur 
Saint  George,  aussi  pour  la  decoracion,  subside 
et  ayde  de  noz  officiers  et  gens  de  loy  de  la  ditte 
ville,  ont  EdifFé  une  belle  chappelle  et  maison 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1670-1679,  f°  3,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 

2  Archives   de   la    Confrérie    de   Saint-Georges,    vol.    1690-1699, 
i'°  199,  à  la  Bibliothèque  de  l'Université. 


—    6    — 

auprès  et  à  l'opposite  de  la  maison  esche vinale 
d'icelle  ville,  pour  en  estre  de  tant  plus  tost 
secouru  et  aydé  par  les  notables  et  confrères  de 
la  dicte  Confrarie  quant  besoing  serait.  Ont  aussi 
commencié  de  faire  ediffer  une  belle  et  magnifique 
galerye  en  la  Court  de  la  dicte  Confrarie,  pour 
mieulx  hanter  le  jeu  de  l'arbalestre,  lesquelles 
maison  et  galerye  leur  ont  cousté  excessives 
sommes  de  deniers  \  » 

La  mauvaise  situation  financière  de  la  Confrérie 
à  la  fin  du  XVIIe  siècle  et  pendant  tout  le  XVIIIe, 
l'engagea  à  tirer  parti  de  la  galerie  de  différentes 
manières.  Le  2  octobre  1692  elle  la  loua  à  un 
commissaire  des  armées  pour  y  remiser  ses  voi- 
tures et  ses  chariots  pendant  l'hiver2.  En  1698 
elle  proposa  aux  échevins  de  la  Keure,  pour  éviter 
la  suppression  dont  elle  était  menacée,  de  faire 
servir  la  galerie  de  halle  aux  toiles  et  de  l'élargir 
à  cet  effet  du  double  vers  la  rue  des  Régnesses  3. 
En  1737  elle  revint  à  ce  projet,  qui  n'avait  point 
été  agréé,  et  elle  proposa  de  nouveau  d'établir  une 
halle  aux  toiles  dans  la  Galerie,  élargie  cette  fois 
du  côté  opposé  et  reliée  par  un  escalier  à  la  salle 
de  la  Confrérie  de  Saint-Michel,  où  devaient  se 
faire  le  mesurage  et  le  timbrage  des  pièces  de 
toiles  apportées  au  marché.  Ce  projet  ne  fut  pas 
plus  réalisé  que  le  précédent  *.  Enfin,  en  1777, 


1  Chartrier  de  la  Confrérie  de  Saint -Georges,  n°  36  aux  archives  de 
l'État  à  Gand. 

2  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1690-1699,  f°  151,  à  la  Bibliothèque. 

3  Ibid.,  f'°  196. 

*  Ibid.,  vol.  1737-1739,  f°  58. 


-    7     - 

la  Confrérie  résolut  de  vendre  la  galerie  en 
divers  lots  pour  la  démolir,  mais  cette  résolution 
non  plus  n'eut  pas  de  suites  ' .  La  galerie  ne  fut 
démolie  qu'en  1798  après  la  vente  du  local  comme 
bien  national. 

Les  cibles  qui  existaient  de  chaque  côté  de  la 
galerie  avaient  à  peu  près  la  même  longueur  que 
celle-ci,  dit  Marc  Van  Vaernewyck  «  en  doelen  die 
bynaer  de  zelve  lengde  hebben.  »  A  chaque  extré- 
mité se  trouvaient  des  chambres  pour  abriter  les 
tireurs  et  le  but,  «  op  elc  ende  een  doelhuus  2.  » 
Les  cibles  étaient  d'inégale  étendue  ;  celles  qui  se 
trouvaient  à  l'est  se  nommaient  les  courtes  cibles 
{de  corte  doelen).  Elles  sont  mentionnées  avec  leurs 
chambres  dans  divers  actes  passés  entre  la  Confré- 
rie et  les  propriétaires  des  maisons  situées  rue 
Saint-Jean,  rue  des  Régnesses  et  rue  Haut-port. 
Dans  un  acte  du  21  décembre  1645  au  sujet  de  la 
location  par  la  Confrérie  d'une  de  ces  chambres  à 
Marc  Vanden  Kerchove,  propriétaire  de  la  maison 
den  Grooten  Moor,  rue  Haut-port,  il  est  dit  : 
«  het  doelhuuseken  van  den  zelven  guide,  staende 
achter  den  corten  doel  jeghens  het  huus  van  den 
zelven  Kerchove  3.  »  Et  dans  un  acte  du  27  juin 
1736, par  lequel  la  Confrérie  donne  en  bail  emphy- 
théotique  à  M.  Pascal -Bois  de  Vigne,  proprié- 
taire de  la  maison  située  rue  Saint-Jean  qui  porte 


1  Registre  des  résolutions  de  la  Confrérie,  1734-1779,  f°  158.  Aux 
Archives  de  l'État  à  Gand. 

*  Memorieboek  der  stad  Gent,  an0  1498. 

3  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1483-1649,  f°  28  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 


—    8    — 

aujourd'hui  le  n°  9,  un  terrain  longeant  à  l'ouest 
sa  maison,  on  lit  :  «  sekere  hunne  erfve  gheleghen 
omtrent  den  corten  doel  al  de  suyt  west  cant,  ende 
den  huyse  van  den  selven  Pascal  ' .  » 

L'une  des  deux  courtes  cibles  que  l'on  voit  figu- 
rer sur  le  plan  de  Sanderus,  se  nommait  den  Fyme- 
leere.  On  trouve  cette  expression  dans  un  acte 
du  19  mai  1602,  par  lequel  la  Confrérie  permet 
à  Jean  Ondermaerck,  propriétaire  d'une  maison 
située  rue  des  Régne  sses,  de  se  servir  pour  ses 
constructions  du  mur  de  la  maison  appartenant  à 
la  Confrérie  dans  la  rue  Saint-Jean  et  de  celui  de 
la  chambre  de  la  cible  derrière  cette  maison  : 
«  t  versouck  van  weghe  Jan  Ondermaerck,  heur- 
lieden  en  mede-proviseerder,  proprietaris  van  den 
huuse  ghenaemt  het  Groen-huys,  van  te  moghen 
metsen  ende  temmeren  in  den  muere,  neffens  zyne 
erfve,  van  thuus  van  den  zelven  guide  staende  in 
Sente- Janstraete,daer  nu  Jooris  Bonnewyn,  cnape 
van  tvoors.  guide,  inné  es  wonende,  metgaeders 
een  deel  van  den  muere  van  den  doelhuus  genaemt 
den  fymeleere  daer  achter  staende  2.  »  Cette  cible 
était  aussi  désignée  sous  le  nom  de  vieille  cible, 
den  auden  doel.  On  la  trouve  ainsi  mentionnée  dans 
une  résolution  de  la  Confrérie  du  5  mai  1743 
concernant  la  cession  à  cens  de  la  maison  rue 
Saint-Jean  habitée  par  les  faiseurs  d'arbalètes  de 
la  Confrérie,  à  côté  de  la  maison  de  Pascal-Bois 


1  Registre  des  résolutions  de  la  Confrérie,  de  1734  à  1779,  f°  29i', 
aux  Archives  de  l'État,  à  Gand. 

s   Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1483-1649,  f°  14,  à  la  Bibliothèque. 


—    9    - 

de  Vigne  :  «  te  laeten  verceynssen  het  huys  daer 
jeghenwoordigh  in  woont  es  Beyens  boghespander 
van  desen  guide  ende  den  kelder  met  den  ghevel 
benevens  den  ancien  doel  ende  een  deel  van  den 
grondt  daer  aen  gheleghen  ' .  » 

Les  cibles  établies  à  l'ouest  de  la  galerie  étaient 
les  longues  cibles,  de  langen  doelen.  Il  en  est  fait 
mention  dans  un  acte  du  22  octobre  1617  par 
lequel  la  Confrérie  permet  à  Jooris  de  Jonckere, 
propriétaire  d'une  maison  située  parade  plaetse 
près  de  la  Halle,  d'ouvrir  une  porte  dans  le  mur 
de  la  Cour  Saint-Georges,  pour  avoir  accès  à  un 
puits  ainsi  qu'aux  longues  cibles  :  «  te  maken  in 
den  muer  van  den  guide,  eene  deure,  omme  van 
d'erfve  van  syne  huuse  an  dhalle,  te  commen  ende 
accès  te  nemen  zo  totten  steenput,  als  up  derfve 
van  den  voors.  guide  te  weten  in  de  langhen 
doelen  2.  » 

Aux  deux  extrémités  se  trouvaient  des  chambres 
de  cibles,  doelhuusen-,  l'une  pour  les  tireurs  près  de 
la  Gildehuus,  l'autre  à  l'étage  de  la  maison  située 
rue  Saint-Jean  à  côté  de  la  nouvelle  halle,  pour 
abriter  la  cible  ou  le  but.  Cette  disposition  s'ex- 
plique par  la  différence  de  niveau  des  deux  extré- 
mités de  la  Cour  Saint-Georges  ;  la  hoogh-poorte 
étant  beaucoup  plus  élevée  que  la  rue  Saint- Jean, 
il  avait  fallu  remblayer  le  terrain  du  côté  de  cette 
dernière  rue,  et  la  cible  s'est  trouvée  placée  plus 


»  Archives  de  la  Confrérie,  vol.   1740-1749,  f°  25. 
»  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1483-1649,  f°  22,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 


—    10    — 

haut  que  le  niveau  de  celle-ci.  Le  rez-de-chaussée 
de  la  maison  avait  par  suite  l'aspect  d'un  souter- 
rain ou  d'une  cave  ;  le  premier  étage  était  occupé 
par  la  chambre  de  la  longue  cible,  doelcamer.  Un 
état  des  revenus  et  des  dettes  de  la  Confrérie,  de 
l'année  1703,  mentionne  comme  suit  la  maison 
située  à  côté  de  la  halle  :  «  Item  de  vaulte  ofte 
kelder  commende  onder  den  langhen  doel  ten  voor- 
hoofde  in  Sente-Jansstraete  neffens  d'achterpoorte 
van  den  ghulde,  ghebruyckt  by  Pieter  de  Noyé  \  » 
Sous  la  doelhuus  à  l'autre  extrémité  de  la  longue 
cible,  se  trouvait  également  une  cave;  elle  était 
à  l'usage  de  la  maison  que  la  Confrérie  possédait 
sur  la  parade  plaetse  à  côté  de  la  Gildehuus, 
depuis  la  suppression  de  la  Jeune  Confrérie.  Elle 
est  indiquée  de  la  manière  suivante  dans  un  compte 
du  maçon  Abraham  Kempe,  concernant  des  tra- 
vaux exécutés  en  1682  dans  la  maison  louée  à 
l'avocat  Pyn,  parade  plaetse;  «  het  maeken  van 
de  vaulte  onder  den  langhen  doel  2.  » 

La  longue  cible  fut  reconstruite  en  1729.  La 
Confrérie  paya  le  13  octobre  de  cette  année  au 
maçon  Van  Merschbrugghe  la  somme  de  4L,  6  s., 
8  g.,  over  het  maeken  van  den  langhen  doel  in  de 
hove  van  den  guide  3.  Elle  fut  refaite  une  seconde 
fois  en  1791,  mais  alors  notablement  diminuée.  La 
Confrérie  avait  loué  au  serrurier  Guersouille,  qui 
demeurait  dans  la  maison  située  parade  plaetse 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1700-1709,  f°  59,  à  la  Bibliothèque. 
«  Ibid.,  vol.  1680-1684,  f°  107. 
3  Ibid.,  vol.  1728-1729,  f°  135. 


—   11    — 

près  de  la  balance  de  la  ville,  le  terrain  de  la 
longue  cible,  depuis  le  mur  de  la  cour  de  la  nou- 
velle maison  construite  en  1751  rue  Saint-Jean 
près  de  la  halle,  jusqu'à  la  prison  communale, 
pour  y  élever  une  baraque  ou  atelier  de  serrurerie. 
«  Item  competeert  aen  den  gilde  d'huere  van  den 
grond  daer  op  is  staende  eene  hauten  loge  teynde 
den  gulden  hove  jegens  den  muer  van  het  huys 
van  den  Gilde  ende  den  gonnen  van  stadts  vange- 
nisse  gemaeckt  ende  ghebruyckt  gheweest  by  den 
slotmaker  Pieter  Guersouille  ende  alsnu  deszelfs 
weduwe  by  voorwaerde  ingegaen  den  26  july 
1772  \  »  Le  même  terrain,  d'une  largeur  de 
76  pieds,  fut  cédé  par  bail  empliythéotique  du 
12  mai  1791  au  sculpteur  Charles  Van  Pouckepour 
y  construire  son  atelier  de  sculpture .  En  cette  année 
la  Confrérie  fit  reconstruire  la  cible  et  la  doel- 
camer  situées  à  l'ouest  de  la  galerie.  La  longueur 
de  la  cible  fut  diminuée  de  plus  de  150  pieds  et 
un  nouveau  but  fut  construit  près  de  la  maison  de 
Ch.  Van  Poucke,  située  Parade  plaetse  Q  n°  283, 
aujourd'hui  n°  3.  L'acte  du  12  mai  1791  contient 
la  mention  suivante  qui  fait  connaître  la  situation 
de  la  nouvelle  doelcamer  «  consenteren  in  het 
maecken  van  de  venster  commende  boven  zyn 
achterpoortjen  nevens  onze  nieuwe  doelcamer.» 
La  construction  de  la  nouvelle  cible  et  de  la 
nouvelle  chambre  de  tir  coûta  1990  florins. 
La  cour  de  la  Confrérie  de  Saint-Georges,  qui 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.    1775-1786,   f°   1,  passim,  à  la 
Bibliothèque. 


-     12    - 

avait  une  longueur  de  450  pieds,  se  prolongeait 
depuis  la  grande  maison  de  la  Gilde  (Gildehuus) 
sur  la  Hoogh-jworte  jusqu'aux  deux  maisons  que 
la  Confrérie  possédait  dans  la  rue  Saint- Jean. 
Entre  ces  deux  maisons  se  trouvait  sa  porte  de 
derrière,  «  t'huus  ende  hof  van  den  Guide  van 
Sente  Jooris,  »  dit  un  acte  de  1561,  «  ten  voor- 
hoofde  up  de  Hoochpoorte  neffens  den  jonghen- 
guide  van  Sente  Jooris  an  deen  zijde  ende  Jan 
Meynkin  met  zyne  consorten  an  dandere,  ende 
uutcommende  met  andere  hende  in  sente  Jans- 
straete  ' .  » 

La  porte  de  sortie  que  possédait  la  Confrérie 
dans  la  rue  Saint- Jean,  était  l'entrée  de  son  local 
primitif  près  du  beffroi  en  1381.  On  y  avait  accès 
par  plusieurs  escaliers  intérieurs.  L'exhaussement 
du  terrain  vers  la  rue  Saint-Jean  lors  de  la  con- 
struction des  cibles  et  de  la  galerie,  avait  nécessité 
l'établissement  de  ces  escaliers.  La  pente  naturelle 
du  terrain  a  été  rétablie,  au  commencement  de 
ce  siècle,  par  les  acquéreurs  de  la  partie  du  local 
située  au  sud;  la  porte  et  les  escaliers  ont  été 
remplacés  par  une  porte  coclière. 

La  porte  de  derrière  de  la  Confrérie  dans  la 
rue  Saint-Jean  se  trouvait  près  du  double  escalier 
de  la  nouvelle  Halle  aux  draps,  construit  en  1427 2 
et  démoli  en  1716  3.  La  proximité  de  cette  porte 
et  du  double  escalier  de  la  Halle,  est  établie  par 


Vry  huis  vry  erve,  1561,  bl.  129. 
Comptes  de  la  ville,  1426-1427. 
lbid.,  1716. 


—     13     — 

une  ordonnance  des  échevins  de  la  Keure  du 
20  juillet  1538,  qui  défend  de  déposer  des  immon- 
dices en  cet  endroit.  «  Dat  hem  niemant  en  ver- 
voordere  eeneghe  vuylichede  te  brenghene  ofte 
doen  brenghene  titsschen  der  poorte  van  den  hove 
(oan  Sente-Jooris)  ende  den  steeghere  van  den' halle, 
up  ghelycke  boete  ' .  » 

De  chaque  côté  de  sa  porte  dans  larue  Saint- Jean, 
la  Confrérie  avait  une  maison  :  Tune  attenant  à  la 
nouvelle  halle  et  l'autre  aboutissant  à  la  maison 
qui  a  successivement  appartenu  à  Talboem  et  à 
Jean  Pricke,  puis  à  F.  Van  de  Vyvere,  à  Pascal- 
Bois  de  Vigne  et  à  Vispoel.  C'étaient  les  anciennes 
maisons  de  la  Confrérie  dans  la  rue  Saint- Jean, 
qu'elle  avait  abandonnées  après  l'acquisition  de 
l'ancienne  halle  et  qu'elle  donna  dès  lors  en  loca- 
tion. On  voit  ces  maisons  sur  le  plan  de  Sanderus  : 
une  grande,  derrière  les  courtes  cibles,  probable- 
ment l'ancienne  Gildehuus,  et  une  petite,  derrière 
la  longue  cible,  près  de  la  nouvelle  halle. 

En  1602,  la  grande  maison,  qui  était  alors  très 
détériorée,  fut  occupée  par  le  messager,  cnape,  de 
la  Confrérie.  C'est  ce  que  dit  l'acte  du  19  mai  de 
cette  année,  par  lequel  le  serment  de  la  Gilde 
accorde  à  Jean  Ondermaerck,  propriétaire  d'une 
maison  rue  de  Régnesses,  «  van  te  moghen  metsen 
ende  temmeren  in  den  muere,  neffens  zyne  erfve, 
van  thuus  van  den  zelven  guide  staende  in  Sente- 
Jansstraete,  daer  nu  Jooris  Bonnewyn  cnape  van 


1  Chartrier  de  la  Confrérie  de  Saint-Georges,  n°  38,  aux  Archives 
de  l'État  à  Gand. 


—     14    — 

tvoors.  guide  inné  es  wonende  '.  »  La  Confrérie 
fit  restaurer  cette  maison  et  y  logea  son  faiseur 
d'arbalètes  jusqu'en  1745.  Avant  le  XVIIe  siècle, 
les  faiseurs  d'arbalètes  de  la  Confrérie  habitaient 
les  boutiques  d'écrivains  publics  contruites  sous 
la  Chapelle  et  réunies  en  une  seule  habitation, 
auprès  de  laquelle  on  avait  fait  en  1582  un  atelier 
et  une  forge,  eene  werkcamer  en  eene  smesse  2. 
On  fit  les  mêmes  constructions  près  de  la  maison 
de  la  rue  Saint- Jean,  pour  qu'elle  pût  répondre  à 
sa  nouvelle  destination. 

Nous  trouvons  des  indications  sur  cette  maison 
dans  un  acte  du  8  mars  1728,  par  lequel  la  Confré- 
rie vend  à  M.  Pascal-Bois  de  Vigne  une  chambrette 
qui  en  faisait  partie.  Il  y  est  dit  que  la  Confrérie 
lui  vend  :  «  Eerst  een  caemer  van  den  huyse  altydt 
bewoont  gheweest  by  de  boghemaeckers  van 
t'voorzeyde  guide  ende  noch  ieghenwoordigh  be- 
woont wordende  by  desselfs  weduwe,  commende 
ten  oosten  jeghens  het  huys  van  den  voornomden 
heer  Passchal  ende  ten  westen  jeghens  d'erfve  ende 
open  plaetse  van  tselve  huys,  t'voorseyde  guide 
competerende,  ende  in  welcke  caemer  voor  daete 
van  de  supressie  van  t'zelve  guide  ende  van  d'ander 
dry  guldens  binnen  dese  voornomde  stadt,  altydt 
ghestaen  hebben  de  cassen  daer  inné  ghesloten 
ende  bewaert  wierden  de  staele  boghens  van  de 
guide  broeders,    ende   voorder    attirail   tôt  het 

1  Archives  delà  Confrérie,  vol.  1483-1649,  f°  14,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 

3  Archives  de  la  Confrérie,  livre  des  résolutions,  f°  9,  à  la  Biblio- 
thèque. 


—    15    — 

schieten  met  de  selve  boghens  noodigh,  ende  ten 
Tweeden  een  open  erfve  van  t'voorseyde  guide 
ten  noorden  commende  jeghens  de  voornomde 
caemer,  ende  ten  oosten  jeghens  den  jeghenwoor- 
dighen  muer  van  den  voorseyden  heer  Passclial. . . 
op  conditien. . .  dat  hy  heer  Passchal  t'synen  coste 
sal  moeten  afbreken  ende  van  nieuws  opmaecken 
den  zymuer  van  de  voornomde  hier  vooren  ghe- 
cedeerde  ende  vercochte  caemer  op  den  auden 
grondt,  te  beginnen  van  jeghens  het  huys  ofte 
woonynghe  van  de  voors.  boghemaecker,  midts- 
gaeders  den  selven  muer  van  daer  alsoo  voorts 
stieren  te  noordewaerts  niet  alleene  soo  verre  als 
jegenwoordigh  is  commende  het  doelhuys,  maer 
selfs  oock  noch  thien  voeten  voorder  innewaerts 
ten  noorden,  soo  verre  het  nieuw  te  maecken  doel- 
huys sal  vuytgebracht  ende  ghemaeckt  worden  ; . . . 
datd'eerste  contractantenophun  erfve  van  t'voorn. 
huys  van  de  boghemaeckers  sullen  moeten  an- 
veirden  ende  laeten  sueren  den  heusedrup  van  het 
dack  van  de  voors. ghecedeerde  camer,  ghelyck  sy 
oock  het  water  van  het  dack  van  het  smeshuys  door 
huntedoen  maecken  tusschen  den  voorn.  nieuwen 
muer  by  dito  heer  Passchal  te  doen  maecken  ende 
het  voors.  doelhuys,  sullen  moeten  ontfangen  ; . . . 
dat  hy  heer  Passchal  sal  moghen  laeten  syncken 
het  vautken  van  het  kelderken  ten  deele  com- 
mende onder  de  voors.  ghecedeerde  caemer  als- 
mede  naer  advenant  oock  den  vloer  van  het  selve 
keldeken,  behaudens  t'selve  vautken  tsynen  par- 
ticulieren  coste  erstellende,  ende  oock  den  vloer 
van  t'selve  kelderken  midtsgaeders  den  vuyt  ende 


—    16'    — 

inganck  alsmecle  de  trappen  van  diere  zoo  van 
binnen  als  van  buyten,  ende  aile  het  gonne  hy  heer 
Passchal  . . .  saude  moghen  commen  te  breken  soo 
van  daecken  als  mueren  van  denvoorseyden  huyse 
van  de  boghemaeckers,  sal  hy  oock  moeten  erstel- 
len  t'synen  koste  J .  » 

Le  restant  de  la  petite  cour  de  la  maison  des 
faiseurs  d'arbalètes,  fut  donné  le  27  juin  1736,  en 
bail  emphythéotique,  à  Pascal,  avec  obligation  de 
construire  à  ses  frais  un  nouveau  bâtiment  pour 
remplacer  la  chambrette  qui  lui  avait  été  vendue 
en  1728.  L'acte  dit  :  •»  Te  weten  dat  het  voor- 
noemde  gilde  aen  .den  gemelden  Jr  Pascal  by 
desen  is  ghevende  in  cheynse  voor  neghenent- 
neghentigh  jaeren  zekere  hunne  erfve  gheleghen 
ontrent  den  corten  doel  al  den  suyt  west  cant, 
ende  den  huyse  van  den  selven  Pascal,  alsnu  be- 
sloten...  synde  voorts  gheconditionneert  dat  den 
voorn.  Pascal...  sal  moeten  doen  maeken  inghe- 
volghe  van  de  modelle  by  hem  overghegheven 
ende  ghesien  by  de  heeren  van  den  ieghenwoor- 
dighen  eedt,  eene  gloriette  ofte  cabinet,  ter 
lynghde  van  zeven  voeten  ende  breede  soo  ende 
ghelyck  die  alsnu  bevonden  wort  tusschen  den 
doel  ende  den  muer  van  den  huyse  van  den  selven 
Pascal  '.  » 

Une  résolution  de  la  Confrérie  en  date  du  5  mai 
1743   complète  la  description  de  la  maison  rue 


1  Registre  BBB,  f°  92*,  déposé  aux  Archives  de  la  ville  de  Gand. 
5  Registre  des  résolutions,  1734-1779,   f°  29 v,  aux   Archives  de 
l'État  à  Gand. 


—     17     - 

Saint-Jean  occupée  par  les  faiseurs  d'arbalètes  : 
«  weert  gheresolveert. . .  te  laeten  verceynssen  het 
huys  daer  jeghenwoordigh  in  woont  es  Beyens 
boghespander  van  desen  ghilde  ende  den  kelder 
met  den  ghevel  benevens  den  auden  doel  ende 
een  deel  van  den  grondt  daer  aen  gheleglien  ' .  » 
Cette  maison  était  spacieuse  ;   elle  avait  une 
façade  du  côté  de  la  rue  Saint-Jean  et  une  autre 
sur  la  cour  Saint -Georges,  une  cour  et  des  dépen- 
dances, un  atelier,  une  forge  et  une  cave.  Pressée 
par  le  besoin  d'argent,  la  Confrérie  la  donna  en 
location  en  1745  au  prix  de  15  livres  de  gros.  Elle 
loua  aussi  séparément  la  cave  donnant  dans  la 
cour.  L'acte  de  location  du  1er  mars  1745  à  Michel 
De  Laet,  tailleur,  décrit  la  maison  en  ces  termes  : 
«  een  huys,  stede  ende  erfve  het  guide  compe- 
terende  ghestaen  ende  gheleghen  ten  voorhoofde 
op  de  Sente- Jansstraete,  aen  d'een  syde  ghehuyst 
Jor  Pascal  en  ter  andere  de  achterpoorte  van  de 
concherge,  lest  ghebruyckt  gheweest  by  A. Beyens 
boghemaecker  "2.  »  Enfin,  le  procès-verbal  d'adju- 
dication comme   bien  national,   du    6    germinal 
an  V,   en  donne  la  description  suivante  :  «  Une 
maison   située  dans   la  commune  de    Gand  rue 
Saint- Jean,  consistant  en  une  boutique,  trois  places 
en  bas,  trois  en  haut,  un  grenier,  une  cave  et  une 
petite  cour.  La  cave  vient  sous  la  maison  à  côté 
appartenant  à  un  particulier.  »  Elle  fut  adjugée 
au  sieur  Jean-Baptiste  Paulée,  représentant  d'une 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1740-1749,  f°  25,  à  la  Bibliothèque. 
*  Ibid.,  f°  40. 

% 


—     18    - 

société  formée  à  Paris  pour  l'acquisition  de  biens 
nationaux. 

L'ornementation  de  la  façade  latérale  de  la  nou- 
velle Halle  du  côté  de  la  cour  Saint-Georges  a  fait 
croire  qu'il  n'y  a  pas  eu  de  constructions  entre  ce 
monument  et  la  porte  de  derrière  de  la  Confrérie 
dans  la  rue  Saint- Jean.  Pour  expliquer  cette  orne- 
mentation, on  a  supposé  qu'une  rue  contournant 
la  Halle  depuis  la  rue  Saint-Jean  jusqu'à  la  place 
échevinale  avait  existé  jadis.  Mais  cette  conjec- 
ture est  erronée.  Aucun  document  ne  mentionne 
de  rue  en  cet  endroit,  et  le  plan  de  Sanderus 
montre  qu'il  n'y  en  avait  pas.  C'est  contre  la  Halle 
que  se  trouvaient,  du  côté  de  la  place  échevinale, 
l'une  des  cibles  de  la  Jeune  Confrérie  de  Saint- 
Georges,  et,  du  côté  de  la  rue  Saint- Jean,  la 
longue  cible,  langen  doel}  de  l'ancienne  Confrérie. 
Enfin,  l'ordonnance  du  20  juillet  1538,  qui  défen- 
dait de  déposer  des  immondices  entre  la  porte  de 
la  Confrérie  et  l'escalier  de  la  Halle,  ne  se  fût 
point  exprimée  ainsi,  si  une  rue  avait  séparé  les 
deux  bâtiments. 

L'ornementation  de  la  façade  latérale  de  la  Halle 
du  côté  de  la  Cour  Saint-Georges,  s'explique  par 
l'importance  qu'avait  au  moyen  âge  le  local  de  la 
Confrérie  des  arbalétriers.  Ce  local  était  décoré 
avec  luxe  :  la  maison  de  la  Gilde,  la  galerie,  les 
cibles  étaient  des  constructions  somptueuses.il  s'y 
donnait  des  fêtes  splendides.  Toute  la  riche  bour- 
geoisie faisait  partie  des  quatre  confréries  mili- 
taires, et  celle  qui  réunissait  le  plus  de  membres 
était  la  Gilde  de  Saint-Georges.  On  conçoit  donc 


-     19    — 

que  la  Confrérie  ait  stipulé  ou  obtenu  de  la  com- 
mune, que  la  façade  latérale  de  la  halle,  donnant 
sur  sa  cour,  reçût  quelques  ornements.  Cela 
explique  beaucoup  mieux  l'ornementation  de  la 
façade  latérale,  que  l'existence  d'une  rue  ou  d'une 
ruelle  autour  de  l'édifice. 

Plusieurs  dessins  conservés  à  la  Bibliothèque  de 
l'Université  de  Gand,  font  voir  la  nouvelle  Halle 
aux  draps  construite  en  1427  dans  la  rue  Saint- 
Jean,  et  la  maison  attenante.  L'un  de  ces  dessins 
reproduit  l'aspect  de  la  maison  vers  1635.  Elle 
avait  alors  une  porte  étroite  surmontée  d'un 
auvent.  L'architecture  indique  une  construction 
du  XVe  siècle.  Sa  profondeur  devait  être  petite, 
car  une  baie,  depuis  longtemps  bouchée,  dans  le 
mur  latéral  de  la  Halle,  se  trouve  à  six  ou  sept 
mètres  de  la  façade  principale  ;  cette  circonstance 
doit  faire  supposer  que  la  maison  voisine  n'avait 
que  cette  profondeur,  à  l'époque  où  l'édifice  a  été 
construit. 

La  maison  de  la  Confrérie,  située  entre  la  porte 
de  derrière  de  la  Cour  Saint-Georges  et  la  nouvelle 
halle  aux  draps,  était  composée  d'un  rez  de 
chaussée  ayant  issue  dans  la  rue  Saint- Jean  et 
d'un  étage  où  se  trouvait  la  chambre  de  la  longue 
cible.  Cette  disposition  avait  fait  appliquer  au  rez- 
de-chaussée,  que  la  Confrérie  donnait  séparément 
en  location,  le  nom  de  :  huuseken  by  forme  van 
eenen  helder.  La  maison  existait  de  cette  manière 
depuis  l'établissement  de  la  longue  cible,  c'est-à- 
dire  depuis  1498,  date  de  la  construction  de  la 
galerie  et  des  cibles.  On  la  trouve  désignée  dans 


—     20     — 

de  nombreux  reçus  de  la  taxe  sur  les  maisons  dite 
huysgheld,  et  de  la  redevance  pour  le  pavage  des 
rues,  savoir  :  le  17  décembre  1678  :  een  huus 
ghestaen  ofte  gheleghen  onder  den  langen  doel  in 
de  Sinte-Jansstraete  bewoont  by  Pieter  de  Noyé; 
le  22  décembre  1678  :  een  kelder  by  het  belfroot, 
ghebruykt  by  Pieter  de  Noyé;  le  25  août  1681  : 
seker  huys  gheleghen  onder  de  belfroyt  ;  le  1er  août 
1684  :  den  kelder  onder  het  hof  van  Sinte-Jooris 
bewoont  by  Pieter  Noyé  ;  le  29  juillet  1696  :  een 
huys  gheleghen  by  de  schermaersschole  ' . 

Les  états  de  revenus  de  la  Confrérie  de  1703 
et  de  1704  portent  :  de  vaulte  ofte  kelder  com- 
mende  onder  den  langhendoel  ten  voorhoofde  in 
Sinte-Jansstraete  neffens  d'achter-poorte  van  den 
guide,  ghebruykt  by  Pieter  de  Noyé  2.  Un  acte 
d'emprunt  du  15  novembre  1730,  stipule  que  la 
Confrérie  donne  en  hypothèque  deux  maisons 
situées  rue  Saint- Jean,  outre  sa  grande  maison 
rue  Haut-port  et  celle  qui  était  située  à  côté  sur 
la  parade-plaetse.  Les  deux  maisons  rue  Saint- 
Jean  sont  désignées  comme  suit  :  la  première,  une 
maison,  fonds  et  héritage  situés  derrière  la  grande 
maison  de  la  Confrérie,  de  front  rue  Saint- Jean, 
tenant  d'un  côté  le  sieur  de  Pascal  et  de  l'autre 
la  porte  de  derrière  de  la  susdite  cour  de  Saint- 
Georges,  occupée  par  Àrnaut  Beyens,  faiseur  d'ar- 
balètes ;  la  seconde,  «  een  huys  by  forme  van  eenen 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1670-79,  f05  96  et  97  ;  vol.  1680-84, 
i'os  1 41  et  184  ;  vol.  1690-99,  f°  160,  à  la  Bibliothèque  de  l'Université. 
*  Ibid.,  vol.  1700-1709,  f°s  59  et  68. 


-    21     — 

kelder  staende  ten  voorhoofde  als  het  voorgaende, 
commende  onder  den  langhen  doel  van  de  selve 
hove,  an  d'een  zyde  strekende  ieghens  den  huyse 
de  schermscholle  ende  ter  andere  de  voorghemelde 
acliterpoorte,bewoont  by  P.  Steemaere,  recreatief- 
meester  van  desen  guide  4 .  «  Les  actes  de  location 
de  cette  maison  ou  souterrain  en  donnent  la 
description  suivante  :  «  een  huyseken  ofte  vaut- 
kelder  ghestaen  ende  ghelegen  onder  den  langhen 
doel  van  t'hof  van  t'gulde  ten  voorhoofde  vuyt 
commende  in  Sinte-Jansstraete  2.  Enfin  la  façade 
au-dessus  de  la  cave  est  mentionnée  dans  le  devis 
pour  la  construction  d'une  chambre  de  mesurage 
et  de  timbrage,  qui  devait  faire  partie  du  marché 
aux  toiles,  dont  l'établissement,  dans  la  Cour 
Saint-Georges,  avait  été  projeté  en  1737.  Il  y  est 
dit  :  «  Rekeninghe  van  den  nieuwen  te  maecken 
bauw,  om  te  dienen  voor  de  seghel  tafel  ende 
meet  tafelen»,  commende  teynden  de  galderye  ten 
voorhoofde  jeghens  het  belfort  om  de  saele  van 
het  gilde  van  Sinte  Michiel  met  den  nieuwen  te 
maecken  bauw  Sinte-Jansstraete  te  connen  dienen 
voor  de  meet  tafelen.  Alvoren  het  breeken  van  de 
aude  cape  met  het  weeren  van  de  tieghelen...  het 
breeken  van  het  metsweerk  te  weten  den  ghevel  te)- 
straete...  Item  het  nieuw  maecken  van  den  ghevel 
ter  straete  beginnende  van  den  opercant  van  de 
vmite  3.  » 


1  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1730-1731,  f°  115. 
5  Acte  du  2  juillet  1741.  Archives  de  la  Confrérie,  vol.  1740-49, 
f°  10,  à  la  Bibliothèque. 

3  Devis  du  2  octobre  1737.  Archives  de  la  Confrérie. 


—     22     — 

La  chambre  de  timbrage  et  de  mesurage  des 
toiles  ne  fut  pas  construite  par  suite  de  l'abandon 
du  projet  d'établissement  d'un  marché  dans  le 
local  de  la  confrérie,  mais  la  doelcamer  de  la 
longue  cible  fut  remplacée  en  1451  par  une  maison 
bâtie  au-dessus  du  souterrain  dans  larue  Saint-Jean. 
Cette  maison,  nommée  het  nieuw  hwjs,  fut  louée 
le  21  novembre  1731  et  désignée  ainsi  dans  l'acte 
de  location  :  «  het  nieuw  huys  ende  erfve  gestaen 
ende  gelegen  in  de  Sinte-Jansstraete  uytcommende 
teynden  de  gallerye  van  het  hof  van  desen  gilde1 .  » 
Et  dans  une  résolution  de  la  Confrérie  en  date 
du  10  février  1754,  concernant  un  emprunt  de 
G00  livres  de  gros  pour  payer  les  dettes,  il  est  dit  : 
«  dat  de  schulden  voor  het  meesten  deel  resulteren 
door  het  nieuw  huys  onlanghx  ghemaeckt  com- 
mende  achter  den  hove  nevensde  schermscholle2.  » 
Enfin,  cette  nouvelle  maison  avait  une  cour  entourée 
de  murailles,  sur  l'emplacement  delà  longue  cible. 
Les  actes  de  location,  que  nous  avons  cités,  d'une 
partie  du  terrain  de  la  cour  Saint-Georges,  à  Pierre 
Guersouille  en  1772  et  à  Charles  Van  Poucke  en 
1791  indiquent  cette  cour  et  ces  murailles.  Dans 
le  compte  de  la  Confrérie  du  5  février  1778,  nous 
trouvons  la  mention  :  «  Item  competeert  aen  den 
gilden  d'huere  van  den  grond  daer  op  is  staende 
een  hauten  loge  teynden  den  gilden  hove  jegens 
den  muer  van  het  huys  van  den  gilden   ende  den 


1  Archives  de  la   Confrérie.  Registre  des    résolutions  de  1734  à 
1779,  f°  103t\  Aux  archives  de  l'État  à  Gand. 

2  Archives  lie  la  Confrérie,  vol.  1754-1759.  f°  12,  à  la  Bibliothèque. 


—    23    — 

gonne  van  stads  vangenisse  gemaeckt  ende  ghe- 
bruyckt  geweest  by  den  slotmaecker  Pieter  Guer- 
souille  4.  »  Et  la  résolution  prise  le  12  mai  1791 
de  donner  ce  même  terrain  en  bail  emphythéo- 
tique  à  Charles  Van  Poucke,  porte  :  «  de  erfve  van 
aen  den  muer  van  den  ho f  van  het  acliterhuys  van 
den  Gilde  tôt  aen  de  venster  van  den  huyse  ghe- 
bruyckt  by  sieur  Guersouille  2.  » 

La  maison  avait  deux  portes  :  la  première,  sa 
porte  de  sortie  à  la  rue,  était  à  l'extrémité  de  la 
galerie  :  «  liet  huys  ghebauwt  boven  den  langhen 
doel  uytcommende  met  de  voordeure  t'eynden  de 
galderye  3  ;  »  la  seconde,  sa  porte  de  derrière,  don- 
nait accès  à  la  cour  de  la  Confrérie  et  aux  cibles. 
C'est  ce  que  nous  apprend  une  résolution  du  ser- 
ment de  la  Confrérie,  en  date  du  26  avril  1795, 
au  sujet  d'un  différend  qui  avait  surgi  entre  Pierre 
Vanden  Berghe,  aubergiste  et  concierge  de  la 
Confrérie,  et  Pierre  de  Coninck,  locataire  de  la 
nouvelle  maison  rue  Saint- Jean.  «  Ten  voor- 
noemde  daege  wierd  van  wegen  d'heer  de  Paepe 
te  kennen  gegeven  dat  Pieter  de  Coninck  bewoon- 
der  van  den  huyse  staende  t'eynden  de  doelen 
ingevolghe  syn  devoir  de  agter  deure  leydende  naer 
de  voors.  doelen  geslotten  hield,  ende  dat  sulks 
van  weghen  Pieter  van  den  Berghe  hem  diversche 
mael  met  menacen  wierd  aengesyd  dat  hy  de  ge- 
seyde  deure  daegelyks  moeste  open  laeten,  wierd 


1  Archives   de   la  Confrérie,   vol.   1775-1786,   f°    1,  passim.  à  la 
Bibliothèque. 

2  Archives  de  la  Confrérie,  aux  Archives  de  l'État  à  Gand. 

3  Register  vry  huis  vry  erve,  1766,  bl.  1. 


—    24    — 

geresolveert  de  selve  deure  niet  alleene  den  ge- 
heelen  dag  neemaer  oock  ende  wel  naementlyk 
des  avonds  geslotten  te  hauden,  ende  waer  toe 
den  voornoemden  De  Coninck  tôt  dies  parti- 
culierelyk  ende  voor  soo  veel  als  nood  werd 
gelast l .  » 

La  maison  et  la  cave  situées  dans  la  rue  Saint- 
Jean  à  côté  de  la  Halle,  furent  vendues  en  1798 
comme  biens  nationaux.  Ils  sont  décrits  de  la 
manière  suivante  dans  le  procès-verbal  du  10  ven- 
tôse an  V  :  «  Procès  verbal  d'estimation  d'une 
maison  et  d'un  souterrain  situés  rue  Saint- Jean, 
laquelle  provient  de  la  ci-devant  Confrérie  Saint- 
Georges  et  affermée  au  citoyen  De  Coninck  :  une 
maison  en  mauvais  état,  un  jardin  contenant 
quatre  verges,  une  petite  cour,  trois  places  en  bas, 
deux  places  en  haut  sous  le  toit  qui  est  couvert 
d'ardoises  et  un  petit  grenier  dont  le  toit  est 
couvert  en  tuiles.  Le  souterrain,  loué  au  citoyen 
Laclus,  a  trois  places  et  une  petite  cave  2.  »  Il 
furent  acquis  le  6  germinal  an  V  par  la  demoiselle 
Marie  Impens,  religieuse  urbaniste. 

Paul  Voitueon. 
(A  suivre.) 


1  Registre  des  résolutions  de  la  Confrérie  Saint-Georges,  de  1779  à 
1795,  f°  88»,  déposé  aux  Archives  de  l'État  à  Gand. 
3  Archives  de  l'État  à  Gand. 


25     — 


LE  COLLÈGE  SAINT-NORBERT 

A      ROME 


Pour  favoriser  les  hautes  études  théologiques 
des  religieux  de  son  ordre,  Adrien  Stalpaerts, 
prélat  de  l'abbaye  de  Tongerloo,  fonda  le  collège 
Saint-Norbert  à  Rome. 

Voici  son  épitaphe,  qui  est  un  juste  éloge  de 
ses  qualités  : 

D.  0.  M. 

Reverendus  D.  Hadrianus  Stalparts 

Hilvaribecanus  hujus  coenobii  Abbas  XXXVI 

Hic  situs  est. 

Qui  ordinis  et  disciplinée  observantissimus 

Religiosorum  et  tenuioris  fortunae  studiosorum 

Patronus  niunificentissiinus 
Magno  suo  relicto  desiderio 

Decessit  VIII  Kal.  Nov. 

Anno  christi  CIO.IOC.XXIX. 

Aetatis  suae  LXVII,  Praelaturae  XX. 


—     26     — 

Cette  fondation  eut  lieu  dans  les  conditions  que 
nous  allons  raconter.  Comme  il  avait  été  question, 
en  1612,  de  donner  aux  Prémontrés  l'église  des 
Saints-Pierre  et  Marcellin,  à  Rome,  l'abbé  Stalpaerts 
pouvait  en  espérer  la  possession;  deux  de  ses 
religieux,  Denis  Mudzaerts,  curé  de  Calmpthout 
et  Corneille  Hanegraef,  curé  de  Broecliem,  s'étant 
rendus  à  Rome,  en  avril  1625,  à  l'occasion  de 
Tannée  jubilaire,  il  les  chargea  d'examiner  les 
moyens  d  obtenir  cette  église,  ou  du  moins,  un 
emplacement  favorable  à  l'érection  d'un  collège 
et,  plus  tard,  le  cas  échéant,  d'un  couvent.  La 
question  devait  être  décidée  selon  le  résultat  des 
informations  prises. 

Au  mois  d'octobre,  Mudzaerts  retourna  à  Ton- 
gerloo. 

Hanegraef  accomplit  sa  mission  avec  un  tel  suc- 
cès, qu'un  an  après,  la  veille  de  la  Toussaint,  trois 
étudiants  venaient  inaugurer  le  nouveau  collège, 
en  s'installant  clans  une  maison  provisoire,  située 
rue  Beata  Maria  del  populo.  Cosmas  Dillen  fut 
nommé  président  du  nouvel  institut.  On  changea 
plusieurs  fois  de  domicile,  en  attendant  l'instal- 
lation définitive. 

L'abbé  Stalpaerts  écrivait,  le  jour  de  la  Pente- 
côte, 1626  :  «  mon  âge  avancé  me  presse  d'arriver 
au  succès  de  l'entreprise.  Vu  mes  infirmités  et  les 
fatigues  de  ma  charge,  je  ne  puis  plus  compter 
que  sur  bien  peu  d'années,  je  serais  cependant 
heureux  que  Dieu  me  permît  de  vivre  assez,  pour 
voir  le  commencement  et  jouir  du  progrès  de  la 
fondation.  »   Son  désir  fut  accompli.   Le  collège 


27 


fut  établi  avant  sa  mort,  quoique  remplacement 
définitif  ne  fût  acquis  que  sous  son  successeur. 
Il  put,  en  1626,  grâce  à  des  dons  généreux, 
fournir  à  l'œuvre  plus  de  43,000  florins  du  Rhin  ; 
de  même  en  1627.  il  obtint  de  sa  parente  Elisabeth 
Stalpaerts,  pour  trois  bourses  d'études,  19,000  flo- 
rins, et  5,500  florins  pour  la  fondation  de  quatre 
messes  hebdomadaires,  qui  devaient  être  célébrées 
dans  la  chapelle  du  collège  1 . 

Le  prélat,  douze  jours  avant  sa  mort,  le  11  oc- 
tobre 1629,  écrivait  à  C.  Hanegraef,  qui  avait 
remplacé  le  président  C.  Dillen  décédé  :  «  J'attends 
avec  impatience  la  nouvelle  de  votre  arrivée  à 
Rome,  et  tous  les  détails  relatifs  à  la  chère  fon- 
dation. Je  vous  recommande  tout  particulièrement 
la  discipline  religieuse  et  la  charité  fraternelle. 
Mes  souffrances  m'interdisent  d'écrire  et  de  dicter 
longtemps.  Je  suis  pris  depuis  hier  par  la  fièvre.  » 

Le  pieux  abbé  avait  le  désir  de  faire  participer 
les  autres  abbayes  de  la  circarie  du  Brabant,  aux 
avantages  de  l'instruction  donnée  dans  son  col- 
lège, soit  en  y  envoyant  à  leurs  frais  des  étudiants, 
soit  en  contribuant  à  la  fondation.  Il  avait  même 
été  question,  au  début,  d'accomplir  l'œuvre  collec- 
tivement. Ce  projet  n'ayant  pas  réussi,  Stalpaerts 
resta  seul  chargé  de  cette  lourde  tâche. 

Quelques  prélats  cependant,  ceux  d'Anvers,  de 
Grimbergen,  Averboden,  Berne,  Dilighem  contri- 


1  Nous  ne  faisons  pas  mention  de  sommes  moins  importantes, 
mises  plus  tard,  par  les  prélats  de  Tongerloo,  à  la  disposition 
du  collège. 


—    28    — 

buèrent  à  l'œuvre,  en  versant  chacun  la  somme  de 
4000  florins.  Ils  acquirent  ainsi  le  droit  de  placer 
dans  l'institut  un  de  leurs  religieux,  sauf  les  deux 
dernières  abbayes  qui  ne  jouiraient  de  ce  droit 
qu'alternativement. 

Un  seigneur,  Jean  Honoré  van  Axel  de  Seny, 
originaire  d'Utrecht,  docteur  en  droit  civil,  avo- 
cat à  Rome,  reçut  le  titre  de  fondateur  du  collège, 
pour  avoir,  par  des  conseils  et  autres  actes  utiles, 
contribué  au  succès  de  l'œuvre.   Par  un  acte  de 
donation  du  27  février  1627,  il  mettait  au  service 
de  la  fondation  une  somme  de  4000  scudi  sur  la 
banque   du    Saint-Esprit.    Il  en    assurait    encore 
l'avenir  par  cent  luoghi  di  monte,  ou  lettres  de  rente 
de,  environ,  100  scudi,  sur  les  monts  de  piété.  Les 
sommes  laissées  par  l'abbé  Stalpaerts  figuraient 
dans  le  total  des  ressources  susdites.   Van  Axel 
légua,  de  même,  tout  son  mobilier  à  l'établisse- 
ment. Les  clauses  stipulées  en  faveur  du  nouveau 
collège  furent  insérées  dans  l'acte  de  fondation. 
Cet  institut,   sous  le  titre  de  collège  de  Saint- 
Norbert,    de  l'ordre    de   Prémontré,    fut  annexé 
sans  retour  à  la  circarie  du  Brabant,  et  fut  mis 
sous  la  direction  immédiate   d'un  président   élu 
par  les  prélats  de  la  circarie,  mais  la  direction 
générale  devait  toujours  rester  au  prélat  de  Ton- 
gerloo.  Grâce  au  pouvoir   que  lui  donnait  cette 
dignité,  il  avait  le  droit  de  nommer  ou  de  déposer, 
au  besoin,  le  président,    ainsi   que  le   proviseur 
et  les  autres  officiers  du  collège.  Cette  autorité  fut 
reconnue  par  tous  les  prélats  de  la  province,  qui 
l'acceptèrent  sans  conteste,  le  12  janvier  1630,  et 


—    29    — 

le  19  août  1657.  La  lettre  de  donation  stipulait  : 
qu'au  cas  où  le  collège  viendrait  à  être  supprimé, 
ses  possessions,  les  sommes  placées  en  rente  lui 
appartenant ,  devraient  retourner,  d'abord  aux 
prélats  du  Brabant,  et  h  leur  défaut,  aux  parents 
de  Van  Axel,  dont  les  noms  étaient  indiqués  dans 
l'acte;  enfin,  en  troisième  lieu,  au  Duc  de  Bra- 
bant, toutefois  avec  l'obligation  contractée  par 
chacun  de  ces  héritiers,  d'employer  toutes  ces 
ressources  à  une  autre  fondation  du  même  genre. 
Il  était  de  même  arrêté  qu'une  messe  anniversaire 
devrait  être  célébrée  pour  le  repos  de  l'âme  du 
fondateur  ' . 

Avec  l'autorisation  du  Pape  Urbain  VIII,  Hane- 
graef,  fit,  en  1632,  l'acquisition  d'une  maison 
avec  jardin.  Cette  propriété  appartenait  aux  reli- 
gieux de  Sainte-Pudentienne,  de  la  réforme  de 
Cîteaux.  Elle  était  située  2  via  Felice,  entre  les 
Quatre  Fontaines  et  l'église  Sainte-Marie  Majeure, 
et  leur  fut  payée  5,500  scudi.  Les  améliorations 
indispensables  que  réclamait  cette  nouvelle  pro- 
priété, et  l'arrangement  d'une  chapelle  en  l'honneur 
de  saint  Norbert,  exigèrent  une  dépense  de  3,200 
scudi  (1636).  Van  Axel,  aux  derniers  jours  de  sa 
vie,  voulut  se  réfugier  dans  son  cher  collège,  où 
il  expira  le  4  juin  1636.  Par  une  clause  particu- 
lière, ce  vénérable  fondateur  fut  inhumé  devant 


1  Miraeus,  Diplomata,  IV,  p.  688. 

2  La  maison  forme  aujourd'hui  le  coin  de  la  rue  des  Quatre- 
Fontaines  et  du  Viminal;  les  pères  de  Cîteaux  avaient  acquis  la 
propriété  des  héritiers  de  Pompei  de  Angelis,  chanoine  de  Sainte- 
Marie  Majeure. 


—     30    — 

le  maître-autel,  qui  avait  été  consacré  la  veille, 
jour  de  la  fête  de  saint  Norbert.  En  1634,  on 
célébra  un  jubilé  en  l'honneur  du  fondateur  de 
l'ordre.  A  cette  occasion  le  collège  se  distingua 
par  des  solennités  scientifiques  et  par  des  thèses 
théologiques  soutenues  en  public. 

Une  autre  institution,  connue  sous  le  nom  de 
collège  de  Prusse,  avait  été  fondée  en  1631,  par 
Jean  de  Preuck,  chanoine  de  la  cathédrale  d'Er- 
melancl,  en  faveur  des  étudiants  originaires  de  la 
Prusse  royale  ou  de  la  Prusse  ducale.  La  réunion 
de  ce  collège  au  collège  Saint-Norbert,  sauva  sans 
doute  le  dernier,  lorsque  la  République  française 
du  siècle  dernier  tenta  de  s'en  saisir,  comme  bien 
national,  en  vertu  du  traité  de  Campo  Formio. 
Un  vignoble  dépendant  de  cette  maison  et  situé 
hors  la  porte  Pinciana,  sur  la  colline  Pariolo, 
avait  déjà  été  vendu,  et  le  commissaire  français 
allait  prendre  possession  du  collège;  mais  le  pré- 
sident d'alors,  Egide  de  Smet,  adressa  à  Bertolio, 
délégué  de  la  République  française  auprès  de  la 
République  romaine,  une  protestation  contre  cet 
acte  de  despotisme  et  d'injustice,  au  sujet  d'une 
fondation  particulière,  dont  les  biens  devaient 
retourner  aux  héritiers  du  fondateur,  et  qui 
servait  de  garantie  pour  le  collège  de  Prusse. 
D'après  ces  considérants,  les  séquestres  ne  furent 
pas  maintenus;  du  moins  jusqu'en  1812,  le  collège 
resta  la  résidence  des  présidents  qui  étaient,  en 
même  temps,  chargés  de  diriger  les  affaires  de 
Tordre.  On  ne  sait  si  le  vignoble  vendu  fut  restitué. 

Jean   Baptiste  Sneyers,   le  dernier   président, 


—    31     — 

mourut  le  17  août  1812.  Après  lui,  les  religieux 
expulsés  de  l'abbaye  et  dispersés  en  divers  lieux, 
voyaient  chaque  jour  leurs  rangs  s'éclaircir,  sans 
pouvoir  en  combler  les  vides.  La  chambre  aposto- 
lique s'empara  alors  des  bâtiments,  et  le  Saint- 
Siège  en  devint  possesseur  pour  les  céder  ensuite 
(1833)  aux  sœurs  de  la  charité  de  N.  S.  du  Cal- 
vaire. Lorsqu'après  l'occupation  de  Rome  par 
les  Piémontais,  l'Italie  voulut  appliquer  la  loi 
d'incamération  à  l'ancien  Institut  Saint-Norbert, 
le  gouvernement  Belge  mit  opposition  à  cette 
prétention,  en  raison  des  droits  légitimes  que, 
soit  les  parents  du  fondateur,  soit  les  Prémon- 
trés Belges,  soit  le  pays  lui-même,  pouvaient 
faire  valoir  sur  la  propriété.  L'Italie  se  vit  clans  la 
nécessité  de  faire  droit  à  ces  justes  réclamations. 
Entretemps  le  ministère  conservateur,  qui  avait 
soulevé  cette  question,  fut  remplacé  par  un  mi- 
nistère libéral. 

Le  Gouvernement  belge,  se  considérant  comme 
successeur  du  Duc  de  Brabant,  grâce  aux  clauses 
et  conditions  stipulées  dans  l'acte  de  donation  de 
Van  Axel,  se  rendit  unique  possesseur  de  l'Institut, 
laissant  à  la  famille  du  fondateur  et  aux  autres  in- 
téressés la  latitude  de  faire  reconnaître  et  défendre 
leurs  droits  par  les  tribunaux. 

Du  moment  que  les  droits  de  la  famille  même 
étaient  méconnus,  on  ne  sera  pas  surpris  que 
plusieurs  autres  conditions  inscrites  dans  l'acte, 
n'aient  pas  été  respectées  ;  ainsi  en  arriva-t-il  de 
celle  qui  devait  obliger  à  reverser  les  capitaux  et 
les  rentes  acquis  à  l'institut,  sur  un  nouvel  établis- 


—     32    — 

sèment  du  même  genre.  La  totalité  de  la  propriété 
qui  avait  été  estimée  274,000  francs,  fut  vendue 
170,000  francs.  Le  contrat  de  cette  vente  fut 
passé  le  19  avril  1884.  La  minorité  de  la  Chambre 
était  d'avis  de  différer  la  conclusion  de  cette  affaire, 
afin  d'avoir  assez  de  temps  pour  en  examiner  les 
avantages  et  les  inconvénients;  mais  la  majorité 
l'emporta,  et  l'acte  de  vente  fut  ratifié  par  la 
chambre  des  représentants,  le  17  mai,  et  par  le 
Sénat  le  21  du  même  mois.  Tout  paraissait  ter- 
miné, lorsque  les  religieuses  qui  avaient  été  instal- 
lées dans  l'établissement,  intentèrent  un  procès 
aux  acheteurs  ',  et  obtinrent  gain  de  cause,  non 
seulement  en  première  instance,  mais  encore 
devant  la  cour  de  cassation,  qui  décida  qu'elles 
devaient  rester  propriétaires  de  l'immeuble,  en 
vertu  de  la  prescription.  Le  Gouvernement  belge 
fut  donc  obligé  de  rembourser  les  sommes  reçues, 
avec  les  intérêts.  L'arrêt  de  la  cour  de  cassation 
fut  prononcé  en  juillet  1887  2. 

La  chapelle  du  collège  est  encore  aujourd'hui 
dans  le  même  état  qu'au  temps  de  l'administration 
du  président  Meyers  (1736-1738). 

Dans  la  niche  du  chœur,  au-dessus  d'un  autel 
en  marbre,  dédié  à  saint  Norbert,  se  trouve  sculp- 
tée l'image  du  fondateur  de  l'ordre.  Le  Saint  est 
représenté  au  moment  où  il  reçoit  la  robe  blanche 
des  mains  de  la  sainte  Vierge.  Deux  autres  autels 
sont  placés  contre  les  murs  latéraux  de  la  nef.  Le 


1  Ricotti  et  Cie. 

5  Annales  parlementaires ,  1883-1884. 


—    33    — 

premier  dédié  à  saint  Adrien  et  à  saint  Jacques, 
martyrs,  se  trouve  du  côté  de  l'épître;  le  second, 
du  côté  de  l'évangile,  est  consacré  au  B.  Herman 
Joseph;  ils  sont  ornés  chacun  d'un  tableau  de 
Dominique  Pozzi.  Le  pape  Benoît  XIII  en  avait 
fait  la  consécration,  le  7  avril  1728. 

On  remarque  encore  six  tableaux  représentant 
différentes  scènes  de  la  vie  de  saint  Norbert  ;  deux 
sont  placés  dans  la  nef,  et  quatre  dans  le  chœur. 
Le  premier  figure  la  conversion  de  saint  Norbert. 
Dans  le  second,  il  reçoit  l'habit  blanc  des  mains 
de  la  sainte  Vierge.  Dans  le  troisième,  on  le  voit 
avec  le  roi  Lothaire,  accompagnant  Innocent  II, 
à  sa  rentrée  à  Rome.  Dans  le  quatrième,  saint 
Augustin  lui  donne  la  règle  de  son  ordre.  Ces 
quatre  toiles  ont  été  peintes  par  Lambert  Krahe 
de  Dusseldorf.  Les  deux  derniers  tableaux  de  la 
nef  nous  mettent  sous  les  yeux,  l'un  saint  Norbert 
prêchant  à  Anvers;  le  second,  Honorius  confir- 
mant l'ordre  des  Prémontrés;  ils  sont  l'œuvre 
de  Joris  Nagel  de  Neurenberg.  En  dehors  de  ces 
peintures,  les  parois  de  la  nef  sont  ornées  de 
médaillons  et  de  piliers  en  stuc,  artistement  tra- 
vaillés et  imitant  le  marbre.  Toutes  les  décorations 
et  dorures  ont  été  admirablement  exécutées  sous 
la  direction  de  Barigioni,  architecte  de  la  fabrique 
de  Saint-Pierre  (1740).  Au  milieu  du  pavé  en 
marbre  de  l'église,  sont  dessinées  et  gravées  les 
armoiries  du  président,  N.  Meyers  :  au  lion  de 
gueules,  portant  une  branche  de  palmier  ' . 

1  Sur  le  sceau  de  N.  Meyers,  le  champ  est  d'azur. 


—     34    — 

II 
Les  Présidents  du  collège  Saint-Norbert 

I.  Cosmas  Dillen,  né  àBalen,  proclamé,  en  1619, 
licencié  en  théologie  de  l'Université  de  Louvain, 
nommé,  en  1620,  curé  de  Tongerloo,  conduisit  à 
Rome  les  premiers  étudiants  du  collège  à  peine 
fondé,  et  en  fut  élu  président.  Il  mourut  le  6  août 
1629,  à  l'âge  de  42  ans,  et  fut  enterré  dans  l'église 
de  Beata  Maria  delV anima.  D'après  le  nécrologe  du 
Collège  c'était  un  homme  d'une  piété  remarquable. 

II.  Corneille  Hanegraef,  originaire.de  Lommel, 
était  curé  de  Broechem  en  1619.  C'est  lui  qui  posa 
à  Rome  les  premières  fondations  de  la  maison 
d'études  et  en  soigna  les  intérêts  en  qualité  de 
proviseur,  jusqu'à  la  fin  de  l'année  1627.  Il  devint 
président  deux  ans  plus  tard,  et  compléta  le  nouvel 
institut  par  l'aménagement  de  la  chapelle  de  l'ha- 
bitation, et  l'acquisition  d'une  maison.  En  considé- 
ration de  ses  éminents  services,  le  pape  Urbain  VIII 
lui  accorda,  en  1634,  la  dignité  de  protonotaire 
apostolique.  Il  publia  une  vie  de  saint  Norbert  et 
celle  du  B.  Herman-Joseph.  Outre  ces  ouvrages 
écrits  en  langue  italienne,  il  laissa  en  manuscrit, 
diverses  notes  très  importantes  sur  la  fondation 
du  collège  Saint-Norbert.  Sa  mort  eut  lieu  dans 
les  plus  tristes  circonstances  ;  comme  il  prenait  des 
bains  dans  le  Tibre,  par  ordonnance  du  médecin, 
il  fut  entraîné  par  une  vague,  le  21  juillet  1636  et 
se  noya.  On  ne  retrouva  son  corps  qu'au  bout  de 


-    35    - 

trois  jours,  et  on  l'inhuma  dans  la  chapelle  du 
collège. 

III.  Jean  Coomans  de  Turnhout,  au  retour  de 
Magdebourg,  où  ses  supérieurs  l'avaient  envoyé, 
avec  d'autres  missionnaires,  reprendre  possession 
de  la  prévôté  de  N.  D.,  avait  rempli  à  Tongerloo 
les  fonctions  de  prieur  et  de  proviseur.  Il  succéda 
à  Hanegraef  comme  président  du  collège  et  pro- 
cureur de  l'ordre  (1636)  auprès  la  cour  romaine. 
Le  pape  Urbain  lui  donna  le  titre  de  docteur  en 
théologie. 

Il  aurait  désiré  consacrer  ses  dernières  années 
à  la  conversion  de  ses  frères  de  la  Saxe  électorale 
et  de  la  Marche  de  Brandebourg,  mais  il  n'en  eut 
pas  le  temps.  Pris  en  Bavière  d'une  maladie  mor- 
telle, il  succomba  le  8  octobre  1644,  à  l'âge  de 
54  ans,  et  fut  enterré  à  l'abbaye  de  Neustift,  près 
Freisingen. 

IV.  Siard  De  Smet,  de  Lippeloo,  remplit  les 
fonctions  de  président  du  collège  de  1644  à  1646. 
Il  fut  honoré  du  titre  de  protonotaire  apostolique 
et  mourut  proviseur,  à  Tongerloo,  le  20  avril  1662. 

V.  Corneille  van  Houthem,  natif  de  Tongelre, 
proclamé  à  Rome,  le  25  octobre  1646,  docteur  en 
théologie,  dirigea  l'institut  Saint-Norbert  jusqu'en 
1660.  Il  fut  nommé  curé  à  Hersselt  et  mourut  le 
4  novembre  1663. 

VI.  Walter  van  Hilst,  d'Hasselt,  fut  président 
du  collège  de  1660  jusqu'en  1666.  Devenu  prévôt 
du  couyent  le  jardin  fermé,  à  Herenthals,  il  mourut 
le  2  septembre  1679. 

VII.  Eu  1666  jusqu'en  1671,  et  de  1673  à  1683/ 


—    36    — 

Valère  Mundelaers,  né  à  Herenthals,  bachelier  en 
théologie,  présida  le  collège. 

Nous  ignorons  le  nom  de  celui  qui  le  remplaça 
pendant  les  deux  années  qu'il  dut  passer  à  Ton- 
gerloo  pour  y  enseigner  la  théologie.  Ce  religieux 
était  très  érudit,  pieux,  simple  et  loyal,  il  était 
en  outre  un  véritable  homme  d'affaires.  Il  renonça 
à  sa  charge  en  1683  pour  vivre  dans  la  solitude  du 
cloître.  Il  mourut,  le  6  août  1699,  à  l'âge  de  73  ans. 

VIII.  Ignace  Backx,  né  à  Malines,  frère  de 
Rombaut  Backx,  pléban  de  la  cathédrale  d'Anvers 
et  célèbre  par  ses  écrits,  licencié  en  théologie,  fut 
élu  président  du  collège  à  Rome,  en  l'année  1683, 
et  en  remplit  les  fonctions  jusqu'en  1726.  Le  titre 
honorifique  d'abbé  de  Belchamps  lui  fut  décerné 
en  1697.  Les  chanoines  réguliers  de  la  congréga- 
tion de  Windesheim  lui  confièrent  la  charge  de 
procureur  général  de  leur  ordre. 

Le  collège  ne  fit  que  progresser  sous  sa  direction, 
il  y  ajouta  plusieurs  constructions  et  des  embel- 
lissements, et  bâtit  une  maison  de  campagne  hors 
de  la  ville,  dans  le  vignoble  dépendant  du  collège. 
Il  mourut  le  3  juillet  1726. 

IX.  Norbert  Mattens,  de  Bruxelles,  succéda  à 
Ignace  Backx  comme  président  et  fut,  en  même 
temps,  nommé  procureur  de  l'ordre.  Quoiqu'il 
n'ait  vécu  que  deux  ans  et  demi  après  son  élection, 
ses  brillantes  qualités  et  son  zèle  avaient  été 
féconds  en  bonnes  œuvres.  C'était  Un  homme  en 
même  temps  savant  et  pieux.  L'annaliste  de 
l'ordre,  C.  L.  Hugo,  abbé  d'Etival  et  évêque  de 
Ptolémaïde,  annonça  son  décès,  en  faisant  de  lui 


—    37    — 

un  juste  éloge.  Norbert  Mattens  avait  su  se  conci- 
lier l'estime  et  l'amitié  intime  du  Pape  Benoît  XIII, 
qui  lui  en  donna  plusieurs  fois  les  preuves  les  plus 
éclatantes.  Il  avait  obtenu  ainsi  la  confirmation 
du  culte  de  plusieurs  bienheureux  de  l'ordre.  Le 
Souverain  Pontife,  à  sa  prière,  consacra  lui-même 
la  chapelle  du  collège,  lui  décerna  le  titre  d'abbé 
de  Fontaine-Saint- André,  donna  la  bénédiction 
abbatiale  le  21  mai  1725  et  lors  de  sa  dernière 
maladie  fit  prendre  chaque  jour  de  ses  nouvelles. 
Mattens  expira  le  dernier  jour  de  1728.  Par  les 
ordres  du  Souverain  Pontife,  le  corps  fut  exposé 
revêtu  des  ornements  pontificaux  et  les  tentures 
de  deuil  de  la  chapelle  papale  servirent  pour  la 
cérémonie  des  obsèques. 

X.  Paul  T'Kint,  d'Alost,  devint  président  et  pro- 
cureur général  de  l'ordre  en  1729.  Il  remplit  ces 
fonctions  jusqu'en  1736.  Plus  tard  on  le  nomma 
doyen  rural  et  curé  de  Notre-Dame  à  Diest.  Il 
mourut  le  1  juillet  1749,  âgé  de  54  ans. 

XI.  Il  fut  remplacé  par  Nicolas  Meyers,  natif 
de  Maaseyck,  qui  exerça  les  fonctions  de  président 
pendant  42  ans,  de  1736  à  1778.  Cet  humble  reli- 
gieux refusa  le  titre  d'abbé  de  Belchamp,  décli- 
nant l'honneur  de  porter  la  mitre.  Le  collège  lui 
dut  plusieurs  embellissements  artistiques  et  beau- 
coup d'améliorations  pratiques.  Par  ses  soins,  la 
statue  de  Saint-Norbert,  sculptée  en  marbre  par 
Bracci,  fut  placée  dans  la  basilique  de  Saint-Pierre, 
et  l'image  en  fut  gravée  sur  cuivre  par  P.  L.  Bom- 
belli,  à  l'occasion  de  l'année  jubilaire  (1775). 

XII.  Égide  de  Smet  d'Herenthout  fut  nommé 


—     38    — 

président  par  le  prélat  de  Tongerloo,  le  22  mars 
1779,  et  élevé,  quelques  jours  plus  tard,  à  la 
dignité  de  procureur  par  le  Général  de  l'ordre. 

Il  arriva  à  Rome  le  5  mai.  Malgré  les  difficultés 
des  temps,  il  resta  à  son  poste  jusqu'à  son  décès, 
le  2  février  1804,  s'acquittant  de  ses  doubles 
fonctions  avec  un  mérite  réel,  et  rendant  d'im- 
portants services  à  l'église  des  Pays-Bas,  comme 
chargé  des  affaires  des  diocèses  d'Anvers  et  de 
Malines. 

Waltman  Van  Lier  et  Pius  Peeters,  nés  à  Anvers, 
furent  les  deux  derniers  religieux  de  Tongerloo 
qui  avaient  été  élèves  du  collège  Saint-Norbert. 
Arrivés  à  Rome,  en  1793,  ils  en  partirent  en  1796. 
A  leur  retour,  ils  furent  emprisonnés  à  Cologne 
pendant  quelque  temps  par  les  Français  en  guerre 
avec  l'Autriche.  Adrien  Heylen,  le  savant  archi- 
viste, inscrit  par  les  républicains  sur  la  liste  des 
exilés,  fut  envoyé  à  Rome  par  ses  confrères  en 
1801.  On  suppose  qu'il  avait  reçu  la  mission  d'y 
soutenir  E.  De  Smet  et  de  défendre  les  intérêts  de 
l'ordre  auprès  du  Saint-Siège.  Le  1er  mai  1802,  il 
écrivait  aux  siens  qu'il'  était  en  parfaite  santé  et 
trois  jours  après,  il  n'était  plus. 

XIII.  Jean  Baptiste  Sneyers,  de  Wickevorst, 
fut  le  dernier  des  présidents  du  collège  Saint-Nor- 
bert. Novice  chez  les  Jésuites,  lors  de  la  suppres- 
sion de  la  Compagnie  de  Jésus,  admis  à  Tongerloo, 
il  fut,  en  1781 ,  envoyé  à  Rome,  pour  y  achever  ses 
études.  Son  séjour  s'y  prolongea  jusqu'à  l'année 
1784.  Il  fut  tour  à  tour  vicaire  à  Orp,  puis  secré- 
taire du  prélat,  coadjuteur  à   Nieuwmoer.   Lors 


-    39    — 

de  la  suppression  par  la  République  française,  il 
était  préposé  aux  Archives.  Par  une  lettre  d'Haren, 
datée  du  4  août  1804,  les  régents  d'alors  le  nom- 
mèrent président  du  collège  en  même  temps  que 
chargé  d'affaires.  Pendant  son  séjour  à  Rome  il  ne 
se  lassa  pas  de  prodiguer  des  secours  à  tous  ses 
confrères,  ainsi  qu'aux  catholiques"  des  Pays-Bas. 
Il  mourut  à  Rome,  le  17  août  1812. 

Nous  avons  fait  connaître  plus  haut  le  sort 
que  subit  le  collège  Saint-Norbert,  après  la  mort 
de  J.  B.  Sneyers. 

(D'après  :  De  abdij  van  Tongerloo,  geschiedkundige  navor- 

'  schingen',   door    Fr.   Waltman   Van   Spilbeeck,    Nor- 

bertijner  kanunnik-regulier  van  Tongerloo.  Lier,   L. 

Taymans-Nezy,  1888,  vol.  in-8°,  651  blz.,  met  talrijke 

plaatsneden  versierd.) 

I.  V.'S. 


—    40 


LES 

SEIGNEURIES  DU  PAYS  DE  MAL1NES 


KEERBERGEN 

ET 

SES    SEIGNEURS1. 

Par  suite  de  la  mort  de  son  père,  Jean  IV  de 
Cortenbach,  chevalier,  releva  la  seigneurie  de 
Keerbergen  le  9  avril  1524  : 

«  Van  heeren  Janne  van  Corttenbach,  riddere,  die  opten 
negensten  dagh  van  Apiïl  anno  XVCXXIIIJ  aen  den  voirsz. 
stadhondere  ende  mannen  van  leene,  te  wetene  Rogiere  van 
Expoele  ende  Jacoppen  van  Asscheijde,  ontfangen  heeft 
nair  dooder  handt  de  heerlijcheijt,  hooge,  middele  ende 
lege,  van  den  dorpe  van  Keerberge  met  allen  hueren  toe- 
behoorten,  ende  dair  vuijt  sijne  hère  vader  gestorven  es, 
staende  bij  Rijmenam;  onfaen  voir  't  heergewede  thien 
rijders,  vz.  iij  lib.  xv  st.  »  (C.  n°  17838). 

Dans  le  registre  féodal,  établi  en  1538,  par  Jean 
de  Diest,  nous  lisons  que  le  chevalier  Jean  de  Cor- 
tenbach, héritier  de  son  père  Ivain,  tenait  en  fief 
en  cette  année  du  duc  de  Brabant,  en  qualité  de 
seigneur  de  Malines,  la  seigneurie  de  Keerbergen, 
valant  annuellement  environ  200  couronnes. 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  4e  liv.  1889,  p.  447. 


-    41    - 

Jean  IV  fut  exécuteur  testamentaire  de  son 
parent  François  de  Cortenbach  (fils  de  Jean  III  et 
de  Marguerite  de  Ghistelles),  mort  le  3  septembre 
1530  (Heeren  v.  Helmond,  p.  17).  Le  19  août  1536, 
il  figura,  à  Bruges,  au  contrat  de  mariage  de  Josse 
de  Cortenbach  (frère  dudit  François)  avec  Catherine 
de  Halewijn  (ib.,  p.  18).  Il  épousa  Elisabeth  Bauw 
(Bau,  Bauws  etc.),  riche  héritière,  pour  laquelle  il 
releva  le  31  mars  1513,  la  seigneurie  des  villages 
de  Vremde,  d'Echoven  et  d'une  partie  de  Mille- 
ghem,  't  ho f  van  Ghinderachter,  à  Vilvorde,  le  bien 
de  ten  Dijcke,  à  Bouchout,  un  manoir  à  Haeren, 
au  lieu  dit  Ganseweijde  (B.  349,  p.  362),  manoir 
nommé,  depuis,  de  hoeve  van  Cortenbach  ou  het 
oudt  casteel  van  Cortenbach  (E.  B.).  Le  même 
jour  Jean  fut  investi,  par  la  mort  de  son  frère 
Guillaume,  du  schrijfambacht  '.  Le  31  du  mois 
suivant,  il  fit,  pour  sa  femme,  le  relief  d'une  cour 
censale,  décrite  de  la  façon  suivante  :  «  eenen 
heerlijcken  chijus  mit  meijer  ende  laten,  die 
kennesse  hebben  van  erven  ende  onterven  van 
den  huijsen  ende  goeden  gelegen  binnen  der 
stat  van  Lyere,  tusschen  de  binnen  ende  buijten 
porten,  dair  men  gaet  tôt  Sinte  Gommaers  borre, 
weert  metten  xxen  penning  van  pontghelde  — 
jairlix  iij  ponden  paijments  ende  Lxiij  cap- 
puijnen.  »  Son  beau-père,  Henri  Bau  avait  relevé 

1  Ce  fief  fut  relevé  successivement,  le  11  octobre  1549,  par  Elisa- 
beth Bauws,  héritière  de  son  mari  Jean  de  C.  ;  le  4  novembre  1560, 
par  Anne  de  Berlo,  nièce  de  celle-ci  ;  le  22  mars  1586  par  Guillaume 
de  Merode,  seigneur  de  Laere,  en  qualité  d'héritier  de  sa  mère,  Aune 
de  Berlo,  dame  de  Gossoncourt,  veuve  dp  messire  Richard  de  Merode 
(B.  20  p.  166;  363  p.  134). 


-    42    - 

ce  fief  important,  le  16  mai  1483,  comme  suc- 
cesseur de  son  père  Walter  Bau,  qui,  lui,  l'avait 
reçu,  le  12  juin  1467,  par  achat  de  Jacques  Kerre- 
man.  Celui-ci  l'avait  possédé  du  chef  de  sa  mère, 
Marie  de  Ranst  (B.  25  p.  124).  Le  13  octobre  1513, 
Elisabeth  Bauw  fut  investie  de  terres  et  de  bois 
à  Reeth  et  de  la  seigneurie  de  Vriessele  • ,  à  Contich 
(C.  17837).  Le  5  octobre  1528,  Jean  de  Cortenbach 
fit  un  relief  pour  Agnès  de  Berchem,  fille  d'Elisa- 
beth de  Lierre,  qui  était,  elle,  une  fille  naturelle  de 
Jean  de  Lierre  (B.  25,  p.  292).  Lors  du  mariage  de 
sa  nièce  Anne  de  Berlo  avec  Richard  de  Merode, 
seigneur  de  Gossoncourt,  il  dota  celle-ci  de  terres 
àDommelen  (rel.  du  27  mars  1530;  B.  352  p.  547). 
Il  possédait,  en  outre,  dans  cette  localité,  en  com- 
mun avec  sa  femme,  une  propriété,  comprenant 
une  maison,  un  moulin,  des  terres  et  des  prairies  ; 
elle  fut  relevée,  le  19  avril  1614,  par  messire 
Guillaume  van  der  Cluijsen  (fils  de  Henri,  seigneur 
de  Dommelen),  pour  sa  mère  Marie  van  den 
Nijeuwenhuijsen  (B.  371  p.  213). 

Jean  de  Cortenbach  et  sa  femme  ne  laissèrent 
pas  d'enfants.  Ils  firent  leur  testament  le  22  dé- 
cembre  1537*.  Son  mari  étant  mort  le  21  août 


1  Vriessele,  Vriessel,  Vrijsel,  etc.,  ridderlijk  hof,  avec  40  à 
50  bonniers  de  terre,  avait  un  mayeur,  des  tenanciers  et  des  hom- 
mages, ces  derniers  au  nombre  de  25.  Par  suite  de  la  mort  d'Elisa- 
beth Bau,  veuve  de  Jean  de  C,  seigneur  de  Keerbergeu,  messire 
Jacques  de  Rommerswael,  seigneur  de  Batenbroeck  (sous  Waelhem), 
releva  ce  fief,  le  2  septembre  1560,  avec  une  rente  de  16  quarts  de 
blé,  hypothéquée  sur  le  moulin  de  Vrijsel  (M.  II,  p.  89). 

'  D'après  l' Histoire  des  Environs  de  Bruxelles,  ils  testèrent  en  faveur 
de  leur  cousine  Jeanne  d'Enghien,  femme  de  Gaspard  van  der  Noot, 
seigneur  de  Carloo.  Marie  d'Enghien,  femme  de  Jacques  de  Lalaing, 


—    43     — 

1 549,  Elisabeth  Bauw  reçut  l'usufruit  de  quelques- 
uns  de  ses  biens.  —  Le  27  juillet  1515,  elle  avait 
été  investie  d'une  rente  annuelle  de  200  florins, 
hypothéquée  sur  le  manoir  d'Opstalle  (sous  Rijme- 
nam  et  Bonheijden),  appartenant  alors  à  Nicolas 
Oudart,  conseiller  au  conseil  de  Brabant  (M.  2, 
p.  35)  '.  Elle  décéda  le  2  septembre  1560  et  semble 
avoir  été  enterrée  avec  son  premier  mari,  à  Ma- 
lines,  dans  l'église  de  Notre-Dame-au-delà-de-la- 
Dyle.  —  Voici  l'épitaphe  de  ces  époux  : 

«  Hier  in  den  hooghen  Choor  leet  begraven  —  den  Edelen 
ende  wel  gheboeren  Heer  Heer  Jan  van  —  Cortenback, 
Ridder,  Heer  van  Keerberghen,  Vremde  —  Eechoven  &ca, 
sterft  int  Jaer  ons  heeren  XVCXLIX  —  den  xxi  augusti. 
Ende  vrouwe —  Elisabeth  Bauw  sijn  wettighe  huijsvrouw  — 
vrauwe  van  Vremde  en  Eeckhoven.  Sij  sterf  int  jaer  ons 
heeren  XVCLX  den  tweeden  september.  » 

La  tombe  était  ornée  des  huit  quartiers  res- 
pectifs des  époux  : 

Cortenbach  (les  trois  bandes)  ; 

Amstenraedt  (de  gueules  à  la  croix  gringolée 
d'argent,  chargée  en  cœur  d'un  écusson  d'argent 
à  trois  tourteaux  de  gueules. 

Helmont  (d'argent  à  trois  pals  de  gueules)  ; 

Stakenborch  (d'or  à  trois  anilles  d'azur)  ; 

SchoefF  (d'azur  à  trois  gerbes  d'or)  ; 

Schoenjans  (d'or  à  trois  tours  de  sable)  ; 

van (der)Aa  :  échiqueté  d'or  et  de  gueules;  au  franc- 
quartier  d'argent,  chargé  d'une  merlette  de  sable; 

et  sa  sœur  Jeanne,  relevèrent  't  hof  van  Ginderachter ,  à  Vilvorde, 
le  22  juin  1561  (E.  B.). 

1  Voyez   J.-ïh.    de   Raadt,    Quelques   observations   sur  Nicolas 
Oudart  et  son  jeton. 


-    44    - 

Erpe  (de  sable  au  sautoir  componé  d'argent  et 
de  gueules).  — 

Bauw  (d'azur  à  la  bande  d'or,  chargée  de  trois 
croisettes  de  gueules)  ; 

Kerremans  (d'or  à  trois  merlettes  de  sable)  ; 

Ranst  (d'argent  à  trois  pals  de  gueules  ;  au  franc- 
quartier  de  sable  chargé  d'un  lion  d'or)  ; 

Boxtel  (de  gu.  à  deux  fasces,  ace.  de  huit  merl. 
en  orle;  le  chef.  ch.  d'une  aigle,  le  tout  d'argent)  ; 

Edingen  (Enghien  :  d'argent  à  trois  fleurs  de 
lis  de  sable,  au  pied  coupé,  au  franc-qu.  d'Enghien)  ; 

Mol  (de  gu.  à  cinq  losanges  d'arg.  aboutés  et 
posés  en  croix,  cantonné  de  vingt  billettes  d'or, 
cinq  dans  chaque  canton)  ; 

Oysi  (d'argent  au  croissant  de  gueules)  ; 

Vaernewijck  (de  sable  à  trois  lions  d'argent)  \ 

Dans  la  même  église,  on  voyait  encore  un  autre 
monument  (pierre,  obit  ou  cabinet  d'armes),  por- 
tant ces  blasons; 

Cortenbach,  Helmont,  Schooff  (écartelé  de 
Schoonjans),  van  Aa;  Bau  (écartelé  de  3  crois- 
sants, qui  est  Eechoven),  Ranst *,  Edinghen  alias 
Kestergaete  3,  Oysy. 

Les  16  quartiers  qui  précèdent  sont  basés  sur  les 
filiations  représentées  aux  deux  pages  suivantes. 

1  Provincie,  stad  etc.  v.  Mechelen;  B.  R.,  C.  G.  manuscrit  n°  1511, 
p.  250.  —  Le  manuscrit  n°  1515,  de  la  même  collection,  contient 
également,  à  la  page  404,  une  copie  de  l'épitaphe  et  des  16  quartiers. 
Ici,  l'écu  de  Stakenborch  est  muni  d'un  franc-quartier,  chargé  de 
trois  coqs,  qui  est  Hennegrave  (Rietstap,  Armoriai  général). 

-  Ranst  ici  :  écartelé  ;  aux  1er  et  4e,  d'argent  à  trois  pals  de  gueules  ; 
aux  2e  et  3e,  de  gueules  à  deux  fasces,  ace.  de  huit  merlettes  en  orle, 
le  tout  d'argent. 

3  Enghien,  au  franc-quartier  d'argent  chargé  de  3  fleurs  de  lis  de 
sable,  au  pied  coupé  (B.  R.,  C.  G.  1511,  p.  189). 


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Le  musée  royal  d'antiquités  et  d'armures,  à 
Bruxelles,  possède  une  splendide  cheminée,  pro- 
venant de  Jean  de  Cortenbach  et  d'Elisabeth 
Bauw;  elle  est  ornée,  au  milieu  des  armes  de  Cor- 
tenbach (avec  cimier),  entourées  d'une  guirlande, 
qui  est  tenue  par  des  génies.  Des  deux  côtés,  on 
voit  un  écusson  en  losange,  parti  de .  Cortenbach 
et  de  Bauw  (écartelé  d'Eechoven). 

Le  9  novembre  15G0,  Barbe  de  Rommerswael 
et  son  époux,  Arnould  de  Berlo,  seigneur  de 
Cortenbach,  furent  investis,  par  suite  de  la  mort 
d'Elisabeth  Bauw,  et  en  vertu  de  leur  contrat  de 
mariage,  d'une  rente  hypothéquée  sur  les  terres 
de  Jean  van  Landonck,  à  Reeth,  et  de  2  1/2  bon- 
niers  de  terre  dans  cette  commune  (M.  2  p.  92). 
Le  25  juin  1598,  messire  Antoine  van  der  Gracht, 
seigneur  de  Schardau,  prêta  pour  Barbe  le  serment 
du  chef  de  ces  deux  fiefs.  Le  22  mars  1611,  elle 
transporta  les  2  1/2  bonniers  à  Jean,  Henri,  Pierre 
et  Alexandre  van  der  Goes  (M.  48  p.  166v°).  Dans 
l'église  de  Duffel,  il  y  avait,  autrefois,  une  verrière 
aux  armes  de  Berlo  et  de  Berlo  parti  de  Rom- 
merswael (de  gueules  à  deux  épées  d'argent, 
emmanchées  d'or,  posées  en  sautoir)  et  portant 
cette  inscription  : 

«  Alart  (?)  van  Berlo  Heer  van  Cortenback,  1616. 
«  Barbara  van  Romerswale  vrouwe  van  Eechoven,  Baten- 
broeck,  Vremde  1616  »  (C.  G.  1511). 


Après  la  mort  du  chevalier  Jean  de  Cortenbach i 
la  seigneurie  de  Keerbergen  échut  à  son  neveu 


—    48    — 

Guillaume  de  Berlo1,  fils  de  Guillaume,  seigneur 
de  Petit- Axhe,  écuyer  de  Philippe-le-Beau  ,  et  de 
Catherine  de  Cortenbach.  Il  la  releva  le  12  no- 
vembre 1549  : 

«  Van  Joncheer  Willem  van  Berlo,  die  opten  xijen  dach 
van  novembri  anno  XVCXLIX  nae  doode  vanwijlen  heeren 
Janne  van  Cortenbach,  Riddere,  zijnen  oom,  aen  den  voersz. 
stadthoudtre  ende  mannen  van  leene,  te  wetene  Jan  van 
Beeringen  ende  Meester  Henrick  Vermeere,  ontfaen  heeft 
tôt  eenen  vollen  leene  't  dorp  ende  heerlicheijt  van  Keer- 
berghen,  met  hooge,  middele  ende  leeghe,  met  heerlijcke 
chijsen,  van  meyere  ende  laten,  keuren,  brueken,  mannen 
van  leene,  met  eenen  wintmolen,  ghestaen  aldaer,  onder 
't  voersz.  dorp,  ende  allen  anderen  heurec  toebehoirten, 
in  aile  der  vuegen  ende  manieren,  ghelijck  de  voersz. 
wijlen  heere  Jan  van  Cortenbach  die  in  zijnen  levene 
te  besitten  plach;  ontfaen  voer  't  hergeweijde  iij  lb.  xv  st.  » 
(C.  n°  17838). 

Le  2  novembre  1552,  Guillaume  de  Berlo, 
seigneur  de  Keerbergen,  fut  investi,  par  achat  de 
Thomas  de  Plaines,  seigneur  de  La  Roche,  d'une 
rente  hypothéquée  sur  le  château  de  Koest  (B.  357 
p.   280).  Il  posséda  également  la   seigneurie  de 


1  Les  Berlo,  Berloo,  etc.,  sont  une  ancienne  et  puissante  famille 
du  village  de  Berloz  (au  pays  de  Liège),  qu'elle  possédait  jadis 
comme  franc-alleu  et  où  elle  avait  un  château  fort  (St.  Bormans, 
Les  seigneuries  allodiales  de  Liège).  Au  traité  de  Fexhe,  18  juin 
1316,  on  rencontre  parmi  la  noblesse,  Gerar  de  Bierloz  et  Rues 
de  Bierloux  (Mgr.  Namèche,  Hist.  de  la  Princip.  de  Liège).  —  Dans 
les  combats  des  d'Awans  contre  les  de  Waroux,  les  Berlo  furent 
dans  le  camp  de  ces  derniers  (ibid.). 


4!) 

Swijveghem  et  figure  fréquemment,  en  dernier  lieu 
le  22  mars  1556,  parmi  les  hommes  de  fief  du  pays 
de  Marines  (C.  17839). 

Sa  femme  était  Jeanne  de  Merode,  dame  de 
Pologne,  vicomtesse  de  Looz  etc.,  qui  mourut  le 
25  septembre  1552  '  et  fut  inhumée  à  Muijsen  sous 
une  pierre  ornée  de  ses  huit  quartiers  et  de  cette 
épitaphe  : 

«  Hier  leet  begraven  Jouffïouwe  Jolianna  van  Merode 
dochter  wijlen  lieeren  Henricx  van  Merode,  heere  van 
Voelen,  Braive,  etc.,  die  welcke  wettighe  huijsvrouwe  was 
van  Joncheer  Willem  van  Berlo  heere  van  Keerberghen 
ende  Siviveghem  ende  sterf  int  jaer  ons  heeren  1552  den 
25  septeniber  diens  siele  godt  ontfermen.  » 

Les  quartiers  sont  : 

Merode,  van  der  Aa,  Bauw,  Hardumont;  Mos- 
male,  Horyon,  Boulant  alias  Rolle,  Fexhe  2. 

Ceux  de  son  mari,  dans  la  même  ordonnance, 
sont  :  Berlo,  Houtain,  Duras,  Guijgoven;  Corten- 
bach,  Berlaer,  Schoof,  van  der  Aa. 

Nous  donnerons  aux  pages  suivantes  les  deux 
tableaux  généalogiques  qui  sont  représentés  par 
ces  quartiers  : 


1  D'après  l'ouvrage  intitulé  :  Geschichte  der  Famille  Merode,  par 
E.  Richardson  (pseudonyme  du  comte  E.  de  Mirbach-Harf)  la  femme 
de  Guillaume  de  Berlo  serait  morte  en  1572  (I,  p.  232). 

*  Voyez  Prov.,  stad  etc.  van  Mechelen,  II,  407  ;  C.  G.  1511  p.  170, 
etibid.,1515,p.  414. 


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—     52     — 

De  Guillaume  de  Berlo  et  de  Jeanne  de  Merode, 
nous  connaissons  six  enfants  ; 

1°  Guillaume,  seigneur  de  Fologne  '  ; 

2"  Jean  qui  suit; 

3°  Marie,  femme  d'Englebert  d'Immerseel,  vi- 
comte d'Alost,  seigneur  d'Immerseel,  Wommelgem, 
Itegem,  ter  Hameijden,  Meijsse,  etc.,  veuf  en 
premières  noces  de  Jossine  de  Grevenbroeck.  dame 
de  Loon-op-Zand,  Bokhoven,  Olmen  etc.  ; 

4°  Elisabeth,  qui  releva,  le  9  novembre  1560, 
en  vertu  du  testament  de  sa  grande-tante,  Elisabeth 
Bauw,  dame  d'Eechoven,  la  rente  susmentionnée 
sur  Opstalle.  Son  oncle,  messire  Arnould  de  Berlo, 
époux  de  Barbe  de  Rommerswael,  prêta  le  serment 
féodal  pour  elle  (M.  2,  p.  91); 

5"  Marguerite; 

6U  Charles  de  Berlo,  chanoine. 

Jean  de  Berlo  précité,  fut  investi,  le  15  janvier 
1557,  par  indivis,  pour  lui  et  ses  frères  («  in  bru- 
derlijcken  rechte  »)  de  la  haute,  moyenne  et  basse 
justice  du  village  de  Keerbergen,  du  moulin  à  vent 
et  de  toutes  les  autres  ap-  et  dépendances.  Son 
tuteur,  messire  Arnould  de  Berlo  se  constitua 
homme-servant  (besetman)  du  fief  (M.  2,  p.  63).  Un 
autre  tuteur  de  Jean  de  Berlo  et  de  ses  frères  et 
sœurs,  messire  Guillaume  de  Merode,  seigneur  de 
Fologne,  est  cité  dans  un  acte  de  1562  (B.  358, 
p.  358!). 

1  II  paraît  être  ce  Guilelmus  Berlo,  Mecliliniensls,  qui  fut  immatri- 
culé à  l'Université  de  Louvain  en  février  1562  (Matricule  de  Louvain). 


-     53    — 

Le  7  du  même  mois,  Arnould  de  Berlo  avait 
relevé  pour  Guillaume,  Jean  de  Berlo  et  leurs  sœurs, 
une  rente  de  300  florins  Carolus  sur  Fologne  et 
une  autre  de  60  florins  sur  le  château  de  Roest 
(B.  358,  p.  90).  Le  5  décembre  1590,  la  rente  sur 
Fologne  fut  portée,  au  nom  d'une  des  sœurs, 
Elisabeth  (B.  364,  p.  286). 

Le  18  juillet  1573,  Jean  de  Berlo  prêta  lui- 
même  le  serinent  de  fidélité  du  chef  deKeerbergen. 
Il  fut  aussi  comte  d'Hozémont,  seigneur  de 
Braives,  Ciplet,  Sclessin  etc.  Par  contrat  du  18 
août  1577,  il  épousa  Marie  Marguerite  d'Argen- 
teau  (Arckenteel  etc.),  fille  «  de  feu  noble  et  vaillant 
seigneur  Guillaume  d'Argenteau,  en  son  vivant 
comte  d'Esseneux ,  et  de  noble  dame  Jehenne 
d'Autel,  sa  compaigne  legittime  douaigière  d'Esse- 
neux,  »  fille  de  Jean,  seigneur  de  Vogelsang,  et  de 
Jeanne  Cottereau.  Voici  les  huit  quartiers  de  la 
femme  de  Jean  de  Berlo  : 

d'Argenteau,  d'Autel, 

de  la  Malaise,  de  Cottereau, 

d'Alsteren,  de  Pallant, 

de  Longchamps,  de  Wideux; 

d'Argenteau  porte  :  d'azur  à  la  croix  d'or,  chargée 
de  5  coquilles  de  gueules  et  accompagnée  de  vingt 
croisettes  recroisetées,  au  pied  fiché,  du  second. 
Jean  de  Berlo  apporta  à  son  mariage  les  châteaux 
et  seigneuries  de  Braives  et  de  Ciplet  et  l'avouerie 
de  Moxhe  et  de  Moxheron;  Marie  Marguerite 
d'Argenteau  :  le  château  et  seigneurie  de  Waije- 
nesse  (Waijenesse,  Wadenesse,  etc.), sous  Rijmenam 
et  Bonheijden,  et  une  rente  de  300  florins,  hypo- 


—     54    — 

théquée  sur  la  seigneurie  de  Dongelberg.  Moyen- 
nant cette  rente,  que  Jean  cTArgenteau,  seigneur 
d'Esneux,  leur  transporta,  le  21  octobre  1577,  les 
époux  renoncèrent  à  tous  leurs  droits  sur  la  suc- 
cession des  cVArgenteau.  Par  acte,  passé,  le  20  août 
de  la  même  année,  au  château  d'Esneux,  en  pré- 
sence du  notaire  Carpentary,  le  frère  de  Jean, 
Guillaume  de  Berlo,  seigneur  de  Fologne  se  porta 
garant  pour  l'observation  des  stipulations  du  con- 
trat de  mariage  et  engagea  de  ce  chef  sa  seigneurie 
de  Fologne.  Les  témoins  de  cet  acte  (qui  fut  enre- 
gistré à  la  cour  féodale  de  Brabant,  le  21  octobre 
suivant)  furent  :  Florent,  seigneur  d'Àrgenteau, 
Jean  de  Berlo,  seigneur  de  Sclessin,  Arnould  de 
Berlo,  seigneur  deCortenbach,  et  Henri  d'Eijnatten, 
seigneur  de  Bolland  (B.  361,  p.  451)  '. 


1  Le  16  uovbr.  1555,  Arnould,  bâtard  de  Berlo  relève  pour 
Jacqueline  de  Berlo,  femme  de  messire  Florent  d'Argenteau,  par  le 
trépas  de  Marie  Cottreaux,  mère  de  celle-ci,  une  rente  féodale 
(B.  357,  p.  476).  Le  5  février  1557,  Jean  Cottreau,  seigneur  de 
Jauche,  fit  en  qualité  de  tuteur  de  Jean  d'Argenteau,  seigneur 
d'Ochain  (Ochem),  et  par  achat  de  la  sœur  utérine  de  celui-ci,  Jeanne 
d'Autel  (van  EltereJ  et  de  son  mari,  Guillaume  d'Argenteau,  seigneur 
•lEsneux,  le  relief  d'une  rente  de  100  fl.  sur  Gaesbeek  etc.  (B.  358, 
p.  101).  Le  23  mai  1571,  Jean  d'Argenteau,  fils  de  Guillaume,  comte 
d'Esneux,  releva,  par  suite  de  la  mort  de  sa  grand'mère,  Françoise 
de  le  Malaise-,  dame  de  Dongelberg,  les  seigneuries  de  Dongelberg, 
de  Lavoir,  avec  le  château,  et  un  quart  de  la  cour  de  Jupplieu,  à 
Noville-sur-Mehaigne.  Jeanne  d'Autel,  veuve  du  comte  d'Esneux, 
fut  investie  de  l'usufruit  de  ces  biens  (B.  361,  p.  116).  Le  7  juin 
suivant,  Jeanne  et  Anne  d'Argenteau,  filles  de  Jean  et  de  Françoise 
de  le  Malaise,  reçurent  l'investiture  du  château  et  d'un  quart  de  la 
dite  cour  de  Jupplieu  (ib.  p.  119;.  Le  2  mai  1586,  Damoiseau  Florent 
d'Argenteau,  seigneur  de  Strippiyny,  fit  le  relief  de  ce  fief  (B.  363, 
p.  153). 


—    55    — 

Quant  à  Braives  et  Ciplet  et  à  l'avouerie  cle 
Moxhe  et  de  Moxheron,  une  tante  de  Jean  de 
Berlo,  Marguerite  de  Merode,  les  lui  avait  cédés, 
par  donation  entre  vifs,  sous  réserve  d'usufruit, 
et  à  condition  que,  dans  le  cas  où  Jean  passerait 
de  vie  à  trépas  avant  la  donatrice,  sans  laisser 
d'hoirs,  ces  biens  devraient  retourner  à  celle-ci. 
Le  4  février  1577,  messire  Philippe  van  der 
Meeren,  seigneur  de  Saventhem,  mandataire  de 
cette  dame,  en  avait  fait  investir  Jean  (B.  361, 
p.  411). 

Le  11  juillet  1584,  Jean  de  Berlo,  seigneur  de 
Fologne,  vicomte  héréditaire  de  Looz,  comte  dHozé- 
mont ,  seigneur  de  Keerbergen,  releva  par  suite 
du  décès  de  son  frère  Guillaume,  la  seigneurie 
de  Fologne,  le  hameau  de  ten  Winckel,  avec  des 
hommages  (près  deLummen),lacour  de  tenanciers 
(laethof)  de  Zoelrebroeck,  et  le  bien  dit  het  Hel- 
montsbroeck,  à  Oisterwijk  (B.  363,  p.  47);  le  1er  dé- 
cembre suivant,  il  reçut  quatre  autres  fiefs 
(B.  364,  p.  23). 


Avant  de  continuer  l'histoire  de  Keerbergen  et 
de  ses  seigneurs,  il  nous  semble  opportun  d'es- 
quisser à  grands  traits  celle  de  "Wayenesse.  Ainsi 
qu'on  l'a  vu,  cette  belle  propriété  avait  été  appor- 
tée à  Jean  de  Berlo  par  sa  femme,  Marie  Mar- 
guerite d'Argenteau. 

Elle  consistait  en  un  château  et  diverses  terres 
et  avait  un  mayeur,  des  tenanciers,  des  hommes 
de  fief,  des  cens,  pontpenninghen,  keuren,  etc.  Le 


—    56    — 

premier  propriétaire  de  Wayenesse  que  nous 
ayons  rencontré,  est  Jean  van  der  Snnnen.  Il  le 
transporta,  le  11  septembre  1516,  à  Marguerite 
de  Wideux,  dame  dudit  lieux  (Widue,  Widoe, 
Giridoe  etc.),  veuve  du  chevalier  Jean  Cottreau 
(Coutereau,  Cotereau,  Couireel  etc.).  Après  la  mort 
de  cette  dame,  sa  fille,  Marie  Coutereau,  en  fit 
le  relief,  le  5  juin  1518.  Elle  épousa  Arnould 
de  Berlo,  avoué  de  Sclessin  et  d'Ougrée,  seigneur 
d'Ongnies,  comte  d'Hozémont,  bourgmestre  de 
Liège,  etc.,  dont  elle  eut,  entre  autres,  une  fille, 
Jacqueline,  qui  releva  Wayenesse,  le  22  avril  1556. 
Son  époux,  messire  Florent  d'Argenteau,  prêta  le 
serment  de  fidélité  pour  elle.  La  terre  passa, 
ensuite,  par  succession,  à  Jean  de  Berlo,  seigneur 
de  Sclessin,  frère  de  Jacqueline,  et  qui  en  fut 
investi  le  15  janvier  1557.  En  vertu  du  testament 
de  ce  dernier,  Jeanne  d'Autel,  dame  d'Esneux, 
veuve  de  Guillaume  d'Argenteau,  et  sa  fille  Marie 
Marguerite  firent  le  relief  de  la  propriété.  Par  le 
mariage  de  cette  demoiselle,  la  seigneurie  rentra 
dans  la  famille  de  Berlo  i . 


Jean  de  Berlo  et  Marie  Marguerite  d'Argen- 
teau testèrent  deux  fois  :  le  15  juin  1599  devant 
le  notaire  Lapide,  à  Liège,  et,  le  2  avril  1608, 
devant  maître  Antoine  van  Etten  (M.  6,  p.  61). 
Le  9  mars  1604,  il  firent  un  codicille  (ibid.  8,  p.  3). 
Ils  léguèrent   à  noble  seigneur    Charles  de  Berlo. 

i  C.  17838  et  17839;  M.  2,  p.  16,  62  et  112. 


-     57    - 

seigneur  de  Wuestwezel,  à  sa  femme,  Agathe  de 
Merode,  et  à  un  des  fils  de  ceux-ci,  à  l'aîné  ou  à  un 
des  puînés,  suivant  la  décision  des  parents  :  1°  la 
seigneuriede Keerbergen-Bollo,  avec  haute,  moyenne 
et  basse  justice;  2°  la  cour  censale,  dite  la  censé 
de  Helmond,  sous  la  seigneurie  de  Moll;  3°  deux 
rentes,  respectivement  de  6  florins  à  charge  des 
héritiers  de  Philippe  le  Clerq,  de  Keerbergen,  et 
de  60  florins  sur  la  seigneurie  de  Roost  ;  4°  la  cour 
censale  de  Waijenesse,  avec  les  bois,  dont  une  partie 
appartenait  aux  seigneurs  de  Duffel  et  de  Melroy  ; 
5°  la  grande  et  la  petite  maison,  dite  la  maison  de 
Cortenbach,  au  marché  aux  grains,  à  Malines, 
avec  une  part  dans  le  tonlieu  de  cette  ville,  dont 
l'autre  part  était  perçue  par  la  famille  de  Merode 
de  Duffel  ;  6°  une  rente  de  100  peters,  due  par  la 
corporation  des  brasseurs ,  de  Malines  ;  7°  un  sixième 
des  dîmes  de  Duffel,  avec  des  hommages,  apparte- 
nant aux  testateurs  par  indivis  avec  les  seigneurs 
de  Duffel  et  de  Melroy;  8°  une  rente  de  quatre 
quarts  de  toassend  (froment;  flam.  weit;  allem. 
Weizen).  Ce  legs  fut  fait  à  condition  d'assigner 
une  rente  de  6  florins  pour  la  fondation  d'une 
messe  chantée  aux  anniversaires  de  la  mort  des 
testateurs  et  pour  la  distribution  d'un  quart  de 
wassend  aux  pauvres  qui  assisteraient  à  cette 
messe.  Il  est  stipulé,  ensuite,  que,  au  cas  où  Charles 
de  Berlo  ne  laisserait  pas  de  fils  légitime,  les  biens 
devraient  échoir  à  Jean,  seigneur  de  Berlo,  fils  de 
Jean  et  d'Anne  de  Blitterswijck,  et  à  défaut  d'hoirs 
de  celui-ci,  au  fils  cadet  de  la  maison  de  Berlo, 
c'est-à-dire  au  cadet  de  la  branche  possédant  la 


—    58    - 

terre  de  Berlo.  —  Dans  le  codicille,  Jean  de  Berlo 
exprima  le  désir  formel  que  tous  les  biens  précités 
passassent  à  son  filleul  Jean,  fils  aîné  du  seigneur 
de  Wuestwezel  et  d'Agathe  de  Merode,  et,  si  Jean 
venait  à  mourir  sans  hoir,  aux  autres  fils  de  ceux-ci 
(M.  8,  p.  197). 

Après  le  décès  de  son  époux,  Marie  Marguerite 
d'Argenteau,  comtesse-douairière  d'Hozémont,  fit 
relever,  le  26  novembre  1605,  l'usufruit  de  la 
seigneurie  de  Keerbergen  (M.  3,  p.  76).  Elle  fut 
investie,  en  outre,  de  l'usufruit  de  Fologne,  ten 
Winckel,  Helmondsbroeck,  Braives,  Ciplet  et  du 
bien  dit  Lamendonck,  à  Schijndel  (rel.  du  2  sept. 
1605,  respectivement  du  29  octobre  1608)  (M.  3, 
p.  76). 

Le  testament  des  époux  donna  lieu  à  de  longs 
procès.  Les  biens  furent  revendiqués,  entre  autres, 
parles  seigneurs  de  Grasen1  et  de  Mailly,  du  chef 
de  leurs  femmes.  Par  suite  d'une  sentence  du 
conseil  souverain  de  Brabant,  du  4  décembre  1608, 
François  Laurenz,  accompagné  de  Marc  de  Wijse, 
prêtre  et  licencié  en  droit,  agent  de  la  comtesse 
d'Hozémont,  releva  de  nouveau  pour  cette  dame  la 
seigneurie  de  Keerbergen  <■<  voor  de  geheele  tocht 
ende  douarie  van  aile  recht  ende  actie  als  haer 
gelaten  ende  competerende  es  wt  crachte  van  den 
testament  van  voorsz.  saliger  haren  man  »  (M.  3, 
p.  76v°).  Le  27  octobre  1616,  Marie  d'Argenteau, 
dame  de  Fologne,  Keerbergen,  etc.,  fit  constituer 

1  Probablement  Henri  de  Berlo,  époux  de  Jeanne  d'Oyenbrugge 
de  Duras,  dame  de  Grasen. 


—     59    — 

audit  de  Wijse,  par  messire  Simon  van  Royen, 
drossard  de  Keerbergen,  une  rente  de  25  florins 
sur  Wayenesse,  et  le  10  juin  1617,  une  autre  de 
15  florins  (M,  5,  p.  34  et  47).  Le  19  juillet  1619,' 
messire  Jean  de  Trouy  fit  le  relief  de  Keerbergen 
«  ende  dat  tôt  behoeve  van  den  genen  die  bij  den 
testamente  van  wijlen  heer  Jan  van  Berlo  oft 
anders  bij  scheijdinge  ende  deijlinge  bevonden  sal 
wordden  gerecht  te  sijne.  »  Lambert  de  Boije, 
âgé  de  17  ans,  «  laqueij  van  de  vrouw  douagiere 
van  Hozimont  »  fut  constitué,  homme-mortuaire 
(M.  5,  p.  75v°). 

Marie  Marguerite  d'Argenteau  testa  le  dernier 
jour  de  février  1629  et  semble  être  morte  peu  de 
temps  après  (B.  373,  p.  966). 

Ce  fut  du  temps  de  Jean  de  Berlo  que  l'arche- 
vêque de  Marines,  alors  le  cardinal  de  Granvelle, 
dota  la  chapelle  des  Saints  Antoine  et  Barbe  ,  à 
Keerbergen,  de  fonts  baptismaux.  L'acte  y  relatif 
fut  donné  à  Bruxelles,  le  16  octobre  1570.  Pendant 
les  guerres  de  la  fin  du  siècle,  Keerbergen  eut 
fréquemment  à  souffrir  d'invasions  de  troupes 
et  semble  même  avoir  été  le  théâtre  de  combats 
sanglants.  L'église,  placée  à  environ  une  demi- 
lieue  de  la  localité,  fut  particulièrement  éprouvée. 
Pillée  par  la  soldatesque,  elle  fut  transformée  en 
retranchement  par  le  capitaine  Mol  (1598).  Le 
culte  divin  se  célébrait  alors  dans  la  chapelle 
située  au  milieu  du  village,  mais  elle  était  abso- 
lument insuffisante  pour  contenir  les  fidèles,  et 
on  était  forcé  de  faire  les-  enterrements  dans  les 
communes   voisines.  En    1607,  il  ne  restait  plus 


60    — 


de  l'église  que  quelques  ruines  qui  étaient  occu- 
pées par  les  troupes  { , 


En  vertu  du  testament  de  Jean  de  Berlo,  messire 
Charles  de  Berlo,  comte  d'Hozémont,  avoué  de 
Sclessin  et  d'Ougrée  (descendant  à  la  troisième 
génération  de  Guillaume  de  Berlo  et  de  Catherine 
de  Cortenbach),  réclama  l'investiture  de  Keer- 
bergen.  Il  reçut  celle-ci  le  4  septembre  1629  et 
transporta  ce  fief,  le  même  jour,  à  son  fils  aîné, 
Florent,  pour  qui  il  prêta  le  serinent  d'usage 
(M.  6,  p.  60v°  et  p.  61). 

Charles  de  Berlo,  ancien  chanoine  tréfoncier  de 
la  cathédrale  de  Liège  (reçu  le  23  septembre  1585), 
avait  hérité  de  son  grand-oncle,  le  chanoine  Charles 
van  der  Meeren,  la  seigneurie  de  Wuestwezel 2 
(r.  du  28  mai  1596).  Il  la  vendit,  devant  les  éche- 
vins  d'Anvers,  à  Guillaume  Adrien  de  Hornes, 
seigneur-banneret  de  Kessel,  qui  en  fit  le  relief 
le  7  octobre  1611  (B.  109,  p.  152).  Le  8  mars 
1600,  Charles  de  Berlo,  seigneur  de  Wuestwezel  et 
Westdoorne,  engagea  à  Jean  van  Geistlingen,  de 
Maeseijck,  moyennant  1428  florins,  monnaie  de 
Brabant  «  sijnre  landen  und  weijden  under  die 
justifie   van   Born,    Obbich   ende    andre  justifie 


1  Rapports  du  doyen  des  années  1598  et  1607.  Anal,  pourserv.  à 
Vhist.  ecclés.  de  la  Belg.,  X,  313,  315). 

2  Au  sujet  de  Wuestwezel,  il  eut  à  soutenir  un  procès  contre 
Guillaume  van  der  Meeren,  seigneur  de  Saventhem  (Procès  765- 
1426).  Pour  la  partie  plus  moderne  de  l'histoire  de  Wuestwezel, 
consultez  notre  Notice  historique  sur  Broechem  et  ses  seigneurs. 


—    61     — 

daerumbtrent  gelegen.  »  En  outre,  sa  femme, 
Agathe  de  Merode,  assigna  en  garantie  tous  ses 
biens  (Publications  de  la  Société  hist.  et  arch.  de 
Limbourg,  XX). 

Son  parent  Antoine  d'Argenteau,  comte  d'Es- 
neux,  seigneur  de  Dongelberg,  Lavoir,  etc.  (fils  de 
Jean  et  de  Gertrude  van  der  Graclit,  chanoinesse 
de  Moustier,  qui  était  fille  d'Antoine,  seigneur 
de  Schardau,  etc.,  et  de  Gertrude  de  Berlo),  lui 
disputa  le  château  de  Waijenesse.  Il  en  obtint  une 
investiture,  le  1er  septembre  1629,  en  qualité  d'hé- 
ritier de  s^,  tante  Marie  Marguerite  d'Argenteau. 
Mais,  comme  on  le  verra  plus  tard,  Waijenesse 
resta  à  Charles  de  Berlo,  qui  le  transmit  à  ses 
héritiers  (M.  6,  p.  60). 

Après  avoir  renoncé  à  sa  prébende,  Charles  de 
Berlo  avait  épousé  Agathe  de  Mérode,  qui  mourut 
le  10  août  1641  '.  Ils  eurent  huit  enfants  : 

1°  Jean,  filleul  de  Jean  de  Berlo,  comte  d'Hozé- 
mont,  qui  lui  destinait  la  seigneurie  de  Keerbergen 
et  d'autres  biens  (voyez  ci-dessus)  ;  f  jeune,  avant 
le  27  août  1629; 

2°  Florent,  qui  suit  ; 

3°  Ernest,  qui  suivra  après  son  frère; 

4°  Béatrice,  chanoinesse  de  Munsterbilsen, 
femme  d'Hippolyte  de  Naldi; 

5°  Madeleine,  chanoinesse  de  Nivelles; 

6°  Charles,       t 

7»  Ferdinand,  I  raorts  Jeunes  ; 


»  Cette  date  résulte  de  l'acte  du  12  octobr.  1G41  (M.  8,  p.  3). 


-     62     — 

« 

8°  Arnould,  lieutenant-colonel  au  service  de 
l'empereur. 

Florent  de  Berlo,  seigneur  de  Keerbergen, 
Bollo,  etc.,  par  transport  de  son  père  (4  sep- 
tembre 1629),  paraît  avoir  eu  pour  parrain  son 
oncle  Florent  de  Merode,  marquis  de  Deynze, 
baron  de  Duffel,  etc.  Il  devint  colonel  au  service 
de  l'empereur,  membre  du  corps  équestre  du 
pays  de  Liège  et  du  comté  de  Looz  (admis  le 
1er  décembre  1639). 

Le  7  septembre  1630,  il  constitua,  en  qualité 
de  mandataire  de  son  père,  moyennant  un  capital 
de  1600  florins,  aux  dames  du  couvent  de  Tabor, 
à  Malines,  une  rente  de  100  florins,  en  leur  enga- 
geant la  seigneurie  de  Keerbergen,  l'hôtel  de 
Cortenbach,  à  Malines,  et  les  biens  et  seigneuries 
de  son  père  au  pays  de  Liège  '  (M.  6,  p.  47).  Le 
29  juillet  1632,  il  constitua  une  autre  rente  de 
200  florins,  en  faveur  de  Jean  deMoor,  apothicaire 
à  Malines,  et  à  sa  femme,  Marie  van  der  Strepen, 
de  qui  il  avait  reçu  la  somme  de  3200  florins. 
Cette  rente  fut  hypothéquée  sur  Keerbergen  et 
Bollo  (M.  6,  p.  97  et  105).  L'acte  y  relatif  qualifie 
Florent  de  baron  de  Dougnies  (qui  est  Ongnies), 
seigneur  de  Keerbergen. 


1  Nicolas  van  Ghemen,  commissaire  royal,  et  sa  femme  Pétronille 
van  Ophem,  propriétaires,  pour  un  huitième,  de  l'hôtel  de  Corten- 
bach, remboursèrent  ce  capital  le  24  février  1648.  La  rente  fut 
cassée  en  la  cour  féodale  de  Malines,  le  24  décembre  1653  (M.  10, 
p.  182). 


—     63     — 

Après  le  décès  de  leur  père,  les  enfants  de 
Charles  de  Berlo,  seigneur-banneret  de  Berlo, 
seigneur  de  Selessin  et  d'Ongnies,  savoir  :  Florent, 
baron  de  Selessin,  etc.,  marié  à  Isabelle  Anne  de 
Cortenbach,  Ernest  et  Béatrice,  assistée  de  son 
mari,  messire  Hippolyte  de  Naldi,  procédèrent,  le 
28  février  1639,  de  concert  avec  leur  mère,  par- 
devant  Pierre  Plenevaux,  notaire  de  Liège,  au 
partage  de  la  succession  paternelle.  Ernest  eut 
de  celle-ci  la  seigneurie  de  Keerbergen-Bollo, 
la  part  du  tonlieu  de  Malines  et  la  rente  due  par 
la  corporation  des  brasseurs  de  cette  ville,  avec 
toutes  les  charges  y  rattachées.  On  stipula  que,  si 
Ernest  venait  à  mourir  sans  enfants,  tous  les 
biens,  devraient  retourner  aux  autres  enfants,  sauf 
l'usufruit  pour  sa  femme  (M.  8,  p.  197).  Maître 
Antoine  van  der  Hoff,  homme  de  fief  du  pays  de 
Malines,  releva  Keerbergen  pour  Ernest,  le  16  mai 
suivant,  en  vertu  d'une  procuration  d'Agathe  de 
Merode  (M.  7,  p.  189);  il  négligea,  toutefois,  de 
déclarer  à  la  cour  féodale  que  cette  seigneurie 
constituait  un  hdéicommis,  oubli  qu'Ernest  de 
Berlo  répara  en  personne  le  12  décembre  de  la 
même  année.  La  cour  enregistra  la  clause  relative 
au  fidéicommis  de  la  façon  suivante  :  «  et  advenant 
que  ledit  Seigneur  vénal  aller  de  vie  a  trespas  sans 
laisser  hoirs,  la  dite  seigneurie  de  Keerberch  avec 
ses  appendices,  appartenances  et  dépendances 
retourneront  à  proumet  de  ses  frers  et  seures  ou 
leurs  enfans  et  hoirs  legittimes,  soit  filz  et 
filles....  »  (M.  7,  p.  197). 

Le  16  du  même  mois,  Conrard  van  Steenwinckel 


—     G4 

présenta  à  la  cour  féodale  un  instrument,  passé, 
le  10  novembre,  au  Chasteau  de  Sclessin  en  la 
Sale  par  terre,  par-devant  le  notaire  Plenevaux, 
instrument  par  lequel  noble  et  illustre  seigneur 
Florent,  baron  de  Berlo ,  seigneur  de  Sclessin, 
Oignies  etc.  et  sa  femme,  Isabelle  Anne  de  Cor- 
tenbach  '  (dame  de  Cortenbach,  fille  de  Guillaume 
et  de  Marguerite  van  der  Lippen,  dite  Hoen,  et 
qui,  d'après  un  des  manuscrits  in-folio  du  chanoine 
Hellin,  aurait  vendu  Cortenbach  au  colonel  S netter), 
renoncèrent,  pour  eux  et  pour  leurs  hoirs,  au  profit 
de  leur  frère  et  beau-frère  respectif,  noble  géné- 
reux seigneur  Ernest,  baron  de  Berloo,  seigneur  de 
Keerenberch,  Bollo,  etc.,  à  tons  leurs  droits  sur  le 
ndéicommis.  En  garantie  de  cette  renonciation,  ils 
engagèrent  la  totalité  de  leurs  biens  (M.  7,  p.  198). 

J.  Th.  de  Raadt. 
(A  continuer.) 

'  Mariés,  à  Aix-la-Chapelle,  le  23  septbr.  1634. 


—     65    — 


Anciennes  Tombes  et  Épitaphes  $ 


DE 


L'HOSPICE  DE  WENNEMAER 

A    GAND 


Sur  la  place  Sainte-Pharaïlde,  à  Gand,  non  loin 
de  l'antique  château  des  Comtes  de  Flandre,  se 
trouve  une  vieille  maison  habitée  aujourd'hui  en 
partie  par  un  boulanger,  en  partie  par  un  auber- 
.giste-marchancl  de  sabots.  A  côté  de  celle-ci  existe 
encore  maintenant  une  porte  grillée,  surmontée 
d'une  niche  vide,  occupée  jadis  par  la  statue  de 
Saint-Laurent.  Elle  donnait  accès  à  la  chapelle 
dédiée  au  dit  Saint,  patron  de  l'hospice  de  Wenne- 
maer,  et  de  nos  jours  au  Marché  aux  Poissons. 
Cette  maison  était  connue  sous  plusieurs  déno- 
minations :  Het  Paradys  (le  Paradis),  désignation 
patronymique  de  l'hôtel;  Wennemaers  hospitael, 
du  nom  de  son  fondateur;  Hospice  Saint- Laurent, 
parce  que  ce  Saint  en  était  le  patron.  De  ce  coquet 
hospice  dont  la  reconstruction  date  de  la  fin  du 


—    66    — 

XVIe  siècle,  il  ne  subsiste  pins  que  la  façade.  Il 
subit  le  sort  de  la  plupart  des  institutions  reli- 
gieuses :  les  iconoclastes  du  XVIe  siècle  détruisirent 
le  couvent;  les  deux  tombes  de  ses  fondateurs 
furent  seules  épargnées. 

Guillaume  Wennemaer ,  haut  échevin  (hoofd 
sehepen)  de  la  Keure  de  Gand,  de  concert  avec  sa 
noble  épouse  Marguerite  de  Brune,  et  suivant  acte 
passé  par  devant  les  échevins,  le  Mardi  après  le 
jour  de  la  Magdelaine  en  Fan  1323,  convertit  son 
hôtel,  le  Paradis,  en  institution  de  bienfaisance 
pour  les  pauvres.  Ce  grand  seigneur  ne  fut  pas 
longtemps  témoin  de  l'exécution  de  cette  bonne 
œuvre.  Le  5  juillet  1325,  il  trouva  la  mort  dans 
les  rangs  des  Gantois  qu'il  commandait,  tué  par 
Robert  de  Cassel,  au  pont  de  Rekeling,  près  de 
Deynze.  Sa  femme  prit  alors  le  voile  et  devint 
supérieure  (meesterighe)  de  l'hospice  qu'elle  avait 
aidé  à  fonder.  Elle  y  vécut  27  ans  donnant  l'exemple 
de  la  résignation  et  du  dévouement. 

Les  Archives  de  la  ville  de  Gand  possèdent  fort 
peu  de  documents  de  ce  couvent  :  quelques  pièces 
de  procès,  un  chirographe  de  1354,  par  lequel 
Hughe  Brebaert  et  sa  mère  fondent  des  lits  à 
l'hôpital  dit  Paradys,  à  Gand;  un  terrier  du 
XVIIe  siècle  et  un  registre  copié  de  généalogies  et 
d'octrois.  La  présence  de  ce  dernier  s'explique 
surtout  par  le  fait  que  personne  ne  pouvait  être 
nommé  gouverneur  ou  tuteur  de  cet  établissement 
sans  être  attaché  par  un  lien  de  sang  à  la  famille 
du  fondateur. 

L'administration  des  Hospices  civils  conserve 


-     67     — 

dans  son  dépôt  des  manuscrits  d'une  grande  im- 
portance. Messieurs  le  baron  de  Saint-Génois  des 
Mottes  et  Van  Lokeren  dans  leurs  notices  sur  le 
couvent  de  Wennemaer,  publiées  dans  le  Messager 
des  sciences  historiques  de  Belgique,  années  1853 
page  64,  1854  page  169  et  1871  page  474,  et 
Kervyn  de  Volkaersbeke,  dans  son  ouvrage  inti- 
tulé :  Eglises  de  Gand,  tome  II,  page  367,  en  ont 
relaté  les  passages  qui  offraient  le  plus  d'intérêt. 
Dans  un  recueil  d'épitaphes  qui  est  en  notre 
possession,  nous  trouvons  la  description  des 
tombes  mentionnées  par  les  savants  auteurs  pré- 
cités. Plusieurs  inscriptions  funéraires  dont  men- 
tion n'est  faite  nulle  part  ailleurs,  sont  décrites 
dans  cet  épitaphier.  Ces  dernières, nous  semble-t-il, 
figureront  avec  intérêt  auprès  de  celles  déjà  citées 
dans  ces  autres  ouvrages. 

Voor  den  autaer  eenen  metaelen  sarck  (portant  comme 
blason  :  parti  à  dextre  de  sinople  à  10  billettes  d'argent 
posées  4,  3,  2,  1  et  à  senestre  de  sable  à  une  tête  de  jeune 
fille  au  naturel)  : 

«  Hier  light  begraven  mevrouw  Margriete  S'Brune,  fon- 
daterigghe,  ende  gheselnede  van  mher  Willem  Wemaere  die 
starf  int  jaer  ons  heeren  1352  op  onsen  vrauwen  avont 
in  7bre,  welck  met  haer  beede  goeden  hospitael  sichtent 
tamelyck  beleet  was  by  haer  in  den  staet  van  habyte  ende 
meesterschip  wel  XXVIII  jaer  naer  ser  Willems  doot 
voorseit.  » 

Op  den  selven  steen  : 

«  Wenemars  hec  fossa  Guillelmi  continet  ossa 
Jura  tuens  villœ  Gandœ  pugnans  cadit  ille 


—    68    — 

Annus  M.  ter  C  bis  bissenus  et  I  per  se 
Migrans  a  venis  kis,  idibus  in  julianis 
Condidit  hanc  edem  pauperibus  recreandis.  » 

Onder  op  het  sweert  van  de  effigie  van  mher  Willem 
staet  : 

«  Horrebunt  dudum  reprobi  me  cernere  nudum.  » 

Rontkom  den  sarck  stont  : 

«  Joe  Margriete  S'Brunen  uxor  Guillelmi  obijt  a0 1352, 
ma  7bris.  » 

Ibidem  eenen  blauwen  sarck  : 

«  Desen  steen  is  kier  gkeleyt  om  daer  onder  te  begraven 
Joe  Barbara  Debins  een  van  de  vier  susteren  kier  binnen, 
ende  oock  andere  susteren  die  kier  naermaels  in  kaer  stede 
commen  van  ket  selve  gkeslackte,  op  dat  kem  lieden  gke- 
lieft,  ende  overleet  int  jaer  1482.  » 

De  capelle  van  Wenemaers  kospitael  wederomme  naer 
de  reconciliatie  deser  stede,  van  nieux  opgkemaeckt  synde, 
is  by  de  meesteriggke  gkestelt  dit  naervolgkende  epitapkie 
onder  twee  groote  metaele  figueren  gkestelt  in  den  muer 
van  den  ckoor  : 

«  Epitapkum  Generosi  nobilis  Guillelmi  a  Wedemaere 
kujus  domus  fundatoris. 
Invida  virtuti  mors,  claris  aemula  factis, 

Quid  merui,  cur  me,  mors  violenta,  prenait  ? 
Non  ego,  Gorduni  sum  principis  arma  secutus, 

Inque  rebellantes  arma  cruenta  tuli. 
Nonne  reluctantes  populos  armisque  frementes, 

Agressus  domini,  quid  domuisse  juvat  ? 
Quid  juvat  Herculeus,  me  quondam  viribus  usum, 

Spécula  non  potui,  mors  superare  tua. 
Ergo  pio  patriœ  jacui  inflammatus  amore, 


-    69    — 

Vulnere  confossus,  Casteliane  tuo, 
Sed  jacuisse  nihil  :  mors  omnibus  equa  propinquat  ! 

Turbatur  tumulus  post  tria  secla  meus. 
Sacrilegi  rapiunt,  sparguntur  busta  per  agros 

Ossaque  ;  nunc  sparsis  ossibus  urna  vacat. 
Origitur  tumulus,  surgentis  imago  sepulchri 

Umbratenus  nostri  quœ  simulachra  tenet, 
Origitur  tumulus  ne  vana  recédât  in  auras 

Jama  levis,  precibus  ne  mea  busta  vacent. 
Epitaphium  D.  et  nobilis  Domicelloe  S'Brunen  hujus 

domus  fundatricis  et  magistrœ. 
Hœc  ego  cœlestis  Paradisi  nominis  œdes 

Delicias  generi  pauperibusque  dedi. 
Quondam  etenim  in  terris  paradisi  dulce  viretum 

iEterni  lustrans  hoc  meditabar  opus. 
Hic  ego,  crudeli  deleto  morte  marito, 

Cincta  comas  vittis  planta  novella  fui, 
Planta  novella  fui  Paradisi  primaque  sacrce 

Et  domina  et  famula  et  fida  magistra  domus. 
Nil  nisi  cœlestes  spirabam  vertice  odores, 

Solamen  miseris,  dux,  via,  vita,  salus, 
Vita  opibus,  dux  consiliis,  solamen  in  arctis, 

Exemploque  salus  consilioque  via  ; 
Cumque  animum  immitis  nexosque  resolveret  artus 

Atropos  et  vitœ  stamina  parra  ferox, 
Hic  sacro  condebar  humo;  rerum  impia  bustum 

Posteritas  rapuit,  post  tria  secla,  meum. 
Iamque  nihil  restât  veteris  nisi  imago  sepulchri, 

Quœ  memorem,  lector,  te  facit  esse  mei  !  » 


Onder  de  voorgaende  figueren  was  't  naervolghende  : 

«  Sépulture  van  mher  Willem  Wenemaeredie  versleghen 
was  van  Robrecht  van  Cassel  te  Reckelyn  den  ven  july 


—     70    — 

a0  1325  ende  van  mevrouwe  S'Brunen  syn  gheselnede  die 
overleet  op  onsen  vrouwen  avont  iu  7bre  a0  1353  ende  hebben 
dit  Hospitael  met  beede  haerlieder  goeden  ghefondeert 
ende  ghesticht  ende  mevrouwe  noch  28  jaern  taemelyck 
beleet  in  habyte  ende  meesterigghe  naer  mher  Willems 
doot  voorseit. 

«  Bidt  over  de  zielen.  Actum  1589.  » 


Neffens  bet  H.  Sacraments  huus,  in  een  ovaele  plaete,  in 
blau  steen  gbestelt  (portant  le  blason  :  d'or  à  2  merlettes 
de  sable  perchées  sur  une  branche  de  sinople  marchant  de 
senestre  à  dextre)  : 

«  Hier  vooren  light  begraven  den  eersaemen  Laureyns 
van  Houte  fs  Joos,onghehuwet,voochtvan  desengodtshuuse, 
heeft  alhier  ghefondeert  dry  missen  ter  weke,  eeuwelyck 
gheduerende,  te  weten  maendagh  wonsdagh  ende  vrydagh, 
met  aile  jaeren  alsoo  langhe  als  hy  leeft  beginnende  op  den 
xen  augusti  1550  een  sermoen  tsiaers  ende  xxmi  aerme- 
lieden  elck  een  wittebroot  van  vier  groote  t'stuck  en  n  gr. 
eng.,  ende  elck  een  pinte  wyn,  ofte  acht  groote  voor  elcke 
pinte,  ende  t'synen  overlyden  tselfste  te  doen  t'elcken  op 
den  dagh  van  syn  jaerghetyde,  mitsgaeders  dry  missen  oock 
op  den  selfsten  dagh  eeuwelyck  ende  erfvelyck  gheduerende, 
die  overleet  den  24  Xbre  1604. 

«  Bidt  Godt  voor  de  ziele.  » 

Daer  vooren  eenen  blauwen  sarck  (blason  comme  le 
précédent)  : 

«  Sépulture  van  eersaemen  Laureyns  Van  Haute  f *  Joos, 
voocht  van  desen  godtshuyse  sichtent  den  jaere  1586  den 
ixeu  Xbre  ende  heeft  dese  capelle  doen  repareren  ende  laeten 
wyden  van  eerwerdighen  heer  bisschop  van  Rurmonde  heer 
Willem  van  der  Linde,  tweeden  bisschop  van  Ghendt  op 


—    71     - 

den    25en  february    1588,    welcken    voocht    overleet  den 
24  Xbre  1604. 

«  Bidt  voor  de  ziele.  » 

Voor  denaultaer  blauwen  sarck  (blason  comme  ci-dessus)  : 

«  Sépulture  van  eersaemen  Joe  Cathelyne  van  Haute 
fia  Martens  religieuse  van  desen  godshuuse  gheweest 
73  jaeren  ende  t'selfe  geregiert  als  meesterigghe  den  tydt 
van  xxini  jaeren,  die  overleet  den  15e"  july  1588.  Bidt  voor 
de  ziele  ende  voor  de  andere  religieusen  die  nu  syn,  ende 
naer  haerlieder  commen  sullen  1 590.  » 

Cette  pierre  tumulaire  est  déposée  aux  ruines 
de  l'abbaye  de  Saint-Bavon.  Au  milieu,  gravées  sur 
cuivre,  sont  représentées  en  losange,  les  armoiries 
de  la  famille  van  den  Haute.  Des  deux  côtés  de 
ces  dernières  figurent,  taillées  dans  la  pierre,  celles 
de  Wennemaere  et  de  Brune.  Ce  monument  funé- 
raire mérite  une  mention  spéciale  pour  son  parfait 
état  de  conservation. 


Ter  syden  van  den  aultaer  aenden  muer  een  ander 
viercant  steenken  (blason  mentionné  plus  haut)  : 

«  Anno  1587  den  xve  mey.  Hier  light  begraven  Joe  Cathe- 
lyne van  Haute  f ia  Martens  religieuse  ende  meesterigghe 
gheweest  73  jaeren,  die  overleet  den  xve  july  1588.  Bidt 
voor  de  ziele.  » 

Dit  is  de  deure  van  den  graeve  : 

«  Hier  syn  sesthien  provengiersterigghen  met  dejonck- 
wyfs  die  de  viz  moeten  bestaen  van  eenigher  syde,  sij 
hebben  een  caemere,  een  achterlinck  taerwe  ter  weke,  ende 


—    72     - 

vier  stuyvers  ende  allé  dry  maenden  acht  stuyvers  om 

potaige,  de  vier  nonen  ofte  religieusen  lesen  liaerlieder 

seven  ghetyden  met  pater  nosters  ende  beloven  suyverheyt. 

«  Daer  pleghen  broers  te  wesen  maer  syn  afghestelt.  » 

Ici  finissent  les  citations  extraites  du  manuscrit 
et  par  conséquent  la  tâche  que  je  m'étais  imposée. 
Les  quelques  données  empruntées  à  ce  recueil 
d'épitaphes  sont  importantes  pour  l'histoire  de 
l'hospice. 

Aujourd'hui  il  n'existe  plus  qu'une  seule  reli- 
gieuse qui  faisait  partie  du  couvent.  Expulsée  de 
sa  retraite  elle  demeure  depuis  1866  dans  une 
maison  de  l'ancien  béguinage,  à  Gand.  Elle  se 
nomme  Thérèse  Van  den  Berghe  mais  est  spéciale- 
ment connue  dans  son  voisinage  sous  la  dénomi- 
nation het  begyntje  van  Stb  Lauwereyns  capellehe. 

Elle  a  obtenu  l'autorisation  ecclésiastique  de 
conserver  les  reliques  de  Saint-Laurent.  On  in- 
voque ce  dernier  pour  obtenir  la  guérison  de  mala- 
dies de  la  peau  et  des  yeux. 

Chaque  année,  le  jour  de  la  fête  de  ce  Saint, 
l'abbé  Van  Loo  bénit  l'eau  dite  de  Saint-Laurent. 

Robert  Schoormax. 


—     73     — 


ARCHIVES  GANTOISES1. 


VI 


NOTES  SUR  LES  PAPIERS  CONSERVÉS  DANS  LES 
COMBLES  DE  L'HOTEL  DE  VILLE. 

Un  rapport  de  David  't  Kint,  receveur  des  tra- 
vaux, présenté,  le  17  août  1756,  aux  échevins  de 
la  Keure  "2,  donne  des  renseignements  précis  sur 
l'origine  de  rimmense  tas  d'archives  conservées 
au  grenier  de  l'hôtel  de  ville. 

A  l'occasion  de  certaines  fêtes  d'inauguration, 
et  à  d'autres  moments  où  l'on  s'était  trouvé  à 
l'étroit,  une  quantité  de  papiers  et  de  documents  de 
familles,  provenant  de  consignations  ou  d'autres 
sources,  et  qui  étaient  sous  la  garde  des  échevins 
des  Parchons,  avaient  été  jetés  dans  deux  salles 
des  combles,  soit  en  sacs,  en  paquets  et  en  coffres, 


1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  Ie  livr.,  1889,  p.  77. 

2  Cette  pièce  a  été  classée  dans  la  série  97bis  (histoire  des  Archives). 
On  en  trouve  une  transcription  dans  le  registre  des  résolutions 
relatives  aux  travaux  de  la  ville,  1755-70,  f°  30. 


-     74    — 


soit  pêle-mêle.  La  toiture  étant  en  mauvais  état, 
ces  papiers  étaient  devenus  humides;  les  rats  et 
les  souris  d'autre  part  y  avaient  fait  beaucoup  de 
dégâts.  Aussi  était-il  devenu  presque  impossible 
de  retrouver  les  pièces  dont  on  pouvait  avoir 
besoin,  quand  David  't  Kint  proposa  de  placer 
des  casiers  dans  un  vestibule  voûté  au-dessus  du 
salon  '  de  la  trésorerie,  ainsi  que  dans  la  chambre 
au-dessus  du  greffe,  où  l'on  placerait  aussi  un 
escalier  de  communication  entre  le  premier  et  le 
second  étage.  On  restaurerait  en  même  temps  les 
portes,  les  fenêtres  et  le  toit. 

Alsoo  meuighvuldighe  originele  pampieren  encle  docu- 
menter! raeckende  différente  familien,  soo  gheconsigneerde 
als  andere,  oncler  het  bewelt  van  mijn  edele  heeren  sche- 
penen  van  Gedeele  deser  stadt  Ghendt,  ten  tijde  van  de 
inauguratie  ende  anderssints,  met  sacken,  packen  ende 
coffers,  emmers  met  open  packen,  deelen,  stucken  ende 
brocken  gheworpen  syn  overhoop  in  twee  bovencamers  van 
het  stadthuys,  wanof  de  solders  boven  de  selve  camers  syn 
rot  ende  met  deelen  open  liggende,  waerdoor  de  selve 
papieren  ende  documenten  soodanich  syn  ghedestrueert, 
gherot  ende  bedorven,  midtsgaders  geschonden  van  de 
ratten  ende  muysen,  waerdoor  veroorsaeckt  is,  ende  noch 
voorder  staet  te  worden,  groote  schaeden  ende  interesten 
aen  het  publicq,  als  oock  dat  het  bynaer  onmogelyck  is 
daeruyt  eenighe  noodighe  stucx  te  connen  vinden.  Om 


'  Cette  petite  salle  ornée  de  peintures  murales,  et  qui  avait  été 
construite  à  mi-hauteur  du  vestibule  au  premier  étage  du  bâtiment 
qui  donne  sur  le  marché  au  Beurre,  a  été  démolie  en  1889  pour 
faciliter  les  dégagements  des  bureaux. 


—    75    — 

waerinne  te  voorsien  liebben  UEden  te  raecle  geworden, 
naer  visitatie  door  UEden  commissarissen,  te  laeten  maecken 
locarissen  op  eenen  ghevauteerden  ganck  boven  den  salon 
van  de  tresorie,  alsook  op  de  camer  boven  het  comptoir 
van  de  greffie,  midtsgaders  van  op  de  selve  camer  te 
maecken  eenen  trap  om  te  comen  op  den  voorschreven 
gevauteerden  ganck,  ende  te  doen  de  voordeze  noodighe 
reparatie  aen  de  deuren,  veynsters,  als  andersints,  aile  het 
welck  gheretardeert  is  om  de  menighvuldighe  stadts- 
reparatien  ende  wercken,  ende  geenen  langheren  uuytstel 
verheeschende,  versoeckt  den  onderschreven  ontfangher 
van  de  wercken  tôt  het  voltrecken  van  aile  het  gone  voor- 
sey  t  UEden  resolutie  ende  ordonnance.  Desen  1 7n  ougste  1756. 

David  't  Kindt. 

Le  collège  autorisa  les  travaux  proposés  : 

Actum  int  collegie  den  17"  ougste  1756,  préside  Jr  Jan 
Vilain,  voorschepen.  Ten  voornoemden  daeghe  ghelesen 
synde  het  voorenstaende  expositief,  op  ailes  gheleth,  wierdt 
gheresolveert  ten  effecte  als  daer  by  breeder  vermelt,  te 
authoriseren  den  ontfangher  van  de  wercken,  soo  wy  den 
selven  committeren  ende  authoriseren  by  desen  conforme 
d'acte  ut  supra. 

C.  Goethals. 

Tout  récemment  ces  archives  se  trouvaient 
encore  dans  le  vestibule  voûté  dont  il  est  question 
plus  haut,  seulement  tous  les  papiers  étaient  dans 
le  plus  grand  désordre  et  en  partie  pourris, 
beaucoup  de  pièces  étant  littéralement  collées 
au  dallage  humide;  plus  une  seule  liasse  n'était 
restée  complète.  Des. casiers  placés  en  1756  on 


—    76    — 

ne  voyait  plus  que  les  traces,  très  nettes,  le  long 
des  parois.  Quand  ces  rayons  ont-ils  disparu? 
Les  plus  anciens  employés  de  l'hôtel  de  ville  n'en 
savent  rien.  Il  est  probable  qu'on  les  aura  enlevés 
pour  les  utiliser  ailleurs  après  qu'on  eût  pris  en 
1830  la  plupart  des  caisses  pour  y  mettre  des 
munitions  '. 

V.  Vander  Haeghen. 

1  Voir  Messager-,  1889,  p.  344. 


77     — 


DEUX    FONCTIONNAIRES 


DE 


L'ANCIEN    RÉGIME 


En  1709,  un  différend  surgit  entre  le  Clerc  de 
l'Assemblée  des  ecclésiastiques  et  membres  de 
Flandre  '  et  le  greffier  de  cette  assemblée,  con- 
seiller du  roi  et  premier  Pensionnaire  de  la  ville 
de  Gand. 

Le  Clerc,  Josse  Goethals,  brave  et  modeste  ser- 
viteur, avait  succédé  dans  cette  charge  à  son  père. 
C'était  lui  qui  faisait  tout  le  travail  matériel  des 
Etats  :  copie  des  dépêches  et  résolutions,  classe- 
ment et  conservation  des  papiers,  des  registres,  et, 
en  général,  de  tous  les  documents  concernant 
l'assemblée. 

Il  jouissait  d'un  traitement  de  1200  florins, 
et  recevait,  en  outre,  à  titre  de  gratification, 
quelques  petits  émoluments. 

Le  greffier,  Messire  Thysebaert,  conseiller  du  roi 

1  C'était  là  le  titre  officiel  des  Etats  de  Flandre, 


—     78    — 

et  premier  Pensionnaire  de  Gand,  remplissait  les 
fonctions  d'actuaire  de  l'Assemblée  lorsque  celle-ci 
se  tenait  à  Gand,  ce  qui  était  le  cas  le  plus 
ordinaire. 

C'était  un  gros  fonctionnaire  jouissant  d'un 
revenu  considérable  et  d'une  foule  d'indemnités. 
—  Il  voulut  néanmoins  encore  confisquer  à  son 
profit  une  pauvre  somme  de  quinze  florins  que  le 
Clerc  touchait  annuellement  pour  le  collationne- 
ment  des  comptes. 

Ce  fut  là  l'origine  de  la  querelle. 
Un  beau  matin,  M.  le  Conseiller  pensionnaire 
mit,  sans  façon,  de  sa  propre  main,  en  regard  de 
l'article  du  compte  où  émargeaient  les  quinze  flo- 
rins du  Clerc  «  sij  in  het  toecommende  het  colla- 
((  tioneren  en  de  egaleren  deser  rekenynghe  betaelt 
ce  an  den  Pensionaris  en  de  fsijnen  proffijte  uit- 
«  getrocken.  » 

Le  procédé  était  cavalier.  Le  petit  Clerc  en 
fut  grandement  formalisé  et  osa  réclamer  ses 
émoluments. 

Le  gros  Pensionnaire  reconduisit  sèchement, 
lui  disant  qu'il  était  son  supérieur  et  que,  comme 
tel,  il  avait  le  droit  d'enlever  ou  de  donner 
à  son  commis  tels  émoluments  qu'il  jugerait 
convenir. 

Le  Clerc  insista,  mais  le  Grenier  le  menaça  de 
le  mettre  à  la  porte  et  d'en  nommer  un  autre  à 
sa  place.    . 

C'était  là  une  menace  ridicule,  car  le  Clerc 
tenait  sa  nomination  de  l'Assemblée  et  prêtait 
même  devant  celle-ci  un  serment  au  sujet  de  la 


-     79    — 

garde  du  secret  des  délibérations  et  autres  actes 
des  Etats  '. 

Josse  Goethals  prit  donc  son  recours  auprès  des 
Etats. 

L'affaire  fut  envoyée  à  la  délibération  des  corps 
principaux  composant  ces  Etats  ;  ces  corps  étaient, 
comme  on  le  sait,  les  clergés  et  les  villes  de  Gand 
et  de  Bruges  et  le  quartier  du  Franc  de  Bruges. 

Sauf  celui  de  Gand,  évidemment  inspiré  par 
son  Pensionnaire,  ils  décidèrent  que  le  Clerc  dé- 
pendait uniquement  de  l'Assemblée,  et  qu'il  était 
maintenu  dans  son  emploi  sa  vie  durant,  avec  tous 
les  émoluments  qui  y  étaient  attachés. 

Certes,  ce  fut  là  un  succès  pour  le  Clerc,  mais 
ce  fut  aussi  pour  lui  la  source  de  déboires  sans 
nombre. 

A  partir  de  ce  moment,  l'irascible  et  rapace 
Pensionnaire  et  lui  vécurent  comme  chien  et  chat. 

Il  ne  se  passait  pas  de  jour  qu'il  n'éclatât  quelque 
querelle. 

Le  Clerc,  né  malin,  avait  grand  soin  de  ne  pas 
répondre  aux  injures  dont  l'accablait  journellement 
le  Greffier,  et  se  bornait  toujours  à  se  retrancher 
strictement,  trop  strictement  même,  derrière  ses 
droits.  C'était  d'ailleurs  là  la  seule  vengeance  qu'il 
pouvait  tirer  des  humiliations  qui  lui  étaient 
infligées.  Au  Clerc  seul,  en  effet,  étaient  réservées, 
et  la  garde,  et  la  libre  disposition  des  papiers  et 


1  Le  principe  de  la  publicité  des  actes  des  pouvoirs  publics 
n'existait  pas  encore  ;  bien  au  contraire,  comme  on  le  voit,  le  secret 
était  alors  de  rigueur. 


—     80    — 

archives  de  l'Assemblée.  Lorsque  le  Pensionnaire 
désirait  consulter  ces  papiers  —  et  le  cas  devait 
être  fréquent,  —  c'était  au  Clerc  qu'il  devait 
s'adresser;  or,  celui-ci,  il  faut  bien  le  dire,  y 
mettait  quelque  mauvais  vouloir. 

Cette  situation  ne  pouvait  évidemment  pas 
durer.  Un  an  après,  l'orage  éclata. 

M.  le  Conseiller  Pensionnaire,  oubliant  une  fois 
de  plus  que  la  colère  est  mauvaise  conseillère, 
s'emporta,  devant  le  premier  échevin  de  Gand', 
jusqu'à  traiter  le  Clerc  «  d'imposteur,  valschaert  » 
et  d'autres  aménités  de  ce  genre.  Il  finit  par  em- 
poigner le  Clerc  ...  «  mîj  ghevende  »  dit  celui-ci 
dans  sa  plainte  «  eenen  stoot  met  sijne  'vuijst  op 
«  mijne  borst  grijpencle  mij  ten  selven  tijde  vast  aen 
«   mijnen  'justacorps . . .  » 

Bref,  le  premier  échevin  dut  intervenir  pour 
faire  lâcher  prise  au  trop  bouillant  greffier.  Après 
le  départ  de  l'échevin,  son  tempérament  querelleur 
reprenant  de  nouveau  le  dessus,  il  dit  encore  au 
clerc  «  hadcle  ick  het  niet  gelaeten  om  mijn  heer  den 
«  voorscepene  ick  soude  u  eenen  fletter  hebben 
«  gegeven.  » 

La  peur  de  voir  ce  conditionnel  se  transformer 
en  indicatif  présent,  fit  que  le  Clerc  se  tint  coi, 
mais  il  se  plaignit  aux  Etats.  Ceux-ci  firent  com- 
paraître devant  eux  les  deux  combattants  et  après 
avoir  entendu  leurs  explications,  ils  donnèrent  de 
nouveau  gain  de  cause  au  Clerc. 

Le  belliqueux  Grenier  ne  sachant  plus  à  quel 

1  Président  des  Etats  de  Flandre. 


—    81    - 

saint  se  vouer,  s'adressa  au  Conseil  de  Flandre, 
aux  fins  de  lui  faire  ordonner  que  le  Clerc  devait 
lui  remettre  les  clefs  du  Comptoir  et  des  archives. 

Les  Etats,  de  leur  côté,  décidèrent  immédiate- 
ment que  le  Clerc  pouvait  défendre  en  leur  nom, 
Faction  qui  lui  était  intentée  et  qu'il  pouvait,  à 
cet  effet,  disposer  d'un  procureur  pensionné  par 
la  province. 

Nous  ne  connaissons  pas  l'issue  de  ce  singulier 
procès,  mais,  dans  le  cours  des  recherches  que 
nous  avons  faites  dans  ces  derniers  temps,  nous 
avons  trouvé  que,  quelques  années  plus  tard,  un 
Thysebaert  était  premier  Pensionnaire  du  Franc 
de  Bruges.  Les  décou venues  dont  nous  venons  de 
faire  le  narré,  ne  furent  sans  doute  pas  étrangères 
à  ce  déplacement.. 

Ach.  Gallet-Miry. 


—    82 


VARIÉTÉS. 


Les  Loteries  et  les  Tombolas  d'autrefois.  —  L'usage 
d'organiser  des  loteries  ou  des  tombolas  au  profit  d'une 
œuvre  de  bienfaisance  ou  d'une  œuvre  religieuse  ne  date 
pas  d'aujourd'hui.  Autrefois  les  confréries  d'armes  et  les 
corporations  de  métier  recouraient  souvent  à  ce  moyen 
pour  se  procurer  les  fonds  nécessaires  à  la  construction 
d'un  hôpital,  d'un  hospice  ou  d'une  chapelle. 

Il  en  était  d'ailleurs  de  même  des  églises  paroissiales 
et  des  associations  religieuses  qui  organisaient  des  loteries 
pour  la  construction  ou  l'ornementation  d'édifices  du  culte. 

Ces  loteries  ne  pouvaient  se  tenir  qu'avec  l'autorisation 
du  souverain.  Il  arrivait  cependant  que  des  autorités 
locales,  telles  que  des  baillis  ou  des  échevins,  s'avisaient 
de  donner,  même  à  des  particuliers,  la  permission  d'or- 
ganiser des  loteries  ou  des  tombolas.  Une  ordonnance  de 
la  gouvernante  des  Pays-Bas,  Marguerite  de  Parme,  en  date 
du  17  juillet  1560,  rappela  que  les  loteries  ne  pouvaient 
être  autorisées  que  par  'le  gouvernement  et  uniquement 
«  pour  églises,  hospitaulx  et  aultres  œuvres  pieuses  et 
«  publicques  et  que  telz  octroyz  dépendent  de  l'autorité 
«  de  sa  Majesté....  » 

Une  autre  ordonnance,  rendue  le  24  février  1576,  punit 
d'une  amende  de  mille  reaulx  d'or  et  d'une  peine  subsi- 
diaire, laissée  au  bon  vouloir  du  juge,  les  contrevenants 
aux  édits  sur  les  loteries. 


—    83     — 

La  construction  de  la  Citadelle,  que  Charles-Quint  fit 
élever  en  1540  sur  l'emplacement  de  l'abbaye  de  Saint- 
Bavon,  exigea  la  démolition  de  l'église  du  Saint-Sauveur. 
On  éleva  une  nouvelle  église  ;  c'est  celle  qui  existe  encore 
aujourd'hui  et  dont  on  «  modernisa  »  la  façade  en  1810. 

La  nouvelle  église  n'était  pas  encore  achevée  en  1560; 
les  travaux  avançaient  même  très  lentement  et  la  générosité 
des  fidèles  n'était  pas  excessive  «  zoo  wel  uyt  oorzaecke 
«  vanden  voorledene  dieren  tyt,  luttel  devotie  als  ander- 
«  sins.  »  Afin  de  permettre  d'achever  plus  rapidement 
l'église,  Philippe  II,  par  un  décret  du  23  octobre  1560, 
autorisa  le  curé  de  Saint-Sauveur  à  ouvrir  une  loterie 
composée  de  pièces  d'argenterie,  de  meubles  et  d'autres 
objets. 

Cette  autorisation  se  trouve  transcrite  au  folio  13  du 
registre  DD  de  la  collection  connue  sous  le  nom  de  «  de 
«  acht  en  veertig  registers  »  des  archives  communales. 


Nous  n'avons  rencontré  aucun  dossier  complet  d'une  de 
ces  loteries.  Ce  sont  toutes  pièces  détachées  qui  se  trouvent 
aux  archives  :  requêtes,  autorisations,  listes  et  estimation 
des  prix.  Parmi  ces  pièces,  les  plus  intéressantes  sont  celles 
qui  donnent  la  description  des  objets  offerts  en  prix  par 
les  organisateurs  des  loteries.  La  valeur  de  ces  prix  était 
fixée  par  des  experts,  nommés  par  les  échevins  de  la  Keure 
ou  par  le  grand-bailli. 

Nous  donnons  ci-dessous  deux  de  ces  listes. 

La  première  ne  porte  pas  de  date.  D'après  l'écriture  et 
d'après  l'orthographe  de  la  pièce,  il  doit  être  question  d'une 
loterie  organisée  à  la  fin  du  XVIe  ou  au  commencement  du 
XVIIe  siècle.  Les  prix,  offerts  dans  cette  tombola  ou  loterie, 
consistaient  uniquement  en  armes.  Il  y  est  question,  entre 
autres,  de  rapières  de  Milan,  de  rapières  et  de  poignards 


-     84    — 

avec  des  ciselures  en  argent,  de  rapières  damasquinées  à 
l'anglaise,  d'espadons  avec  des  ornements  en  or,  de  mous- 
quets et  d'hallebardes  damasquinés  ou  avec  des  ornements 
en  or  ou  dorés. 

Voici  la  liste  de  ces  prix,  telle  qu'elle  est  dressée  par  les 
experts,  probablement  des  maîtres  armuriers,  Bogaert  et 
Juliaens,  qui  en  fixèrent  la  valeur  : 

Dyt  naer  volghende  is  dat  wy  ghepresen  hebben  inde 
loterye  Lauwerens  Bogaert  ende  Omaer  Juliaens. 

Ten  eerste  vier  geschyseleerde  Rapière  met  de  poinaert 
tôt  xx  giddens. 

Item  een  rapier  Mylaens  werck  verghidt  tôt  xv  guldens. 

Item  acht  rapieren  verselverde  met  den  poinaert  al  ghe- 
sneden  xv  gulden  stuc. 

Item  een  rapier  ghedamasgeneert  tôt  x  guldens. 

Item  een  ghedasmageneert  op  zyn  ynghels  x  guldens. 

Item  een  rapier  op  zyn  ynghels  verzelvert  ende  vergult 
tôt  xij  guldens. 

Item  een  rapier  op  zyn  ynghels  ghedamasgeneert  tôt 
viij  guldens. 

Item  een  rapier  op  zyn  ynghels  verzelvert  tôt  vj  guldens. 

Item  ticee  rapieren  met  pistolen  tôt  xx  giddens. 

Item  twee  slachsweerden  vergult  albeyde  tôt  xx  guldens. 

Item  een  albaerde  met  een  vier  roer  tôt  xx  guldens. 

Item  een  schoon  vier  roer  vergult  tôt  xxxv  giddens. 

Item  een  vier  roer  tôt  viij  guldens. 

Item  een  roer  met  een  snapaen  tôt  xij  giddens. 

Item  een  vier  roer  ghebeent  tôt  xij  guldens. 

Item  een  vier  roer  tôt  viij  guldens. 

Item  twee  roers  met  plaeten  ende  de  laeden  ghebeent  tôt 
xvj  guldens. 

Item  een  musschet  vergult  tôt  xxiiiij  guldens. 


-    85    - 

Nous  possédons  également  une  liste  des  prix  avec  leur 
valeur,  donnés  dans  une  loterie  organisée  à  la  mi-carême 
en  1623.  Cette  liste  est  du  plus  haut  intérêt  à  cause  du 
nombre,  de  la  qualité  et  de  la  valeur  des  objets  qui  y  sont 
portés. 

Il  y  a  d'abord  une  grande  quantité  de  pièces  d'argenterie 
telles  que  des  aiguières  avec  bassins,  des  gobelets  à  bière, 
des  sonnettes,  des  plats,  des  coupes,  etc.  Nous  y  trouvons 
une  vingtaine  de  glaces  avec  cadres  en  ébène  ou  avec  cadres 
dorés.  Plusieurs  objets  en  albâtre  figurent  aussi  sur  la  liste 
des  prix.  On  y  voit  enfin  des  effets  d'habillement  tels  que 
des  jupons  des  Kulclers  ',  des  jarretières,  des  ceintures,  des 
bas,  des  gants,  etc. 

Le  prix  des  lots  était  à  la  portée  de  toutes  les  bourses. 
Il  était  fixé  à  trois  gros  par  lot,  ce  qui  représente  à  peu 
près  quinze  centimes  de  notre  monnaie. 

La  liste  de  ces  prix  a  été  faite  en  deux  parties,  l'une 
comprenant  les  pièces  d'argenterie,  la  seconde  comprenant 
tous  les  autres  objets. 

Dit  navolghende  zyn  de  parti/en  die  als  prysen  sullen 
gheleyt  icorden  inde  loterye  die  ghehanden  worden  sal 
binnen  der  stede  van  Qhend  desen  halfvasten  inde  jaere 
XVIe  dry  en  twintich  by  heere  ende  icet  toegelaten  ende  te 
trecken  elck  lot  ten  dry  grooten. 

Eerst  een  silveren  lampet  met  syn  becken  wegende  x  l. 
vij  oncen  ende  vyf  ingelschen. 

Noch  sestien  silveren  bier  croesen  wegende  tzaemen  hondert 
vier  oncen  ende  dry  ingelschen. 

Noch  een  silvere  belle  met  een  ketelken  onder  ende  noch 


1  Le  kulder  ou  kolder  était  un  vêtement  sans  manches,  qui  res- 
semblait à  une  dalmatique  mais  était  plus  court  que  celle-ci.  Le 
musée  communal  de  Gand  possède  une  superbe  dalmatique  d'un 
héraut  d'armes  gantois  du  XVIe  siècle. 


86 


een  belle  sonder  voet  ende  noch  een  silveren  kelcxken  tzaemen 
wegende  seventhien  oncen  ende  dry  ingelschen. 

Noch  achtien  silvere  schuysen  tvegende  tzaemen  L  viij 
oncen  seven  ingelschen. 

Noch  sesthien  silvere  schcden  tvegende  hondert  eene  ende 
tachtich  oncen  ende  thien  ingelschen. 

Noch  dry  vergulde  coppen  inlants  werck  tvegende  tzaemen 
xxcx  oncen  dry  ingelschen 

Voici  la  seconde  partie  de  la  liste  des  prix  avec  l'esti- 
mation faite  par  un  certain  J.  Vander  Speeten  : 


Eerst  tvoee  grooten  ebben  spiegels 
Noch  dry  ebben  spiegels   .     . 
Noch  vyf  vergulde  spiegels  . 
Noch  vier  vergulde  spiegels  . 
Noch  vier  cleen  spiegels  .     . 
Een  groote  alabastre  casse   . 
Neghen  cleen  alabastre  sticx 
Noch  vier  alabastre  sticxkens 
Een  percq stick  schilderyen 
xxv  stacken  schilderye     . 
Noch  vier  vrauice  rocx    . 
viij  cleen  schilderyen  .    . 

Ses  hulders 

28  paer  syde  causebanden 
33  paer  caussens    .     .     . 

24  Riemen 

24  Riemen  van  mindere  pyys 
1 0  parysche  porte  frasen 

100  prenten 

100  paer  hantschoenen  . 
100  tafelboucxkens     .     . 


50  guldens. 
36 
30 
12 
4 
24 

13  »         10  st. 
4 

40 
100 

54 

12 

48 
140 

49      »        10  st. 

24 

14  »        8  st. 
5 

30 
25 
12       »         10  st. 


Les  organisateurs  de  ces  tombolas  ou  de  ces  loteries 
devaient  payer   une  certaine  somme  à  la  chambre  des 


—    87    — 

pauvres,  ghemeenen  aermen  ou  armen  caemer.  La  loterie  de 
1623,  dont  nous  venons  de  nous  occuper  produisit  la  somme 
de  huit  livres,  six  escalins  et  huit  gros,  ainsi  que  l'indique 
le  livre  des  comptes  de  cette  année  du  bureau  de  bien- 
faisance : 

Ontfaen  van  Sr  Heynderick  Dewintere  de  somme  van 
acht  ponden  zes  schellynghen  acht  grooten  dwelcke  hy  aen 
den  ghemeenen  aermen  belooft  heeft  te  betaelen  alswanneer 
hy  vercreghen  heeft  consent  van  Mynheeren  den  hoochbailliu 
ende  schepenen  vander  heure  van  te  moghen  voorstellen 
eene  loterye  in  den  halfvastenen  lestleden. 

Den  xen  April  1623. 

Nous  avons  trouvé,  dans  le  livre  des  comptes  de  1628, 
mention  d'une  loterie  dont  les  organisateurs  payèrent  la 
somme  de  vingt-cinq  livres  au  bureau  de  bienfaisance. 

P.  C. 


Banquets  des  Echevins.  —  On  sait  qu'autrefois  les 
vingt-six  echevins  de  la  ville  de  Gand  se  réunissaient  sou- 
vent, nous  pourrions  dire  le  plus  souvent  possible,  dans  des 
banquets  qui  se  donnaient  soit  à  l'hôtel  de  ville,  soit  dans 
l'une  ou  l'autre  grande  auberge  renommée  pour  sa  cuisine 
et  pour  sa  cave.  C'était  la  caisse  communale  qui  pouvait 
payer  les  frais  de  la  plupart  de  ces  festins. 

Au  nombre  des  plaisirs  que  les  echevins  se  permettaient, 
toujours  avec  les  finances  de  la  ville,  nous  devons  encore 
citer  les  représentations  qu'ils  se  faisaient  donner  par  les 
troupes  de  comédiens,  de  danseurs  de  cordes,  d'escamoteurs, 
de  montreurs  de  marionnettes,  d'acrobates  et  de  saltim- 
banques de  toutes  sortes  qui  venaient  faire  un  séjour  plus 
ou  moins  long  à  Gand.  Ces  représentations  avaient  lieu  dans 


-    88    — 

la  salle  de  l'hôtel  de  ville,  située  au  premier  étage  et 
convertie  en  dépôt  d'armes  ou  arsenal  à  la  fin  du  dix-sep- 
tième siècle.  De  là  le  nom  de  «  arsenalzaal  »  que  cette  salle 
porte  encore  aujourd'hui. 

Ces  dépenses  provoquaient  parfois  des  observations  de  la 
part  des  commissaires  du  gouvernement,  chargés  annuelle- 
ment de  vérifier  les  comptes  de  la  ville.  Afin  de  se  justifier 
les  échevins  répondaient  que  pour  pouvoir,  en  connaissance 
de  cause,  donner  à  ces  troupes  l'autorisation  de  jouer  à 
Gand  il  était  nécessaire  de  savoir  d'abord  quel  genre  de 
spectacle  celles-ci  se  proposaient  d'offrir  au  public  gantois. 
C'est  pour  ce  motif  que  la  première  représentation  était 
ordinairement  donnée  en  présence  des  échevins,  de  leur 
famille  et  de  quelques  invités.  Rien  de  plus  juste  donc, 
disaient-ils,  que  d'en  faire  supporter  les  frais  par  la  caisse 
communale. 

Cela  n'était  cependant  pas  de  règle  absolue.  Les  échevins 
et  le  grand  bailli  accordaient  souvent  des  autorisations 
sans  avoir  vu,  au  préalable,  les  sollicitants  à  l'œuvre.  Ce  qui 
n'empêchaient  pas  nos  administrateurs  communaux  de  se 
faire  offrir,  pendant  le  séjour  des  acteurs  à  Gand,  une 
représentation  dont  la  dépense  était  portée  en  compte  à 
la  ville. 

Les  deux  plaisirs,  banquets  et  représentations,  étaient 
parfois  réunis.  Pendant  que  les  échevins  étaient  assis 
joyeusement  à  table,  des  comédiens  donnaient  des  repré- 
sentations sur  une  estrade  dressée  dans  la  salle  de  banquet. 

C'est  ce  qui  eut  lieu  à  un  banquet  que  les  échevins 
s'offrirent  le  3  août  1651  dans  une  grande  hôtellerie,  nom- 
mée Saint-Laurent  et  connue  surtout  pour  ses  repas  de 
noces  :  «  het  bruyloft-huus  ghenaempt  Sinte  Laureyns.  » 
Cette  hôtellerie  était  située,  croyons-nous,  dans  la  rue  aux 
Vaches  et  avait  une  issue  dans  l'avenue  de  la  place  d'Armes 
(  Vildersstraat). 


—    89    - 

Afin  d'empêcher  le  public  gantois  d'entrer  dans  l'hôtellerie 
et  afin,  surtout,  d'éviter  que  les  gamins  ne  grimpassent  sur 
les  fenêtres  pour  voir  ce  qui  se  passait  à  l'intérieur  de  la 
salle  de  banquet,  huit  hallebardiers  étaient  chargés  de 
monter  la  garde  devant  le  «bruyloft-huus»  de  Saint  Laurent, 
Cette  garde  se  prolongea  aussi  longtemps  que  le  dîner  qui 
commença  à  deux  heures  de  l'après  midi  et  finit  à  sept- 
heures  du  soir. 

Les  hallebardiers,  estimant  que  ce  service  extraordinaire 
méritait  une  indemnité,  adressèrent  une  requête  aux  éche- 
vins  de  la  Retire  qui,  par  ordonnance  du  4  août  1G51,  leur 
accordèrent  une  gratification,  payée  naturellement  par  la 
caisse  communale,  de  une  livre  et  douze  escalins  de  gros. 

Voici  le  texte  de  cette  requête  que  rédigea  et  que  présenta 
au  collège  le  procureur  Rop  : 

A  en  myne  Edele  Heeren  scepenen.  vander  Keure, 

Supplierende  verthooghen  reverentelyck  Joos  Ronsse, 
Lievien  de  Costere,  Jacques  Blancquaert,  Gillis  Dalleyn, 
Cornelis  de  Reysere,  Pieter  de  Cockere,  Victor  Pleviers  ende 
Jacques  Noenynck  hallebardiers  deser  stede  uioe  Edele 
heeren  goetxcillighe  dienaers  hoe  dat  zy  lieden  gisteren 
3  deser  maent  by  laste  van  uice  Edele  hun  gheoccupeert 
hebben  van  de  tioee  uren  naer  de  noene  totten  zeven  uren, 
in  het  beivaeren  van  de  deuren  ende  veynsters  van  het 
bruylofthuus  ghenaempt  Slc  Laureyns  ahcaer  de  comme- 
dianten  voor  uice  Edele  eene  commedie  vertoocht  ende 
gespeelt  hebben  ende  alsoo  sy  lieden  ter  dier  causen  verdient 
hebben  eenen  gracelicken  bylech,  zoo  ist  dat  zy  hemlieden  tôt 
uice  Edele  keerende. 

Biddende  ootmoedelick  de  selve  beliefven  hemlieden  sup- 
plianten  ter  causen  voorscreven  £ accorderai  eenen  tamelicken 
bylech  naer  uiçe  Edele  heeren  nobel  ende  bénigne  discretie. 

Rop,  procureur. 


-    90    - 

En  marge  de  cette  requête  des  hallebardiers  se  trouvait 
écrite  l'ordonnance  de  paiement  suivante  : 

«  Schepenen  vander  Keure  hebben  de  supplianten  ter 
«  causen  by  requeste  gheroert  bygheleyt  de  somme  van  een 
«  pont  twaelf  scellynghen  gr.  ordonneerende  de  trésorier 
«  dheer  Loys  van  Hoochbroeck  heere  van  Axeioalle  de  selve 
«  somme  van  1  lïb.  12  se.  gr.  aen  de  supplianten  te  betaelen 
«  ende  sal  de  selve  hem  valideren  in  uytwysen  syner  reke- 
«  nynghe  midis  deser  ende  quittantie. 
«  Actum  den  4  augusti  1651. 

«   VAN  HOORN.    » 

Voici,  d'après  le  Memorieboek  der  stad  Gent,  les  noms  des 
vingt-six  échevins,  en  fonctions  pendant  l'exercice  1651- 
1652,  qui  s'assirent  le  3  août  1651  à  la  table  du  bruyloft- 
huus  de  Saint-Laurent  : 

Schepenen  van  der  Keure. 

Mher  Joos  Triest,  ruddere,  heere  van  Ruddershove. 
Mher  Jan  de  Grutere,  ruddere,  heere  van  Anvijn. 
Joncheer  van  Scheynghem,  heere  van  Wyneghem. 
Joncheer  Denijs  van  Vaerneicych,  heere  van  Diepenbroeck. 
Dheer  Thomas  Heylinck,  heere  van  Sprekelen. 
Joncheer  Guillaume  Massijn,  heere  van  Gossengnee. 
Dheer  ende  Meester  Jan  Stalins,  docteur  in  de  medecynen. 
Dheer  Joos  Piers. 
Dheer  Justus  Billiet. 
Dheer  Jacques  vander  Beke. 
Dheer  Jan  van  Hoorn. 
Mher  Franchois  Odemaer. 
Dheer  Jacques  Coornaert. 

Schepenen  van  Ghedeele. 

Joncheer  Jacques  le  Prévost,  dict  de  Basserode,  heere  van 
Enghien. 


—    91    - 

Joncheer  Jan  van  Wijchuns,  heere  van  Wijchuus. 

Joncheer  Jan  Bapt.  Délia  faille,  heere  van  Barlestein. 

Dheer  Antheunis  Gillis. 

Dheer  ende  Meestere  Frans  vande  Vivere,  docteur. 

Dheer  Paulus  Jacques  vande  Putte. 

Dheer  Justus  vander  Straten. 

Mher  Jan  van  Dale,  docteur  in  de  medecynen. 

Dheer  Jacques  de  Poillon. 

Marten  van  Deynse. 

Pauioels  Dhamere. 

Jan  van  Hauiveghem. 

Philippe  de  la  Bie. 

Ces  représentations  dramatiques  et  autres,  offertes  aux 
échevins  et  dont  les  frais  étaient  supportés  par  la  caisse 
communale,  prirent  fin  en  1674,  quand  la  salle  du  premier 
étage  de  l'hôtel  de  ville  appelée  de  comediante  caemere,  la 
chambre  des  acteurs,  fut  transformée  en  arsenal  d'armes  : 
«  Arsenal  ende  Armoirie,  dit  l'ordonnance  du  6  juin  1674, 
«  omme  daer  te  legghen  ende  beicaeren  de  musquetten, 
«  pycken,  allebarden  ende  sulcke  andere  ivaepenen  deser 
«  stede  competerende .  » 

Quant  aux  banquets,  payés  par  la  ville,  il  n'en  fut  plus 
question  quand  le  règlement  du  6  novembre  1734  supprima 
tous  les  profits  dont  les  magistrats  communaux  avaient  joui 
jusqu'à  cette  époque. 


Les  Boucles  de  Souliers  sous  la  première  Répu- 
blique. —  Lettre  inédite.  —  Depuis  plusieurs  années 
déjà,  l'histoire  se  refait  complètement.  On  remonte  aux 
sources,  on  fouille  les  archives  publiques  et  privées,  on 
brasse  les  documents  inédits,  et  l'on  projette  sur  les  évène- 


-    92    - 

ments  et  les  hommes  une  lumière  nouvelle  et  définitive. 
La  publication  des  pièces  officielles  est  loin  d'être  terminée. 
L'ordre  est  à  peine  établi  dans  les  archives  gouvernemen- 
tales. Les  manuscrits  des  familles  ont  peut-être  encore 
plus  à  donner,  quoiqu'il  ne  se  passe  pas  de  mois  sans 
qu'un  membre  de  quelque  illustre  maison  n'apporte,  en  un 
volume  de  mémoires  ou  de  correspondances,  des  éléments 
nouveaux  relativement  à  des  questions  encore  pendantes. 
Parmi  ces  œuvres  se  trouvent  de  nombreux  renseignements 
sur  l'époque  si  complexe  de  89. 

C'est  à  cette  même  époque,  dont  beaucoup  fêtent  cette 
année  le  centenaire,  que  se  rapporte  le  document  que 
nous  publions.  Il  est  intéressant  à  divers  points  de  vue.  Sa 
forme,  d'un  charme  original,  nous  représente  le  caractère 
des  hommes  de  ces  temps  agités.  Ses  révélations  consacrent 
l'histoire  d'une  journée  mémorable,  et  font  remonter  plus 
haut  qu'on  ne  le  pourrait  croire  une  institution  dont  la 
justice  a  eu  à  s'occuper  souvent  en  ces  dernières  années. 
Cette  lecture  est  donc  pour  l'artiste  comme  pour  l'historien. 
Insister  davantage  serait  oublier  que  l'art  et  la  science, 
loin  d'être  incompatibles  se  doivent  un  mutuel  secours, 
et  que  l'histoire,  pour  se  baser  sur  des  choses  mortes, 
n'en  est  pas  moins  un  tableau  auquel  on  est  en  droit  de 
demander  de  la  vie,  du  sentiment,  C'est  de  cette  manière 
que  les  Goncourt  la  comprennent  quand  ils  professent  ne 
connaître  qu'imparfaitement  le  siècle  dont  il  ne  resterait 
pas  un  chiffon  ou  un  menu.  —  De  curieux  rapproche- 
ments pourront  encore  s'établir,  par  la  lettre  suivante, 
entre  la  première  et  la  dernière  république,  et  les  philo- 
sophes indulgents  y  trouveront  une  nouvelle  occasion 
de  proclamer  qu'il  n'y  a  rien  de  nouveau  sous  le  soleil. 
Toute  une  époque  revit  dans  ce  récit,  avec  son  esprit 
ironique  et  hautain,  sa  belle  fierté  de  race  et  son  respect 
des  traditions  et  des  hiérarchies. 


—    93    — 

Voici  donc,  ce  qu'écrivait  de  Paris,  le  25  novembre  1789, 
Messire  de  Hault  de  Mégoval  à  son  frère,  le  marquis  de 
Hault  de  Lassus  *  : 

«  ....  La  ville  d'Issoudun  aï'ant  jugé  à  propos  de  se 
«  déboucler  a  adressé  dans  une  petite  caisse  au  député  de 
«  son  baillage  toutes  les  boucles  d'argent  du  pais  pour  être 
«  déposées  sur  l'autel  de  la  nation;  le  député  a  reçu  ce 
«  tribut  en  pleine  assemblée.  Son  premier  mouvement  fut 
«  d'imiter  ses  commétans,  de  se  déboucler  aussitôt  et  de 
«  joindre  ses  boucles  aux  autres;  ensemble  et  d'un  même 
«  mouvement  toute  l'honorable  assemblée  s'est  débouclée, 
«  les  galleries  en  ont  fait  autant  et  tout  le  monde  est  sorti 
«  des  états  en  pantoufle.  Motion  dans  les  districts,  motion 
«  au  palais  Roïal,  motion  aux  halles,  motion  partout  ten- 
«  dante  à  proscrire  les  boucles  d'argent  et  à  adopter  des 
«  boucles  de  cuivre  qui  prenant  faveur  sous  la  protection 
«  de  la  nation  ont  tout  d'un  coup  monté  de  dix-huit  sols  à 
«  six  francs.  Cependant  il  était  impossible  dans  une  aussi 
«  grande  ville  que  tout  le  monde  fut  pourvu  en  quatre 
«  heures  et  même  qu'on  seut  dans  tous  les  quartiers  ce  qui 
«  s'était  passé  le  soir  même  aux  états.  En  conséquence  il  y 
«  eut  le  premier  soir  c'est  à  dire  hier  beaucoup  de  monde 
«  en  boucles  d'argent  ;  les  filoux  patriotes  ne  l'ont  pas  voulu 
«  souffrir,  ils  ont  débouclé  tous  ces  prétendus  aristocrates 
«  et  par  excès  de  zèle  ils  n'ont  pas  même  voulu  souffrir  les 
«  boucles  d'oreilles  des  femmes  qu'ils  ont  patriotiquement 
«  arrachées  avec  une  partie  des  oreilles  ou  elles  pendoient 
«  pour  être  portées  aux  états  généraux  on  vous  imaginez 


1  La  maison  de  Hault  s'iilustre  du  roy  Hugues  Capet  et  de  ce 
Sancy  qui  donna  son  nom  à  l'un  des  diamants  de  la  couronne. 
Elle  compte  encore  des  descendants  en  France,  en  Belgique 
et  en  Amérique.  Ses  armes  sont  d'azur  à  trois  pattes  de  lion 
d'or.  —  F.  V. 


—    94    — 

«  bien  qu'elles  n'ont  pas  paru.  Ces  violences  viennent 
s  d'occasionner  un  décret  qui  deftend  ces  voies  de  fait 
sans  trop  les  condamner,  car  il  ne  faut  pas  que  le  zèle  se 
refroidisse,  et  qui  déclare  qu'en  exortant  tous  les  citoïens 
a  des  sacrifices  l'assemblée  n'a  jamais  prétendu  obliger 
personne  a  quitter  ses  boucles;  on  dit  que  ce  décret  qui 
a  ralenti  l'ardeur  des  acheteurs  de  boucle  de  cuivre 
donne  lieu  a  un  grand  procès' intenté  a  un  honorable 
membre  accusé  d'avoir  reçu  d'une  compagnie  de  fon- 
deurs une  grosse  somme  pour  faire  admettre  les  boucles 
nationalles;  dans  la  vérité  c'est  que  deux  heures  après 
la  scène  du  député  d'Issoudun  il  a  paru  un  million  de 
paires  de  boucles  en  cuivre  a  double  chasse  et  faites  sur 
le  même  modèle.  Voila  toutes  mes  nouvelles;  on  nous 
casse  la  tête  de  faux  bruits,  par  exemple  on  avait  annoncé 
une  nouvelle  révolution  pour  aujourd'hui  et  ce  matin  on 
lit  au  coin  des  riïes  que  la  scène  sanglante  est  retardée 
par  l'indisposition  d'un  des  principaux  acteurs.  Depuis 
deux  jours  nos  folliculaires  dissent  que  les  poissardes 
sont  allées  à  la  rencontre  de  Mgr  le  Duc  D'Orléans  que 
des  gens  mieux  informés  soutiennent  devoir  rester  encore 
longtemps  à  Londres » 


En  vérité,  n'est-ce  pas  là  un  régal  de  lettres.  La  façon 
cavalière  et  doucement  dédaigneuse  de  traiter  tout  ce  qui, 
de  quelque  façon,  a  rapport  à  la  république,  la  charmante 
ironie  d'un  gentilhomme  peu  respectueux  des  patriotes  et 
de  l'autel  de  la  nation,  le  ton  insinuant  et  malin  dans 
lequel  s'exprime  ce  vaincu  d'hier  que  les  ridicules  bassesses 
du  moment  empêchent  de  croire  à  la  réalité  d'un  nouveau 
régime,  enfin,  la  belle  modération  qui  règne  dans  ces  lignes 
écrites  à  une  époque  de  trouble,  modération  qui  oppose 
subtilement  des  gens  «  mieux  informés  »  aux  journalistes  et 
qui  parle  d'une  révolution  comme  d'un  spectacle  théâtral? 


—    95    — 

tout  cela  est  aujourd'hui  d'autant  plus  appréciable  qu'il  est 

devenu  plus  rare  de  le  trouver. 

A  ces  divers  titres,  cette  lettre  nous  a  parue  digne  d'être 

publiée. 

F.  Vurgey. 


Au  sujet  du  Château  des  comtes  a  Gand.  —  Une 
partie  du  Château  des  comtes  ayant  été  l'objet  d'une  pro- 
cédure en  expropriation  d'utilité  publique,  la  Cour  d'appel 
de  Gand  a  prononcé  le  4  décembre  1889  un  arrêt  fixant  les 
indemnités  dues,  et  dont  voici  le  texte  : 

«  Attendu  que  la  contestation  porte  sur  le  montant  de 
l'indemnité  due  aux  appelants  par  l'Etat  belge  à  raison  de 
l'expropriation  pour  cause  d'utilité  publique  d'une  pro- 
priété sise  à  Gand,  au  lieu  dit  :  Gravenkasteel,  section  A, 
nos  364bis,  362d,  368bis  c,  moitié  du  n°  368bis  a,  ayant  une 
contenance  de  19  ares  49  centiares  suivant  le  cadastre,  mais 
de  18  ares,  88  centiares,  24  millièmes  seulement,  d'après  les 
mesurages  faits  par  les  experts  ; 

«  Attendu  que  cette  propriété  comprenant  de  vastes  corps 
de  bâtiment  ayant  servi  de  filature  de  coton,  une  habitation 
de  concierge  avec  bureaux  et  magasins,  deux  cours  inté- 
rieures et  la  moitié  d'une  cour  extérieure,  fait  partie  d'un 
enclos  de  forme  circulaire,  situé  au  centre  de  la  ville  et  sur 
l'emplacement  duquel  se  dressait  autrefois  le  château  des 
Comtes  de  Flandre,  dont  les  historiens  et  les  archéologues 
font  remonter  l'origine  aux  temps  légendaires  de  Bau- 
douin-Bras-de-Fer  ; 

«  Attendu  que  l'aspect  actuel  de  cet  enclos  laisse  à  peine 
soupçonner  l'existence  des  ruines  qu'il  récèle  ;  qu'en  effet 
le  mur  extérieur  de  l'enceinte,  avec  ses  tourelles,  ses  contre- 
forts et  ses  créneaux  est  presque  entièrement  caché  aux 
regards  par  une  suite  non  interrompue  de  maisons  qui  y 


-    96    — 

sont  adossées;  que  les  restes  du  donjon,  de  la  chapelle  et 
du  mur  intérieur  de  l'enceinte  servent  d'appui  et  de  fonda- 
tion aux  lourdes  constructions  modernes  qui  constituent  la 
filature  des  appelants;  que  le  tout  est  couronné  par  les 
hautes  cheminées  de  l'usine  '. 

«  Attendu  que  la  vue  de  ces  bâtiments  industriels,  qui 
couvrent  les  vénérables  débris  du  château  et  qui  les 
déshonorent,  n'est  point  faite  pour  rappeler  les  luttes,  les 
triomphes  et  les  souffrances  dont  ce  lieu  a  été  le  théâtre 
dans  le  cours  des  siècles  ; 

«  Attendu  que  la  propriété  expropriée  n'a  donc  actuelle- 
ment aucune  valeur  historique,  artistique  ou  archéologique, 
appréciable  en  argent  ;  qu'une  telle  valeur  ne  pourra  lui 
être  acquise  que  le  jour  où  les  ruines  du  château  dégagées, 
à  grands  frais,  des  constructions  qui  les  enveloppent,  appa- 
raîtront aux  yeux  de  tous,  évoquant  le  souvenir  des  mœurs 
de  nos  ancêtres  et  des  événements  dont  ceux-ci  furent  les 
acteurs,  les  témoins  ou  les  victimes  ; 

«  Attendu  que  la  filature  des  appelants,  assise  sur  un  tertre 
qui  présente  lui-même  de  grandes  inégalités  de  niveau,  est 
entièrement  enclavée  entre  les  propriétés  circonvoisines  et 
le  cours  d'eau  :  la  Liève,  qui  coule  à  plus  de  9  mètres  en 
contre-bas  de  ses  fondations;  qu'elle  n'est  accessible  que 
par  une  rampe  partant  de  l'ancienne  porte  d'entrée  du 
château  qui  appartient  à  la  ville  de  Gand,  ladite  rampe 
ayant  une  longueur  de  50  mètres  sur  4  m.  50  centimètres 
de  hauteur,  soit  une  inclinaison  moyenne  de  9  centimètres 
par  mètre;  que  les  locaux  et  les  installations  qui  datent  de 
1829  et  ont  cessé  d'être  en  activité  depuis  l'année  1883,  sont 
disposés  et  distribués  d'une  façon  irrégulière,  défectueuse 
et  nullement  en  rapport  avec  les  progrès  et  les  exigences 
actuelles  de  l'industrie;  qu'ils  ne  sont  d'ailleurs  suscep- 

1  Comparez  la  vue  cavalière  et  le  plan  publiés  dans  le  volume  de 
ce  recueil  de  1837. 


—    97    — 

tibles  de  recevoir  avantageusement  aucune  destination  ou 
appropriation  industrielle  ou  commerciale  quelconque; 

«  Attendu  que  cet  état  des  lieux  contentieux,  dûment 
constaté  par  l'expertise  judiciaire  est  si  manifestement 
incompatible  avec  l'attribution  d'une  valeur  soit  historique, 
soit  industrielle,  qu'à  la  date  du  22  mai  1885,  l'auteur  des 
appelants  livrait  le  château  des  Comtes  de  Flandres  aux 
enchères  publiques,  suivant  un  plan  de  lotissement  et 
d'utilisation  qui  devait  entraîner  la  complète  destruction 
et  des  ruines  et  de  la  filature,  ainsi  que  la  transformation 
de  leur  emplacement  en  un  quartier  moderne  percé  de 
plusieurs  rues  nouvelles  ; 

«  Attendu  que  ces  diverses  considérations  concourent  à 
démontrer  que  l'indemnité  due  par  l'Etat  ne  peut  être 
équitablement  fixée  dans  l'espèce  que  sur  le  pied  de  la 
valeur  vénale  du  fonds  considéré  comme  terrain  à  bâtir,  et 
des  matériaux  à  provenir  des  constructions,  sous  déduction 
des  frais  de  démolition  ; 

«  Attendu  qu'au  cours  des  négociations  engagées  entre 
parties  antérieurement  à  l'instance  en  expropriation,  l'État 
belge  a  offert  aux  appelants  une  indemnité  globale  de 
90,000  francs  ; 

«  Attendu  qu'en  regard  à  tous  les  éléments  l'appréciation 
produits  en  cause,  cette  somme,  frais  de  remploi  compris, 
apparaît  comme  juste  et  satisfactoire  ; 

«  Quant  aux  demandes  d'indemnités  pour  frais  de  la  mise 
en  vente  publique  du  22  mai  1885,  perte  de  revenus,  indis- 
ponibilité du  capital,  imminence  de  l'expropriation,  contri- 
butions foncières  et  taxes  communales  ; 

«  Attendu  que  ces  différents  chefs  de  demande  n'ont  fait 
l'objet  d'aucune  justification  et  qu'ils  sont  dénués  de  tout 
fondement  ; 

«  Par  ces  motifs  : 
«  La  Cour,  ouï  en  audience  publique  M.  l'avocat  général 
de  Gamond,  statuant  sur  les  appels  tant  principaux  qu'in- 

7 


—    98    - 

rident  et  écartant  toutes  conclusions  contraires,  confirme  le 
jugement  dont  appel,  sauf  pour  ce  qui  concerne  le  montant 
de  l'indemnité,  émendant  quant  à  ce  seul  point,  condamne 
l'État  à  payer  aux  appelants  la  somme  de  90,000  francs, 
condamne  les  appelants  aux  dépens  d'appel.  » 


Un  autographe  de  H.  Crumpipen.  —  La  révolution 
brabançonne  occupe  dans  les  bibliothèques  publiques  de 
notre  pays  une  place  considérable  à  raison  surtout  du 
nombre  incroyable  de  pamphlets  qu'elle  fit  naître.  Bien 
des  détails  intéressants  à  connaître  ont  disparu  de  la 
mémoire  des  hommes.  L'historien  de  cette  époque  troublée 
et  curieuse  devra  s'efforcer  de  réunir  les  divers  documents 
épars  afin  de  nous  présenter  un  tableau  complet  d'une 
époque  de  notre  histoire  qui  n'a  pas  encore  été  appréciée 
comme  elle  devrait  l'être. 

L'auteur  de  la  lettre  que  nous  publions,  Henri  de  Crum- 
pipen, était  vice-président  du  Conseil  du  gouvernement 
général  des  Pays-Bas;  il  fût  appelé  le  21  août  1791  à  la 
présidence  du  Conseil.  La  lettre  est  adressée  au  chevalier 
Jean  François  Xavier  Diericx,  président  du  Conseil  de 
Flandre  et  conseiller  d'Etat  de  Sa  Majesté,  Pour  com- 
prendre l'intérêt  de  cette  lettre  qui  date  des  premières 
heures  de  la  restauration  du  Gouvernement  autrichien  en 
Flandre,  il  faut  se  rappeler  que  la  révolution  braban- 
çonne affirmée  par  la  prise  de  Turnhout  (26  octobre  1 789), 
l'évacuation  de  Gand  (16  novembre  1789),  l'abandon  de 
Bruxelles  (12  déc.  1789)  avait  pris  l'apparence  d'un  gou- 
vernement régulier,  par  suite  de  la  réunion  à  Bruxelles 
des  députés  de  toutes  les  provinces  situées  au  nord  de  la 
Meuse.  Ceux-ci  avaient  (11  janvier  1790)  proclamé  l'indé- 
pendance des  États  Belgiques  réunis.  Le  20  février  1790, 
Joseph  II  mourut.  Son   frère  Léopold  II,  grand  duc  de 


—    99    — 

Toscane,  fût  appelé  à  lui  succéder.  Des  négociations  furent 
habilement  poursuivies  à  Reichenbach  et  à  La  Haye  par 
ses  envoyés  avec  la  Prusse,  la  Hollande  et  l'Angleterre, 
pendant  que  ses  généraux  s'emparaient  en  quinze  jours 
de  toutes  les  villes  qui  avaient  reconnu  le  gouvernement 
des  Etats  généraux.  Le  25  novembre  1790,  Namur  capi- 
tulait; le  30  novembre,  les  Etats  généraux,  après  avoir 
vainement  discuté  leur  translation  à  Gand,  désespérant  du 
succès,  se  dispersèrent.  Le  2  décembre,  les  États  de  Brabant 
firent  leur  soumission.  Le  3  décembre,  Bruxelles  et  le 
7  décembre,  Gand  furent  repris. 

Le  Gouvernement  impérial  s'efforça  de  réorganiser  l'ad- 
ministration des  provinces  tombée  dans  le  plus  grand 
désarroi.  Le  comte  Mercy  d'Argenteau,  le  négociateur  de 
l'Empereur  au  congrès  de  La  Haye,  fut  nommé  Ministre 
plénipotentiaire  aux  Pays-Bas  et  chargé  de  l'intérim  du 
Gouvernement  général  de  la  Belgique.  Il  ne  put  entrer  en 
fonctions  et  ne  s'installa  à  Bruxelles  que  le  6  janvier  1791. 

Entretemps,  H.  de  Crumpipen,  l'une  des  personnalités 
les  plus  marquantes  et  l'un  des  hommes  les  plus  considé- 
rables de  l'administration,  s'occupa  de  réunir  les  diverses 
cours  de  justice  dont  les  membres,  menacés  dans  leur 
personne  et  leurs  biens  par  les  insurgés,  avaient  dû  prendre 
la  fuite. 

Le  président  du  Conseil  de  Flandre,  Jean  François 
Diericx,  s'était  retiré  d'abord  à  Lille,  puis  à  Ypres  où  habi- 
tait la  famille  de  sa  femme.  Il  y  était  encore  quand  H.  de 
Crumpipen  vint  à  Gand  pour  réorganiser  l'administration. 
A  cette  date  les  membres  du  Conseil  de  Flandre  étaient 
dispersés  ;  en  effet  l'arrêté  par  lequel  le  comte  Mercy  d'Ar- 
genteau réintégra  les  membres  du  Congrès  dans  leurs 
fonctions  fut  pris  le  25  février  1791  '. 

1  Réintégration  éphémère  puisque  le  7  novembre  1792,  par  suite 
de  l'arrivée   des  troupes  françaises,   le   Gouvernement  se   retira 


—     100     — 

De  Crumpipen,  en  attendant  l'arrivée  du  Gouverneur 
général  prenait  les  mesures  les  plus  sages  et  les  plus 
énergiques  pour  reconstituer  l'administration  et  surveiller 
les  adversaires  du  Gouvernement. 

Après  la  scission  survenue  entre  les  partisans  de  Van 
Eupen,  de  Vander  Noot  et  ceux  de  l'avocat  Vonck,  celui-ci 
ayant  été  déclaré  par  le  Congrès  révolutionnaire,  traître  à 
la  patrie,  fut  forcé  de  se  réfugier  à  Lille.  Le  nouveau 
Gouvernement  n'était  pas  sans  inquiétude  sur  les  agis- 
sements du  chef  du  parti  démocratique  brabançon.  La 
lettre  suivante  en  fait  foi  : 

«  Monsieur, 

ce  Sa  Majesté,  aiant  trouvé  bon  de  m'emploier  provi- 
sionellement  ici,  j'y  suis  depuis  une  couple  de  jours  et 
j'apprens  que  vous  êtes  à  Ypres;  vous  connoissés  Monsieur, 
l'étendue  de  mon  attachement  et  de  mon  ancienne  amitié 
et  c'est  par  une  suite  de  ces  sentimens  que  je  crois  devoir 
vous  prévenir  que  vous  fériés  bien  de  vous  rendre  ici  au 
moins  pour  le  teins  de  l'arrivée  de  son  Exce  M.  le  Comte 
de  Mersi  qui  sera  tout  au  commencement  de  l'année  ou 
nous  allons  entrer,  mais  avant  votre  départ  j'aurois  à  vous 
requérir  Monsieur,  de  Vouloir  bien  remplir  où  vous  êtes  un 
objet  qui  intéresse  essentiellement  le  service  de  Sa  Majesté. 

«  Le  S1'  Vonck  avocat  devenu  célèbre  et  chef  d'un  parti 
connu  s'est  retiré  à  Lille  et  le  séjour  qu'il  y  fait  ne  peut  pas 
être  indifférent  pour  le  Gouvernement  G1  quoique  vous  aies 
quitté  Lille  vous  êtes  sûrement  en  moyens  de  savoir  ce  qui 
s'y  passe  et  connoissant  votre  zèle  et  votre  fidélité  pour  la 
cause  de  Sa  Mté  je  dois  vous  requérir  de  vouloir  bien  nous 
procurer  sous  main  les  notions  que  vous  pourrés  recueillir 

d'abord  à  Rupelmonde,  et  puis,  à  peine  rentré  à  Bruxelles,  il 
disparût  à  la  suite  de  la  défaite  des  Autrichiens  à  Fleurus 
(26  juin  1794). 


—    101     — 

sur  le  compte  du  S1'  Vonck.  Il  nous  importerait  de  savoir  ce 
que  cet  avocat  fait  maintenant  à  Lille?  quelles  sont  ses 
liaisons?  Ses  démarches?  ses  relations  et  s'il  entretient  des 
correspondances  secrètes  ou  suspectes  de  ce  pais  ou  avec 
des  membres  de  l'assemblée  nationale,  du  Club  des  Jacobins 
à  Paris  ou  toute  autre  qui  tenderoit  à  troubler  de  nouveau 
la  tranquillité  publique.  Je  vous  aurai  en  mon  particulier 
beaucoup  de  reconnaissance  pour  les  soins  que  vous  voudrés 
bien  vous  donner  à  cet  égard  et  l'objet  m'en  paroit  si 
important  que  je  ne  puis  trop  vous  le  recommander. 

«  J'ai  l'honneur  d'être  avec  le  plus  sincère  attachement, 
Monsieur,  votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 

«  H.  Cbumpipen. 
«  Bruxelles  ce  25  Xbre  1790. 

«  M.  Diericx,  Cons1  d'Etat  de  S.  Mté.  » 

Cette  lettre  reçue,  M.  J.  F.  Diericx  rentra  à  Gand,  reprit 
sa  place  à  la  tête  du  Conseil  de  Flandre  et  laissa  à  d'autres 
le  soin  de  renseigner  le  Gouvernement  sur  les  agissements 
politiques  de  Vonck.  Ce  fut  le  vicomte  du  Toict,  qui  s'étant 
glissé  dans  l'intimité  de  l'avocat  bruxellois,  fût  l'un  des 
affidés  que  le  Gouvernement  employa  pour  surveiller  Vonck 
à  Lille,  jusqu'au  moment  de  sa  mort  (1er  décembre  1792). 

O  DE  K. 


Une  fille  de  Ryhove.  —  M.  le  baron  Kervyn  de  Letten- 
hove  nous  a  fait  l'honneur  de  nous  adresser  récemment  la 
lettre  que  nous  publions  ci-après.  M.  le  professeur  Fredericq, 
auquel  nous  l'avons  communiquée,  a  bien  voulu  faire  les 
recherches  nécessaires  afin  de  compléter  l'indication  qui  y 


—     102     — 

est  contenue.  Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  en  faire 
part  à  nos  lecteurs  '. 

Monsieur  le  Directeur, 

Camden,  dans  son  Histoire  de  la  reine  Elisabeth,  édition 
de  1601,  p.  249,  rapporte  que  la  comtesse  d'Essex  avait 
confié  des  lettres  d'amour,  dont  Elisabeth  eut  pu  s'irriter, 
à  une  dame  belge  du  nom  de  Ryhove. 

S'agit-il  ici  d'une  fille  du  tribun  gantois,  mariée  en 
Angleterre  ?  Quel  fut  exactement  son  rôle  dans  les  intrigues 
qui  précédèrent  le  supplice  du  comte  d'Esssex  ?  La  question 
ne  manque  pas  d'intérêt,  et  je  la  signale  aux  érudites  inves- 
tigations de  M.  Fredericq. 

Recevez,  etc. 

Kervyn  de  Lettenhove. 

Le  passage  de  Camden  2,  auquel  M.  Kervyn  de  Letten- 
hove fait  allusion,  est  le  suivant  : 

«  /.  Daniel  impostor  punitur. 

«  Ad  hanc  causam  etiam  spectat  sententia  his  diebus  in 
Caméra  Stellata  pronunciata  ideoque  minime  reticenda. 

«  Essexiumdelitteris  adulteratisconquestum  fuisse  supra 
dixi.  Hac  de  re  diligenter  inquisitum  et  deprehensa  insignis 
impostura.  Comitissa  ejusuxor,  marito  et  sibi  in  hac  turbida 
tempestate  timens,  literulas  amatorias  quas  ab  illo  accepe- 
rat,  in  capsulam  conjectas  fidei  Rihoviae  mulierculae  Bel- 
gicae  commisit. 

«  Illa  domi  suae  occultavit  ;  J.  Daniel,  Rihoviae  maritus, 
forte  fortuna  in  eas  incidit,  perlegit  et,  cum  in  iis  aliquid 

1  N  D.  L.  R. 

2  Gtjlielmtjs  Camden,  Rerum  Anglicarum  et  Hibernicarum 
Annales,  régnante  Elisabetha,  ad  annum  1601  (éd.  de  Leide  1639, 
p.  816).  L'édition  de  1601,  dont  parle  M.  Kervyn  de  Lettenhove, 
ne  se  trouve  pas  à  la  Bibliothèque  de  l'Université  de  Gand, 


-     103    — 

inesse  observassetquod  periculum  comiti  crearet  etReginam 
irritaret,  ab  artifice  in  chirographis  ementiendis  assimilari 
curavit. 

«  Deinde  pavidae  mulieri  jam  puerperae  denuntiavit  se 
in  inimicorum  mariti  manus  mox  traditurum,  nisi  tria 
millia  librarum  in  praesentiarum  numeraret.  Illa,  ut  peri- 
culum vitaret,  mille  centum  septuaginta  statim  numeravit; 
nec  tamen  autographa  sed  ectypa  pro  tan  ta  pecunia  ab 
imposture  accepit,  qui  magna  etiam  pecunia  pro  autogra- 
pbis  Essexii  adversarios  emungere  cogitarat. 

«  Hac  de  impostura  illein  perpetuum  carcerem  damnatus, 
tribus  librarum  millibus,  quarum  duo  Essexiae  cédèrent, 
mulctatus  et  auribus  in  collistrigio  afiixis  spectaculo  expo- 
situs  cum  hoc  programmate  :  Falsarius  et  impostor  im- 
probas.  » 

Pour  bien  comprendre  ce  passage  de  Camden,  il  faut 
savoir  qu'il  est  question  ici  du  procès  du  comte  d'Essex,  le 
fameux  favori  d'Elisabeth,  et  se  rappeler  que  le  fier  et 
brillant  gentilhomme  avait  encouru  le  ressentiment  de  la 
vieille  reine  en  épousant  la  fille  de  Walsingham  et  en 
bravant  la  reine  de  toute  façon. 

Arrêté  sur  l'ordre  de  la  souveraine,  il  redoutait  surtout 
sa  jalousie  d'amante.  C'est  pourquoi  la  comtesse  d'Essex 
avait  grand  intérêt  à  cacher  les  lettres  d'amour  que  son 
mari  lui  avait  écrites,  de  peur  qu'elles  ne  tombassent  entre 
les  mains  d'Elisabeth. 

Le  mari  de  la  dame  dépositaire,  J.  Daniel  joua  alors  un 
rôle  infâme.  Se  rendant  coupable  du  chantage  le  plus 
odieux,  il  extorqua  plus  de  mille  livres  à  la  pauvre  comtesse 
d'Essex  et  ne  lui  restitua  même  pas  les  pièces  qu'elle  avait 
eu  l'imprudence  de  confier  à  sa  femme.  Ne  lui  livrant  que 
des  fac-similés  habilement  copiés,  il  garda  les  originaux  dont 
il  espérait  faire  argent  une  seconde  fois  auprès  des  ennemis 


—    104     - 

d'Essex.  Mais,  traduit  devant  le  tribunal  de  la  Chambre 
étoilée,  il  y  fut  condamné  à  la  prison  perpétuelle  et  à  une 
amende  de  trois  mille  livres,  dont  les  deux  tiers  au  profit  de 
la  comtesse  d'Essex.  Camden  ajoute  qu'il  fut  de  plus 
pilorisé  et  eut  les  oreilles  clouées  au  poteau  d'infamie  pen- 
dant la  durée  de  l'exposition  publique. 

Camden  le  nomme  /.  Daniel  et  appelle  sa  femme  Rihovia 
muliercula  Belgica,  c'est-à-dire  :  femme  originaire  des 
Pays-Bas. 

Pour  répondre  à  l'une  des  questions  posées  plus  haut  par 
M.  Kervyn  de  Lettenhove,  il  suffit  de  transcrire  les  pre- 
mières lignes  d'un  acte  passé  à  Gand  devant  les  échevins 
de  la  Keure  le  7  mai  1610.  C'est  un  arrangement  de  famille, 
réglant  plusieurs  successions  restées  en  suspens.  Voici  le 
préambule  de  cet  acte,  tiré  des  archives  communales  de 
Gand,  Jaerregister,  Keure  1609-1610,  fol.  120: 

«  Compareren  in  persoone  Jo1  Phls  vander  Kethulle, 
fs  Jor  Franchoys,  heere  van  Ryhove,  Volckeghem,  etc.  ter 
eender  zyde;  ende  Joncvrouwe  Jehenne  vander  Kethulle, 
zuster  vanden  voorn.  Jo1'  Phls,  w[eduw]e  van  d'eer  : 
Jan  Daniel,  schiltcnape  van  Deresbery  inden  graefschappe 
van  Chester  binnen  tconinckrycke  van  Inghelant  ter 
andere,  etc.  » 

Le  /.  Daniel  de  Camden  est  évidemment  notre  Jean 
Daniel,  écuyer  de  Deresbery  au  comté  de  Chester,  le  mari 
de  Jeanne  de  la  Kethulle,  fille  du  fameux  François,  seigneur 
de  Ryhove.  Il  résulte  aussi  de  cet  acte  que  Jean  Daniel  était 
déjà  mort  en  1610,  Jeanne  de  la  Kethulle  y  étant  qualifiée 
de  veuve. 

Cet  acte,  sur  lequel  M.  Adrien  de  la  Kethulle,  juge  à 
Gand,  a  appelé  mon  attention,  tranche  donc  la  première 
question  soulevée  par  M.  Kervyn  de  Lettenhove.  Il  demande 


-    105    — 

aussi  quel  fut  exactement  le  rôle  de  la  fille  de  Ryhove  dans 
les  intrigues  qui  précédèrent  le  supplice  du  comte  d'Essex. 
Ici  j'avoue  ne  pouvoir  répondre.  Peut-être  quelque  lecteur 
anglais  du  Messager,  qui  aurait  fait  une  étude  spéciale  du 
règne  d'Elisabeth,  pourrait-il  élucider  ce  dernier  problème. 

Paul  Fredericq. 


L'Incendie  du  château  de  Beauraing.  —  D'après  les 
chiffres  officiels  que  nous  avons  recueillis  à  bonne  source, 
le  soupçon  de  malveillance  qui  avait  accueilli  la  première 
nouvelle  de  l'incendie  du  château  de  Beauraing  ne  saurait 
avoir  aucune  espèce  de  consistance.  Le  simple  exposé  qui 
suit  suffit  du  reste  à  en  faire  justice  ainsi  que  de  certains 
racontars  hazardés  qui  ont  pris  cours  dès  la  première  heure. 

Le  château  de  Beauraing  avait  été  incendié  au  siècle 
dernier  et  reconstruit  par  les  soins  et  sur  les  données  de  son 
propriétaire,  le  duc  d'Ossuna,  un  grand  seigneur  richissime, 
qui  y  engouffra  une  bonne  partie  de  ses  trois  cents  millions. 

Un  mot  de  lui  peint  l'homme  mieux  que  tout  commen- 
taire. Un  jour  on  lui  disait  que  son  intendant  le  volait  : 
«  Ne  voyez-vous  pas  que  ce  gueux,  entré  chez  vous  sans  sou 
ni  maille,  est  aujourdhui  scandaleusement  riche.  Il  est  plus 
que  temps  de  lui  faire  rendre  gorge.  » 

—  Moi,  plaider  pour  de  l'argent?  répartit  le  duc,  les 
d'Ossuna  défendent  leur  honneur;  mais  leur  argent! 
Fi  donc!  » 

De  ce  train-là,  les  plus  grosses  fortunes  arrivent  à  leur 
fin  et  quand  le  duc  mourut,  il  ne  restait  guère  à  sa  femme 
qu'une  pauvre  trentaine  de  millions  vinculés  par  les  reven- 
dications et  les  procès  de  la  famille  espagnole.  La  dernière 
instance  est  pendante  actuellement. 

Pour  faire  face  aux  frais  considérables  de   ces  procès 


—     106    — 

coûteux,  la  duchesse  d'Ossuna,  aujourd'hui  princesse  de 
Croy,  eut  recours  à  l'emprunt  et  signa  de  ce  chef  une  obli- 
gation de  2,200,000  fr.  au  profit  d'une  Société  d'assurances 
sur  la  vie,  la  Concordia,  de  Cologne.  En  garantie  de  cet 
emprunt,  le  château  fut  affecté  d'une  première  hypothèque 
et  le  mobilier  qu'il  contenait,  constitué  en  gage  jusqu'à 
concurrence  d'une  somme  de  1 ,950,000  francs  au  profit  de 
la  Concordia. 

A  la  suite  d'irrégularités  dans  le  paiements  des  intérêts, 
une  poursuite  en  expropriation  de  l'immeuble  hypothéqué 
aboutit  à  la  vente  faite  par  le  notaire  Delporte  de  Bruxelles 
le  24  octobre  dernier  ;  le  créancier  hypothécaire  se  rendit 
acquéreur  pour  la  somme  de  huit  cent  cinq  mille  francs. 

L'acquisition  était  fort  importante  déjà!  Le  château  de 
Beauraing,  un  palais  royal,  avec  ses  dépendances  magni- 
fiques, son  parc  superbe  et  ses  mille  hectares  de  terre  !  Si 
bien  que  la  valeur  marchande  des  terres  aujourd'hui  que 
le  château  a  été  rasé  par  le  feu,  est  encore  estimée  à 
800,000  francs  au  bas  mot. 

Mais,  la  vente  n'ayant  porté  que  sur  l'immeuble,  sans 
affecter  le  gage  mobilier,  et  n'ayant  diminué  la  créance  que 
du  prix  d'acquisition,  il  fut  convenu  amiablement  entre  la 
duchesse  d'Ossuna  et  son  créancier  qu'une  vente  aurait 
lieu  à  Cologne  par  les  soins  de  la  maison  Lemperts,  Héberlé 
et  fils,  de  tout  le  mobilier  donné  en  gage. 

En  exécution  de  cette  convention,  des  ouvriers  emballeurs 
étaient  venus  ces  jours  derniers  occuper  le  château.  Ils  s'y 
trouvaient  occupés  au  moment  du  sinistre  ainsi  que  le 
gardien,  le  domestique  Louis  ;  et  l'on  nous  assure  que  tous 
ont  eu  la  plus  grande  peine  à  se  sauver  des  flammes. 

Ils  avaient  déjà  expédié  un  premier  wagon  contenant  des 
objets  précieux  qu'on  évalue  à  une  centaine  de  mille  francs 
environ.  Trois  autres  wagons  étaient  prêts  à  partir  avec 
chargement  complet.  Ils  comprenaient  entre  autres  pièces 


—     107    - 

remarquables  les  quatre  Gobelins,  présent  de  Calderon,  les 
deux  vases  de  Sèvres  donnés  au  duc  d'Ossuna  par  le  czar  de 
Russie,  Alexandre  II,  ces  deux  vases  estimés  dans  le  borde- 
reau du  gage  à  180,000. 

On  suppose  que  les  objets  ainsi  préservés  représentent  de 
5  à  600,000  francs  au  moins. 

Mais  ce  qui  n'a  pu  être  mis  à  l'abri  et  dont  la  perte  sera 
regrettée  par  tous  les  amis  de  l'art,  c'est  la  galerie  de 
tableaux,  parmi  lesquels  on  cite  deux  toiles  de  Devos, 
estimées  120,000  francs;  le  portrait  en  pied  de  Mme  la 
duchesse  d'Ossuna  par  feu  le  peintre  anversois  Nicaise  De 
Keyser;  celui  du  duc  d'Ossuna  par  un  peintre  espagnol;  et 
nombre  de  curiosités,  venant  de  toutes  les  Cours  de  l'Europe, 
parmi  lesquelles  un  buste  du  vieil  empereur  d'Allemagne 
Guillaume  Ier,  donné  par  lui  au  duc  d'Ossuna  lors  du 
mariage  de  l'Empereur  actuel. 

La  collection  d'armures  valait  environ  deux  cent  mille 
francs.  On  croit  qu'une  bonne  partie  doit  être  au  nombre 
des  objets  emballés  et  préservés. 

On  sait  que  le  duc  d'Ossuna  a  été  enterré  avec  toutes  ses 
décorations  (il  en  avait  pour  60,000  fr.  à  peu  près)  et  avec 
tous  ses  papiers  précieux. 

On  a  même  raconté  qu'à  sa  mort,  sa  veuve  avait  fait 
murer  sa  chambre.  Rien  n'est  moins  exact.  La  chambre  du 
défunt  a  été  respectée,  nul  n'y  a  pénétré,  mais  le  mur  dont 
s'agit  n'a  jamais  été  qu'une  barrière  morale  inspirée  par  le 
respect  de  sa  mémoire.  Cependant,  comme  bien  des  papiers 
avaient  une  haute  valeur  historique,  une  demande  du  gou- 
vernement belge  les  revendiquant  allait  être  obéie,  quand  le 
feu  s'est  chargé  de  tout  détruire.  On  citait  notamment  parmi 
ces  pièces  la  correspondance  du  duc  avec  l'ex-impératrice 
des  Français  qui  aurait,  assure-t-on,  présenté  un  très  vif 
intérêt. 

Enfin,  tout  est  détruit.  Du  superbe  palais  il  ne  reste  que 
les  quatre  murs. 


—    108    — 

Quant  aux  intérêts  en  jeu,  la  situation  se  règle  comme 
suit:  la  Concordia, créancière  de  2,200,000  fr.  et  aujourd'hui 
propriétaire  du  gage  immobilier  (on  a  prétendu  qu'il  y 
avait  eu  revente  au  profit  d'un  M.  Boschaert  d'Anvers,  c'est 
inexact)  se  trouvera  créancière  du  solde  dépassant  le  prix 
de  son  acquisition  et  celui  de  la  vente  à  faire  du  gage  mobi- 
lier qui  vient  d'échapper  au  sinistre.  Elle  aura  à  faire  valoir 
ses  droits  pour  le  surplus  sur  l'indemnité  qui  sera  payée 
pour  la  perte  du  gage  par  les  Compagnies  d'assurances 
ainsi  réparties  :  l'Escaut  et  la  Securitas  d'Anvers  ont  assuré 
le  château  pour  500,000  fr.,  les  accessoires  pour  36,000. 

Quant  au  mobilier,  il  était  assuré  pour  deux  millions 
200,000  francs  par  les  Propriétaires  Réunis,  les  Assurances 
Générales  et  Mathieu. 

Nous  avons  tenu  à  donner  tous  ces  chiffres  afin  d'établir 
nettement  la  réalité  des  faits  et  d'éviter,  autant  que  pos- 
sible, les  suppositions  erronnées,  trop  fréquentes  en  pareille 
circonstance.  (Indépendance.) 


—    109    — 


CHRONIQUE. 


Gérard  Mercator.  —  L'infatigable  biographe  de  Gérard  Mer- 
cator,  Mr  le  docteur  J.  Van  Raemdonck  vient  de  publier,  dans  les 
Annales  du  cercle  archéologique  du  pays  de  Waes,  trois  nou- 
velles notices  consacrées  au  célèbre  géographe  rupelmondois  :  La 
première  réduction  de  la  grande  carte  de  Flandre  de  Mercator 
(gr.  in-8°,  4  pp.)  ;  Découverte  des  deux  premiers  exemplaires 
connus  de  la  grande  carte  d'Europe  (1S54)  et  de  la  carte  des  Iles 
Britanniques  (1564)  de  Gérard  Mercator  (gr.  in-8°,  19  pp.  et  1  p. 
blanche],  et  Gérard  Mercator  rupelmondois  et  non  anversois  gr. 
in-8°,  13  pp.  et  1  p.  blanche). 

En  voici,  résumées  en  quelques  lignes,  les  conclusions  :  I.  La 
première  réduction  connue  de  la  grande  carte  de  Flandre  a  été 
éditée  à  Rome,  par  Michel  Tramezini,  en  1555,  sous  le  titre  de 
Flandriae  recens  exactaque  descriplio,  mais  sans  le  nom  de  Mer- 
cator ;  cette  réduction  a  été  découverte  et  signalée  par  Mr  Fr.  Wieser, 
professeur  à  l'université  d'Innsbruck.  —  IL  Les  deux  premiers 
exemplaires  connus  de  la  grande  carte  d'Europe  (1554)  et  de  celle 
des  Iles  Britanniques  (1564)  ont  été  découverts,  en  1889,  à  la 
bibliothèque  de  la  ville  de  Breslau,  par  M1'  Alph.  Heyer  ;  il  serait  à 
désirer  qu'on  en  publiât  une  reproduction  phototypique. —  III.  C'est 
à  tort  que  Mr  Wauwermans,  président  de  la  Société  royale  de 
géographie  d'Anvers,  a  fait  naître  Gérard  Mercator  à  Anvers,  dans 
les  discours  qu'il  a  prononcés  le  12  août  1881  et  le  22  mars  1889. 
L'illustre  géographe  n'a  fait,  dans  la  patrie  d'Ortelius,  qu'un  court 
séjour,  qui  ne  suffit  pas  pour  ravir  à  Rupelmonde  une  gloire  dont 
elle  est  légitimement  fière. 

Il  faut  savoir  gré  à  Mr  Van  Raemdonck  de  se  consacrer  ainsi  à 
l'étude  de  la  vie  et  des  travaux  de  Mercator.  Grâce  à  ses  efforts  et 
à  son  zèle,  il  est  permis  d'espérer  que  son  œuvre  sera  un  jour  menée 
à  bonne  fin,  surtout  si  les  savants  et  les  conservateurs  de  dépôts 


—     110    — 

publics  veulent  bien  répondre  à  l'appel  qu'il  leur  adresse  et 
rechercher  les  desiderata  qu'il  signale  dans  une  liste  reproduite  à 
la  fin  de  sa  seconde  brochure.  Paul  Bergmans. 

Registres  des  enquêteurs  de  saint  Louis.  —  Il  ne  nous  est 
parvenu  qu'une  minime  partie  des  registres  où  les  commissaires 
désignés  par  saint  Louis  pour  ouvrir  des  enquêtes  sur  l'administra- 
tion des  officiers  royaux,  consignaient  les  plaintes  qu'ils  recueillaient 
au  cours  de  leur  mission:  il  faut  d'autant  plus  en  regretter  la 
perte  que  ces  registres  fournissent  beaucoup  de  renseignements  sur 
les  événements  publics,  le  droit  féodal,  l'administration  et  l'histoire 
des  familles  du  XIIIe  siècle.  Les  procès-verbaux  d'enquêtes  concer- 
nant la  Normandie,  le  Maine,  l'Anjou,  la  Touraine,  le  Poitou,  la 
Saintonge,  l'Artois,  le  Vermandois  et  le  Languedoc  ont  été  retrouvés 
partiellement  à  la  Bibliothèque  et  aux  Archives  nationales  à  Paris: 
ils  seront  probablement  publiés  dans  le  tome  XXIV  du  Recueil  des 
historiens  de  la  France.  Des  fragments,  relatifs  à  la  Picardie, 
viennent  d'en  être  découverts  par  Mr  Alfred  Richard,  archiviste  du 
département  de  la  Vienne;  ce  sont  six  feuillets  qui  ont  servi  à  car- 
tonner trois  exemplaires  de  la  Chrestomathie  grecque,  avec  lexique 
grec- français,  parue  à  Paris,  chez  Delalain,  en  1823.  Mr  Léopold 
Delisle  a  signalé  cette  importante  trouvaille  à  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles  lettres,  dans  une  notice  fort  intéressante, 
intitulée  :  Fragment  d'un  registre  des  enquêteurs  de  saint  Louis 
(Paris,  Imprimerie  nationale.  1890:  in-8°,  16  pp.).  Depuis,  le  savant 
administrateur-général  de  la  Bibliothèque  nationale  a  été  mis  encore 
en  possession  de  deux  feuillets  du  même  registre,  formant  la  cou- 
verture d'un  quatrième  exemplaire  de  la  Chrestomathie  de  1823, 
trouvé  en  Alsace.  On  peut  en  conclure,  avec  lui,  que,  vers  1823  ou 
1824,  un  registre  des  enquêtes  de  saint  Louis  a  été  abandonné  à  des 
relieurs  chargés  de  cartonner  les  ouvrages  classiques  de  la  maison 
Delalain,  et  que  les  librairies  ou  les  bibliothèques  pourvues  des 
livres  qui  servaient  aux  écoliers  du  temps  de  la  Restauration,  ren- 
ferment des  volumes  couverts  de  fragments  analogues.  Il  est 
probable  qu'il  se  trouve  en  Belgique  des  exemplaires  de  cette 
Chrestomathie,  et  nous  croyons  utile  d'appeler  sur  ce  point  l'atten- 
tion de  nos  bibliothécaires  et  de  nos  bibliophiles;  peut-être  l'un 
d'eux  aura-t-il  la  chance  de  découvrir  de  nouveaux  fragments  du 
précieux  registre. 


—   111   — 

Signalons,  à  cette  occasion,  une  autre  notice  récente  de  M1'  Léopold 
Delisle  :  le  Formulaire  de  Tréguier  et  les  écoliers  bretons  des  Écoles 
d'Orléans  an  commencement  du  XIV0  siècle  (Orléans,  H.  Herluison, 
1890;  in-8°,  26  pp.  et  1  f.  blanc;.  Dans  cette  curieuse  communica- 
tion faite  à  la  Société  archéologique  et  historique  de  l'Orléanais, 
M1'  Delisle  analyse  un  recueil  manuscrit  de  modèles  de  lettres, 
composé  au  pays  de  Tréguier  (Côtes-du-Nord)  au  XIVe  siècle,  et 
acquis  récemment  par  la  Bibliothèque  nationale.  Il  faut  noter 
spécialement  l'emploi  simultané,  dans  ces  lettres,  des  termes  de 
Genabum  et  de  Aurelianis  pour  désigner  la  ville  d'Orléans  ;  c'est 
une  nouvelle  preuve  en  faveur  de  l'identification  d'Orléans  avec 
l'antique  Genabum.  Paul  Bergmans. 

Correspondance  du  comte  de  Mercy-Argenteau.  —  M*  Jules 
Flammermont,  le  savant  professeur  d'histoire  à  la  Faculté  des 
lettres  de  Lille,  a  entrepris,  avec  le  concours  de  l'éminent  archiviste 
autrichien,  Mr  le  chevalier  Alfred  d'Arneth,  la  publication  de  la 
Correspondance  secrète  du  comte  de  Mercy-Argenteau  avec  l'empe- 
reur Joseph  II  et  le  prince  de  Kaunitz,  dans  la  Collection  des 
documents  inédits  relatifs  à  l'histoire  de  France,  éditée  par  le  gou- 
vernement français.  Le  premier  volume  vient  de  paraître  (Paris, 
Imprimerie  nationale,  1889  ;  in-8°,  IV,  plus  495  pp.  et  1  p.  blanche'  ; 
il  va  du  6  décembre  1780  au  27  décembre  1785,  et  comprend  deux 
cent  vingt-trois  lettres,  qui  sont,  pour  la  plupart,  d'un  haut  intérêt 
pour  l'histoire  de  Joseph  II  et  de  son  temps;  des  notes  abondantes 
et  substantielles  leur  donnent  un  prix  tout  particulier.  Il  est  bon, 
croyons-nous,  de  signaler,  dès  à  présent,  cet  important  ouvrage  à 
ceux  qui  s'occupent  de  travaux  historiques  sur  la  fin  du  XVIIIe  siècle, 
en  attendant  que  l'apparition  du  second  et  dernier  volume,  qui  sera 
accompagné  d'une  introduction  de  l'éditeur,  permette  d'en  donner 
un  compte-rendu  détaillé.  Paul  Bergmans. 

Les  sceaux  par  Lecoy  de  la  Marche  l .  —  Ce  volume  est  aussi 
intéressant  par  les  figures  que  par  le  texte.  «  Vivant  depuis  vingt 
cinq  ans,  dit  l'auteur,  au  milieu  du  plus  riche  dépôt  du  monde, 
celui  des  Archives  nationales  de  France,  attaché  plus  particulière- 


1  Les  sceaux  par  Lecoy  de  la  Marche,  Paris,  Quantin,  édit.  — 
Un  vol.  format  charp.  --  Bibl.  de  l'enseignement  des  Beaux  Arts, 


—     112     — 

ment  à  la  section  historique,  de  laquelle  dépend  la  grande  collection 
sigillographique  qui  fait  l'admiration  des  savants,  je  n'ai  eu  pour 
ainsi  dire  qu'à  me  baisser  pour  puiser  dans  ce  trésor  sans  fond.  » 
Les  figures  qui  sont  excellentes,  ont  été  exécutées  d'après  les 
empreintes  originales  ou  les  empreintes  surmoulées.  On  a  laissé 
autant  que  possible  aux  sceaux  leurs  dimensions  naturelles.  «  Le 
nouveau  procédé  employé  pour  ces  reproductions,  dit  l'auteur, 
participant  à  la  l'ois  de  la  photographie,  de  la  gravure,  de  la 
typographie,  achève  de  leur  donner  toute  la  fidélité  désirable.  Il 
est  arrivé  à  rendre  avec  une  précision  mathématique  les  moindres 
reliefs  des  empreintes  de  cire  ou  de  métal  et  aussi  leurs  moindres 
défectuosités.  »  Un  grand  nombre  de  ces  figures  présentent  pour 
"nous  un  intérêt  particulier  :  nous  y  avons  rencontré  les  sceaux  de 
Jeanne,  comtesse  de  Flandre,  des  villes  d'Ypres,  de  Saint-Omer,  de 
Tournai,  des  poissonniers  de  Bruges,  de  Philippe  le  Hardi,  duc  de 
Bourgogne,  de  l'empereur  Maximilien,  etc. 

«  Les  sceaux  des  villes  ou  des  communes,  dit  M.  Lecoy,  ne  se 
bornent  pas  à  nous  restituer  la  figure  de  leur  mayeur  ou  de  leurs 
échevins.  Une  autre  catégorie  tout  aussi  intéressante  et  plus  nom- 
breuse peut-être,  fait  revivre  à  nos  yeux  les  monuments  de  la  cité  ou 
son  aspect  général.  C'est  là  une  des  sources  les  plus  précieuses  pour 
l'archéologie  du  Moyen-Age,  pour  l'élude  de  l'architecture  en 
particulier;  car,  en  admettant  que  ces  vues  d'ensemble  ou  de  détail 
ne  soient  pas  d'une  exactitude  minutieuse,  ce  qui  se  comprend  de 
reste,  elles  peuvent  contenir  tel  trait,  tel  ligne,  tel  effet  capables  de 
nous  donner  une  explication  longtemps  cherchée.  Et  pour  combien 
d'édifices  ne  possédons-nous,  de  l'ancien  état  de  choses,  aucun  autre 
vestige  que  ces  petits  dessins  gravés  d'après  nature  sur  le  bronze  ou 
le  cuivre!  »  M.  Lecoy  de  la  Marche  aime  son  sujet;  et  le  fait  aimer 
et  montre  bien  de  quel  secours  sont  les  sceaux  pour  l'étude  de  l'his- 
toire, en  même  temps  que  leur  valeur  artistique. 

Van  Schoonbeke  en  het  Maagdenhuis  van  Antwerpen  L  — 
M.  Geudens  continue  la  publication  de  monographies  intéressantes 
sur  les  établissements  hospitaliers  d'Anvers.  Nous  avons  parlé  déjà 


1  Van  Schoonbeke  en  het  Maagdenhuis  van  Antwerpen,  door 
Ed.  Geudens,  archivaris  bij  de  Burgerlijke  Godshuizen,  Antwerpen, 
1889.  157  pp.  in-8°,  avec  planches. 


—     113    — 

de  son  Hôpital  de  Saint-Julien  et  les  Asiles  de  nuit  à  Anvers 
(1888,  p.  126)  où  l'on  coupait  une  phalange  du  doigt  à  ceux  qui, 
abusant  de  l'hospitalité  offerte,  avaient  prolongé  leur  séjour  au  delà 
de  la  durée  réglementaire  et  reparaissaient  dans  la  ville  après  ban- 
nissement de  ce  chef.  Le  volume  que  nous  annonçons  aujourd'hui 
est  enrichi  de  belles  planches  et  imprimé  avec  élégance.  Il  contient 
de  curieux  -détails  sur  une  institution  dont  l'origine  remonte  au 
XVIe  siècle,  sur  son  fondateur  Van  Schoonbeke,  et  sur  les  nom- 
breux bienfaiteurs  de  l'école,  où  se  lit  encore  de  nos  jours  l'inscription 
suivante  : 

«  Ex  donatione  haeredum  D.  Gilberti  de  Schoonbeeck,  fundo  hoc 
«  pauperib.  huius  urbis  pro  parte  legato,  Joan  Godev.  a  Grave, 
«  Petrus  Stevens,  Garolus  Batkin,  Philippus  Leroy,  Petr.  de  Haze, 
«  Guill.  F.,  Petrus  Janss.  de  Bisthove,  huic  urbi  ab  eleemosynis, 
«  deconsensu  camerse  S.  Spirit.  hune  parthenona  novo  hoc  sedificio 
<  ampliarunt,  annis  supra  CID  10  CXXXIV,  et  XXXV.  » 

L'inscription  entière  telle  qu'elle  est  gravée  sur  la  pierre,  ne 
contient  que  des  majuscules,  ce  qui  tranche,  quant  aux  particules 
dans  les  noms  propres,  des  questions  parfois  bien  embarrassantes 
pour  les  typographes. 

Les  recherches  faites  par  M.  Geudens  dans  les  archives  lui  ont 
permis  de  restituer  au  peintre  Fr.  Floris  les  tableaux  conservés  dans 
le  collection  des  Hospices  civils  et  attribués  à  tort  à  P.  Pourbus. 
Dans  un  inventaire  du  XVIIe  siècle  ils  sont  décrits  en  ces  termes  : 
«  2  Gontrefaictsels  van  Franchois  Floris  geschildert,  wesende  :  Gille- 
«  bert  van  Schoonbeeck  ende  syn  huisvrou  Elisabeth  Heyndrickx.  » 

Quatre  siècles  de  gravure  sur  bois1.  —  La  place  que  les 
artistes  flamands  occupent  dans  cette  belle  publication  est  assez 
considérable  pour  la  recommander  particulièrement  à  notre  atten- 
tion. Les  procédés  nouveaux  permettent  la  reproduction  dans  la 
dernière  perfection  d'œuvres  parfois  uniques  ou  qui  n'existent  qu'en 
de  rares  exemplaires,  dans  quelques  grands  musées.  La  série  de 
pièces  précieuses  ainsi  reproduites  pour  reconstituer  l'histoire  de 
la  gravure  sur  bois   comprend,  pour  ne  parler  que   des  artistes 

• 

1  Quatre  siècles  de  gravure  sur  bois,  publié  par  Georges  Hirth 
et  Richard  Muther.  —  Munich  et  Leipsic.  Hirth,  Libr.  édit.  — 
Planches  in-4°  avec  texte  en  français  et  en  allemand. 

8 


—    114    — 

des  Pays-Bas,  d'excellentes  œuvres  de  Lucas  de  Leyde,  de  Pierre 
Brueghel,  de  Moreelse,  de  Van  Heylen,  de  Christophe  Jegher.  Les 
planches  de  ce  dernier  d'après  Ruhens  sont  de  toute  beauté.  Une 
fois  de  plus  nous  avons  lieu  d'admirer  la  grande  place  qu'occupent 
les  artistes  des  Pays-Bas  dans  l'histoire  de  toute  branche  des  Beaux 
Arts  avant  notre  profonde  décadence  du  XVIIIe  siècle. 

HOBBEMA   ET    LES  PAYSAGISTES   DE    SON    TEMPS   EN    HOLLANDE1.   — 

Hobbema  est  un  exemple  extraordinaire  de  l'obscurité  profonde 
qui  peut  envelopper  pendant  longtemps  la  vie  d'un  grand  artiste. 
Dans  son  excellente  histoire  de  la  peinture  hollandaise  (1882) 
H.  Havard  disait  de  lui  :  «  Hobbema,  méconnu  de  ses  contempo- 
«  rains,  n'a  laissé  chez  les  biographes  qu'une  très  faible  trace  de  son 
«  passage  sur  cette  terre,  dont  il  a  été  pourtant  un  portraitiste  si 
«  fidèle.  Il  faut  attendre  jusqu'en  1739  pour  voir  son  nom  figurer 
«  sur  les  catalogues  de  vente;  en  1768  ses  chefs  d'œuvre  n'étaient 
«  guère  prisés  plus  de  200  à  300  florins,  et  c'a  été  seulement  de  nos 
«  jours  que  justice  a  été  rendue  à  son  immense  talent.  »  M.  Michel 
consacre  à  Hobbema  et  à  ses  principales  œuvres  *une  notice 
excellente,  où  il  réunit  tous  les  renseignements  recueillis  sur  le 
grand  peintre,  par  les  recherches  des  archivistes  de  Hollande, 
l'examen  des  anciens  catalogues  de  ventes,  et  les  très  rares 
témoignages  d'anciens  auteurs  hollandais.  Nous  y  rencontrons  ce 
détail  curieux  que  Hobbema,  marié  à  Amsterdam  en  1668,  à  l'âge  de 
30  ans,  à  l'époque  où  son  talent  est  déjà  développé,  obtient  la  même 
année  l'emploi  de  jaugeur-juré  de  la  ville  pour  les  liquides  de 
provenance  étrangère,  et  que  peu  de  jours  après  ce  mariage  qui  a 
eu  pour  témoin  J.  Van  Ruysdael,  il  comparait  devant  notaire  pour 
y  passer  un  acte  dénotant,  dans  l'administration  de  la  grande  cité 
commerciale,  des  pratiques  les  plus  étranges.  Hobbema,  par  cet 
acte  reconnaît  que  l'emploi  qui  lui  est  échu,  il  le  doit  à  l'interven- 
tion d'une  compagne  de  sa  femme ,  comme  elle  domestique  du 
bourgmestre  d'Amsterdam,  et  en  reconnaissance  de  ce  service,  il 
s'engage  à  payer  à  cette  fille,  tant  qu'il  conservera  sa  place,  une 
rente  de  deux  cent  cinquante  florins  par  an,  à  moins  que  la  béné- 
ficiaire, venant  aussi  à  se  marier,  ne  fasse  également  pourvoir  son 
mari  d'un  emploi  quelconque. 

1  Hobbema  et  les  paysagistes    de   son  temps  en  Hollande,  par 
Emile  Michel.  —Paris,  libr.  de  l'art.  54  pp.  in-4°  avec  12  gravures. 


—    115    - 

Les  Communes  françaises  a  l'époque  des  Capétiens  directs1. 
—  La  question  des  Commîmes  françaises  au  moyen  âge,  est  une 
de  celles  qui,  en  ce  siècle,  ont  le  plus  vivement  intéressé  les 
historiens  et  le  public.  Elle  s'impose  maintenant  plus  que  jamais 
à  l'attention  de  quinconque  tient  à  connaître,  dans  son  ensemble,  le 
développement  des  institutions  populaires  et  le  passé  de  notre  démo- 
cratie. L'histoire  des  communes  françaises  spécialement  dans  le 
nord,  a  des  rapports  trop  intimes  avec  celles  des  communes  fla- 
mandes pour  que  nous  puissions  passer  sous  silence  les  documents 
qui  s'y  rattachent.  Mais,  depuis  Augustin  Thierry,  la  science  a  mar- 
ché; l'érudition  contemporaine  a  complété  et  renouvelé,  en  bien  des 
points,  l'histoire  dn  mouvement  communal.  M.  Luchaire  a  pensé 
opportun  et  utile  de  mettre  le  public  au  courant,  et  d'exposer  dans 
un  livre  de  format  commode  et  dénué  de  tout  appareil  érudit,  les 
résultats  nouveaux  obtenus  par  les  savants  sur  cet  important  sujet. 
Dans  une  série  de  chapitres  substantiels,  il  étudie  successivement 
les  origines  immédiates  de  la  commune  urbaine,  la  formation  des 
communes  rurales,  les  chartes  communales,  l'administration  de  la 
ville  libre,  son  organisation  militaire  et  financière,  les  partis  poli- 
tiques qui  s'y  disputent  le  pouvoir,  et  enfin  ses  relations  avec  la 
féodalité,  l'Église  et  la  royauté.  Nous  espérons  que  cette  synthèse 
sera  accueillie,  comme  elle  le  mérite,  de  tous  ceux  qui,  sans  avoir 
le  loisir  de  rassembler  et  de  lire  les  publications  des  érudits,  veulent 
cependant  en  profiter. 

Divers.  — L'administration  du  Musée-Britannique  a  été  informée 
que  lors  des  dernières  fouilles,  en  Egypte,  une  importante  trouvaille 
a  été  faite. 

Il  s'agit  d'un  tombeau,  que  l'on  prétend  être  celui  de  la  reine 
Cléopâtre.  Il  fut  découvert  à  une  profondeur  de  vingt-cinq  pieds, 
dans  un  appartement  de  dix  pieds  de  longueur  sur  deux  et  demi  de 
largeur. 

Le  sarcophage  était  construit  en  forme  de  pyramide  et  orné 
d'élégantes  sculptures. 

Le  dit  sarcophage  sera  ouvert  en  présence  d'un  représentant  du 
gouvernement  égyptien. 

1  Les  Communes  françaises,  etc.,  par  Achille  Luchaire,  pro- 
fesseur d'histoire  du  moyen-âge  à  la  faculté  des  lettres  de  Paris.  — 
Hachette  et  Cie,  à  Paris,  1  vol.  in-8°,  299  pp. 


-    116    — 

—  La  ville  d'Athènes  va  i*ecevoir  en  don  du  riche  Athénien 
Stéfanowitch  un  souvenir  à  la  mémoire  de  lord  Byron. 

C'est  un  groupe,  en  marbre,  qui  sera  achevé  à  Paris  et  entouré  de 
ligures  allégoriques,  le  tout  d'une  valeur  de  plus  de  cent  mille  francs. 

—  On  expose  depuis  quelque  temps  au  Palais  Rosso,  à  Gênes,  les 
tableaux  offerts  par  la  duchesse  de  Galliera,  à  sa  ville  natale.  Dans 
cette  collection  sont  compris  :  une  magnifique  toile  de  Rubens, 
représentant  :  Un  Guerrier  poursuivi  par  de  mauvais  génies;  il  est 
recueilli  dans  le  royaume  de  Vénus  et  de  Bacchus  et  débarrassé  de 
son  armure  par  l'amour  ; 

Un  tableau  d'Antoine  Van  Dyck  :  Le  denier  public  ; 

De  Jean  Steen  :  Une  procession  d'enfants  et  Un  intérieur  de  ferme  ; 

Un  paysage,  de  Ruysdael,  dont  Wouwerman  peignit  les  figures; 

Un  paysage  effet  de  lune,,  par  van  Aart  van  der  Neer. 

Deux  tableaux  de  Murillo  :  Saint-François  qui  reçoit  d'un  ange 
les  règles  de  son  ordre  et  La  Fuite  en  Egypte  ; 

En  outre  des  toiles  de  Zurbaran,  Sassoferrate,  Carracci,  Guido 
Reni  et  d'autres  peintres  de  talent. 

—  La  vente  de  l'atelier  de  Jules  Dupré  qui  eut  lieu  à  Paris,  le 
30  janvier  dernier  produisit  la  somme  de  deux  cent  dix  mille  francs. 

Son  Retour  à  la  ferme  au  soleil  couchant,  fut  acheté  par  le  duc 
d'Aumale,  pour  20,000  francs. 

Son  Repos  de  moissonneurs  (1842),  atteignit  le  prix  de  4,100  francs. 

Les  trois  arbres,  environs  de  Ghâteauroux,  8000  francs. 

Le  soir  au  bord  d'une  rivière,  10,400  francs. 

Sous  l'ombrage  Bois  de  l'Isle  Adam  ,  10,100  francs  ; 

Pleine  mer,  5,500  francs. 

Les  autres  tableaux  du  maître  s'élevèrent  à  des  prix  variant  de 
deux  à  treis  mille  francs. 

Les  dessins  furent  vendus  : 

Le  Bûcheron  de  Coussac-Bonneval,  1005  et  le  Passage  du  gué, 
1520  francs. 

A  la  vente  de  la  collection  Dupré,  le  duc  d'Aumale  obtint  au  prix 
de  40,000  francs  le  Concert,  de  Corot. 

Un  autre  tableau  de  Corot  :  le  Crépuscule,  fut  vendu  8,100  francs  ; 

Le  portrait  de  Jamer,  par  Gericauld  6,000  francs. 

Les  toiles  de  Daumier  :  la  Salle  des  Pas-Perdus,  1,800  francs: 
l'Avocat  plaidant,  1,500  et  l'Antiquaire,  1,200  francs;  la  Plaine, 
étude  de  Th.  Rousseau,  1,400  francs. 


-    117     - 

—  Une  singulière  et  très  importante  découverte  vient  d'être  faite 
à  Pompéi.  A  l'extérieur  de  la  porte  Stabiane,  dans  une  couche  de 
cendres,  on  a  trouvé  le  moule  de  trois  cadavres  et  d'un  arbre. 

On  sait  que  ces  moules  sont  des  empreintes  vides  d'objets  dont  le 
feu  a  calciné  et  consumé  la  substance  sans  en  détruire  la  forme, 
celle-ci  reste  accusée  avec  la  plus  grande  fidélité  par  les  cendres  qui, 
l'enveloppent  de  toutes  parts,  et  si  on  vient  à  verser  du  plâtre 
dans  ces  boursouflures,  on  obtient  la  reproduction  exacte  de  leur 
contenu. 

On  a  donc  usé  de  ce  procédé  et  on  a  ainsi  obtenu  l'empreinte  de 
deux  cadavres  d'hommes  et  d'un  cadavre  de  femme.  Un  de  ces 
hommes  est  à  genoux,  tandis  que  l'autre  est  couché  sur  le  dos.  Le 
corps  de  la  femme  a  la  tête  inclinée  en  avant,  les  bras  étendus. 

Mais  l'empreinte  de  l'arbre  est  de  beaucoup  la  plus  intéressante. 
Outre  l'impression  du  tronc,  celle  des  feuilles  et  du  fruit  est 
demeurée  intacte.  M.  Ruggiero,  directeur  des  fouilles  de  Pompéi, 
examina  attentivement  l'arbre  et  reconnut  qu'il  appartenait  à  la 
variété  des  laurus  nobilis,  ce  végétal  produit  un  fruit  rond  qui 
mûrit  à  la  fin  de  l'automne.  M.  Ruggiero,  après  avoir  étudié  la 
forme  et  la  dimension  des  fruits  moulés,  déclara  qu'ils  devaient  être 
mûrs  lors  de  l'éruption  volcanique. 

Par  conséquent,  cette  découverte  prouverait  que  la  célèbre 
catastrophe  de  Pompéi  doit  prendre  place  non,  comme  on  le  croyait, 
au  mois  à' août  de  l'année  79  du  Christ,  mais  au  mois  de  novembre 
de  la  même  année. 

—  On  a  vendu,  dernièrement  la  partie  la  plus  importante  de  la 
collection  Marquis,  des  bronzes  d'art  et  d'ameublement. 

Nous  signalerons  d'abord  une  magnifique  pendule  à  cadran  tour- 
nant, formée  d'un  vase  ovoïde  d'ancien  céladon  fleuri,  garni  d'une 
riche  monture  en  bronze  ciselé  et  doré,  de  l'époque  Louis  XVI, 
vendue  48,100  fr.  ;  un  très  beau  lustre  de  Boulle,  à  huit  lumières  en 
bronze  ciselé  et  doré  de  l'époque  Louis  XIV,  22,000  fr.,  sur  une 
demande  de  15,000  fr.  ;  deux  bras  appliques  du  temps  de  Louis  XV 
en  bronze  ciselé  et  doré,  7,530  fr.  ;  une  pendule  Louis  XVI,  modèle 
à  cage  en  bronze  doré,  garni  sur  la  face  et  sur  les  côtés  de  plaques 
en  ancienne  porcelaine  de  Sèvres,  8,900  fr.  ;  une  pendule  Louis  XVI 
formée  de  deux  sphinx  en  marbre  blanc  supportant  le  mouvement 
et  reposant  sur  un  socle  en  marbre  bleu  turquoise,  avec  ornements 
en  bronze,  11,000  fr.  ;  un  grand  cartel  Louis  XVI  en  bronze  ciselé 


—    ns    — 

,>nte  d'une  figurine  de  _         -  nnant  de  la  trompette 
et  tenant  un  médaillon  qui  représente  Henri  IV  vu  île  profil, 5,800  Dr. 

—  Un  curieux  manuscrit  a  été  offert,  en  février  dernier,  à  l'Aoa- 

mçaise,  par  M   le  comte  de  la  Ferrière  :  c'est  la  seule  copie 

ristfl  du  Livre  d€  Dépenses  de  la  reine  de  Navarre  Marguerite 

Ingon  -  but  de  François  1-  .  du  mois  de  septembre  1540  à  la 

fin  d'août  i5-n>. 

L'original  de  ce  manuscrit  est  conserve  dans  la  bibliothèque  du 
marquis  de  Frotl         -  «ndant  en  ligne  directe  de  Jehan  de  Frotté\ 

la  reine  Marguerite. 

—  Une  dentelle  historique.  Le  i    oservateur  du  Musée  du  chah 

\         _         .  a  que  MM.  Asther  et  Wertheimer  lui  ont 

prêt-,  s  remarquable  échantillon  de  dentelle  en  point  de  V< 

qui  exish  tient  en  Angleterre,  et  qui,  chose  curieuse.  ; 

robe  que  Marie- Antoinette  a  porté  le  jour  de  ses  n<     - 
Le  volant  de  dentelle,  en  très  -sure  4  mètres  de  1  i  g 

sur  Tô  centime:-.   -  rge.  Son  dessin  es  -  figures, 

.  x  :     s  ai      -       laReii       th   souronne 

sontconten     s      ns       travail,  fait  entièrement  à  la  main. 

— 1  fctres  autographes,  adressées  ]    rNa]  -  au  célèbre 

-        i  Volta,  viennent  d'être  retrouvées  dans  de  vieux  pa] 

ar  une  fileuse  de  s  Mandello-Lario.  Cette  jeune 

aille  à  la  reine  qui, 

en  retour,  lui  a  fcre  un  magnifie  ssurant 

~  -     de  lui  procurer  un  appui  plus  efficace. 

—  M.  le  chanoine  Meyers.  cure  de  S..  kl     _e.  vient  de 
faire  un  don  magnifique  au                                 -  :.e  la  porte  de  H 
Bruxelles:.  \\  h.             cadeau  de  la  coupe  en  argent  et  or  offerte 
en;-'         jour  de  l'inauguration  solennelle  d<        -  serne 
du  F           ifiteau,  à  Br       Iles,  i  ar  S.  M    LéopoM  1-.  au  nom  de  la 

-  le  lieutenan  -_ 

taire  et  ce:-  or  du  m   se  s'ag 

M.  M<       -         k  grat  exécuté  les  plans  en  si 

romain  de  ce  superbe  édifice,  et  la  ville  de  E  tenu  à  lui 

.oignex  sa 

e  en  argent  massif,  du 

-    le  16  kilogr  rès  d'un  mètre  de  haut. 


—    119    - 

10,000  francs.  Le  couve:  lé  de  la  statue  de  l'arcl. 

Saiir    .  jure  au  haut  de  la  tour  delà  maison  de  ville. 

—  On  a  vendu,  en  il  Hôtel  Drouot,  à  P.  r  la 
somme  de  23,000  franc?,  quatre  sphinx  e:             -cuite,  du  t/- 

de  Louis  XV. 

Ce  sont  <1  à  buste  d<  -entant, 

dit-on,  quatre  favorites  du  : 

—  La  Ga.  le  de  Londres  le  soix; 
tableaux  moderr.                                   3e  M.  Henn  Tate  de  Sireatnam. 

Cette  belle  colle..  _     Elle 

renferme  deux  toiles  de    Tadema,   une  de  ■     -s  de 

Gonstaj 

—  La   Bibliothèque  royale  de   I  d'acquérir  le  | 
ancien  livre  imprimé  qui  ei                           .  qui  apparl- 

à  la  collection  du  professeur  F;  Hirtb.  ueil   de 

formules  chinoises  intitulé  :  -  avec  d  • 

-  de  bois  qui  ont  dû  être  façonnés  vers  l'an  1310  •'.■ 
La   clarté  du  texte  et  l'exécution  des  planci. 
trésors  historiques  anciens  indiquent  que  l'ouvrage  a  dû  paraître 
à  une  époque  éloigx 

—  Le  Louvre  vient  de  faire  une  acquis 

un  grand  triptyque  flamand  dont  les  ; 
conservées,  quoique  fort  anciennes,  sont  d'u: 
A  l'intérieur,  comme  sur  beaucoup  d-  flamands  de  la 

ne  époque,  sont  représentés  les  donateur  - 
saint  patrons.  Sur  la  Ga  -rieure  di 

et  Eve. 

Quoique  l'auteur  de  cet  ouvrage  soit  inconr. 
ait  quelque  analogie  entre  ce  chef-d'œuvre  et  le  fameux  triptyq 
Van  Eyck  qui  orne  l'église  Saint-Bavon  à  Gand. 

—  L>a:  lartement  de  Seine  et  Marne. 
Bocage,  Ion  vient  de  découvrir  plusieurs  habita: 

Dans  un  atelier  où  la  pierre  était  taillée  l'on  trouva  des  ciseaux. 
des  vilebrequins  et  plusieurs  tessons  provenant  d'objets  ce: 
tionnés,  ainsi  qu'une  quantité   d'instruments  aratoire  rue: 

sarcloirs,  râteaux,  etc.,  fabriqués  en  silex 

—  On  signale  dans  la  Pe.  -  Milan,  que  par  suite  de 
circonstances  fortuites  l'on  a  découvert,  à  Bologne,  les  ruines  c 


-     120     — 

ville  étrusque.  Deux  larges  rues  rectangulaires  partagent  la  ville 
en  quatre  parties.  Chacune  de  ces  parties  est  divisée  en  huit  blocs 
à  peu  près  d'égale  grandeur  :  165  mètres  de  longueur  sur  35  à 
40  mètres  de  largeur.  Les  rues  principales  ont  des  trottoirs  de 
5  mètres  de  largeur  et  une  voie  pour  les  véhicules,  présentant  les 
mêmes  dimensions.  Les  fouilles  achevées  l'on  put  contempler  des 
maisons  ayant  beaucoup  de  ressemblance  avec  les  habitations  ro- 
maines. L'une  de  ces  demeures,  d'une  largeur  de  35  mètres  a  un 
impluvium  et  un  vaste  portique  incrusté  de  mosaïques.  Près  de 
l'atrium  l'on  trouve  plusieurs  chambres  à  coucher,  ayant  une 
superficie  de  7  mètres  carrés.  Le  tout  est  suivi  d'un  grand  espace 
ouvert,  probablement  le  tablinium. 

La  ville  est  construite  avec  une  telle  régularité  que  l'on  croit 
avoir  devant  soi  une  ancienne  colonie  construite  d'après  un  plan 
arrêté. 

Ces  bâtisses  semblent  dater  de  vers  le  milieu  du  Ve  siècle  avant 
notre  ère. 

—  Jusqu'à  ce  jour  l'on  n'avait  pu  découvrir  aucune  des  œuvres  du 
peintre  Albert  Van  Ouwater,  le  contemporain  et  peut-être  l'élève 
de  Van  Dyck. 

Seul  l'ouvrage  de  Charles  Van  Mander  le  fait  connaître  où  il 
décrit  de  lui  deux  tableaux  :  l'Autel  Romain,  qui  orne  la  grande 
église  de  Harlem,  et  la  Résurrection  de  Lazare.  Cette  dernière 
toile  se  trouva  parmi  le  butin  fait  par  les  Espagnols  en  1573,  lors 
de  la  prise  de  Harlem.  Malheureusement  Van  Mander  ne  décrit 
qu'une  copie  où  il  dépeint  Lazare  comme  une  figure  admirable,  aux 
lignes  pures  et  d'un  dessin  correct.  D'un  côté  Lazare  est  entouré 
d'apôtres,  de  l'autre  de  gens  du  peuple. 

La  chronique  artistique,  de  Hollande,  annonce  maintenant  que 
l'original  de  ce  tableau  fut  reconnu  par  le  Dr  Schneibler  dans  une 
collection  appartenant  à  une  famille  de  Gènes. 

Le  Dr  Bode,  directeur  de  la  revue  citée,  est  d'accord  avec  le 
Dr  Schneibler  pour  avancer  avec  certitude  que  c'est  bien  la  Résur- 
rection de  Lazare,  par  Van  Ouwater,  que  l'on  a  trouvée. 

Lors  du  rappel  du  duc  d'Albe  des  Pays-Bas,  il  vint  faire  un  assez 
long  séjour  à  Gènes  et  l'on  croit  qu'il  apporta  dans  cette  ville  la 
célèbre  toile  de  Van  Ouwater.  Le  tableau  est  en  parfait  état  de 
conservation,  le  coloris  en  est  frais  et  brillant  et  les  lignes  d'une 
exquise  délicatesse  excitent  l'admiration  des  connaisseurs, 


Armoiries  de  V abbaye  d'Aine-, 


—    121     — 


UN    DERNIER    MOT 

CONCERNANT 

LES  ARMOIRIES  DE  L'ABBAYE  D'AINE 


En  offrant  à  la  Fédération  historique  de  Bel- 
gique nos  nouvelles  recherches  sur  les  armoiries 
de  l'abbaye  d'Aine,  nous  pensions  avoir  établi 
notre  opinion  d'une  manière  péremptoire;  et  la 
conclusion  adoptée  et  votée,  en  faveur  de  notre 
sentiment,  par  le  bureau  du  Congrès,  semblait 
terminer  la  controverse  * .  Nous  avions  trop  pré- 
sumé. Pendant  que  plusieurs  érudits,  juges  très 
compétents,  nous  adressaient  des  félicitations  et 
déclaraient  être  de  notre  avis,  d'autres  nous 
faisaient  savoir  qu'ils  n'étaient  pas  entièrement 
convaincus.  Leurs  objections  ne  nous  paraissaient 
pas  détruire  la  valeur  de  nos  preuves.  Néanmoins 
le  désir  de  corroborer  notre  thèse,  de  façon  à 
satisfaire  les  critiques  les  plus  exigeants,  nous 
décide  à  la  reprendre. 

Nous   ne    nous    arrêterons   pas    au    document 

*  lV*'Ses8ion.  Charleroi,'  5  août  1888. 


—    122    — 

fourni  par  le  livre  assez  rare,  intitulé  :  La  reigle 
de  Saint-Benoist  illustrée  de  commentaires,  par  feu 
Damp  Matthias  Lambert,  prieur  du  renommé 
monastère  d'Aine,  dédiée  à  Monseigneur  Henry 
de  Yelpen1...,  abbé  dudit  monastère.  Liège,  chez 
Henry  Hovius.  L'an  M.D.XCVI,  in-12,  555  pp. 
Sur  ce  titre,  on  voit  une  vignette  représentant  les 
armoiries  :  fasce  et  trois  merlettes,  surmontées  de 
la  mitre  et  posée  sur  une  crosse  placée  transver- 
salement. Au-dessous,  un  bistel  avec  une  devise 
un  peu  détériorée  par  le  mauvais  état  de  l'exem- 
plaire; on  y  lit  :  confirma  verbum. 

Nous  n'insistons  pas  sur  cette  preuve  :  elle  est 
identique  à  celle  déduite  de  la  reliure  et  du  titre 
de  la  Vie  du  bienlieureux  Simon,  figurée  par  Pierre 
Fouet,  le  paintre  de  Chastelet-sur-Sambre ,  Vannée 
du  s1'  1621 î.  Nous  préférons  exposer  un  argument 
décisif. 

Grâce  à  une  communication  privée,  nous  con- 
naissons le  sceau  officiel  de  l'abbaye  d'Aine  en 
1794,  époque  où  les  religieux  furent  expulsés  de 
leur  monastère.  Ce  sceau  forme  un  manche  ou 
poignée  à  deux  mains,  c'est-à-dire  à  double  usage. 
L'instrument  est  en  argent,  et  offre  deux  estam- 
pilles ou  empreintes  différentes.  L'une  représente 
les  armes  personnelles  de  l'abbé  Dom  Herset 5  :  trois 


1  L'abbé  Henri  Vander  Velpen  avait  pour  armes  personnelles  : 
une  croix  cantonnée  de  quatre  merlettes  et  chargée  d'un  lis  en  cœur, 

*  Documents  etc.  de  la  Société  arch.  de  Charleroi,  t.  XVI,  p.  386. 

3  Dom  Norbert  Herset,  né  à  Verviers,  le  1er  octobre  1738,  reçut  la 
bénédiction  abbatiale  le  21  novembre  1790,  et  mourut  à  Saint-Trond, 
le  15  septembre  1806. 


—    123    — 

quinte  feuilles  en  pal,  à  dextre  ;  une  licorne  grim- 
pante, à  Senestre,  l'autre  (empreinte)  figure  :  une 
fasce  avec  trois  merlettes,  sur  fond  d'azur  :  armes 
que  l'on  rencontre  sur  les  divers  monuments  cités 
antérieurement. 

Est-il  besoin  de  développer  les  conclusions 
qu'amène  nécessairement  cette  nouvelle  décou- 
verte ?  Nous  ne  le  pensons  pas.  Quel  pourrait 
bien  être  ce  deuxième  cachet  employé  par  l'abbé, 
sinon  celui  de  l'abbaye  qu'il  administrait  ? 

Avec  l'intime  persuasion  que  le  doute  n'est  plus 
possible,  nous  maintenons,  sans  crainte  de  nous 
tromper,  que  l'abbaye  d'Aine  avait  pour  armes  : 
un  écusson  à  la  fasce  accompagnée  en  chef  de  trois 
merlettes. 

Nous  adressons  l'expression  de  notre  gratitude 
à  Monsieur  le  Docteur  Gérard,  de  Gozée.  C'est  lui 
qui  nous  a  procuré  la  double  empreinte  du  sceau 
dont  nous  venons  de  parler,  sceau  appartenant  à 
Monsieur  Alfred  Riche  Pouré  de  Noirchain. 

I.  Van  Spilbeeck. 


124  -  — 


NOTICE 

SUR    LE 


LOCAL  DE  LA  CONFRÉRIE  DE  SAINT-GEORGES 

DE   1381    A    170e  ». 

A  l'ouest  du  local  de  la  grande  et  souveraine 
Gilde  des  Arbalétriers  se  trouvait,  de  1440  à  1567, 
la  petite  cour  de  Saint-Georges,  occupée  par  la 
jeune  confrérie.  Cette  petite  cour  longeait  la  place 
de  la  maison  échevinale  derrière  les  maisonnettes 
d'écrivains  publics.  Elle  y  avait  deux  entrées,  l'une 
près  du  bâtiment  de  l'ancienne  Halle,  où  la  jeune 
confrérie  avait  sa  Gildehuys,  et  l'autre  près  du 
Beffroi,  où  celle-ci  possédait  une  maison.  La  cible 
était  placée  près  de  la  tour.  C'est  ce  que  nous  montre 
un  acte  du  26  mai  1562,  par  lequel  la  jeune  Gilde 
permet. à  Jean  Pieters,  propriétaire  de  la  maison 
touchant  au  Beffroi,  de  bâtir  dans,  le  mur  de  la 
cible,  et  stipule  qu'il  sera  tenu  d'ouvrir  sa  porte 
les  jours  de  tir  pour  les  prix  de  la  Ville,  mais  qu'il 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  Ie  livr.,  1890,  p.  1. 


-    125    — 

devra  la  tenir  fermée  en  toute  autre  circonstance, 
afin  que  nul  ne  puisse  pénétrer  dans  le  local  et 
y  causer  du  dommage.  Kenlic  zij  etc.  dat  Lievin 

De  Peystere,  keyser,  Pieter  Gilliaert,  coninc 

vandenjonglie  guide  van  mynen  heere  den  rud- 
dere  Sinte- Jooris ,  binnen  desen  stede,  by  ad  vise 
van  mynheeren  coninck,  overdeken,  deken  ende 
proviserers  van  den  ouden  ende  grooten  guide 
van  mynen  heere  den  zelven  ruddere  Sinte-Jooris 
ter  eencler  syde,  ende  Mr  Jan  Pieters  ter  andere, 
kennende  ende  verclaersende  de  voorn.  eerste 
comparanten  gheconsenteert  hebbende  ende 
consenteren  by  desen  den  voorn.  Mr  Jan  Pieters 
te  moghen  vuytbringhen  maken  ende  weercken 
zekeren  muer  van  de  egghe  van  zynen  achter- 
ghevele  van  den  huuse  daer  hy  jeghewordelic 
innewoont,  ant  beaufroit  tôt  in  den  muer  van  den 
doelhuuse  staende  neffens  tselfs  M1'  Jans  huus — 
Ende  es  ooc  ghehouden  ten  daglie  van  den 
schietene  van  den  stede  prysen  zyne  dueren  open 
te  doen  stellen  ende  houdene,  glielyc  men  van 
oudts  gheuseert  heeft,  nemaar  indien  men  anders- 
sins  int  voors.  hof  schote  zo  es  hy  Mr  Jan  ghe- 
houden de  zelve  dueren  ghesloten  te  houdene  ter 
fine  nyemandt  hindese  noch  grief  intervenire. 
Ende  al  ditte  ooc  zonder  by  hem  Mr  Jan  of  zyne 
naercommers  eenich  recht  van  proprieteite  op, 
an,  noch  in  tvoorseide  hof  te  moghen  pretenderen, 
niet  meer  by  possessie  dan  andersins  f. 


1  Chartrier   de   la  confrérie  de  Saint-Georges,  aux  archives    de 
l'État  à  Gand. 


—     126    — 

En  1567  la  jeune  confrérie  cessa  d'exister;  elle 
fut  supprimée  à  la  demande  de  l'ancienne.  Par  un 
acte  du  12  janvier  1567,  elle  fut  réunie  à  celle-ci, 
avec  tous  ses  biens,  créances  et  profits.  «  So  eyst 
dat  commen  ende  ghecompareert  zyn  voor  myne 
lieeren  den  bailliu  ende  scepenen  van  der  kuere 
Franchois  de  Clerck,  coninc,  Nicolas  Triest,  over- 

dekin van  den    ouden   ende   grooten   guide 

van  sente  Jooris,  ter  eender  zijde,  ende  Gillis 
Blanckaert,  coninck,  Claeys  vander  Hostijne, 
dekin,  enz.  notabelen  ende  ouderlinghen  van  den 
jonghen  guide,  ter  ander,  kennende  ende  ver- 
claersende  die  van  den  voornoemde  jonghen 
guide,  den  voorn.  ouden  ende  grooten  guide,  by 
desen  duechdelic  ghecedeert,  ghetransporteert 
ende  upghedreghen  hebbende  tvoornoemde  jonghe 
guide  met  aile  den  goedinghen,  baten  ende  prou- 
fijten  daeran  clevende  ende  competerende,  dwelcke 
die  van  den  voorseiden  ouden  guide  alzo  accep- 
teren  l » 

L'ancienne  confrérie  de  Saint-Georges  ne  fit 
pas  servir  le  local  de  la  jeune  confrérie  à  l'agran- 
dissement du  sien  ;  elle  en  morcella  le  terrain  et 
le  vendit  aux  propriétaires  des  maisons  situées 
sur  la  place  de  la  maison  échevinale,  à  charge  de 
rentes  foncières.  Ces  ventes  eurent  lieu  de  1567 
à  1610.  Elle  vendit  en  1586,  6  verges  et  2  pieds  à 
Jean  De  Rudder,  10  verges  et  12  pieds  à  Laurent 
vander  Hostyne  et  5  verges  à  Jean  vander  Hostyne, 
propriétaire  de  l'une  des  deux  maisons  qui  ont 

1  Chartrier  de  la  confrérie  de  Saint-Georges.  Archives  de  la  ville. 


—    127    — 

formé  la  vaste  habitation  marquée  aujourd'hui 
n°  4  au  marché  au  Beurre.  Vers  la  même  époque 
elle  vendit  à  un  autre  propriétaire  d'une  maison 
voisine,  dix  verges  et  douze  pieds  de  terrain,  à  la 
condition  de  boucher  la  porte  d'accès  qui  se  trou- 
vait dans  le  mur  de  la  confrérie.  «  Jan  vander 
Beke,  procureur  bij  schepenen  van  ghedeele,  heeft 
van  de  erfve,  van  den  jonghen  guide  van  Sinte- 
Jooris  was,  den  nombre  van  tien  roen  erfve  ende 
12  voeten;  dies  wert  hij  ghehauden  te  stoppen 
ende  toe  te  metsen  de  deure,   staende  in   den 

muer  l »    Toutes  les  anciennes  maisonnettes 

d'écrivains  publics,  situées  sur  la  parade  plaetse, 
furent  agrandies  à  la  suite  de  ces  acquisitions  de 
terrain  et  elles  devinrent  d'importantes  habita- 
tions qui  furent  occupées  par  des  avocats  et  des 
procureurs,  à  cause _  du  voisinage  de  la  maison 
communale  où  se  traitaient  à  cette  époque  la 
plupart  des  affaires  judiciaires. 

En  1569,  la  confrérie  vendit  à  un  voisin  quatre 
verges  et  demie  de  terrain  derrière  une  maison 
située  sur  la  Place  de  la  maison  échevinale  près 
du  beffroi,  à  la  condition  qu'elle  pourrait  les 
reprendre  si  plus  tard  la  ville  en  avait  besoin  pour 
agrandir  le  Halle  :  omme  tuutstellen  van  der  halle  \ 
Cet  agrandissement  ne.se  fit  pas,  mais  les  fon- 
dements furent  prolongés  jusqu'auprès  de  la  porte 
de  la  cour  de  l'ancienne  Halle,  ce  qui  semble 
indiquer  que  la  reprise  eut  lieu. 


1  Archives  de  la  confrérie.  Handtbouck  van  den  erfelicken  renten, 
den  ouden  ende  grooten  guide  van  Sinte-Jooris  toebehoorende, 
s  Registre  actes  et  contrats.  Keure,  1569-70,  f°  108. 


-     128    — 

En  1610,  la  confrérie  vendit  à  la.  ville  une 
petite  maison  en  ruines  près  de  la  Halle  ;  cette 
maisonnette  avait  été  jadis  l'une  des  cibles  de  la 
Jeune  Gilde  de  Saint-Georges,  et  elle,  servait  depuis 
la  réunion  de  logement  au  messager  de  la  première. 

«  Den  15  maart  1609  hebben  mynen  heeren  van 
den  Eedt  an  Jooris  Bonnewyn,  cnape  van  tselve 
guide,  gheconsenteert  ende  gheaccordeert  dat  hy 
thuuseken  daer  Lievin  Hemselinc  inné  ghewoont 
heeft  staende .  by  tbeelfoort,  ghebruucken  zal  tôt 
wedersegs,  zonder  hiervoor  eenigh  huere  te 
gheven,  behauden  ende  met  conditie  dat  hy  ende 
die  van  zynen  huuse  thoff  behoorelyck  gaede 
slaen  zal  '.  » 

De  chaque  côté  de  la  maisonnette  se  trouvait 
un  terrain  endos  de  murs  que  la  confrérie  vendit 
également  à  la  ville.  «  Zeker  vervallen  huuseken, 
dit  l'acte  de.  vente  de  1610,  eertyts  gheweestheb- 
bende  een  van  de  doelen  van  tjonghe  guide  van 
Sinte- Jooris,  metter  erfve  over  beede  zyden  van 
tselve  huuseken  Kggkende,  beghinnende  van 
d'érfve  van  Jan  Halsbrech  tôt  -jeghens  de  Halle 
deser  voorn.  stede,  emmers  gelyck  al  tselve 
tusschen  mueren  ghestaen  endè  gheleghen  es  "2  » . 
C'est  le  terrain  sur  lequel  ont  été  construits  les 
bâtiments  de  la  balance  de  la  ville  et  de  la 
prison  communale.  Il  servait  antérieurement  de 
passage  pour  la  nouvelle  halle,  comme  l'indique 
un  acte  de  vente  de  1537  d'une  maison  située  sur 


1  Archives  de  la  confrérie.  Livre  des  résolutions,    i'°   13v,   à  la 
Bibliothèque. 

2  Registre  des  actes  et  contrats.  Keure,  1610-1611,  f°  115, 


—    129    — 

la  Place  de  la  maison  échevinale  près  du  beffroi  : 
«  Een  huuseken  up  de  plaetse  tsepenhuuze  an 
deen  zyde  tbeelfroit,  ende  an  dander  zyde  de 
weduwe  van  Jan  Steel,  daer  tusschen  de  poorte 
en  de  ivegli  van  der  halle  strect  ' . 

Les  murs  qui  séparaient  le  local  de  la  grande 
confrérie  de  Saint-Georges  de  celui  de  la  .jeune, 
furent  conservés  après  les  aliénations  de  terrains 
dont  nous  venons  de  parler.  La  confrérie  en  garda 
la  propriété. 

La  Gildehwjs  de  la  Jeune  confrérie  fut  divisée 
en  deux  parties  ;  l'une  servit  à  agrandir  la  maison 
de  la  grande  confrérie  et  fut  convertie  en  un 
atelier  et  une  forge  pour  les  faiseurs  d'arbalètes 
qui  occupèrent  les  chambres  sous  la  chapelle 
jusqu'en  1610;  l'autre  fut  transformée  en  une 
maison  d'habitation  et  louée  séparément  ;  c'est  la 
maison  qui  est  marquée-  aujourd'hui  n°  2  au 
Marché  au  Beurre.  Elle  fut  louée  successivement 
jusqu'en  1743  à  des  procureurs  et  à  des  avocats, 
parmi  lesquels  on  trouve  le  procureur  Brant  en 
1654,  l'avocat  Pyn  en  1682  et  le  procureur  De 
Rouck  en  1719.  En  1743  elle  devint  un  cabaret 
tenu  par  la  ve  Jean  Fleurman  ;  mais  le  bail  fut 
résilié  peu  après,  sur  les  pressantes  réclamations 
de  l'aubergiste-concierge  de  la  confrérie,  qui  se 
plaignait  de  la  concurrence  que  lui  faisait  la 
locataire.  Le  bail  fut  repris  par  le  procureur 
Elbo,  ancien  doyen  de  la  confrérie. 

A  l'est,  la  cour  Saint-Georges  subit  peu  de  mo- 

1   Weesenboek  van  1537,  1°  75. 


—    130    — 

difications  de  1469  à  1796.  Le  local  de  la  confré- 
rie continua  d'être  borné,  de  ce  côté,  par  les  murs 
des  maisons  de  Groote  Moor,  de  zwarte  Moor  et 
de  Groote  Zichele,  situées  rue  Haut-Port,  par  la 
façade  postérieure  de  l'ancienne  maison  de  Van 
den  Eecken  en  1450  et  du  docteur  Demanet  en 
1780,  rue  des  Régnesses,  enfin  par  les  murs  de  la 
maison  de  Talboem  en  1408  et  de  Pascal-Bois  de 
Vigne  en  1728,  rue  Saint- Jean.  L'ancienne  allée 
(ganglie) .  de  la  maison  de  groote  Loeve,  donnant 
dans  la  Ryngasse,  fut  convertie  en  jardin  et  louée 
en  1775  à  l'habitant  de  la  maison  voisine.  «  Wor- 
dendealhieroockte  kennen  gegeven,dit  le  compte 
de  la  confrérie  du  5  février  1778,  dat  den  eedt 
op  den  neghensten  july  1775  heeft  verhuert  den 
grondt  van  den  gilde  liggende  achter  den  huyse 
van  den  canonick  Clément  woonende  nevens 
den  huyse  van  de  vrauw  graevinne  de  Thiennes, 
wesende  eenen  hof,  voor  negen  achter  een  volgende 
jaeren  ten  advenante  van  een  pond  vyfthien 
schellingen  tjaers  »  ».  C'est  sur  ce  terrain,  incor- 
poré à  l'habitation  formée  d'une  partie  de  l'ancien 
atelier  de  tisserands  de  Jean  Pricke,  qu'ont  été 
construites  les  dépendances  de  la  maison  qui  porte 
aujourd'hui  le  n°  3  dans  la  rue  des  Régnesses. 

En  1782  la  confrérie  donna  en  bail  emphy- 
théotique  pour  vingt-neuf  ans  au  docteur  G. 
Demanet,  propriétaire  d'une  maison  rue  des 
Régnesses,  un  terrain  de  441  pieds  carrés,  situé 

1  Archives    de   la  confrérie,  vol.   1775-1786,  f°   1  passim.  A  la 
Bibliothèque  de  l'Université, 


—    131     — 

derrière  sa  propriété  dans  la  cour  de  Saint- 
Georges,  pour  y  élever  des  constructions,  et  à  la 
comtesse  de  Thiennes,  propriétaire  de  deux  mai- 
sons qui  avaient  fait  partie  de  la  Ciroote  Zichele 
dans  la  même  rue,  un  terrain  situé  dans  l'allée 
(ganghè),  d'une  superficie  de  168  pieds  carrés, 
également  pour  y  faire  des  bâtisses  ' . 

De  chaque  côté  de  la  cour  de  la  confrérie  de 
Saint-Georges  étaient  plantés  des  tilleuls  laissés 
d'abord  en  liberté,  puis  conduits  en  espaliers. 
«  Ten  16  maerte  1760  is  gheresolveert...  van  te 
laeten  binden  de  boomen  staende  tusschen  de 
twee  doelen,  emmers  de  selve  leeden  in  forme  van 
wayers  2.  »  Une  convention  pour  l'entretien  des 
tilleuls,  des  espaliers  et  des  chemins  entre  les 
cibles  fut  faite  avec  un  des  membres  de  la  confré- 
rie en  1765.  La  résolution  du  24  mars  de  cette 
année  porte  :  «  ende  is  den  eedt  geconvenieert  met 
sr  Christoffel  de  Smet  tôt  het  opleeden,  snoyen 
ende  onderhouden  van  geseyde  linden  in  behoor- 
lycke  forme  te  sullen  doen  en  jaerlycx  onderhouden 
te  synen  coste  voor  de  somme  van  seven  guldens 
eens  jaerelycx...  ende  op  soodanige  wyse  gelyck 
hy  als  waeren  confrère  van  den  gilde  ende  lief- 
hebber  van  het  werck,  eere  ende  deugt  daer  van 
sal  trachten  te  haelen  5.  »  Entre  les  arbres  se 
trouvaient  des  gloriettes  garnies  de  bancs  et  de 
tables.   Une  résolution  du  serment  du  3  juillet 


1  Registre   aux   résolutions   de   la  confrérie,    de    1779     à    1795, 
fO820v  et  21. 

*  Registre  aux  résolutions  de  la  confrérie,  de  1734  à  1779,  f°  133. 
3  Ibid,,  f°  140*, 


—    132    — 

1735,  avait  ordonné  au  proviseur  Adrien  Speelman 
de  placer  «  in  de  respective  glorietten  synde  in 
den    hove    de    tafels    ende    zedtbanke-n    aldaer 

noodigh  4 .  >> 

Sauf  la  construction  de  la  nouvelle  maison  (het 
nieuw  hays)  rue  Saint-Jean,  le  local  de  la  confrérie 
de  Saint-Georges  ne  subit  point  de  modifications 
importantes  pendant  les  quatre  siècles  de  son 
existence.  Tel  qu'il  avait  été  constitué  à  la  fin  du 
XVe  siècle,  après  les  acquisitions  de  1381,  de 
1435,  de  1450,  de  1469  et  de  1474,  nous  le  retrou- 
vons en  1796,  époque  de  la  suppression,  définitive 
de  la  confrérie,  par  l'application,  en  notre  pays, 
des  lois  de  la  révolution  française. 

Durant  sa  première  suppression,  qui  eut  lieu 
de  1703  à  1727,  son  local  fut  désigné  pour  servir 
de  halle  aux  draps . 

Après  les  troubles  qui  désolèrent  la  ville  de 
Gand  à  la  fin  du  XVIIe  siècle,  les  échevins  deman- 
dèrent à  l'autorité  royale  la  suppression  des  quatre 
confréries  militaires,  parce  que,  disaient-ils,  elles 
ne  rendaient  plus  aucun  service,  et,  en  outre, 
parce  que  la  ville  avait  besoin  de  plusieurs  locaux 
nouveaux,  qu'ils  n'avaient  pas  d'argent  pour  en 
acheter  ou  pour  en  faire  construire,  et  que  ceux 
des  confréries  leur  convenaient  parfaitement.  La 
cour  de  la  confrérie  de  Saint-Georges,  située  au 
centre  de  la  ville,  fut  indiquée  comme  pouvant 
servir  pour  la  halle  aux  draps  qu'ils  étaient  tenus 
d'établir.  «Dat  oock  de  verthoonders  van  weghens 

1  Registre  aux  résolutions  de  la  confrérie,  de  1734  à  1779,  f°  10T. 


—    133    — 

syne  Majesteyt  gheordonneert  is  eene  laekenhalle 
t'erigeren  ofte  procureren  tôt  vermeerderynghe 
van  de  negotie  ende  manufacture!!  van  de  wolle 
laekenen,  daertoe  het  guldenhof  van  Sente-Jooris, 
gheleghen  int  midden  van  de  stadt,  ten  uytersten 
bequam  is,  ende  by  ghebreck  van  gheldt,  door 
de  stadt  gheen  ander  en  can  ghemaeckt  nochte 
ghevonden  worden.  » 

Une  ordonnance  royale  du  3  avril  1703  sup- 
prima, les  quatre  confréries  et  ordonna  «  que  la 
maison  de  la  confrérie  de  Saint-Georges  fût 
appropriée  à  une  halle  pour  les  manufactures  des 
laines  au  bénéfice  de  la  fabrique  de  la  ville.  » 

La  ville  n'avait  pas  la  propriété  des  biens  des 
confréries.  Si  les  échevins  intervenaient  dans  les 
actes  d'acquisition  ou  de  vente  faites  par  celles-ci, 
ce  n'était  qu'en  leur  qualité  de  tuteurs,  «  als 
oppervoogliden  van  het  Gilde  ende  aile  andere  » 
dit  le  contrat  de  vente  du  8  mars  1728  *.  Par 
l'ordonnance  du  3  avril  1703,  la  propriété  de  tous 
les  biens,  meubles  et  immeubles  des  confréries, 
fut  transférée  à  la  ville,  à  charge  de  payer  toutes 
leurs  dettes  et  de  faire  servir  leurs  locaux  aux 
usages  déterminés  par  le  souverain.  Les  magis- 
trats communaux  négligèrent  cette  dernière  condi- 
tion en  ce  qui  concerne  le  local  de  la  confrérie  de 
Saint-Georges.  Ils  n'en  firent  point  une  halle,  pro- 
bablement pour  la  même  raison  qui  fit  échouer  ce 
projet  en  1737  :  l'opposition  des  habitants  du 
Marché  du  Vendredi  où  se  tenait  le  marché  aux 

1  Registre  BBB,  f°  92v.  aux  archives  de  la  ville, 


—     134    — 

toiles  et  aux  draps  ;  mais  ils  résolurent  le  27  sep- 
tembre 1717  d'y  faire  une  prison.  Cependant  cette 
résolution  n'eut  point  de  suite  non  plus,  et  ils  se 
bornèrent  à  donner  en  location  les  maisons  de  la 
confrérie,  à  l'exception  de  la  chapelle  et  de  la 
grande  salle  des  réunions,  qui  furent  mises  au 
service  de  la  garnison.  La  cour  fut  laissée  à 
l'abandon  pendant  vingt-quatre  ans.  Les  proprié- 
taires des  maisons  voisines  profitèrent  de  cet  état 
de  choses  pour  commettre  toute  espèce  d'usurpa- 
tions sur  le  terrain  qui  avait  appartenu  à  la 
confrérie.  Les  uns  ouvrirent  des  fenêtres  dans 
leurs  maisons,  les  autres  firent  couler  sur  le  terrain 
les  eaux  de  leurs  toits  et  leurs  eaux  ménagères; 
presque  tous  enfin  pratiquèrent  dans  le  mur  des 
portes  pour  avoir  accès  à  l'ancienne  plaine  des 
exercices  de  la  Gilde. 

Le  12  novembre  1727,  un  décret  du  souverain 
rétablit  la  confrérie  de  Saint-Georges  ;  elle  rentra 
en  possession  de  tous  ses  droits  et  privilèges,  ainsi 
que  de  tous  ses  meubles  et  immeubles  qui  n'avaient 
point  été  aliénés  par  la  ville.  Cet  heureux  événe- 
ment, elle  le  dut  en  grande  partie  aux  démarches 
actives  d'un  de  ses  membres  qui  jouissait  d'un 
grand  crédit  auprès  du  gouvernement.  Ce  membre 
était  Jean  François  Pascal-Bois  de  Vigne,  le  pro- 
priétaire de  l'ancienne  maison  Talboem  dans  la 
rue  Saint- Jean.  Pour  le  récompenser,  la  confrérie 
lui  vendit  le  bâtiment  et  le  terrain  situés  près  de 
la  Courte  cible,  par  l'acte  du  8  mars  1728,  dont 
nous  avons  parlé.  Le  motif  de  cette  vente  est 
relaté  dans  l'acte  même. 


—     135    — 

A  peine  rétablie,  la  confrérie  se  hâta  de 
remettre  de  l'ordre  dans  ses  affaires,  et  elle 
rencontra  tout  d'abord  les  usurpations  et  les 
empiétements  commis  par  les  voisins  sur  sa 
propriété.  Elle  leur  permit  de  conserver  les 
portes  qu'ils  avaient  ouvertes  sans  droit  et  sans 
autorisation  de  personne,  mais  à  la  condition  de 
payer  un  cens  irrédimible,  comme  reconnaissance 
de  son  droit  et  de  la  tolérance  qu'elle  leur  accor- 
dait. Le  compte,  rendu  à. la  confrérie  par  le 
doyen  le  15  juillet  1732,  nous  fait  connaître  ces 
faits  :  «  Doende  alhier  te  noteren  dat  den  pro- 
cureur Jan  De  Gevez  gheduerende  suppressie 
van  desen  gilde  ende  sonder  consent  van  de 
weth  ofte  imant  anders,  heeft  doen  maecken 
een  achterpoortien  commende  in  den  hove  van 
desen  gilde,  waer  over  hij  op  den  sesthienden 
september  1728  met  den  dienende  eedt,  volghens 
resolutie  staende  ten  boucke,  gheconveniert  is  te 
sullen  betaelen  tôt  acht  schellinghen  grooten 
tsjaers  onlosselycken  cheyns  ' .  »  Jean  De  Gevez 
étant  resté  en  défaut  de  payer  le  cens  convenu 
et  de  faire  faire  l'annotation  de  la  convention  au 
livre  terrier  de  la  Ville,  fut  condamné,  par  sen- 
tence des  Échevins,  rendu  en  Chambre  le  15  jan- 
vier 1731  et  confirmé  en  appel  le  14  mars  suivant, 
à  exécuter  la  convention,  sinon  à  boucher  la  porte 
qu'il  avait  ouverte  sans  droit  ni  titre,  et  à  payer 
de  ce  chef  des  dommages-intérêts  à  la  confrérie. 


1  Compte  rendu  à  la   confrérie  de  Saint-Georges  le  15  juillet 
1732,  déposé  aux  Archives  de  la  ville, 


-     136    — 

«  Den  heuverdeken,  deken  ende  proviseerders 
van  den  guide  van  den  Edelen  ridder  Sente-Jooris, 
onderhauden  met  den  voetboge  binnendeze  stadt, 
heesschers  b'y  requeste  van  den  17en  april  1730, 
ter  eender  syde,  ende  Jan  de  Gevez,  procureur 
deser  caemer  ende  vierschaere,  verweerdere,  ver- 
steken  van  furnissemente,  ter  andere. 

«  Wysen  ende  condemneren  den  verweerdere 
de  cheyrise-rente  van  acht  schellinghen  grooten 
tsiaers  by  de  voorseyde  requeste  instel  van  de 
saecke  breeder  vermelt  ten  proffyte  van  shees- 
scliers  guide  ingevolge  de  overeencommynghe 
diesaengaende  ghemaeckt,  behoorelyck  te  reali- 
seren  ende  affecteren  op  synen  huyse  daer  by 
oock  gheroert  ende  ten  landtboucke  van  de  stede 
cheynsen  te  doen  annoteren,  midtsgaders  danof 
aen  dheesschers  over  te  leveren  acte  in  forma, 
ende  by  gebreke  van  dien  het  poortien  by  hem 
doen  maecken  in  den  muer  van  het  voorseyde 
guide  ende  vuytcommende  op  den  hof  te  stoppen 
ende  den  selven  muer  te  stellen  in  den  staet  glie- 
lyck  hy  te  vooren  is  gheweest,  ende  voorts  opte- 
legghen  ende  te  betaelen  het  verloop  van  den 
voorseyden  cheyns  tsedert  den  eersten  January 
1728  tôt  de  effective  van  het  voorseyde  poortien 
ende  in  al  sulcke  schaeden  ende  intresten  als  het 
voornoemde  guide  door  het  maecken  van  dien 
heeft  gheleden  ende  noch  staet  te  lyden  ende  in 
de  costen  van  den  processe  ter  tauxatie.  » 

De  semblables  conventions  furent  faites  avec 
quatre  autres  propriétaires  de  maisons  situées, 
comme  celle  de  Jean  de  Gevez,  sur  la  Parade 


—     137    —  . 

plaatse,  et  qui  avaient  profité  comme  lui  de  l'état 
d'abandon  dans  lequel  s'était  trouvé  le  local  de 
la  confrérie  de  Saint-Georges  pour  ouvrir  des 
portes  donnant  accès  dans  la  cour  de  celle-ci.  Ce 
sont  Adrien  van  Cotthem,  la  veuve  Antoine 
Hockaert,  Adrien  Wissaert  et  l'hôpital  Wenemaer. 
Le  compte  de  1732  contient  à  leur  égard  les 
mêmes  indications  que  celles  qui  concernent  Jean 
de  Gevez. 

La  confrérie  avait  concédé  antérieurement  des 
portes  d'accès  dans  son  local,  mais  par  simple 
tolérance  et  avec  la  faculté  pour  elle  de  les  boucher 
quand  bon  lui  semblerait.  Un  acte  du  5  février  1552 
nous  le  montre.  Dominique  Everaert,  propriétaire 
d'une  maison,  située  rue  des  Régnesses,  proba- 
blement celle  de  Jean  Pricke,  qui  avait  une  porte 
d'accès  dans  le  local  dès  1386  (Een  huus  ende 
stede...  in  de  Ryngasse,  strekende  met  eenen 
poortkine  tote  int  scutters  hof 1),  demande  à  la 
confrérie  la  permission  d'ouvrir  une  autre  porte 
près  de  celle  qu'il  avait  déjà,  dans  un  mur  situé 
entre  sa  maison  et  l'ancienne  cour  de  Saint- 
Georges  dans  la  rue  Saint- Jean,  à  la  moitié  de  la 
distance  qui  séparait  la  chambre  de  la  cible  de  sa 
première  porte.  «  Ghesien...  zeker  muer  staende 
tusschen  denaudenhovevan  Sente- Jooris  ent'huus 
van  meester  Dominicus  Everaert,  ter  begheerte 
ende  vervolghe  van  den  zelven  Mter  Dominicus, 
hebbene  neffens  de  aude  poorte  ende  vutganck  noch 
een  poorte  ten  halve  van  de  doelhuuse  ende  aude 

1  Registre  des  actes  et  contrats  de  la  Keure,  1386-1387,  54v. 

10 


—    138    — 

poorte.  »  La  confrérie  accorde  son  consentement  à 
la  condition  que  si  dans  l'avenir  elle  y  trouve 
quelque  inconvénient,  elle  pourra  faire  boucher  la 
porte  sans  que  lui,  Dominique  Everaert,  ou  ses 
successeurs  puissent  s'y  opposer.   «  Soo  eyst  dat 

Coninck,  Dekens  ende  proviserers gheconsen- 

teert  hebben  ende  consenteeren  by  desen  den 
voernoemde  M1'  Dom .  Everaert  een  uutganck  ofte 
poorte  in  den  voornoemden  muer  drye  voeten  wyt 
wesende,  met  expresse  protestatie  indien  t'voor- 
noemde  guide  hier  naermals  eenich  ghebrech  ofte 
onghebruuck  bevonde  anden  voorseiden  uutganck 
ofte  poorte,  ter  beliefte  ende  begheerte  van  den 
eedt  ofte  provisereers  tselve  bevindende,  zullen 
vermueghen  den  zelven  uitganck  ofte  poorte  weder 
omme  verbien  ende  toe  doen  stoppen  zonder  dat 
hy  Everaert  ofte  zyne  naercommers...  beledt  ofte 
upstakele  zullen  in  contrarien  vermueghen  -  te 
doen.  Waer  up  tselve  gheconsenteert  es  door  den 
voornoemden  eedt  ende  anderssins  niet  \  »  La 
suscription  de  l'acte  porte  :  Consent  van  den  uut- 
ganck van  Mr  doct.  Everaert  int  hof. 

Cette  expression  fait  voir  qu'il  ne  s'agissait  pas 
de  concéder  un  passage  à  travers  le  local  de  la 
Confrérie,  mais  seulement  d'y  donner  accès.  C'est 
celle  qui  fut  toujours  employée  pour  désigner  les 
issues  ou  portes  des  maisons  voisines  sur  la  cour 
de  Saint-Georges.  Dans  les  actes  passés  par  la 
confrérie,  dans  les  registres  contenant  les  résolu- 


1  Chartrier  de  la  confrérie  de  Saint-Georges ,  n°  43,  aux  Archives 
tfe  l'État  à  Gand, 


—    139    — 

tions  prises  par  le  serment  ou  par  la  généralité 
des  membres,  dans  les  actes  de  mutation  des 
propriétés  riveraines,  on  ne  trouve  jamais  que  la 
mention  de  portes  donnant  accès  dans  la  cour  de 
la  confrérie  de  Saint-Georges  :  poortje  commende 
in  clen  hove,  uytcommende  in  V  ho f  van  Sinte-Jooris- 
gulde.  On  ne  rencontre  l'indication  d'un  droit  de 
passage  que  dans  lacté  du  14  mars  1458  par  lequel 
la  confrérie  vendait  à  Claes  Van  der  Zickelen  la- 
maison  de  groote  Loeve  qu'elle  avait  achetée  en 
1450.  Il  y  est  stipulé  un  droit  de  passage  au 
profit  de  la  groote  Loeve  et  de  la  groote  Zichele  : 
«  voort  met  tween  uutganghen  ende  inganghen 
in  ende  deur  tselve  scutters  hof  te  beeden  henden 
uut  ende  incommende1  .»  Mais  il  est  à  supposer 
que  ce  n'était  que  le  rétablissement  d'un  passage 
qui  avait  existé  au  profit  de  ces  maisons  à  travers 
la  cour  de  l'ancienne  Halle  par  les  deux  portes  aux 
extrémités  de  celle-ci,  rue  Haut-port  et  place  de  la 
maison  échevinale.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  droit  de 
passage  a  disparu  par  l'acquisition  nouvelle  qu'a 
faite  la  confrérie  de  la  maison  de  groote  Loeve  et 
son  incorporation  définitive  dans  son  local. 

La  jeune  confrérie  de  Saint-Georges  n'accordait 
non  plus  que  par  tolérance  à  ses  voisins  l'ouverture 
de  portes  dans  leurs  propriétés,  et  seulement 
pour  leur  donner  accès  à  son  local.  La  contestation 
qu'elle  eut  avec  l'un  d'eux  et  qui  fut  tranchée  par 
une  décision  des  échevins  de  la  Keure  du  22  avril 
1474,  nous  le  montre.  <c  Als  van  den  Cornelis  van 

•    '  Actes  et  contrats.  Keure,  1458-59,  p.  67l\ 


—     140    — 

den  Bossche,  dekin  van  den  jonglien  guide  van 
Sinte-  Jooris ,  dede  toghen  ende  segghen  voor 
scepenen  van  der  Kuere  in  Gliendt,  hoe  dat 
Denijs  vander  Saren  hadde  beghonnen  maken  een 
achterduere,  uutcommende  intscutters  hof  vanden 
zelven  guide,  jn  een  huus  dat  hij  nu  nieuwelyncx 
heeft  ghedaen  maken,  staende  up  de  plaetse  voor 
scepenenhuus  van  der  Kuere,  begheerende  den 
zelven  Denijs  bedwonghen  thebbene  of  te  latene 
de  duere  te  makene,  ghemerct  dat  tanderen  tijden 
glieseyt  gheiveest  heeft  ende  gheapjpointeert  hij  scepe- 
nen voorn1  dat  tzelve  guide  zoude  moghen  doen  stop>- 
pen  ende  vermaken  aile  dueren,  uutcommende  int 
zelve  scutters  hof,  omme  elken  van  mesvalle  ende 
grieve  verhoet  ende  bewaert  te  zijne,  daer  toe  de 
vorn.  Denijs  dede  verandwoorden  dat  hij  also  vêle 
rechts  hadde  int  tzelve  hof  te  commen  uut  zijnen 
huuse  als  andere  diere  inné  commen,  niet  mijn 
was  te  vreden  omme  dat  zijne  verchlieden  niet 
stille  staen  en  zouden,  te  makene  de  duere  ende 
die  terstont  te  stoppene  toet  ander  stont  dat 
bescheeden  ziin  zoude  int  principale,  so  wast  dat 
scepenen  van  der  Kuere  voornoemt,  ghehoort 
hebbende  de  voorn.  handelinghe...,  appointier- 
den  dat  de  voorn.  Denijs  zal  moghen  maken  de 
duere,  die  hij  heeft  beghonnen  maken,  ende  die 
ghemaect  zijnde,  dat  hij  die  terstont  zal  doen 
stoppen  ende  dat  die  also  bliven  zal  ghestopt  toot 
anderstont  dat  tusschen  hem  lieden  bescheede  zal 
zijn  of  hij,  Denijs,  eenich  recht  heeft  eenighe 
duere  ofte  uutganc  int  vors.  hof  thebbene  ' .» 

»  Actes  et  contrats.  Keure,  1473-1474,  f°  107, 


—    141     — 

La  stipulation  de  simple  tolérance  d'accès  au 
local  de  la  grande  confrérie,  se  retrouve  dans 
l'acte  du  22  octobre  1617,  dont  nous  avons  parlé. 
«  Hedent  hebben  coninc,  heuverdeken  ende  pro- 
viseerclers  gheconsenteert  ende  gheaccordeert, 
zo  zy  doen  by  dese  an  Jooris  de  Jonckere,  guide 
broeder  van  desen  guide,  te  maken  in  den  muer 
vanden  zelven  guide  eenedeure,  omme  van  d'erfve 
van  synen  huuse  an  dhalle,  te  commen  ende  accès 
te  nemen  zo  totten  steenput,  als  up  d'erfve  vanden 
voors.  guide  te  weten  in  de  langhen  doelen,  mits 
by  hem  Jonckere  de  zelve  deure  met  al  datter 
toebehoort  doende  maeken  ende  behoorende 
sluyten  tzynen  coste,  ooc  deselve  gliesloten  hou- 
dende  alsmen  in  de  selve  doelen  zoude  moghen 
schieten,  up  peine  zoo  verre  datter  eenich  onghe- 
rief  af  quame  dat  wesen  soudé  tsyn  pericle  ende 
risque,  voor  welcken  voors.  uutganc  de  voorn. 
Jonckere  in  proffyete  vanden  selven  guide  belooft 
tebetaelen  de  somme  van  zesthien  ponden  grooten 
eens...  Es  voorts  expresselick  besprocken  ende 
gheconditionneert  zo  verre  naermaels  den  eedt 
vanden  selven  guide  verstonden  de  voors.  deure  te 
doen  metsen  ende  den  uutganc  te  benenien,  dat  zij 
tselve  sullen  vermoghen  te  doen  doene  mits  tselve 
gheschieden  theuren  coste  ende  hem  Jonckere 
alvooren  restituerende  de  voors.  zesthien  ponden 
grooten  \  » 

Les  portes  dont  la  confrérie  a,  par  pure  tolé- 


*  Archives  de  la  confrérie,  vol.  1483-1649,  f°  22,  à  la  Bibliothèque 
de  l'Université. 


—    142    — 

rance,  autorisé  l'ouverture  dans  les  maisons 
riveraines  de  son  local,  n'avaient  d'autre  but  que 
de  donner  l'accès  de  celui-ci  aux  personnes  qui 
les  habitaient.  Elles  leur  permettaient  de  venir 
assister  aux  exercices  et  aux  nombreuses  fêtes 
qui  s'y  donnaient.  On  sait  quelle  importance 
avaient  autrefois  les  exercices  de  tir  à  l'arbalète, 
à  l'arc  et  à  l'arquebuse.  Un  édit  du  6  janvier  1606 
ordonnait  à  tous  les  fonctionnaires  publics  de  la 
ville,  de  se  faire  inscrire  dans  l'une  des  trois 
anciennes  confréries  militaires.  Toute  la  haute 
bourgeoisie,  faisait  partie  de  la  confrérie  de  Saint- 
Georges.  Les  habitants  des  maisons  voisines  en 
étaient  membres,  et  les  noms  de  plusieurs  d'entre 
eux  se  retrouvent  sur  les  listes  des  dignitaires  de 
la  société.  Dans  le  local  avaient  lieu  de  superbes 
fêtes,  tantôt  à  l'occasion  de  la  proclamation  du 
Roi,  et  alors  on  festivait  pendant  trois  jours 
consécutifs  ;  tantôt  à  celle  des  concours  qui  étaient 
offerts  aux  confréries  flamandes  et  étrangères.  La 
splendeur  de  ces  fêtes  leur  avait  mérité  le  nom 
de  landjuioeelen .  Elles  avaient  porté  au  plus  haut 
degré  la  réputation  d'opulence  et  d'urbanité  de 
l'ancienne  et  souveraine  confrérie  de  Saint-Georges . 
Cette  Gilde  comptait  parmi  ses  membres  presque 
tous  nos  princes  et  un  grand  nombre  d'illustres 
personnages.  Charles  le  Téméraire,  Maximilien 
d'Autriche,  Philippe  le  Beau,  Charles-Quint,  Fer- 
dinand d'Autriche ,  Philippe  II ,  les  Archiducs  Albert 
et  Isabelle,  Guillaume  le  Taciturne,  le  Comte  d'Eg- 
mont,  Jacques  de  Luxembourg,  Charles-Alexandre 
de  Lorraine  et  beaucoup  d'autres  encore  vinrent 


—    143     - 

visiter  son  local,  signer  ses  registres,  assister  à 
ses  fêtes  ou  prendre  part  à  ses  exercices.  On 
conçoit  donc  que  des  voisins  aient  demandé  l'au- 
torisation d'ouvrir  des  portes  dans  leurs  maisons, 
afin  d'avoir  accès  au  local  de  la  confrérie,  d'y 
venir  s'exercer  au  tir  ou  assister  aux  fêtes,  et 
que  pour  l'obtenir  ils  aient  consenti  à  payer  une 
redevance  annuelle.  De  son  côté,  la  confrérie 
faisait  aisément  des  concessions  aux  proprié- 
taires des  maisons  voisines  de  son  local,  soit 
pour  les  engager  à  s'inscrire  parmi  ses  membres, 
soit  pour  obtenir  d'eux  des  dons  mortuaires. 
C'est  ainsi  que  nous  la  voyons,  en  1736,  consentir 
à  ne  pas  réclamer  contre  un  empiétement  sur  son 
terrain  commis  par  Pascal-Bois  de  Vigne,  à  la 
condition  qu'il  restât  membre  de  la  Gilde  et  qu'il 
maintînt  sa  donation  mortuaire  ' . 

Les  habitants  des  maisons  voisines  abusèrent 
souvent  de  l'accès  au  local  qui  leur  avait  été 
accordé.  Les  uns  y  faisaient  pénétrer  des  animaux 
domestiques,  les  autres  y  envoyaient  jouer  leurs 
enfants,  d'autres  encore  y  faisaient  sécher  leur 
linge  ou  y  déposaient  des  ustensiles  divers.  Bien 
des  personnes  aussi  profitaient  de  l'absence  de 
concierge  à  la  porte  de  derrière  de  la  confrérie 
dans  la  rue  Saint- Jean,  pour  s'introduire  dans  le 
local,  s'y  reposer  sous  les  arbres  ou  s'y  livrer  à  des 
jeux.  Le  concierge  était  chargé  d'empêcher  ces 
abus.  Tous  les  actes  de  location  de  la  conciergerie 


1  Registre  aux  Résolutions  de  la  confrérie  de  Saint-Georges,  173-1 
1779 ,  f°  38,  aux  archives  de  l'État  à  Gand. 


—    144    — 

lui  en  faisaient  un  devoir.  Dans  les  autorisations 
d'ouvrir  des  portes  d'accès  au  local,  il  était  dit 
aussi  que  les  voisins  devaient  tenir  leurs  portes 
fermées,  afin  que  nul  ne  pût  pénétrer  dans  la  cour 
et  y  causer  du  dommage.  Malgré  toutes  ces  sti- 
pulations les  abus  se  commettaient,  et  la  confrérie 
dut  recourir  au  Magistrat  pour  y  mettre  un  terme. 
Leséchevins,  comme  tuteurs  des  confréries,  por- 
tèrent, le  20  juillet  1538  '  et  le  20  novembre 
1751  2,  des  ordonnances  qui  défendaient  aux 
voisins  et  à  toute  autre  personne  de  commettre 
les  abus  signalés,  sous  peine  d'amende  et  de 
confiscation  de  leurs  effets  ou  des  objets  intro- 
duits dans  le  local.  Le  28  mars  1773  la  confrérie 
résolut  de  tenir  fermée  la  porte  de  la  rue  Saint- 
Jean,  afin  que  les  enfants  et  les  autres  personnes  ne 
puissent  s'introduire  dans  la  cour.  «Eodemgafden 
Deken  van  desen  gilde  te  kennen  dat  tôt  het  uyt- 
houden  soo  van  kinderen  als  andere  persoonen 
uyt  het  hof  en  doelen  van  desen  gilde  het  absolut 
conveniert  dat  de  poorte  commende  naer  den 
cant  van  Sente-Jansstraete  salgesloten  worden  \  » 
Et  le  locataire  de  la  maison  à  l'extrémité  des 
cibles  près  de  la  salle  d'escrime  (de  schermschollé) , 
fut  chargé  de  l'exécution  de  cette  mesure  *. 

La  confrérie  de  Saint-Georges  cessa  d'exister  en 
1796.  Elle  fut  supprimée  en  vertu  des  lois  des 


1  Chartrier  de  la  confrérie  de  Saint-Georges,  n°  38,  aux  Archives 
de  l'État. 

2  Registre  aux  résolutions  de  la  confrérie  de  1734  à  1779,  f°  140v. 

3  Ibid.,  f°  156v. 

*  Idem,  de  1779  à  1795.  f°  38v. 


-    145    — 

27-28  juillet  1791  et  du  24  avril  1793,  publiées 
en  Belgique.  Tous  ses  biens  furent  vendus  comme 
biens    nationaux.    Le    local    où    elle    tenait    ses 
réunions,  la  cour  où  elle  se  livrait  aux  exercices 
du  tir  et  les  maisons  qu'elle  possédait  dans  la  rue 
Saint- Jean,  furent  adjugés  en  divers  lots  à  des 
particuliers.  Nous  avons  vu   que  le   6  germinal 
an  V  la  maison  et  le  terrain  situés  rue  Saint-Jean 
à  côté  de  la  Halle  aux  draps,  loués  alors  au  sieur 
G.  De  Coninck,  ainsi  que  le  souterrain  loué  au 
sieur  Laclus,  furent  adjugés  à  la  demoiselle  Marie 
Impens,  religieuse  urbaniste,  et  que  le  même  jour 
la  maison  située  à  côté  de  la  précédente  et  occupée 
par  le  sieur  Vlaminck,  fut  acquise  par  le  sieur 
Paulée.  Ces  deux  maisons  furent  vendues  comme 
appartenant  à  la  République  française  et  prove- 
nant de  la  ci-devant  confrérie  de  Saint-Georges. 
Le  21   pluviôse  an  VI,   la  République    vendit  à 
Joseph  Vanderlinden  et  consorts,  le  restant  du 
local  de  la  confrérie,  c'est-à-dire  la  maison  située 
rue  Haut-port,     les   écuries   et  les   remises,    la 
grande  cour  et  la  galerie.  Mais  les  acquéreurs 
n'ayant  pas  acquitté  le  prix  de  leur   acquisition 
et  notamment  la  somme  payable  en  numéraire, 
ce  dernier  lot  fut  revendu  à  la  folle-enchère  le 
3  pluviôse  an  IX,  et  adjugé  au  sieur  Luc  Van  Loo 
qui  déclara  command  Jean-Baptiste  VandenBerghe 
et  Pierre  Dierickx.  Peu  d'années   après  la    cour 
Saint-Georges  fut  morcelée  et  vendue  par  ces  der- 
niers aux  propriétaires  des  maisons  voisines. 

Il  ne  reste  aujourd'hui  du  local  de  l'ancienne 
et  souveraine  confrérie  de  Saint-Georges,  dont 


—    146    — 

nous  avons  décrit  l'origine,  les  développements 
et  la  fin,  que  le  bâtiment  sur  la  rue  Haut-port,  où 
se  trouvaient  la  salle  des  réunions,. la  chapelle  et 
la  conciergerie.  A  part  quelques  détails  d'orne- 
mentation qui  ont  disparu,  et  notamment  le  bel 
escalier  gothique  à  double  rampe  par  lequel  on 
montait  à  la  salle  des  réunions,  ce  bâtiment  est 
resté  tel  qu'il  était  en  1477. 

Paul  Voitueon. 


147 


A    PROPOS    D  UN    RECENT    TRAVAIL 


SUR 


Juste     Lipse. 


Dans  le  tome  LXIII  du  Messager,  pp.  133  et 
suiv.,  a  paru  une  intéressante  étude,  intitulée 
dans  le  tiré  à  part  :  L'autobiographie  de  Juste  Lipse, 
publiée,  avec  une  traduction  française  et  des  notes, 
par  PaulBergmans,  docteur  en  philosophie  et  lettres 
de  V Université  de  Gand. 

L'auteur  y  formule,  dans  ses  notes,  quelques 
critiques  à  l'adresse  de  la  Bibliographie  Lipsienne, 
l'une  des  monographies  de  la  Bibliotheca  Belgica. 

Bien  qu'il  s'agisse  de  points  assez  secondaires, 
nous  croyons  devoir  donner  un  mot  de  réponse. 

Nous  reproduirons,  autant  que  possible,  d'abord 
les  passages  incriminés,  puis  les  observations  de 
Mr  Bergmans,  pour  passer  ensuite  à  notre  réfu- 
tation. Le  lecteur  pourra  ainsi  se  rendre  exac- 
tement compte  de  ce  qui  a  été  dit  départ  et  d'autre, 
et  se  prononcer  en  connaissance  de  cause. 

1°  La  note  39  du  travail  de  Mr  B.  est  conçue 
comme  suit  :   «  Sur  le  séjour  de  Lipse  à  «  Iéna, 


—    148    — 

«  v.  Bibliographie  Lipsienne,  t.  I,  pp.  IV-VII,  250- 
«  252  et  484-485  ;  t.  III,  363-367.  Les  auteurs  de 
«  la  Bibliographie  Lipsienne  me  paraissent  avoir 
«  négligé  de  relever  une  lettre  de  Juste  Lipse  à 
«  Abraham  Ortelius,  datée  de  février  1592,  et 
«  qui  donne  des  renseignements  sur  cette  période 
«  obscure  et  pleine  de  controverses,  de  sa  bio- 
ce  graphie  : 

(Suit  la  lettre  in  extenso). 

La  portée  de  cette  observation  nous  échappe 
absolument.  Nous  avons  utilisé,  pour  ne  pas  dire 
traduit  et  incorporé,  la  lettre  en  question,  préci- 
sément au  premier  endroit  signalé  plus  haut  (t.  I, 
pp.  IV-VII).  Il  y  a  évidemment  malentendu; 
inutile  d'insister  \ 

Dans  la  description  du  premier  recueil  des 
épîtres  de  Lipse,  t.  I,  pp.  253  et  254,  nous  disons, 
en  analysant  les  lettres  XL  et  XLV  :  «  D'après 
Eloy  {Dictionnaire  historique  de  la  médecine,  t.  II, 
p.  352),  «  on  tâcha  en  vain  d'attirer  Victor 
Ghiselin  dans  V Université  de  Leyde  pour  y  en- 
c  seigner  la  médecine,  et  quoiquon  lui  offrît  des 
(  appointements  considérables  pour  rengager  à  s'y 
(  rendre,  il  préféra  daller  à  Berg-Saint-Winoc, 
c  près  de  Dunkerque,  où  il  remplit  la  charge  de 
Médecin  pensionné  ».  Un  passage  de  la  même 
c  lettre  [XL]  à  Lernutius  nous  fait  croire  au 
contraire  que  Ghiselin  a  sollicité  une  place  de 
professeur  à  Leiden,  mais  que  les  démarches 

1  Les  renseignements  empruntés  à  cette  lettre  occupent  5  lignes 
de  la  p.  IV,  12  de  la  p.  V,  et  7  de  la  p.  VI. 


—     149    — 

faites  en  sa  faveur  ont  échoué  :  ...De  Giselini  re, 
omnia  hactenus  nequidquam,  &  nonnihil  turbel- 
larum  inter  Magistralum  &  Curatores,  occasione 
professoris  cujusdam  admissi  Senatu  inconsidlo... 
Au  surplus,  dans  la  lettre  XLV,  adressée,  en 
date  du  1er  décembre  1583,  à  Ghiselin  lui-même, 
Lipse  nous  semble  exposer  les  difficultés  que 
rencontre  cette  candidature  :  Fidem  tamen 
libero  :  &  scribam  ea  quae  ad  causam  tuam  per- 
tinent, etsi  non  libenter.  *  *  diem  unum  Me  fuit, 
ego  cum  Mo  de  Victore  meo,  ut  debui,  amicè  & 
fortiter.  Nihil  peregi.  Tricari  Me.  velle  non 
posse,  inopiam  œrarii  caussa?H  :  &  plura  tegi- 
menta,  quœ  huiusmodi  mimis  nunquam  desunt. 
*  *  item  egit,  effectu  pari,  nec  aliud,  ad  extremum 
quant  illam  de  Gallo  cantilenam  rettulit,  &  medico 
aidœ...  Meam  sententiam,  contra  animi  mei  sen- 
tentiam  non  celo  :  quœ  est,  Nihil  mouere.  Suspensa 
enim  hîc  omnia  &  suspecta ...  » 
M1'  B.  fait  observer  à  ce  sujet  4  :  «  En  1583, 
Lipse  fit  des  démarches  pour  faire  donner  à 
son  ami  une  chaire  de  médecine  à  l'université 
de  Leyde;  mais  il  ne  put  y  parvenir.  H  écrit  à 
Ghiselin  en  janvier  1584  :  In  negotio  tuo,  mi 
Gizeline,  vere  &  ex  animo  loquor,  torqueor  pro 
uno  et  summo  amico  non  posse  hoc  me  ?  Frustra 
enim  hactenus  omnes  molitiones,  quamquam  et 
Almondium  oppugnari  jussimus  per  Grotium, 
aliosque  amicos...  Il  lui  promet  cependant  de 
continuer  ses  efforts  :  nec  tamen  cessamus,  aut 

1  P>  332  du  Messager;  p.  46  du  tiré  à  part, 


—     150    — 

cessabimus;  mais  il  est  tellement  persuadé  de 
leur  inutilité,  qu'il  entreprend  de  consoler  Ghi- 
selin  en  lui  faisant  voir  que  la  position  de  pro- 
fesseur à  Leyde  n'est  pas  aussi  brillante  qu'elle 

(  le  paraît  :  nec  aurum  utique  putes  esse  quod 
splendet.  Sunt et  nobis  nostrœ  curœ,  et  metus  : 
graviores  fartasse,  quo  tardiores  ».  (Burman, 
sylloge,  t.  I,  ep.  117).  «  Les  auteurs  de  la  Biblio- 
graphie Lipjsienne  n'ont  probablement  pas  re- 
marqué cette  lettre,  car  elle  renverse  ce  qu'ils 

(  disent  au  sujet  de  cet  incident  (t.  I,  pp.  253- 
254)  ». 

o  D'après  Eloy,  on  tâcha  en  vain  d'attirer  Victor 
Ghiselin  dans  l'Université  de  Leyde  pour  y  en- 
seigner la  Médecine.  Quoiqu'on  lui  offrit  des 
appointements  considérables  pour  l'engager  à  s'y 
rendre,  il  préféra  daller  à  Berg-Sainl-Winoc, 
près  de  Dunkerque,  où  il  remplit  la  charge  de 
Médecin  pensionné  » .  {Dictionnaire  historique 
de  la  médecine,  t.  II,  p.  352).  Ajoutons  que 
Paquot  est  de  cet  avis,  et  semble  mettre  le  refus 
de  Ghiselin  sur  le  compte  de  sa  fidélité  à  la 
religion  catholique  (t.  II,  p.  132).  Or  une  lettre 
de  Lipse  à  Lernutius  analysée  dans  la  Biblio- 
graphie Lipsienne  (t.  I,  pp.  253-254)  fait  croire 
au  contraire  que  Ghiselin  a  sollicité  une  place 
de  professeur  à  Leyde,  et  *  que  les  démarches 
faites  en  sa  faveur  ont  échoué  {Cent.  I  Miscell., 
ep.  40).  Cf.  Cent.  I Miscell.,  ep.  45)  ». 


1  C'est  nous  qui  soulignons,  pour  avoir  l'occasion  de  renvoyer 
à  notre  mais. 


-     151     - 

«  La  lettre  reproduite  par  Burman,  et  que  j'ai 
«  citée  plus  haut,  me  paraît  prouver  seulement 
«  que  Lipse  a  fait  des  démarches  en  faveur  de 
«  Ghiselin  ;  une  autre  lettre,  non  citée  dans  la 
«  Bibliographie  Lipsienne,  va  nous  montrer  que 
«  Lipse  les  a  faites  spontanément  :  Giselini  nostri 
«  negotium,  écrit-il  à  Jean  Douza,  merito  nos 
«  exercet.  Cogitavi  hoc  nocte  (iitcumque  voluntas 
«  aliorum  sit)  retinendum  eum,jam  volentem,  idque 
«  vel  privatis  stipendiis  amicorum  { .  (Décades  XTIX 
«  ad  Douzam  II y  ep.  5).  Le  jam  volentem  indique 
((  clairement  que  Ghiselin  n'a  pas  accepté  immé- 
«  diatement  la  proposition  que  lui  faisaient  ses 
«  amis,  et,  à  fortiori,  qu'il  n'a  pas  demandé  lui- 
«  même  la  place  dont  il  s'agit.  Il  faut  remarquer 
«  d'ailleurs  que  les  auteurs  de  la  Bibliographie 
«  Lipsienne  n'ont  exprimé  leur  opinion  que  sous 
«  une  forme  très  réservée  ». 

Comment  n'a-t-on  pas  vu  que  la  phrase  incri- 
minée doit  être  mise  en  rapport  avec  ce  qui  pré- 
cède, comme  le  prouvent  les  mots  au  contraire.  Le 


1  Nous  reproduisons  la  suite  de  la  lettre,  comme  étant  un  élément 
important  dans  le  débat  :  «  Vbi  conl'eremus  dignius  ?  Ego  à  me  dare 
annuos  possum,  arcanè  quinquaginta  florenos.  Spero  à  Plantino  bis 
tantum  :  qui  libens  id  fecerit,  ut  opéra  eius  &  consilio  interdum 
utatur.  Per  Hautenum  nostrum  si  de  domo  prospici  illi  possit,  res 
in  vado.  Hœc  in  eventum  scribo,  si  publica  nihil  expediatur.  Quam- 
quam  omnino  spero  aliquid  à  prœsente  Busio  nos  extorquere  posse. 
Intereà  non  ipse  dimittendus.  plura  coram  post  reditum  tuum,  &  cum 
ipso  Hauteno.  Giselino  ego  nullum  hac  de  re  verbum  :  tecum  prius 
volui.  Non  tamen  displiceat,  si  etiam  tu  cum  eo  agas  ».  Sans  date, 
mais  évidemment  écrite  à  Leiden.  [Justi  Lipsii  epistolarum  {quœ  in 
centuriis  non  extant)  décades  XHX...,  Harderwijk,  1621,  8°. 
p.  XVII]. 


—    152    — 

sens  est  celui-ci  :  Eloy  prétend  que  Ghiselin  refusa 
une  chaire  et  de  gros  appointements.  Voici  un 
passage  compromettant  pour  cette  assertion,  un 
passage  qui  nous  fait  croire  au  contraire  que 
Ghiselin  a  sollicité  une  place,  mais  qu'il  a  subi 
un  échec. 

Le  verbe  a  sollicité,  sans  déterminatif,  n'en 
excluait  aucun  dans  notre  esprit,  et  pouvait, 
d'après  les  nécessités,  être  complété  par  les  mots  : 
avec  acharnement,  mollement,  malgré  soi  à  t instiga- 
tion de  ses  amis,  par  V intermédiaire  de  ses  amis,  etc. 
Le  membre  de  phrase  :  mais  qu'il  a  subi  un  échec, 
fut  remplacé  par  :  mais  que  les  démarches  faites  en 
sa  faveur  ont  échoué,  paroles  qui  nous  furent  sug- 
gérées par  le  omnia  nequidquam . . .  émané  d'un 
ami  établi  à  Leiden  même.  Enfin  les  mots  si 
réservés  :  Le  passage...  nous  fait  croire,  tenaient 
compte  de  la  possibilité  d'un  revirement  ultérieur, 
qui  aurait  amené  la  situation  dépeinte  par  Eloy. 

Monsieur  Bergmans  tranchant  le  lien  qui  unit 
la  phrase  d'Eloy  à  la  nôtre,  considère  celle-ci 
isolément  et  semble  croire  que  nous  y  avons  établi 
la  situation  respective  de  Ghiselin  et  de  ses  amis 
dans  cette  affaire,  que  nous  avons  voulu  dire  : 
Ghiselin  conçut  l'idée  de  solliciter  une  chaire, 
Lipse  ne  fit  pas  spontanément  ses  démarches 
mais  à  la  prière  de  son  ami,  Ghiselin  enfin  de- 
manda lui-même  la  place.  —  Telle  n'a  pas  été 
notre  intention,  et  pour  trouver  tout  cela  dans 
nos  paroles,  il  faut  un  effort  beaucoup  plus  consi- 
dérable que  pour  comprendre  ce  que  nous  avons 
voulu  dire.  Notre  but  unique  était  de  montrer  que 


-     153    — 

le  renseignement  d'Eloy  était  suspect.  L'examen 
détaillé  du  cas  de  Ghiselin  ne  nous  regardait  pas 
pour  le  moment;  il  devait  être  réservé  pour  un 
autre  article  delà  Bibliotheca  Belgica  :  la  biographie 
et  la  bibliographie  de  Ghiselin  même.  La  preuve, 
c'est  que,  pour  justifier  l'opinion  qu'on  nous  prête, 
nous  n'avons  tiré  aucun  parti  de  la  lettre  XLV, 
beaucoup  plus  claire  et  beaucoup  plus  explicite. 
La  preuve  encore  c'est  que  nous  n'avons  pas 
utilisé  les  lettres  signalées  par  M1'  B.,  lesquelles 
font  partie  d'un  recueil  que  nous  avons  constam- 
ment employé  dans  le  cours  de  notre  travail. 

Après  ces  observations  préliminaires  examinons 
les  arguments  invoqués  contre  nous.  D'après 
M1'  B.  la  première  lettre  qu'il  reproduit  renver- 
serait ce  que  nous  avons  dit.  Prenons  que  nous 
ayons  affirmé,  sans  aucune  réserve,  mais  aussi 
sans  aucun  commentaire  :  a  Ghiselin  a  sollicité 
une  place  à  Leiden,  mais  les  démarches  faites 
en  sa  faveur  ont  échoué  ».  Supposons  même 
pour  un  instant  que  nous  ayons  dit  :  «  Ghiselin 
a  demandé  lui-même  une  place,  mais...  »  Par- 
courons la  lettre.  Lipse  y  déplore  son  impuissance 
à  faire  ce  qu'il  voudrait  pour  son  ami  le  plus 
intime.  Toutes  ses  tentatives  ont  été  vaines.  Il 
continuera  cependant  ses  efforts,  «  mais  il  est 
tellement  persuadé  de  leur  inutilité,  qu'il  entre- 
prend cle  consoler  Ghiselin  en  lui  faisant  voir 
que  la  position  de  professeur  à  Leyde  n'est  pas 
aussi  brillante  qu'elle  le  paraît  ».  Y  a-t-il  dans 
tout  cela  un  mot  qui  démontre  que  Ghiselin  n'a 
pas   sollicité  lui-même  la  place,  ou  que   les  dé- 

il 


—    154    — 

marches  faites  en  sa  faveur  ont  réussi  ?  Personne 
n'oserait  le  soutenir.  Mais  alors  tout  ce  que  nous 
avons  avancé,  si  téméraire  que  ce  soit,  reste 
debout  et  rien  n'est  renversé. 

On  pourrait  nous  objecter  que  le  terme  ren- 
verser dépasse  l'idée  de  M1'  B.,  qui  voulait  sim- 
plement dire  :  «  Ma  lettre  me  paraît  prouver 
seulement  que  Lipse  a  fait  des  démarches  en  faveur 
de  Ghiselin  ».  Cet  argument  n'a  pas  plus  de  valeur, 
car  le  peu  que  prouve  cette  lettre  confirme  une 
partie  de  ce  que  nous  avons  prétendu,  et  ce 
qu'elle  ne  prouve  pas  ne  saurait  être  invoqué 
contre  nous. 

On  pourrait  encore  nous  répondre  que  les  mots 
entre  guillemets  ne  sont  pas  directement  dirigés 
contre  nous;  qu'ils  forment  une  simple  transition 
à  la  seconde  lettre,  où  M1'  B.  croit  trouver  la 
preuve  que  «  Ghiselin  n'a  pas  demandé  lui-même 
la  place  ».  Aussi  nous  n'insistons  pas,  et  nous 
passons  à  la  nouvelle  épître. 

«  Le  jam  volentem,  dit  M.  B.,  indique  claire- 
ment que  Ghiselin  n'a  pas  accepté  immédiatement 
la  proposition  que  lui  faisaient  ses  amis  ».  Par- 
faitement, mais  la  conclusion  qu'il  en  tire  est 
fausse.  Une  fois  la  proposition  de  Lipse  acceptée, 
Ghiselin  ne  devait  pas  nécessairement  s'abstenir. 
Il  pouvait  s'associer  aux  efforts  de  son  patron, 
avec  une  extrême  mollesse  ou  avec  une  extrême 
ardeur,  d'après  son  tempérament.  Qu'on  n'oublie 
pas  que  Ghiselin  était  à  Leiden  à  l'époque  de  la 
rédaction  de  cette  lettre,  et  que  Lipse  (évi- 
demment après  l'avoir  gagné  à  ses  idées)  a  fait 


—     155    — 

des  démarches  restées  infructueuses,  à  preuve  les 
mots  utcunque  voluntas  aliorum  sit,  opposés  au 
fameux  jam  volentem.  Supposer  que  Ghiselin,  étant 
à  Leiden,  n'a  pas  bougé,  serait-ce  plus  admissible 
que  de  croire  qu'il  fut  présenté  comme  candidat 
au  moins  à  quelques-uns  de  ceux  dont  dépendait 
la  nomination  ?  Il  fut  certainement  en  rapport 
avec  Jean  Dousa,  un  des  trois  curateurs  de  l'Uni- 
versité. Est-ce  téméraire  de  supposer  qu'au  moins 
en  face  de  celui-là,  il  s'est  conduit  en  candidat  ? 
Mais  Douza  même  n'est-il  pas  précisément  un  de 
ce.ux  qui  ont  inventé  Ghiselin  ?  Pour  toute  réponse 
nous  renvoyons  à  deux  lettres  de  Lipse  à  Ghiselin, 
écrites  après  le  séjour  de  celui-ci  à  Leiden.  La 
première,  citée  partiellement  par  Mr  B.,  dit  entre 
autres  :  In  negotio  tuo,  mi  Gizeline,  torqueor  pro 
uno  &  summo  amico  non  posse  hoc  me  ?  Frustra 
enim  hactenus  omîtes  molitiones,  quanquam  &  Almon- 
dium  [curatorem]  oppugnari  jussimus  per  Grotium, 
aliosque  amicos...  Douza  noster  non  dubie  vult  :  sed 
ut  status  est,  sine  nervis.  Dans  la  seconde  '  on  lit  : 
De  re  tua  quid  etiam  nunc  scribam  ?  omnia  circa  te 
tarda,  non  solum  ipse.  Nunquam  vidi  navem  magis 
obhaerentem  Dousiano  huicvado.  Nos  conamur  remis 
&  vêtis,  frustra  retinet  nos  una  Ma  torpédo. 

3°  Dans  le  troisième  volume  de  notre  Biblio- 
graphie Lipsienne,  article  :  Aubert  Mir^eus,  vita... 
Justi  Lipsii...,  Anvers,  1609,  p.  337,  nous  avons 
émis  l'appréciation  suivante  :  «  La  Vita  a  pour 
«  base  l'autobiographie  de  Lipse  adressée    sous 

1  Burman,  Sylloge,  I,  p.  152, 


—    156     - 

forme  de  lettre  à  Jean  Woverius,  le  jour  des 
cal.  d'octobre  1600.  ...Le  Mire  a  conservé 
autant  que  possible  le  texte  littéral  de  la  lettre, 
se  bornant  à  introduire  de  loin  en  loin  quelques 
réflexions  de  son  crû  ou  des  renseignements 
supplémentaires  empruntés  à  la  correspondance 
ou  aux  dédicaces  de  Lipse.  Il  en  convient  du 
reste  lui-même  à  la  fin  de  son  travail  :  Habes, 
mi  Lector...  En  agissant  ainsi,  il  croyait  bien 
faire,  mais  à  tort  :  il  ne  nous  a  fourni  qu'une 
biographie  médiocre,  où  la  critique  historique 
fait  complètement  défaut.  F.  de  Reiffenberg, 
pour  la  publication  de  son  mémoire  couronné, 
a  suivi  un  système  analogue.  Il  a  fait  sien  une 
grande  partie  du  texte  de  Le  Mire,  seulement 
à  l'encontre  de  ce  dernier,  il  a  dissimulé  la 
source  ». 

Mr  B.  (Introduction,  p.  7)  s'énonce  au  sujet  de 
l'autobiographie  comme  suit  :  «  Les  deux  auteurs 
(Mirseus  et  de  Reiffenberg)  ont  suivi  pas  à  pas 
le  texte  de  l'épître,  en  se  bornant  à  le  mettre  à 
la  troisième  personne  et  à  intercaler  quelques 
détails  supplémentaires  ou  quelques  réflexions. 
Mirseus  en  convient  d'ailleurs  lui-même,  à  la 
fin  de  son  travail  :  Habes ,  mi  lector. . .  De  Reiffen- 
berg aussi,  quoi  qu'en  disent  les  auteurs  de 
la  Bibliographie  Lïpsienne,  a  cité  la  source  à 
laquelle  il  puisait  » . 
Notre  pensée,  dans  notre  dernière  phrase,  était 
naturellement  :  «  De  Reiffenberg  a  dissimulé  la 
source,  la  provenance  du  texte  qu'il  s'est  appro- 
prié ».    M1'  B.  a  compris  comme  si  nous  avions 


—    157    — 

dit  :  De  Reiffenberg  n'a  pas  cité  une  seule  fois  la 
Vita  de  Mirreus,  ni  dans  le  cours  de  la  biographie 
ni  dans  les  notes.  A  notre  avis,  de  Reiffenberg, 
du  moment  qu'il  adoptait  le  procédé  de  Mirseus, 
devait  faire  le  même  aveu  que  lui.  En  ne  le  faisant 
pas,  il  commit  un  plagiat,  et  c'est  ce  que  nous 
avons  voulu  faire  entendre  d'une  façon  discrète. 
Monsieur  Bergmans  est  moins  sévère  sur  ce  cha- 
pitre. Nous  craignons  bien  qu'en  nous  critiquant, 
il  n'ait  l'air  d'acquitter  le  coupable. 

Les  auteurs  de  la  Bibliotheca  Belgica. 


158 


LES 

SEIGNEURIES  DU  PAYS  DE  MALINES 


KEERBERGEN 

ET 

SES     SEIGNEURS'. 

Le  22  mai  1640,  comparurent  devant  le  notaire 
Léonard  van  Lille,  à  Bruxelles,  illustres,  nobles  et 
généreuses  personnes,  Agathe  de  Merode,  veuve  de 
Charles  de  Berlo,  comte  d'Hozémont,  baron  de 
Berlo  et  de  Sclessin,  seigneur  de  Wuestwezel, 
Oignies,  Haut-Pré,  avoué  d'Ougrée  ;  son  fils  Ernest, 
seigneur  de  Keerbergen,  Bollo  etc.;  l'oncle  de 
celui-ci,  Guillaume,  baron  de  Berlo,  capitaine  au 
service  de  Sa  Majesté  et  commandant  du  fort  de 
Tolhuijs  (à  Schelle),  d'une  part;  et  Guillelmine  du 
Pin,  veuve  de  Guillaume  d'Oyenbrugge  de  Duras, 
chevalier,  baron  de  Meldert  etc.,  et  sa  fille  Anne- 
Marie  d'autre  part,  pour  signer  un  contrat  de  ma- 
riage entre  Ernest  de  Berlo  et  Anne  Marie  d'Oyen- 
brugge de  Duras  précités.  Le  futur  apporte  ses 
seigneuries,  la  moitié   du  tonlieu  de  Malines,  la 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  lre  liv.  1890,  p.  40. 


—    159    — 

rente  due  par  la  corporation  des  brasseurs  de  cette 
ville,  sa  cour  censale  de  Rymenam  »;  la  cour  cen- 
sale  de  Waijenesse;  un  sixième  des  dîmes  deDuffel 
(appartenant  par  moitié  au  baron  de  Duffel)  ;  après 
la  mort  de  sa  mère,  il  devra  recevoir  encore  la 
seigneurie  d'Oignies,  une  cour  censale  et  féodale 
avec  la  rescherve  en  la  Meuse,  un  moulin,  100  bon- 
niers  de  terre,  80  bonniers  de  bois  et  le  dixiesme 
de  terrage  de  Soille  avec  foule  expectation  des  succes- 
sions apparentes  de  ses  oncles,  tant  paternels  que 
maternels.  Tous  ces  biens,  qu'il  y  ait,  ou  non,  des 
enfants,  appartiendront,  après  la  mort  d'Ernest, 
en  nu-propriété  à  la  future  épouse,  qui  aura  im- 
médiatement la  libre  disposition  des  apports. 
Guillaume  de  Berlo  promet  de  laisser  à  son  neveu, 
après  sa  mort  et  après  celle  de  sa  femme,  Susanne 
Marie  van  Grindertalen,  dans  le  cas  où  ils  n'auront 
pas  d'enfants,  sa  terre  de  Papenhove2.  L'apport  de 
la  fiancée  consiste  en  un  capital  de  dix  mille  flo- 
rins en  espèces,  destiné  à  son  installation,  et  en 
une  rente  de  six  mille  florins. 

Sa  mère  lui  cède,  en  outre,  sous  réserve  d'usu- 
fruit, tous  ces  droits  sur  la  terre  souveraine  des 
Hayons,  Belaux,  Dehan  et  sur  la  terre  et  seigneurie 
du  Bancq  Guillaulme  3. 


1  Ces  trois  dernières  propriétés  appartenaient  par  indivis  à  Ernest 
et  au  baron  de  Duffel,  qui  fut  alors  Florent  de  Merode. 

2  Cette  propriété  dite  «  't  hof  van  Berlo,  »  d'une  étendue  d'en- 
viron 49  bonniers,  relevait  de  la  seigneurie  de  Stein.  Plus  tard,  elle 
appartenait  aux  jésuites  de  Rureraonde  et,  à  la  fin  du  dix-huitième 
siècle,  au  couvent  de  Susteren  (Publ.  de  la  Société  Hist.  et  Archéol. 
de  Limbourg,  XX). 

3  Ce  contrat  est  daté  «  Ter  Caraere,  22  mai  1640.  » 


—    160    — 

L'avocat  van  den  Berghe,  gérant  dn  baron 
Ernest  de  Berlo,  fit  enregistrer  ce  contrat  de 
mariage  à  la  cour  féodale  de  Malines,  le  4  juil- 
let 1640  (M.  7,  p.  207). 

En  vertu  d'une  procuration  générale  de  son 
mari  ■ ,  Marie  Anne  d'Oyenbrugge  de  Duras,  fit 
relever,  le  12  octobre  1641,  par  suite  de  la  mort 
d'Agathe  de  Merode  (f  10  août),  pour  elle-même 
et  pour  son  époux,  les  biens  de  Keerbergen.  Robert 
Foucquier,  avocat  au  grand  conseil  de  Malines, 
prêta  le  serment.  Cet  acte  fut  ratifié  par  les  époux 
le  même  jour  (M.  8,  p.  3). 

Ernest  de  Berlo  mourut  le  23  janvier  1646.  Il 
est  dit  avoir  été  tué  dans  un  duel  et  fut  enterré 
dans  l'église  de  DufFel  sous  un  beau  monument, 
orné  des  portraits  en  haut  relief  des  deux  époux. 
On  y  voit,  au  pied  de  la  statue  du  chevalier,  un 
lion,  le  casque,  les  gantelets  et,  sommé  de  la  cou- 
ronne dite  de  baron  à  l'antique,  un  écu  écartelé  : 
au  premier,  d'or  à  deux  fasces  de  gueules  (Berlo)  ; 
au  deuxième,  fascé  d'or  et  de  sinople  de  six  pièces 
(Oyenbrugge)  ;  au  troisième,  de  sable  semé  de 
fleurs  de  lis  d'or  (Duras);  au  quatrième,  d'or  à 
quatre  pals  de  gueules,  à  la  bordure  engrêlée 
d'azur  (Merode). 

Voici  l'épitaphe  et  les  quartiers  placés  sur  cette 
tombe  : 

«  Ci  gist  noble  et  illustre  S1'  Ernest  Baron  de  Berlo  S1'  de 
Keremberghe,  d'Oigny  etc.  vivant  cap"e  d'une  coinpnie  de 
cuirassiers  pour  le  service  de  Sa  Maté  aagé  de  38  ans  et 

1  En  date  du  8  octobre  1641,  passée  devant  le  notaire  van  Lille. 


—    161    - 

decedé  le  23  de  Janvier  1646.  Priez  Dieu  pour  son  ame.  Et 
noble  et  illustre  Dame  Marie  Anne  Doienbrug  de  Duras, 
mourut  sans  hoirs.  » 


Quartiers 


(1)  de  Berlo. 

(2)  Cortenbach. 

(3)  van  der  Meere. 

(4)  van  der  Noot. 

(5)  Locquenghien. 

(6)  Nieuwenhoven. 

(7)  van  de  Graclit. 

(8)  de  Pamele. 


(9)  Merode. 

(10)  Bauw. 

(11)  de  Coustre. 

(12)  de  Brouchove. 

(13)  Cuelen bourg. 

(14)  de  Brinen. 

(15)  de  Alkmade. 

(16)  de  Swieten  '. 


Ces   16  quartiers,    qui  sont  ceux  de  l'époux, 
représentent  la  filiation  suivante  : 


1  Voyez  C.  G.,  manuscrit  N°  1510;  J.  le  Roy,  Marchionatus ; 
Aug.  van  den  Eijnde,  Inscriptions.  (1)  écartelé  de  Berlo  et  de 
Merode;  (2)  les  bandes  ;  (3)  d'azur,  au  chef  d'arg.,  chargé  de  trois 
pals  de  gu.;  (4)  d'or  à  cinq  coquilles  de  sa.  posées  en  croix  ;  (5)  d'her- 
mine au  lion  de  sinople  ;  (6)  d'arg.  à  la  fasce  de  gu.,  ace.  en  chef  de 
trois  merlettes  de  sa.  rangées  en  fasce;  (7)  d'arg.  au  chevron  de  gu. 
ace.  de  trois  merlettes  de  sa.;  (8)  écartelé  ;  aux  premier  et  quatrième, 
degu.  à  l'aigle  d'arg.;  aux  deuxième  et  troisième,  fascé  d'or  et  de  gu. 
de  six  pièces;  (9)  écartelé  de  Merode  et  d'Houffalize  :  burelé  d'az.  et 
d'arg.,  au  lion  de  gu.,  cour,  d'or,  broch.  sur  le  tout,  acconvp.  en  chef 
à  dextre  d'un  écus.  d'or  broche;  (10)  comme  ci-dessus;  (11)  degu. 
au  lion  d'or  ;  (12)  d'argent,  au  chef  de  gueules  chargé  d'un  lion  d'arg., 
couronné  d'or  ;  (13)  écart.;  au  premier  et  quatrième,  d'or  à  trois  rocs 
d'échiquier  (zuilen)  degu.  ;  aux  deuxième  et  troisième,  d'arg.  au  lion 
de  sa.;  (14)  la  licorne,  mais  passante;  (15)  écartelé,  dans  chaque 
quartier  un  lion  ;  Alkmade  (d'arg.  au  lion  de  sa.)  écartelé  de  Coulster, 
ou  bien  l'inverse;  (16)  de  gueules  à  trois  violons  renversés  d'argent 
(Swieten);  en  cœur  un  écusson  de...  à  trois  chevrons  (probablement 
Egmont  :  chevronné  d'or  et  de  gueules,  maison  à  laquelle  appartenait 
la  mère  de  Jossine  de  Swieten).  D'Oyenbrugge  de  Duras  porte  :  écar- 
telé d'Oyenbrugge  (qui  est  :  fascé  d'or  et  de  sinople)  et  de  Duras. 


—    162    — 


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—    164    - 

Si  l'on  ne  voit  pas  sur  le  monument  les  quar- 
tiers de  la  dame,  c'est  que  celle-ci  n'en  possédait 
pas,  sa  mère  Guillelmine  du  Pin  étant  de  basse 
extraction.  Guillaume  d'Oyenbrugge  de  Duras 
(f  25  avril  1625),  baron  de  Meldert,  seigneur  de 
Vrolinghen,  Bombroeck,  Roost,  des  Hayons  (près 
de  Bouillon),  haut-justicier  d'un  tiers  de  la  ville 
d'Ypres ,  gouverneur  de  Bouillon ,  membre  du 
conseil  privé  et  chambellan  de  Ferdinand  de 
Bavière,  prince-évêque  de  Liège,  avait  épousé, 
après  la  mort  de  sa  femme,  Anne  de  Corswarem, 
chanoinesse  de  Maubeuge,  la  femme  de  chambre 
de  celle-ci,  Guillelmine  du  Pin.  C'est  de  cette 
seconde  alliauce  qu'est  issue  la  femme  d'Ernest  de 
Berlo.  Elle  était  petite-fille  de  Guillaume  d'Oyen- 
brugge-Meldert,  seigneur  de  Vrolinghen,  Bom- 
broeck etc.,  gouverneur  d'Huy,  mayeur  régnant 
de  Liège,  et  d'Antoinette  van  der  Gracht  '. 

Plus  tard,  la  famille  chercha  à  dissimuler  la 
mésalliance  avec  Guillelmine  du  Pin,  en  recourant 
à  un  moyen  usité  fréquemment  en  pareil  cas  :  on 
attribuait  aux  enfants  de  celle-ci,  dans  les  généa- 
logies respectives,  différentes  autres  mères. 

Par  suite  de  la  mort  de  son  époux,  Marie  Anne 
d'Oyenbrugge  de  Duras,  fit  relever,  le  12  mai  1646, 
la  seigneurie  de  Keerbergen,  avec  ses  ap-  et  dépen- 
dances, par  Jérôme  del  Olmo  y  Felices  2,  major- 

1  Comparez  :  A.  Wauters,  la  Belgique  ancienne  et  moderne. 
'2  Par  la  mort  de  celui-ci,  Jean  Tavertiiers,  drossard  de  Keer- 
bergen, fut  inscrit  comme  homme  servant  de  ce  fief,  le  13  juillet 


—     165    — 

dôme  de  l'hospice  royal  de  Malines  (M.  8,  p.  159). 

Ernest  de  Berlo  avait  été  mauvais  ménager. 
Quoique  les  époux  possédassent  de  beaux  revenus, 
il  laissa,  après  cinq  années  et  demie  de  mariage, 
sa  jeune  femme  accablée  de  dettes. 

Marie  van  der  Piet,  veuve  d'Adrien  Bosschaert, 
à  laquelle  Ernest  et  sa  femme  avaient  constitué 
une  rente  de  1 50  florins  sur  la  seigneurie  de  Keer- 
bergen,  avait  réclamé  en  vain  les  arrérages  de 
plusieurs  années.  Le  2  octobre  1C43,  la  cour  féo- 
dale attribua  à  cette  dame  les  revenus  de  Keerber- 
gen  jusqu'au  moment  où  elle  serait  rentrée  dans 
son  capital,  avec  les  intérêts.  La  veuve  de  Guil- 
laume, baron  de  Berlo,  avait  prêté  aux  époux  la 
somme  de  23,300  florins.  Par  acte  du  26  octobre 
1644,  passé  devant  le  notaire  Antoine  Janssens, 
on  lui  avait  engagé  la  seigneurie  de  Keerbergen. 
Cette  dette  fut  amortie  aussitôt  la  mort  d'Ernest, 
et  le  12  février  1646,  la  cour  décréta  la  cassation 
de  l'hypothèque.  Un  procès  surgi  avec  l'apothicaire 
de  Moor,  au  sujet  de  sa  rente,  fut  terminé  par  un 
accord.  Bientôt  après,  Marie  Anne  satisfit  égale- 
ment Marie  van  der  Piet  ' . 

Le  8  février  de  la  même  année,  elle  promit, 
devant  le  notaire  Honoré  van  den  Eijnde,  à 
Bruxelles,  ainsi  qu'à  divers  autres  créanciers  de 
les  indemniser  dans  le  courant  des  deux  premières 


1669.  Le  16  décembre  1688,  Marie  Anne  d'O.  de  D.  fit  faire  un 
nouveau  relief.  Le  9  juillet  1695,  Egide  de  Deurne,  secrétaire  de 
Keerbergen,  renouvela  le  serment  de  fidélité  et  le  15  juin  1697  Pierre 
Hullet,  drossard  de  Keerbergen,  se  constitua,  homme  servant. 
1  M.  8,  fos  52,  127,  160  et  166;  M.  10,  f»  189. 


—     166    — 

années,  et  leur  engagea  en  commun  sa  seigneurie 
de  Keerbergen. 

Ces  créanciers  étaient  : 

Jean  de  Tiras,  écuyer,  seigneur  de  Nor- 

derwijk  *,  réclamant fl.    600  —  sols 

Henri  le  Mire,  drapier,  réclamant  .    .     .     »    1150  — 
Jean  van  Baigem  (sic  !  lisez  Beughem)  °L, 

marchand  de  draps  de  soie,  réclamant 
Augustin  van  Hamme,  boucher,        » 
Maître  Elie  de  Behault 3,  » 

Nicolas  de  Haze,  marchand  de  bois,  » 
Jean  le  Roy,  agent  des  héritiers  de  feu 

maître  Sébastien  van  Leeuw,  réclamant 
Sara  Languebert,  » 

Jacques  de  Foccant,  » 

François  Flavier,  mercier,  » 

Total    »    7827  18 

«  le  tout  a  raison  de  louaige  de  maison,  marchan- 
dise, despens  de  bouche,  de  bois  et  façon  d'habits 


1  Jean  de  Tiras  avait  épousé  Marguerite  de  Busleijden,  qui  était 
dame  de  Nordenvijk,  par  relief  du  2  janvier  1623  (M.  5,  p.  127).  11 
était  capitaine  et  fut  créé  chevalier  par  lettres  patentes  du  roi  Phi- 
lippe de  Castille,  du  5  juillet  1652  (C.  G.  639,  p.  169). 

2  Le  3  décembre  1653,  Jean  van  Beughem,  seigneur  d'Ottignies  et 
d'Houthem,  et  Augustin  van  Hamme,  boucher,  reconnurent,  devant 
le  notaire  Huart,  à  Bruxelles,  être  indemnisés  du  chef  de  leurs 
créances.  Ils  firent  casser  l'hypothèque  sur  Keerbergen  (M. 10,  p.  180). 

3  Elie  de  Behault  semble  appartenir  à  la  famille  de  Behault,  de 
Mons,  mais  jusqu'à  présent,  on  ignore  sa  filiation.  Voyez  Aemand  de 
Behault,  Génèal.  de  la  famille  de  Behault,  et,  du  même  auteur  : 
Notice  concernant  un  acte  passé  le  5  avril  1499  (Ann.  du  Cercle  arch. 
de  Mons,  t.  XIX),  notice  établissant  que  David  de  Behault,  homme 
de  fief  du  prévôt  de  Mons,  possédait  la  noblesse  de  race  au  XV»  siècle, 


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831 

14 

530 

— 

436 

9 

458 

12 

—    167    — 

livrées  et  faicts  pour  ledict  feu  Illustre  Seigneur 
Baron  et  la  dicte  Dame  sa  compaigne  constant  son 
mariage  »  (M.  10,  p.  59). 

Le  10  février  1651 ,  la  baronne-douairière  de  Berlo 
constitua  à  Henri  le  Mire,  receveur  de  Bruxelles, 
et  à  sa  femme  Barbe  van  Caverson,  pour  un  capi- 
tal de  2800  florins  du  Rhin  qu'elle  leur  devait 
une  rente  de  175  florins  '.  Elle  leur  assigna  en 
garantie  Keerbergen  et  la  ferme  de  Papenhove, 
au  pays  d'Outremeuse,  comprenant  alors  environ 
60  bonniers  de  terre.  Cette  propriété  était  échue 
à  la  baronne  de  Berlo,  en  vertu  de  la  donation  de 
Guillaume  de  Berlo,  oncle  de  son  mari.  Elle  l'avait 
relevée,  le  10  juillet  et  le  19  décembre  1648, 
devant  la  cour  féodale  de  la  baronnie  de  Stein 
(M.  11,  p.  121). 

Quelques  rentes  hypothéquées  sur  Keerbergen, 
savoir  au  profit  de  l'avocat  Gheens,  de  Jacques  le 
Mire,  de  messire  Antoine  Ferdinand  de  Brouchoven 
et  du  drossard  de  Keerbergen,  furent  remboursées 
en  1663.  A  cette  fin,  il  avait  fallu  contracter  un 
emprunt  de  18000  florins  envers  les  exécuteurs 
testamentaires  de  feu  Jacques  Sweerts,  somme  qui 
fut  hypothéquée  sur  Keerbergen,  à  raison  de  6  7*%> 
taux  admis  généralement  à  cette  époque  (M.  12, 
p.  126  et  133)  2. 

1  Cet  acte  ne  fut  enregistré  à  la  cour  féodale  de  Malines  que  le 
2  novembre  1658  (M.  11,  p.  121). 

2  Le  28  février  1648,  la  baronne  de  Berlo  vendit, devant  le  notaire 
Théodore  Pietquin,  de  Bruxelles,  à  Antoinette  de  Hosden,  douairière 
du  chevalier  Antoine  de  Longueval,  seigneur  de  Zetrud,Lumayet<\, 
une  censé  à  Meldert,  dite  «  Herlombaerdenhoff.  »  Elle  signa  l'acte  y 
relatif  :  «  Marie  Ane  Doijenbrughe  de  Duras  barone  de  Berlo  de 
Keremberghe.  » 


—     168    — 

En  dépit  de  la  renonciation  de  1639,  Florent 
baron  de  Berlo  et  de  Sclessin,  etc.  s'était  empressé, 
peu  de  temps  après  la  mort  de  son  frère  Ernest, 
de  disputer  à  la  veuve  de  celui-ci  la  seigneurie  de 
Keerbergen,  en  invoquant  les  termes  du  testament 
de  Jean  de  Berlo,  comte  d'Hozémont,  du  15  juin 
1599.  Le  15  novembre  1647,  il  fit  présenter  à  la 
cour  féodale  de  Marines  un  extrait  de  ce  testament 
et  un  autre  de  l'acte  de  partage  du  28  février  1639. 
Une  investiture  eut  lieu  et  le  fils  de  Florent, 
Guillaume,  âgé  de  12  ans,  fut  inscrit  comme  homme 
mortuaire  du  fief  (M.  8,  p.  197  et  201).  Le  procès 
prit  une  tournure  défavorable  pour  Florent.  La 
sentence  de  la  cour,  du  23  mai  1652,  en  faveur  de 
sa  belle-sœur,  fut  confirmée  en  seconde  instance, 
le  8  novembre  de  l'année  suivante  (Procès  plaides 
devant  la  cour  féod.  de  Brab.  820-2150). 

Quoique  les  tentatives  faites  après  la  mort  de  la 
comtesse  d'Hozémont,  née  d'Argenteau,  pour 
recouvrer  le  château  de  Wayenesse,  eussent  abouti 
à  un  échec,  la  famille  d'Argenteau  n'avait  cessé  de 
regretter  la  perte  de  cette  belle  propriété.  Aussitôt 
la  mort  d'Ernest  de  Berlo,  de  nouvelles  réclama- 
tions surgirent,  et  cette  fois  avec  plus  de  succès. 
Les  actes  que  nous  avons  pu  consulter  à  ce  sujet, 
n'établissent  pas  si  la  cession  eut  lieu  en  vertu  d'un 
jugement  ou  en  suite  d'un  arrangement  à  l'amiable. 
Toujours  est-il  que  le  18  septembre  1655,  Jean 
François  d'Argenteau,  comte  de  No  ville,  vicomte 
de  Looz,  seigneur  de  Fologne,  Braives,  Ciplet, 
Moumal  (fils  de  Florent  et  d'Anne  de  Branden- 
bourg,  dame  de  la  Grange),  et  Guillaume,  baron 


—     169    — 

d'Argenteau,  seigneur  de  Dongelberg,  Lavoir,  du 
Ban-de-Sprimont  etc.  (fils  de  Jean  et  de  sa  seconde 
femme  Anne  Patton),  firent  le  relief  de  Waijenesse 
(M.  10,  p.  20).  Ils  ne  conservèrent,  toutefois,  pas 
longtemps  ce  fief,  car,  le  27  mars  1659  déjà,  il  le 
transportèrent  à  messire  Pierre  Grijph,  pour  le 
pupille  de  celui-ci,  messire  Jean  Baptiste  de  Bru- 
xelles, vicomte  de  Dormael,  seigneur  de  Rijmenam 
(M.  11,  p.  154'). 

Le  12  janvier  1705,  messire  Charles  de  l'Escaille, 
seigneur  de  Marez,  avocat  au  conseil  de  Brabant, 
vendit,  en  qualité  de  mandataire  de  Marie  Anne 
d'Oyenbrugge  de  Duras,  comtesse  deBerlo,  devant 
le  notaire  J.  Neeffs,  à  Malines,  à  Marie  de  Gortter 
(ou  de  Gorter,  Gortere  etc.),  représentée  par  Fer- 
dinand Hullet,  drossard  de  Keerbergen,  les  biens 
suivants  :  1°  la  seigneurie  de  Keerbergen  ;  2"  la 
cour  féodale  de  Cruijs,  «  hebbende  eenen  schoonen 
leenboeck,  goedenisse  ende  erffenisse,  grontpro- 
ceduren  etc. ,  »  avec  droit  de  tenir  un  mayeur, 
des  hommes  de  fief,  un  grenier  et  un  leenvinder 
et  comprenant  7  pleins  fiefs  et  49  menus  fiefs 
{smalle  leenen),  d'une  étendue  totale  de  81  bon- 
niers  et  3  Va  journaux  ;  3°  la  cour  de  tenanciers 
{laethof)  de  Bollo,  avec  un  mayeur,  des  tenanciers, 
un  grenier,  poïitpenninghen,  goeden  ende  ontgoeden, 
groyidproceduren,  etc.,  et  4°  la  cour  {laethof)  de 
Roosendael,  ayant  les  mêmes  prérogatives. 

1  Pour  la  partie  moderne  de  l'histoire  de  Waijenesse,  on  pourra 
consulter  notre  notice  sur  la  seigneurie  de  Rijmenam, 


—    170    — 

Le  prix  total  de  cette  vente  était  de  18702  florins. 
L'hypothèque  de  18000  florins,  appartenant  aux 
héritiers  Sweerts,  seule  charge  grevant  les  biens, 
fut  diminuée  par  un  paiement  de  4458  florins  2  sols 
que  de  l'Escaille  préleva  sur  le  prix  de  vente. 
Comparurent,  ensuite,  Marie  Thérèse  Sweerts, 
douairière  de  messire  François  de  Santander  — 
agissant  pour  elle-même  et  pour  son  frère  consan- 
guin, mineur,  messire  Gaspard  Alexander  Sweerts, 
ainsi  qu'en  qualité  de  tutrice  de  messire  Frédéric 
Albert,  fils  de  Frédéric  Sweerts  et  de  Madeleine 
de  Haeze  —  Claire  Hélène  et  Susanne  Pétronille 
Sweerts,  qui  déclarèrent  que  Marie  de  Gortter, 
veuve  Persoons,  leur  avait  remboursé  la  somme  de 
13818  florins  18  sols,  représentant  le  reste  de  leur 
capital,  plus  les  arrérages. 

Cet  acte  fut  confirmé  par  Charles  de  l'Escaille, 
le  4  avril  suivant,  devant  le  même  notaire,  et 
enregistré  à  la  cour  féodale  le  surlendemain.  L'in- 
vestiture de  la  veuve  Persoons  eut  lieu  le  même 
jour.  Ce  fut  son  fils  Corneille  qui  prêta  le  serment 
de  fidélité  pour  elle  (M.  18,  p.  199). 

L'acte  de  vente  précité  nous  renseigne  d'une 
façon  détaillée  les  prérogatives  et  les  revenus  de 
Keerbergen.  Outre  la  haute,  moyenne  et  basse 
juridiction,  le  seigneur  possédait  le  droit  de  nom- 
mer le  drossard,  le  mayeur,  le  bourgmestre,  les 
échevins  et  autres  officiers  ;  de  planter  des  arbres 
le  long  des  grands  chemins  et  sur  les  places  vagues, 
de  chasser,  d'avoir  des  tenderies  à  perdrix  et  des 
garennes  de  lapins,  de  pêcher  dans  les  limites  de 
la  juridiction,  dans  la  Dyle,  dans  le  Moelebeek  et 


-     171     — 

dans  le  Raem  ;  ses  privilèges  comprenaient  les 
amendes  criminelles  et  civiles,  la  confiscation  des 
biens  des  bâtards  '  et  des  coupables  de  sortilège, 
les  biens  vacants  ou  lagans,  aubains,  mortemains 
ou  à  faute  d'héritiers,  les  épaves,  la  treune  des 
mouches  à  miel  (ou  découverte  d'essaims)  ;  le  droit 
de  lever  les  pontpenninghe ,  c'est  à  dire  un  droit  de 

5  °/0  sur  les  prix  de  vente  de  tous  les  biens  situés 
dans  la  juridiction  et  ne  ressortissant  pas  aux 
cours  de  tenanciers  (laethoven). 

Ses  revenus  fixes  consistaient  en  blé,  œufs, 
chapons,  poules  et  argent;  les  voici  :  a)  en  nature  : 
4  quarts  de  blé,  21  quarts  idem,  3  muids  d'avoine, 
17  chapons,  153  poules,  18  œufs,  1  jaeghers  de 
seigle  ;  b)  en  espèces  :.  10  florins  1  Va  sols  ;  30  de- 
niers; 30  escalins;  21  deniers;  24  deniers,  mon- 
naie de  Louvain  ;  42  oude  swarten  ;'  7  tournoisen  ; 
12  '/«  oude'  groten  ;  2  mottoenen,  monnaie  de  Bra- 
bant;  lUà'antwerpensche  schilt;  2  florins  Guilielmus, 
monnaie  de  Hollande.  Le  seigneur  avait  ensuite 

6  heerlijke  keuren  et  30  swaere  keuren,  boven  noch 
mer  andere  gevaleerde  keuren,  eene  van  eenen  mot- 


1  D'après  les  lois  de  l'ancien  régime,  la  succession  des  bâtards 
était  recueillie  par  le  seigneur.  Ce  droit  pouvait,  toutefois,  se 
racheter,  comme  tant  d'autres  droits  consacrés  par  la  féodalité. 
Ainsi,  par  lettres-patentes,  .données  à  Bruxelles,  le  11  juillet  1462, 
Philippe  de  Bourgogne  autorisa  les  époux  Gérard  van  Ymmerseel, 
bâtard  de  Jean,  et  Catherine  Tschuckers,  fille  naturelle  du  prêtre 
Mathieu  Tschuckers,  bien  qu'étant  nés  «  in  onwittigenbedde,....  van 
zunderlingen  gratien  ende  oick  overmits  der  sommen  van  hondert 
vranchrijhsche  croonen,  »  à  disposer  par  testament  de  tous  leurs 
biens,  allodiaux  et  féodaux,  actuels  et  futurs,  qui,  à  la  mort  desdits 
époux,  auraient  dû  échoir  au  duc  (B.  30,  p.  44). 


—    172    — 

toen,  eene  van  eenen  peter  ende  twee  iecler  van  eenen 
hollandschen  gidden,  uijtgaende  op  verschijde  goe- 
deren.  A  la  kermesse  de  chaque  année,  il  avait,  en 
outre,  droit  à  21  sols,  1  oort,  de  la  part  des  fer- 
miers possédant  deux  chevaux  de  labour  ;  les  fer- 
miers en  ayant  d'avantage  payaient  un  supplé- 
ment en  conséquence  ;  la  redevance  de  ceux  qui 
labouraient  sans  chevaux  était  de  10  sols,  1  oort, 
9  meijten. 

Il  existait,  dans  la  seigneurie,  une  corporation 
ou  ambacht  nommée  het  schip-  ofte  lijntreckers 
ambacht,  dont  les  membres  traînaient  les  bateaux 
montant  la  Dijle,  vers  Aerschot,  Louvain,  etc. 
Tous  les  membres  libres  de  cette  corporation 
devaient  au  seigneur  une  redevance  annuelle  de 

1  florins  10  sols;  celle  des  mortaillables  s'élevait  à 
12  florins.  Le  seigneur  avait,  ensuite,  une  part 
dans  les  amendes  imposées  à  certains  bateliers. 
Cette  part  était  établie  d'après  la  comptabilité  de 
la  corporation  précitée.  Les  doyens  de  celle-ci 
étaient  assermentés  annuellement,  par  le  drossard 
de  Keerbergen.  Enfin,  le  maître  de  Keerbergen  pré- 
levait un  quayage,  dit  amergelt  {amer  ==  quai)  de 

2  blancken  par  mille  fagots  («  half  hout,  peuters 
ofte  reisers;  »)  par  1000  «  Aertschotsche  mutsaert 
eenen  stooten  ;  van  ieder  wisse  wishout,  de  welcke 
van  den  amer  te  schepe  wordt  gedaen  ofte  geladen, 
eenen  halven  stuijver  »  (M.  18,  p.  199). 

De  ses  fiefs  du  pays  de  Malines,  la  comtesse  de 
Berlo  n'avait  plus  conservé  que  le  moulin  à  vent 
dans  la  grande  bruyère  de  Keerbergen.  Suivant 
-un  acte  du  7  octobre  1709,  passé  devant  le  notaire 


—    173    — 

Pierre  Hullet,  à  Malines,  ce  moulin  fut  acquis  en 
vente  publique,  moyennant  quatre  mille  deux  cent 
florins,  plus  trois  cent  quatre-vingt-dix-neuf  flo- 
rins pour  les  surenchères,  par  Norbert  Smekens 
au  nom  de  la  veuve  Persoons.  Le  fils  de  celle-ci, 
Corneille  Persoons,  en  fut  investi  pour  sa  mère 
le  11  janvier  1710  (M.  21,  p.  41). 

Marie  de-Gortter1  avait  épousé  successivement 
Antoine  Marcelis  et  Corneille  Persoons,  qui  était 

1  Un  Jean  Persoens  figure  comme  inan  van  wapen  dans  un  acte 
du  12  octbr.  1416  (K.  &  S.).  Heer  Henric  Persoons,  probablement  un 
ecclésiastique,  à  Reeth,  fut  investi,  le  22  mars  1472,  d'une  rente  sur 
les  biens  dé  Jean  van  Berchelaer,  frère  de  Gilles  (C.  17837).  Un 
Pierre  Persoons,  releva,  le  15  janvier  1531,  une  rente  pour  sa  femme 
Elisabeth  Adriaens  et  les  autres  enfants  de  ses  beaux-parents, 
Ambroise  Adriaens  et  Jeanne  van  den  Lare  (B.  353,  p.  54).  A.  van 
den  Eijnde,  dans  son  Tableau  chronol.  des  êcoutètes  etc.  de  Malines, 
rapporte  qu'un  Adam  de  Gortere  fut  échevin  de  Malines,  en  1398, 
eh  1405  et  plus  tard,  et  qu'il  y  fonda,  par  testament  du  14  novem- 
bre 1411,  l'hôpital  des  SS.  Pierre  et  Paul.  D'après  le  même  auteur, 
il  aurait  été  receveur  de  Malines,  en  1406  et  aurait  porté  :  d'argent 
à  trois  chevrons  de  gueules,  brisé  en  chef  d'un  lambel  de  sable. 
Sur  un  sceau  de  cet  Adam,  nous  avons,  en  effet,  vu  un  écu  à  trois 
chevrons  et  au  lambel,  en  chef,  brochant;  cimier:  une  tête  et  col 
d'aigle;  supports  :  deux  aigles  (P.,  carton  IV). 

On  rencontre  aussi  Sompeke,  dit  de  Gortter,  ou  de  Gortter,  dit 
Sompeke.  Parmi  les  8  quartiers  sur  le  tombeau,  au  couvent  des 
Pauvres-Claires  à  Malines,  de  Marguerite  Scoff,  femme  de  Guillaume 
de  Clerc  chevalier,  sr  de  Bouvekercke,  etc.,  écoutète  de  Malines, 
morte  le  23  août  1598,  on  voyait  l'écu  Sombeck  alias  Geurttere,  aux 
trois  chevrons. 

Le  tombeau  de  l'aumônier  François  de  Gortter,  f  le  7  avril  1729 
et  enterré  à  saint  Rombaud,  à  Malines,  porte  d'autres  armes  :  un 
chevron  accompagnée  de  trois  annelets  ;  cimier  :  un  oiseau  issant 
et  essorant.  Les  de  Gortter  avaient  des  biens  à  Putte.  Il  y  existait 
une  seigneurie,  dite  «  's  Gortters  »  (voyez  J.  Th.  de  Raadt,  Les 
seigneuries  du  pays  de  Malines;  Putte,  Schrieck  et  Grootloo  et  leurs 
seigneurs. 


-     174    - 

décédé  le  1.6  mai  1702,  et  enterré  au  couvent  des 
Récollets,  à  Malines. 

Le  12  juin  1716,  elle  transporta,  moj^ennant  la 
somme  de  dix-neuf  florins,  à  son  fils  Corneille  et 
à  sa  femme,  Pétronille  de  Gortter,  les  seigneuries 
de  Keerbergen,  Cruys,  Bollo,  Rosendael  et  le  mou- 
lin de  Keerbergen  (lequel  elle  déclare  avoir  acheté 
de  Madame  Sancta  de  Lopez,  héritière  de  la  comtesse 
de  Berlo).  Les  époux  en  firent  le  relief  le  même  jour 
et  constituèrent  aussitôt  à  maître  Jacques  Gérard 
Knijff  ancien  bourgmestre  et  actuellement  échevin 
de  la  ville  d'Anvers,  et  à  sa  femme,  Marie  Agnès 
Verbist,  une  rente  à  6  '/«  %  (sept  cent  cinquante 
florins),  pour  une  somme  de  douze  mille  florins  que 
ceux-ci  leur  avaient  avancée.  Cette  rente  paraît 
avoir  subsisté  jusqu'à  l'abolition  du  système  féodal 
(M.  23,  f°  25  «). 

De  son  premier  mariage,  Marie  de  Gortter  eut 
une  fille,  Anne  Marcel is,  femme  de  George  de 
Croes,  lequel  avait  relevé,  le  2  mai  1710,  la  terre 
et  manoir  de  Vijversteijn,  sous  Bonheijden,  pro- 
priété qu'il  avait  achetée  de  la  succession  de  mes- 
sire  Charles  François  d'Ittre  de  Caestre  (M.  21, 
p.  12).  Ce  de  Croes  eut  des  revers  pécuniaires.  Le 


1  Le  19  août  1724,  par  suite  de  la  mort  de  Marie  Agnès  Verbist, 
son  mari,  créé  chevalier  sur  ces  entrefaites,  et  ses  enfants  furent 
investis  de  cette  rente;  -messire  Jacques  Gérard  Xavier  Knijff  fut 
constitué  homme-mortuaire. 

Après  le  décès  de  celui-ci,  Jean  Corneille  Persoons  releva  la  rente 
pour  les  héritiers  (M.  27,  p.  256).  Le  chevalier  Jacques  Gérard  K., 
devenu,  vers  la  fin  de  sa  vie,  prêtre  et  chanoine  de  la  cathédrale 
d'Anvers,  la  transporta,  le  7  mai  1768,  aux  «  conventuaelen  van  de 
Spaensche  Theresen  op  dén  Rogier,  »  à  Anvers  (M.  31,  p.  220). 


—    175    — 

11  janvier  1724,  il  prit  un  arrangement  avec  ces 
créanciers,  devant  le  notaire  Slabbeek,  à  Malines. 
Michel  du  Trieu,  le  principal  créancier  reprit 
Vijversteijn,  en  amortissement  des  quinze  mille 
sept  cent  quarante-huit  florins  treize  sols  que  de 
Croes  lui  devait.  Après  la  réalisation  de  ses  meubles 
et  immeubles,  celui-ci  versa  aux  autres  créanciers 
40  °/0  des  sommes  dues,  en  s'engageant  au  paiement 
du  restant,  tôt  oetere  fortune  ghecomen  sijnde.  De 
concert  avec  sa  femme,  il  renonça,  en  outre,  en 
faveur  de  la  masse,  à  la  succession  de  sa  belle- 
mère,  Marie  de  Gortter.  Du  Trieu  fit  le  relief  de 
Vijversteijn  le  14  février  1728,  et,  le  29  mai  sui- 
vant, l'accord  précité  de  1724  fut  enregistré  à  la 
cour  féodale  de  Malines  (M.  25,  p.  519  et  565). 


Corneille  Persoons  laissa  un  fils  Jean. Corneille, 
qui,  le  29  juillet  1752,  releva  la  seigneurie  de 
Keerbergen  et  le  moulin  à  vent  de  cette  commune 
(M.  29,  p.  199);  il  devint  également  seigneur  de 
Cruijs,  Bollo  et  Rosendael.  Il  possédait  à  Malines 
la  brasserie  de  Wereld.  Il  naquit  dans  cette  ville 
et  y  fut  baptisé,  dans  l'église  de  Notre-Dame,  le 
3  juillet  1704.  Il  eut  deux  femmes  :  1°  Anne  Barbe 
van  Kiel,  née  le  4  juillet  1707, .f  le  16  juillet  1757, 
fille  de  Corneille  et  d'Anne  Claire  David  (fille  de 
Jean  et  de  Claire  Scheppers),  et  petite-fille  de 
Pierre  et  de  Catherine  van  Thielen;  2°  Marie 
Gertrude  Dekens,  morte  sans  postérité. 

De  sa  première  femme,  il  eut  trois  enfants  : 
1°  Joseph  Corneille  et  2°  Jean,  nés  à  Malines, 


—    176    — 

et  y  baptisés  à  Notre-Dame,  le  19  novembre  1740, 
respectivement  le  13  janvier  1742,  et  qui  mou- 
rurent en  bas  âge;  3°  Marie  Anne  Françoise,  bap- 
tisée, dans  la  même  église  le  4  mai  1744. 

Le  13  janvier  1764,  maître  Jean  Baptiste  Schep- 
pers,  fit,  en  qualité  de  tuteur  de  Marie  Anne 
Françoise  Persoons,  le  relief  de  la  seigneurie  de 
Keerbergen  et  du  moulin  à  vent  et  opéra  le  trans- 
fert, à  charge  de  sa  pupille,  de  la  rente  de  750  flo- 
rins appartenant  à  la  famille  Knijff  (M.  31,  p.  49). 

L'année  suivante,  le  11  février,  la  jeune  dame 
de  Keerbergen  épousa,  en  l'église  Saint-Rombaud 
de  sa  ville  natale,  Egide  Joseph  Antoine  de  Jongh, 
seigneur  de  Daelput,  licencié  en  droit  et  avocat 
au  grand  conseil  de  Malines,  né  à  Malines,  le  6  et 
y  baptisé,  en  l'église  Saint-Pierre,  le  30  juillet  1737. 
Il  était  fils  de  Jacques  Robert  François  Joseph, 
né  le  3  mai  1703,  f  le  9  février  1763,  seigneur  de 
Daelput,  licencié  en  droit  et  greffier  de  la  cour 
féodale  de  Malines,  et  d'Anne  Marguerite  Estricx 
(mariés  à  Saint-Pierre,  à  Malines,  le  9  février  1735), 
fille  d'Egide  et  de  Marguerite  de  Gortter  ;  et  petit- 
fils  de  Robert  Théodore  Junius,  alias  de  Jongh1, 


1  Dans  un  acte  du  21  août  1601,  il  est  cité  comme  :  Robertus 
Tkeodorus  Junius  alias  de  Jonge  (B.  378,  p.  42).  Il  était  fils  de 
Pierre  de  Jongh  ou  Junius,  né  à  Gouda,  le  16  juin  1621,  seigneur 
de  Thielen  (près  de  Turnhout),  licencié  en  médecine  ;f  à  Louvain, 
le  2  décembre  1686,  et  y  enterré  en  l'église  Sainte-Gertrude),  et  de 
sa  première  femme  Marie  Baltus  (mariés,  à  Louvain,  église  Saint- 
Pierre,  en  1652)  ;  fille  de  Robert,  avocat,  et  de  Marie  van  de  Werve. 
En  secondes  noces,  ledit  Pierre  avait  épousé  Marie  van  Berckel 


—    177    — 

licencié  en  droit  et  avocat  de  Malines,  seigneur  de 
Thielen  (qu'il  vendit),  et  de  Pétronille  van  Kiel, 
veuve  de  Jean  Eggericx. 

Le  registre  N°  51  de  la  cour  féodale  de  Malines 
porte,  à  la  première  page,  cette  inscription  : 

«  Anno  Domini  1753  opus  hoc  a  veteri  feudorum 
codice  renovatum,  atque  in  duos  tomos  digestum 
fuit  sub  auspiciis  Péril.  D.  D.  Joannis  Francisci 
Danielis  Josephi  Cuijpers,  J.  U.  L.,  Top.  de  Rijme- 

nara  '  etc.  etc locum  tenentis...  nec  non  D. 

Jacobi  Roberti  de  Jongh,  J.  U.  L.,  Top.  de  Dael- 
put,  huius  curiae  Graphiarii.  » 

Outre  les  armes  du  lieutenant  Cuijpers,  autour 
desquelles  se  trouvent  groupées  celles  des  familles 
van  der  Duijnen,  van  den  Nieuwenhuijsen,  van 
der  Hofstadt  et  Hamers,  on  voit,  au  bas  de  la 
page,  les  armes  de  Jongh  :  d'azur  à  deux  croix 
d'or,  posées  en  sautoir,  accompagnées,  en  pointe, 
d'une  tête  de  taureau  d'argent,  accornée  du  second, 
posée  de  face  ;  cimier  :  deux  plumes  d'autruche 
d'azur  ;  devise  :  Cruce  et  labore. 

Le  31  mars  1787,  maître  de  Munck,  secrétaire' 
de  Eijmenam  et  notaire,  releva  Keerbergen  avec 
son  moulin,  en  vertu  d'une  procuration,  du  29,  de 
messire  Egide  Joseph  Antoine  de  Jongh,  seigneur 


(voyez  Ann.  de  l'Acad.  d'Archéol.  de  Belg.  II,  p.  431  ;  Hellin, 
manuscr.  in-f°,  C.  G  ,  et  N°  1437,  ibidem).  Le  contrat  de  mariage  des 
époux  de  Jongh-Baltus  avait  été  passé  le  14  décembre  1652,  devant 
le  notaire  Gilles  van  der  Elst.  Le  17  septembre  1655,  maître  Petrus 
Junius  alias  de  Jonghe,  baccalaureorum  medicinae  decanus  et  fiscus, 
releva  pour  sa  femme  M.  Baltus,  par  suite  de  la  mort  de  sa  belle- 
mère,  une  partie  de  la  dîme  de  Thielen  (B.  375,  p.  189). 

1  Voyez  notre  notice  précitée  sur  la  seigneurie  de  Rijmenam. 


—    178    — 

de  Daelput  etc.  (il  avait  reçu  des  lettres-patentes 
de  noblesse,  datées  du  26  septembre  1777),  agissant 
en  qualité  de  père  et  tuteur  de  ses  deux  fils,  pro- 
créés avec  Marie  Anne  Françoise  Persoons.  Celle-ci 
était  morte  de  10  du  même  mois.  Messire  Jean 
Baptiste  Antoine  de  Jongh,  l'aîné  des  deux  frères, 
âgé  d'environ  22  ans,  fut  inscrit  comme  homme- 
mortuaire  (M.  36,  p.  28).  Après  la  mort  de  de  Munck, 
Pierre  Walravens,  notaire  et  huissier  du  grand 
conseil  de  Malines,  fut  nommé  homme-servant  à  la 
place  de  celui-ci,  le  11  août  1792. 


Messire  Jean  Baptiste  Antoine  de  Jongh,  naquit 
à  Malines  et  y  fut  baptisé,  à  l'église  de  Notre-Dame, 
de  Hanswijk,  le  29  décembre  1765.  Il  épousa,  à 
Bruxelles ,  à  l'église  ,  Sainte-Gudule ,  le  8  floréal 
an  X  (le  28  avril  1802),  Victoire  Louise  Helman, 
née  en  1776,  décédée  le  20  janvier  1857,  fille  de 
François  Aurèle  Guidon,  comte  Helman  de  Ter- 
Meeren,  greffier  du  conseil  de  Brabant,  grand- 
bailli  d'Alost,  et  de  Louise  Caroline  Cruiripipen 
(fille  de  Jean  Henri,  conseiller  et  secrétaire  du 
conseil  d'État  et  du  conseil  de  guerre),  et  petite- 
fille  de  Philippe  Joseph  Hubert  Helman,  baron  de 
Ter-Meeren,  seigneur  du  comté  de  Cantecrode,  et 
de  Marie  Christine  van  Overstraeten,  dame  de 
Weldene  et  de  ten  Berghe. 

Nous  ne  connaissons  à  ces  époux  qu'une  fille  : 
Louise  Marie,  née,  à  Bruxelles,  le  8  septembre  1803. 

Jean  Baptiste  Antoine  de  Jongh,  fut  le  dernier 
seigneur  de  Keerbergen.  Il  mourut  à  Rumpst  le 
11  juillet  1826. 


—     179    — 

Son  frère,  Corneille  Jacques,  baptisé,  à  Malines, 
à  l'église  de  Notre-Dame  de  Hanswijk,  le  11  sep- 
tembre 1767,  devint  bourgmestre  de  Rumpst  et 
épousa,  à  Bruxelles,  le  28  juillet  1820,  Marguerite 
Catherine  Roelants, de  Wijnegem,  veuve  de  Charles 
Joseph  Josse,  née  à  Seraing,  le  9  septembre  1772. 
Il  gît  à  Rumpst. 

J.  Th.  de  Raadt. 
(A  suivre.) 


—    180    — 


LA    REPRESSION 

DU 

VAGABONDAGE    EN    FLANDRE 

AU    XVIe  SIÈCLE1. 


Au  XVIe  siècle  le  vagabondage  avait  pris  en 
Flandre  des  proportions  inquiétantes. 

Les  moyens  de  répression  ne  se  firent  pas 
attendre  et  furent  autrement  radicaux  que  ceux 
que  l'on  emploie  de  nos  jours. 

Les  dépôts  de  mendicité  et  les  colonies  agricoles 
n'étaient  d'ailleurs  pas  encore  connus. 

Plusieurs  ordonnances  royales  contenant  «  ar- 
ticles touchant  la  prinse  et  punition  des  Blîtres, 
Ribaux  et  vagabons  »  et  aussi  sur  les  «  Blîtres, 
paillars,  oyseus,  et  vagabons,  »  furent  publiées. 

L'ordonnance  du  cinquième  jour  de  novembre 
1501  accorde  à  tous  ceux  qu'on  appelle  «  Ribaux, 
coquins  ou  Truands  »  un  délai  de  huit  jours  pour 
quitter  le  territoire  du  comté,  sous  peine  d'être 

«  Placards  de  Flandre,  Livre  lr  (p.  1  à  36)  Edit.  de  1639. 


—    181    — 

«  pilorisez  l'espace  de  quatre  heures  et  après  batus 
«  et  fustiguez,  et  bannis  à  tousiours.  » 

Cette  ordonnance  resta,  paraît-il,  à  l'état  de 
lettre  morte,  ou  peu  s'en  faut. 

Le  vingt-deuxième  jour  de  septembre  1506 
parut  une  nouvelle  ordonnance  édictant  des  peines 
plus  sévères. 

Elle  constate  que  le  nombre  de  ceux  qui  se  livrent 
à  «  la  Bliterie  et  à  la  Truandise  »  était  devenu 
tellement  considérable  que  «  les  censiers  et  labou- 
reurs »  ne  pouvaient  plus  trouver  assez  de  bras 
pour  faire  «  leurs  labeurs  et  recueillir  les  fruits  de 
la  terre.  » 

En  conséquence,  elle  défend,  sous  peine  d'une 
amende  de  dix  livres  parisis,  aux  taverniers,  caba- 
retiers  ou  «  hospitaliers  »  d'héberger  les  «  truans, 
truandes,  blitres  ou  blî tresses  »,  ou  de  leur  bailler 
à  boire  et  à  manger. 

Les  officiers  de  justice,  eux,  qui  ne  se  souciaient 
guère  de  saisir  ces  pauvres  hères,  dont  ils  ne 
pouvaient  tirer  aucun  profit,  sont  menacés,  par 
l'ordonnance  de  1506,  d'une  amende  de  vingt  livres 
parisis,  pour  chaque  vagabond  qu'ils  auront  laissé 
échapper. 

La  peine  de  la  fustigation,  déjà  édictée  par  l'or- 
donnance précédente,  à  charge  des  «  blîtres  et 
truands  »  est  maintenue. 

Mais,  pour  éviter  que  dans  les  petites  villes  et 
au  plat  pays,  on  laissât  ces  «  coquins  »  impunis 
faute  de  bourreau,  les  officiers  et  juges  sont  auto- 
risés à  faire  battre  et  fustiger  les  truans  ou 
truandes  par  l'un  «  d'iceux  truans.  » 


—     182    - 

Le  mal  ne  s'améliora  point,  au  contraire.  Un 
placard  de  l'Empereur  du  premier  jour  de  Juillet 
1510,  édicta  de  nouvelles  mesures  contre  le  vaga- 
bondage qui  ne  faisait  que  croître  et  se  développer. 

La  profession  (?)  offrait,  semble- t-il,  de  bien 
grands  attraits,  car  «  chascun  jour  plusieurs  com- 
«  paignons  de  mestier  (considérant  la  vie  des  dicts 
«  Blîtres,  Truands  et  vagabonds)  se  mettent  à  la 
«  dicte  Bliterye,  habandonnant  et  delaissans  leur 
«  dict  Mestier.  » 

Après  avoir  confirmé  les  dispositions  publiées 
en  1506,  le  placard  ordonne,  que  «  d'oresnavant 
«  les  dits  Blîtres,  Truans  et  coquins  que  seront 
«  bannis  et  corrigez  auront  leurs  cheveulx  couppez 
«  jusques  pardessus  leurs  aureilles  :  seront  publi- 
«  quement  appelez  par  nom  et  surnoms  et  le  lieu 
«  et  la  place  dont  ils  sont  natif,  etc.  » 

Un  nouveau  placard  de  1515  constate  encore  la 
négligence  des  officiers  de  justice  et  élève  l'amende 
à  leur  appliquer  «  pour  chaque,  blître  ou  truant 
qu'ils  ne  corrigeront  »  à  «  huict  Philippus  d'or.  » 

En  1527,  on  rappela  de  nouveau  les  dispositions 
anciennes;  en  outre,  la  peine  de  la  hart  fut 
*  rendue  applicable  aux  vagabonds  qui  auraient  fait 
quelque  menace  contre  «  le  pauvre  peuple.  » 

Le  vagabondage  se  transformait  peu  à  peu  en  bri- 
gandage et  les  «  blîtres  et  paillards  » ,  se  réunissant 
en  bandes,  allaient  jusqu'à  contraindre  «les  bonnes 
gens  de  village  à  leur  bailler  entretenement.  » 

Bien  plus  :  ils  faisaient  des  «  pilleries,  soulles 
et  excès,  menaçant  de  brusler  les  maisons,  etc.  » 

Quant  aux  officiers  de  justice  chargés   de  la 


•      —    183    — 

répression,  non  seulement  ils  n'appréhendaient  ni 
ne  punissaient  les  «  blîtres  »  et  vagabonds,  mais  ils 
se  refusaient,  de  plus,-  à  payer  l'amende  de  huit 
Philippus . 

Aussi  l'Édit  perpétuel  de  1540  '  ne  les  me- 
naça-t-elle  plus  d'une  simple  amende,  mais  de  la 
perte  de  leur  office  et  «  inhabilitation  »  de  jamais 
pouvoir  avoir  ou  desservir  office  quelconque...  et 
avec  ce  d'amende  arbitraire,  outre  les  dommages 
et  intérêts  à  payer  aux  appréhendeurs. 

Ce  fut  cet  édit  perpétuel  qui  interdit  à  tout 
individu  de  s'aventurer  hors  de  sa  résidence  en 
portant  «  Harquebuse,  colleuvrière  (couleuvrine) 
«  ou  autre  Baston  à  feu,  à  peine  de  confiscation 
«  des  dicts  Bastons,etdix  carolus  d'or  d'amende.  » 
Si  le  contrevenant  ne  pouvait  payer  l'amende,  il 
était  «  mis  en  prison  trois  jours,  à  pain  et  eaue 
«  et  après,  bastu  de  verges  jusques  au  sang  et 
«  pardessus  ce,  bannis  du  terroir  du  Juge  qui  en 
aura  faicte  l'appréhension.  » 

Il  y  avait,  naturellement,  exception  pour  les 
officiers  de  l'empereur  et  de  ses  vassaux,  les 
Echevins,  gens  de  loi,  les  confréries  d'arque- 
buses, etc. 

Ceux  qui  étaient  trouvés  en  état  de  vagabon- 
dage armé  se  voyaient  non  seulement  appliquer 
ces  peines,  mais,  s'ils  étaient  en  outre  convaincus 
d'avoir    «   vescu  et   mangé  sur  le  Peuple   »    ils 

1  Nous  passons  l'ordonnance  de  1530,  qui  se  borne,  à  peu  de  chose 
près,  à  rappeler  les  anciennes  dispositions  et  à  ordonner  la  repu- 
blication annuelle  de  toutes  les  ordonnances  touchant  les  Blitres 
et  vagabonds. 


—     184    — 

étaient  «  exécutez  par  le  Feu;  »  les  vagabonds 
non  armés  et  convaincus  du  même  fait  étaient 
exécutez  par  «  FEspée.  » 

Il  était  ordonné  aux  officiers  de  justice  de  faire 
usage  de  la  question  et  de  la  torture  pour  en  avoir 
la  preuve. 

Les  vagabonds  simples  pouvaient  également  se 
voir  appliquer  la  torture;  au  préalable,  ils  de- 
vaient être  déclarés  oisifs;  c'est-à-dire  n'ayant 
«  aucun  revenu,  retenu  ou  service,  et  non  exer- 
ceant  Mestiers.  » 

Chacun  pouvait  appréhender  les  vagabonds  en 
quelque  lieu  que  ce  fût  «  privilège  ou  non  pri- 
vilège. » 

Enfin,  l'Edit  renouvelait  aussi  la  défense  aux 
hôteliers,  taverniers,  ou  autres  :  «  de  quelque 
«  Estât,  qualité  ou  condition  qu'ils  soient  »  de 
«  recevoir  loyer,  soutenir,  favoriser,  ou  receler 
«  aulcuns  desdicts  delinquans,  leurs  complices  et 
«  adhérences  ;  »  il  leur  était  même  ordonné  de  les 
dénoncer  à  la  Justice,  sous  peine  «  de  Ban  et  aultre 
((  correction  arbitraire.  » 


Tout  cela  fut  insuffisant.  Le  nombre  des  fainéants 
et  des  vagabonds  ne  diminua  pas. 

Alors  on  essaya  de  la  potence.  Tous  ceux  qui 
vivaient  aux  dépens  du  paysan,  sans  payer,  furent 
pendus  en  vertu  de  l'ordonnance  de  1542. 

Ensuite,  le  mode  d'arrestation  fut  simplifié. 
Dorénavant,  on  put  blesser  les  délinquants  en  les 
arrêtant,  et  la  blessure  pouvait  même  entraîner 
la  mort,  sans  que  «  Tarrestant  »  pût  être  inquiété. 


—    185    — 

Au  «  son  de  cloche  »  un  chacun  était  requis  de 
prêter  main  forte  aux  officiers  de  justice  pour 
l'arrestation  des  bandes  de  vagabonds. 

Enfin,  en  1556  ',  parut  le  Placard  le  plus  com- 
plet, et  aussi  le  plus  draconien,  sur  la  matière. 

Ce  placard  conçu  en  vingt  articles,  commence 
par  confirmer  la  plupart  des  dispositions  anté- 
rieures. 

Il  ordonne  ensuite  que  ceux  qui  menaceraient 
seulement  l'habitant  d'incendie,  soit  formellement, 
soit  à  mots  couverts,  seraient  eux-mêmes  punis 
par  le  feu. 

Les  fainéants,  même  ceux  ne  s'adonnant  pas  à 
la  mendicité,  devaient  être  saisis,  mis  à  la  torture, 
ou  punis  arbitrairement  pour  l'exemple  des 
autres  (!)  {ter  exemple  van  allen  andren).  S'ils 
•  étaient  étrangers,  ils  devaient  être  bannis  à  per- 
pétuité. 

Les  mendiants  étrangers  au  pays  devaient  le 
quitter  dans  la  huitaine,  à  peine  de  la  corde  ou 
du  bûcher. 

Enfin,  aucun  mendiant  ne  pouvait  aller  par  le 
pays  sous  prétexte  de  chercher  de  l'ouvrage;  il 
était  condamné  à  rester  au  lieu  de  son  domicile, 
ainsi  que  les  impotents,  les  lépreux,  et  ceux  qui 
étaient  incapables  de  gagner  leur  vie. 

Il  faut  croire  que  l'on  obtint  enfin  quelque 
résultat,  car  le  placard  de  1556  fut  le  dernier 
publié  sur  cet  objet,  au  XVIe  siècle. 

Ach.  Gallet-Miry. 

1  Ici  encore  nous  omettons  un  placard  :  celui  de  1554  qui  ne  fit 
que  confirmer  les  dispositions  déjà  prises  antérieurement, 

13 


—    186    — 


QUELQUES     NOTES 


SUR 


L'ANCIEN  CALENDRIER   FLAMAND 


Jusqu'au  XIVe  siècle  on  n'avait  fait  usage  que 
de  la  langue  latine  dans  les  Chartres  et  autres 
actes  officiels.  La  langue  vulgaire  se  développe 
avec  l'efflorescence  des  communes.  C'est  ainsi  que. 
nous  avons  pu  constater  les  appellations  origi- 
nales des  mois  exposées  dans  cet  article.  Il  est  à 
présumer  que  leur  origine  remonte  à  la  première 
formation  de  la  langue  flamande.  Remarquons  que 
les  noms  donnés  alors  aux  mois  correspondent  par- 
faitement à  leur  caractère  atmosphérique  ;  de 
plus  nous  présentons  une  concordance  avec  les 
mois  de  la  première  république  française,  et  cela 
à  cause  de  l'intime  ressemblance  que  nous  avons 
constatée  entre  les  noms  de  ces  derniers  et  presque 
tous  les  anciens  noms  flamands  : 

Janvier. 

LAUW-MAANt>,  employé  en  1342,  voir  Mémorieboek  der 
Stad  Gent,  publié  par  Vander  Meersch. 


—     187     — 

Louw-maand,  voir  Woordenschat,  de  L.  Meijers,  3e  deel, 
1745;  époque  du  mariage. 

Sneeuw-maand,  mois  de  neige,  correspond  au  quatrième 
mois  républicain  de  Nivôse  du  21  Décembre  au  19  Janvier; 
traduction  du  mot  Nivôse,  voir  Kramers  Dictionnaire 
Français-Hollandais,  1859. 

Février. 

Spurkelle,  employé  en  1317,  voir  de  Saint-Génois,  chartes 
des  Comtes  de  Flandre. 

Sprokkel-maand,  employé  en  1340,  Mémorieboek. 

Schrikkel-maand,  voir  Meijers,  appelé  ainsi  du  jour 
complémentaire  qui  vient  en  ce  mois,  aux  années  bisextiles. 

Horninck,  voir  Meyers,  époque  à  laquelle  les  cerfs 
perdent  leurs  cornes  également  parce  que  c'est  la  fin  des 
froids;  ce  mot  provient  de  hooren,  ophooren,  ophouden. 

Regen-maand,  l'avant-coureur  du  printemps  qui  sous 
notre  climat  commence  par  des  pluies;  correspond  au 
cinquième  mois  républicain  de  Pluviôse  du  20  janvier  au 
18  Février;  traduction  du  mot  Pluviôse,  voir  Kramers. 

Mars. 

Dorre-maand,  mois  de  dessèchement.  (Annuaires  de 
l'Académie  Flamande.) 

Lente-maand,  mois  du  commencement  du  printemps, 
d'après  Meijers,  Lentsen,  ontlossen,  ontsluiten,  «  omdat  de 
lente  den  winter  ontlast  en  den  somer  ontsluit.  »  Voir  aussi 
le  mot  maanden  Richelet  Groot  woordenboeh,  de  1764. 

Wind-maand,  mois  des  vents  activant  le  dessèchement, 
d'après  Meyers,  et  Dictionnaire  teutonique  de  Kilian, 
devrait  être  le  mois  de  Novembre,  cependant  Kramers 
traduit  ce  mot  par  ventôse,  qui  est  évidemment  le  mois  des 
vents  ;  correspond  au  sixième  mois  républicain  de  Ventôse 
du  19  Février  au  20  Mars. 


—    188 


Avril. 


Ooster-maand,  d'après  Meijers,  provient  du  vieux  saxon 
Eoster-monath,  mois  d'Eoster,  divinité  à  laquelle  on  offrait 
spécialement  des  sacrifices  pendant  ce  mois.  Charlemagne 
l'a  également  appelé  ainsi,  parce  que  c'est  principalement 
pendant  ce  mois  que  tombait  la  fête  pascale  et  depuis  lors 
les  peuples  saxons  ont  conservé  ce  nom. 

Gras-maand,  voir  Kilian,  on  sème  alors  le  fourrage. 

Spruit-maand  ,  mois  de  germination;  correspond  au 
septième  mois  républicain  de  Germinal  du  21  Mars  au 
19  Avril;  traduction  du  mot  Germinal,  voir  Kramers. 

Mai. 

Wonne-maand,  appelé  ainsi  par  Charlemagne  à  cause  de 
son  agrément.  Il  est  d'origine  saxonne,  voir  dictionnaire 
Kilian,  mentionné,  et  îvoordenschat  de  Meyer. 

Bloeij-maand,  mois  de  floraison  ;  voir  Richelet  au  mot 
maanden. 

Bloem-maand,  mois  des  fleurs;  voir  Kilian;  les  deux 
appellations  correspondent  au  huitième  mois  républicain 
de  Floréal  du  20  Avril  au  19  Mai;  traduction  du  mot 
Floréal  voir  Kramers. 

Juin. 

Bkaak-maand,  voir  Kilian,  mois  de  Jachères,  appelé 
anciennement  en  Roman  Geskerech  ou  Jiskerech  (Juin- 
Août). 

Rooze-maand,  voir  Meijers,  mois  d'éclosion  des  roses. 

Zomer-maand,  premier  mois  de  l'été,  voir  Meijers  au  mot 
Weide-maand. 

Weide-maand,  ou  Weede-maand,  employé  en  1343,  voir 
Mémorieboek,  mois  pendant  lequel  on  met  le  bétail  au 
pâturage,  voir  Meijers;  correspond  au  neuvième  mois  repu- 


—    189    — 

blicain  de  Prairial  du  20  Mai  au  18  Juin;  traduction  du 
mot  Prairial,  voir  Kramers. 

Juillet. 

Hooeij-maand,  employé  en  1344,  voir  Mémorieboeh,  c'est 
le  premier  mois  des  moissons  pendant  lequel  on  fait  les 
foins  ;  correspond  au  dixième  mois  républicain  de  Messidor 
du  19  Juin  au  18  Juillet;  pour  ce  mois  le  législateur  révo- 
lutionnaire s'est  sans  doute  souvenu  du  vieux  mot  Roman 
Fénal  ou  Fénail,  mois  de  la  fenaison.  Kramers,  traduit  Mes- 
sidor par  Oogst-maand. 

Août. 

Ougst-maand,  employé  en  1346,  voir  Mémorieboeh,  mois 
pendant  lequel  on  fait  la  récolte  des  blés. 

Bauw-maand,  annuaires  de  l'Académie  Flamande. 

Warmte-maand,  mois  des  chaleurs;  correspond  au 
onzième  mois  républicain  de  Thermidor  du  18  Août  au 
16  Septembre;  traduction  du  mot  Thermidor;  voir  Kramers. 

Septembre. 

Eyene-maand,  Annuaires  de  l'Académie  Flamande,  mois 
de  la  récolte  de  l'avoine,  en  latin  avena. 

Spelt-maand,  voir  Meijers,  mois  de  la  récolte  de  l'épaûtre. 

Gerst  -maand,  voir  Richelet  au  mot  maanden,  mois  de  la 
récolte  de  l'orge. 

Piet-maand  ou  Pett-maand,  employé  en  1348,  voir 
Mémorieboeh,  mois  pendant  lequel  on  restaure  les  aqueducs 
de  ruisseaux.  On  appelle  «  Piet  »  dans  certaines  régions  ces 
troncs  d'arbres  perforés  qui  permettent,  sous  les  chemins, 
l'écoulement  des  eaux.  Voir  Richelet  Woordenboek  au  mot 
Pit,  Pitte  ;  et  également  au  mot  Pit  den  Hollandschen  Fran- 
schen  icoordenboeh,  de  Kramers. 


—     190    — 

HERFST-MAAND,le  premier  mois  de  l'Automne,  voir  Riche- 
let  au  mot  maanden. 

Fruit-maand  ou  Vrucht-maand,  mois  de  la  cueillette 
de  la  plupart  des  fruits;  correspond  au  douzième  mois 
républicain  de  Fructidor  du  18  Août  au  16  Septembre,  qui 
était  suivi  de  5  jours  complémentaires,  que  l'on  appelait 
sans  culotides.  Traduction  du  mot  Fructidor;  voir  Kramers. 

Octobre. 

Baafmis-maand,  mois  de  Saint-Bavon,  1329,  voir  Mémorie- 
boek;  voir  plus  loin  les  dates  des  jours;  le  premier  Octobre 
est  la  fête  patronale  de  ce  saint;  ceci  ne  se  disait  sans  doute 
que  dans  les  pays  dont  il  était  l'apôtre. 

Rozel-maand,  voir  Kilian,  mois  du  labour  après  la 
moisson. 

Zaad-maand  ou  Zaai-maand,  mois  des  semailles  avant 
l'hiver,  voir  Meijers. 

Wijn-maand,  voir  au  mot  précédent  Meijers,  mois  des 
vendanges;  cette  désignation  qui  aujourd'hui  pour  le  pays 
Flamand  peut  paraître  étrange  était  alors  parfaitement 
justifiée.  Déjà  en  844  l'Abbaye  de  Saint-Pierre  lez  Gand, 
cultivait  la  vigne  sur  les  coteaux  de  la  vallée  de  l'Escaut; 
voir  Van  Lokeren  chartes  de  l'Abbaye  de  Saint-rPierre  1868, 
1er  vol.,  p.  16.  Cette  dernière  dénomination  correspond  au 
premier  mois  républicain  de  Vendémiaire  du  latin  Vinde- 
mia,  vendanges,  du  22  Septembre  au  21  Octobre.  Traduction 
du  mot  Vendémiaire;  voir  Kramers. 

Novembre. 

Loef-maand,  Annuaires  de  l'Académie  Flamande,  mois 
du  semis  des  navets  et  pendant  lequel  on  enlève  la  verdure 
destinée  au  bétail. 

Hore-maand,  mois  de  boue,  vient  de  Horo  ou  Héro,  boue 


-     191    — 

fumier,  voir  le  glossaire  Flamand  de  l'Inventaire  des  Archi- 
ves de  Bruges. 

Smeer-maand,  voir  Meijers  :  «  Om  dat  men  in  deze  maant 
lustigh  plagh  te  smeeren,  en  teeren.  »  On  nous  communique, 
que  ce  nom  pourrait  provenir  de  l'époque  des  wijk  ker- 
missen,  ou  fêtes  de  hameaux,  alors  on  pourrait  traduire 
smeeren  par  manger  et  teeren  par  digérer.  Nous  croyons 
que  l'on  enduisait  de  graisse  et  de  goudron,  les  maisons 
alors  généralement  en  bois,  pour  les  préparer  aux  in- 
tempéries de  l'hiver.  L'une  et  l'autre  interprétation  est 
plausible. 

Jacht-maand,  mois  de  la  chasse. 

Slach-maand,  mois  de  boucherie  ou  d'égorgement  du 
bétail  ;  voir  Kilian  à  ce  mot,  «  mensis  jugulatorius  :  a 
solemni  jugulatione  pecorum  et  boviun.  Sax.  Slacht-maen.  » 
Ne  serait-ce  pas  le  mois  ou  les  anciens  Germains  avaient 
l'habitude  de  faire  des  sacrifices  à  Thor;  car  ces  sacrifices 
étaient  de  vraies  boucheries. 

Nevel-maand,  mois  ou  le  ciel  est  couvert  de  brouillard, 
voir  Killian  ;  correspond  au  deuxième  mois  républicain 
de  Brumaire  du  22  Octobre  au  20  Novembre  ;  traduction 
du  mot  Brumaire,  voir  Kramers. 

Décembre. 

Kerst-maand,  Annuaires  de  l'Académie  Flamande;  mois 
de  la  Naissance  du  Christ  ou  Noël. 

Joel-maand,  Annuaires  de  l'Académie  Flamande  ;  mois 
des  divertissements. 

Winter-maand,  premier  mois  de  l'hiver,  voir  Kilian, 
parfois  il  est  pris  pour  les  mois  de  Novembre  et  de 
Janvier. 

Vorst-maand,  voirRichelet  au  mot  maandcn  ;  correspond 
au  troisième  mois  républicain  de  Frimaire  ou  mois  des 
frimas,  saison  de  brouillard  froid  et  épais  qui  se  glace  en 


-     192    - 

tombant,  saison  du  grésil  ;  le  mois  républicain  est  du  31  No- 
vembre au  20  Décembre;  traduction  voir  Frimaire  dans 
Kramers. 


Il  est  beaucoup  plus  rare  de  voir,  dans  les  Char- 
tres ou  actes  officiels,  les  jours  désignés  par  le 
quantième  du  mois,  comme  nous  en  avons  la 
coutume,  que  par  des  indications  indirectes  basées 
sur  certaines  dates  déterminées  et  connues  de  tous, 
spécialement  celle  des  fêtes  religieuses  ou  des  fêtes 
de  saints;  se  rapportant  à  ces  dates,  on  indiquait 
de  combien  de  jours  on  en  était  éloigné  dans 
l'avenir  ou  le  passé. 

Nous  donnons  ici  les  principales  de  ces  solem- 

nités. 

Janvier. 

1er  Besnijdenis  (circoncision),  Mémorieboek,  1428.  — 
6  Derthien  dach  (Ephipanie  13  jours  après  Noël),  Mémorie- 
boek, 1428.  —  25  Sente  Pauwels  bekeeringe,  dans  un  calen- 
drier de  1617,  déposé  aux  Archives  de  l'Etat  à  Gand. 

Février. 

2  Onservrouwendach  ter  Lichtmesse,  Mémorieboek,  1345. 
•  -  22  Sente  Pieters  avent,  Mémorieboek,  1349.  —  26  Tooch 
dach  (présentation)  calendrier  de  1617  précité.  —  Half 
sporkele,  mi  Février,  Mémorieboek,  1300. 

Mars. 

25  Onservrouwen  dach,  Mémorieboek,  1376.  —  Halfmeert, 
mi  mars,  1314,  Mémorieboek.  —  Goede  weke,  Mémorieboek, 
1417.  Palmzondach,  Mémorieboek,  1371.  —  Witten  donder- 
dag,  Mémorieboek,  1426;   —  goeden  vrijdage,  Mémorieboek 


—    193    — 

1426;  —  in  de  pine  wouke,  semaine  sainte,  Inventaire  des 
archives  de  la  ville  d'Ypres,  par  Diegerick,  1300.  —  Vasten 
avont,  de  Saint-Génois,  Inventaire  des  chartes  des  comtes 
de  Flandres;  —  groote  vasten  avont,  Mémorieboek,  1300  ;  — 
half  vastenen,  1452,  Mémorieboek.  —  Paesschen,  1436, 
Mémorieboek.  Pour  vasten  avond  et  groote  vasten  avond, 
il  faut  se  rappeler  qu'anciennement  on  jeûnait  pendant 
l'Avent  qui  était  moins  long  que  le  carême. 

Avril. 

Ouijsdagken  (Rogations),  calendrier  de  1617. 

Mai. 

Sinxendach,  1312,  Mémorieboek.  —  Synxenweke,  1420, 
Mémorieboek.  —  3  Heilig  cruis  vindinghe,  calendrier  de 
1617.  —  25  Heiligsakramentsdach,  instelling,  1320,  Mémo- 
rieboek, employé  depuis  1322. 

Juin. 

24  Sente  Jans  ter  geboorenesse,  1308,  Mémorieboek, 
—  29  Sente  Pieters  ende  Sente  Pauwels,  1300,  Inventaire 
d' Ypres. 

Juillet. 

2  Sente  Marie  visitatie,  calendrier  de  1617.  —  16  Heilich 
sacrament  van  Mirakele,  1369,  Mémorieboek.  —  22  Sente 
Marie-Magdalenendach,  1387,  Mémorieboek. 

Août. 

Iste  Sente  Pieter  in  de  banden  of  in  gansche  oeste,  calen- 
drier 1617.  —  Sente  Clarendach,  1413,  Mémorieboek.  — 
15  Onser  vrouwen  dach  in  halfougst,  1301,  Mémorieboek. 

Septembre. 

8  Onservrauwen  dach ,  Mémorieboek,  1436.  —  29  Sinte- 
Michiel,  Mémorieboek,  1322. 


—    194    — 

Octobre. 

1er  Sente  Baéfmisse  ou  Baefsdaghe,  de  Saint-Génois,  1310, 
Mémorieboek,  1329.  —  18  Sinte  Luucxdaghe,  1327,  Inven- 
taire d'Ypres. 

Novembre. 

1er  Alderhelegemesse,  1437,  Mémorieboek.  —  Alresinte- 
dach  de  Saint-Génois,  1352  (Toussaint).  —  2  Alderzielen- 
dach,  calendrier,  1617,jour  des  âjnes.  30  Sente  Andriesavond 
ou  dach,  1329,  Mémorieboek, 

Décembre. 

4  Sente  Barbelé  (Barbe)  1617.  —  6  Sent  Niclais  1450, 
Mémorieboek  (Nicolas).  —  22,  den  cortsten  dach,  1300, 
Saint-Génois,  très  souvent  employé.  —  Kersnaclit  1357.  — 
28  Alderkindren  dach  (jour  des  innocents),  1338,  Mémo- 
rieboek. 

Behourdich,  en  1317,  premier  jour  du  carême. 

Nieuwendach,  le  premier  en  1326. 

Den  anderen-dach,  le  deuxième,  1349. 


Pour  compléter  ce  qui  précède  nous  avons  cru 
intéressant  de  parler  ici  des  vacances  et  des  con- 
gés du  conseil  de  Flandre.  (Voir  Annales  de  l'Aca- 
démie d'Archéologique  de  Belgique,  3e  série,  tome  5, 
4e  livraison,  2e  partie,  p.  348). 

Les  séances  du  conseil  de  Flandre  étaient  à 
l'origine  au  nombre  de  deux  par  jour  d'une  durée 
d'environ  de  3  heures.  En  été  de  7  à  10  heures  du 
matin,  en  hiver  de  8  à  11,  et  le  soir  de  2  %  à 
5  heures,. 

L'ordonnance  de  1522  enjoint  au  président  de 


—    195    — 

se  trouver  au  palais  avant  ses  collègues  ;  ce  règle- 
ment fut  longtemps  en  vigueur,  il  île  contenait 
aucune  disposition  relative  aux  vacances,  elles 
étaient  irrégulières  :  de  l'avis  de  la  majorité  de 
ses  membres,  le  conseil  s'ajournait  ordinairement 
au  mois  d'août  ou  de  septembre. 

D  après  le  Calendrier  de  1617  cité  plus  haut  : 
les  grandes  vacances  commencèrent  le  29  juillet 
et  finirent  le  8  septembre  suivant.  Les  fêtes  du 
palais  pour  cette  année  furent  :  le  4  et  le  12  jan- 
vier ;  le  5,  6  et  7  février  à  cause  du  Carnaval  ;  le 
23  avril  Saint-Georges;  le  25  juillet;  le  14  sep- 
tembre ;  le  9  octobre  Saint-Denis  ;  le  2  novembre 
jour  des  âmes  ;  le  4  décembre  Sainte-Barbe  ;  le 
14  décembre  Saint-Nicaise. 

Le  18  avril  1720,  une  résolution  fut  adoptée, 
en  vertu  de  laquelle  une  réunion  extraordinaire 
serait  tenue  en  temps  de  session,  le  jeudi  à 
5  heures. 

Au  milieu  du  XVIIIe  siècle  un  édit  du  prince 
Charles  de  Lorraine  fixe  les  heures  d'audience, 
supprime  les  séances  du  soir  et  détermine  la  durée 
des  vacances  : 

«  D'après  les  instances  faites  par  le  conseil, 
pour  supprimer  les  séances  de  l'après-midi  et  la 
nouvelle  réglementation  des  vacances.  » 

«  Les  séances  du  conseil  se  tiendront  dorénavant 
depuis  8  heures  jusqu'à  midi  le  matin  et  une  demie 
heure  pour  l'aller  et  venue;  cette  séance  de  4  et 
demie  heures  aura  lieu  tous  les  jours  ouvrables  de 
l'année  y  compris  ceux  d'obligation  de  Messes,  à 
la  réserve  seulement  du  mardi  gras,  jour  des  cen- 


—    196    — 

dres,  Octave  de  la  Fête-Dieu,  et  des  lundis  qui  ne 
suivent  pas  immédiatement  quelqu'une  des  quatres 
{sic)  vacances.  Les  vacances  de  Pâques  commencent 
le  jeudi  saint  et  finissent  à  Quasimodo  ;  celles  de 
Pentecôte  jusqu'à  la  fête  de  la  Trinité  ;  celles  du 
mois  d'août  du  premier  de  ce  mois  à  sa  fin  ;  celles 
de  Noël  enfin  depuis  cette  fête  jusqu'au  lendemain 
de  la  Circoncision,  sans  qu'il  puisse  y  avoir  aucune 
vacation  plus  longue.  » 

«  Au  moyen  de  cet  arrangement  viendront  à 
cesser  toutes  les  ci-devant  fêtes  du  Palais  de 
Justice,  de  même  que  les  séances  du  conseil 
pendant  les  après-midi.  » 

Le  24  avril  1766,  pour  compenser  les  heures 
de  vacances  en  usage  ci-devant,  la  cour  y  ajoute 
le  jour  de  la  Fête  de  Saint-Ivon,  patron  des  avo- 
cats, et  les  lundis  du  mois  d'avril,  mai,  juin, 
juillet  et  de  septembre,  pour  autant  que  ces  jours 
ne  suivent  pas  la  reprise  des  travaux.  Ce  règlement 
resta  en  vigueur  jusqu'en  1789. 

Wernee,  de  Haerne. 


—     197 


Quelques  détails  historiques 


SE    RAPPORTANT 


A  LA  BATAILLE  DE  FLEURUS 

1633. 


Lorsque,  au  30  août  1622,  Ernest  Comte  de 
Mansfeld  eut  essuyé  une  défaite  sanglante  près 
de  la  métairie  de  Chessau,  à  Fleurus,  l'histoire 
nous  apprend  qu'il  se  dirigea,  avec  les  débris  de 
ses  troupes  vers  Perwez . 

Partout  des  paysans  armés  se  levèrent  sur  son 
passage,  pour  défendre,  en  même  temps  que  leurs 
biens,  l'accès  de  leur  territoire  \ 


1  A  cette  époque  d'ailleurs  toute  autorité,  dont  le  territoire  était 
menacé  d'invasion,  se  tint  sur  la  défensive.  Ainsi  le  constatons  nous 
entre  autres,  par  les  extraits  suivants,  tirés  des  comptes  du  chapitre 
noble  d'Andenne  : 

Paie  à  Jean  Elois,  le  14  d'Apvril  1621,  pour  avoir  esté  à  Namur 
porter  lettres  à  monsieur  Wittembrouch  pour  avoir  son  advis 
touchant  les  hollandais xii  sous. 

A  Jan  le  flament  pour  avoir  porté  lettres  à  Monsieur  de  Wittem- 
brouck  le  2  de  Jullet  1621 xii  sous. 

A  un  messager  apportant  lettres  de  Namur  pour  le  chapitre. 

x  sous, 


—    198     - 

Pendant  notre  séjour  à  Namur  nous  avons  ren- 
contré, dans  l'ancien  protocole  du  notaire  Berthou, 
l'acte  suivant,  daté  du  8  août  1628,  où  est  relaté 

Payé  à  Ambrose  censier  de  Andenelle  pour  avoir  cliarié  vi  cordes 
de  bois  pour  le  président  Pochet v  sous. 

A  six  soldats  de  la  compagnie  de  Monsieur  Grehi  at  esté  donné 
pourboire xxiiisous. 

Item  à  quatre  soldats  de  la  compagnie  de  Monsieur  de  Blocquerie 
passant  par  Andenne viii  sous. 

Item,  aux  soldats  du  prince  de  Barbancon  qui  furent  logé  en  la 
maison  Catherine  André •  .  xlviii  sous. 

A  la  femme  d'Or  pour  porter  lettres  à  Seilles  les  adverssant  des 
dessains  des  hollandais ii  sous. 

A  sept  souldats  passant  par  icy  venants  de  convoyé  de  Mastrecli 
avec  bonne  pasporte xxi  sous. 

Donné  à  v  soldats  de  la  compagnie  de  Monsieur  de  Blocquerie,  en 
l'an  1G23,  du  temps  qu'il  n'y  avait  point  de  mayeur  .     .     .     xv  sous. 

Donné  encore  à  six  soldats  de  la  garnison  de  Mastrech  qui  avoient 
faict  convoie  pour  sa  majesté xxx  sous. 

A  un  homme  qu'apportait  nouvelles  que  les  hollandais  avaient 
quelque  dessain  sur  Andenne iii  sous. 

Paie  à  un  messager  de  Dalen  venant  apporter  nouvelles  des  hol- 
landais sur  les  précédents xxv  sous. 

A  un  messager  envoyé  à  Burdinnes  pour  ce  subiect.     .     xii  sous. 

A  Nicolas  Goffart,  frère  du  curé  de  Heure,  homme  de  bonne  répu- 
tation", comme  il  appert  par  lettres  de  Monsieur  de  Brias,  nous 
advertissant  que  les  hollandais  à  trois  cents  chevaux,  entre  lesquels 
il  y  avait  un  sien  frère,  avoient  pour  resolution  de  venir  à  Andenne 
dedans  trois  iours  par  la  profonde  voie  proche  la  maison  de  Gorlier, 
et  qu'ils  entreraient  par  la  fause  porte  de  Saint-Pierre,  laquelle 
gaignée,  ils  eussent  entré  en  l'église  par  l'herbier  ;  et  lui  at  esté  paie 
oultre  ses  dépens viii  fi.  iiii  sous. 

Le  xiiie  d'Aoust  1622  paie  à  Dor  pour  aller  à  Waignée  afin  de 
scavoir  nouvelles  des  Manfeld vi  sous. 

Le  lendemain  monsieur  de  Brus  at  envoyé  messager  exprès  nous 
advertissant  qu'il  voulait  venir  en  Condros,  paie     .'    .     .     xii  sous. 

Madame  a  envoyé  D'or  avec  le  dit  messager  pour  scavoir  s'il 
approchoit  et  l'ayant  fait  attendre  afin  de  scavoir  quel  chemin 
il  prennoit xi  sous. 

Paie  à  la  femme  D'or  qu'avoit  esté  à  Hermal  exprès  pour  scavoir 
nouvelles  des  hollandais  qui  avaient  passé  à  ,     .     .    x  sous. 


—     199     — 

une  épisode  qui  se  rattache  à  cette  page  historique  : 

«  Je  sousigné  notaire  apostollicque  et  impérial  admis  par 
le  conseil  provincial  à  Namur,  certifie  avoir  esté  le  jour 

Paie  à  Dor  pour  aller  à  Namur viii  sous. 

Au  mesme  que  dessus  pour  aller  à  Thisnes  et  à  Burdinnes  le 
xix  août  1622 xii  SOus. 

Le  xx  d'Aoust  donné  au  laquai  de  Monsieur  de  Brias  qu'apportait 
nouvelles  de  , x  SOUs. 

Payé  à  ung  messager  envoyé  par  Monsieur  le  Drossart  de  Dalem 
nous  advertissant  que  les  Hollandais  marchaient,  affin  d'estre  sur 
nostre  garde.     . xxxi  sous. 

A  plusieurs  messagiers  ayant  esté  tant  à  Namur,  Thisnes,  Bur- 
dinnes  qu'ailleurs  pour  scavoir  nouvelles  de  Manfelt.     iv  fl.  xv  sous. 

Exposita  faict  par  madame  Agnès  de  Lucquenghien,  prévoste,  en 
l'an  1622 pour  la  garde 

Donné  à  Burlen  pour  achapter  balles  et  mèches    .     .     .     .     vi  fl. 

Item  pour  avoir  faict  achapter  ung  tambour  et  racommoder  le 
vieux .     xi  fl.  viii  soins. 

Item  pour  18  livres  de  pouldres  à  xvi  sous  la  livre  et  2  livres  de 
mèches  à  3  sous  la  livre,  paie  14  fl.  14  s  monnoye  de  Liège,  porte 
monnoye  de  braibant xii  fl.  6  sous. 

Paie  pour  la  façon  de  septs  cordes  de  bois  de  chesne  à  vi  sous  la 
corde,  menées  à  diverses  fois 2  fl.  11  sous. 

Pour  le  chariage  desdites  septs  cordes  de  bois  à  xv  sous  la  corde, 

v  fl.  v  sous. 

Item  paie  pour  trois  livres  de  chandelles  à  sept  sols  demy  la 
la  livre xxii  sous. 

Donné  au  chanoine  d'Engis  soub  ung  albertus  pour  achapter 
pouldres  et  balles.     ...........     v  fl.  viii  sous. 

Item  pour  trois  livres  de  chandelles  au  pris  que  dessus,     xxii  sous. 

A  Jan  le  flament  pour  avoir  esté  à  Namur  porter  lettres  au 
président x  sous. 

Audit  Flament  pour  avoir  esté  à  Liège  quérir  une  somme  de 
pouldres  et  cent  livres  des  mèche,  paie xxx  sous. 

On  at  paie  pour  la  susdite  tonne  de  pouldres  et  cent  livres  de 
mèche  quattre  vingt  et  quattre  florins  xviii  sous  monnoye  de  Liège, 
lequel  argent  a  esté  print  hors  du  coffre  de  l'église    .     .     . 

Item  pour  mener  ladite  pouldre  à  la  nef  marchande  paie  12  sous 
liégeois  faisant  à  nostre  monnoye x  sons. 

Pour  le  paiement  de  la  nef  marchande  at  esté  paie  xvi  sous 
liégeois  faisant  ici xiii  sous, 


—    200     — 

d'hier,  conduit  par  Thomas  Bosman  et  Henri]  Hubotte 
commis  de  la  part  des  Bailly  et  Justice  de  Perwez  en 
Brabant,  en  la  maison  de  Nicolas  de  Thouars  escuier,  bailly 

Item  at  esté  payé  à  luy  pour  le  portage  de  ladite  pouldre.     ix  sous. 

Paye  à  Jan  le  bon  Jean  pour  avoir  faict  une  serrure  et  deux  clefs, 
deux  bottons  et  une  palette  à  lhuis  là  où  on  met  la  pouldre.     .     . 

xxxv  sous. 

Item  pour  trois  cordes  de  bois  menées  à  diverses  fois  pour  la 
garde  y  comprins  le  talliage iii  fi.  iii  sous. 

Le  v  de  Jullet  a  esté  paie  pour  trois  livres  de  chandelles, 

xxii  sous. 

Item  pour  la  casacque  du  tambourin  paie  pour  sept  aulnes  de  drap 
à  xxxi  sous  l'aulne xi  fl.  viii  s. 

Item  pour  soixante  aulne  de  passement  à  ung  patar  demy  l'aulne. 

iiii  il.  xi  sous. 

A  pierre  Tichon  pour  la  façon  dudit  casacque    .     .     .     xxv  sous. 

Pour  les  agrapes  dudit  casacque 1  sous. 

Item  pour  trois  aulnes  demy  de  grise  toile  pour  fourrer  ledit 
casacque,  à  vii  sous  l'aulne xxxivsous. 

Item  pour  une  aulne  demye  de  changeant  à  xiii  sous  l'aulne. 

xix  sous. 

Paie  pour  six  livres  de  chandelles  à  six  sous  la  livre,     xxxvi  sous. 

Pour  trois  aulne  de   crouge  suillich  pour   faire  la   custode  de 
lenseigne     .• xxxvi  sous. 

Donné  a  Burlen  pour  donnera  Pierre  Fossion  et  Halison,  à  bon 
compte  sur  ce  qu'ils  ont  ouvré  aux  bailles    ....     xiiii  fi.  viii  s. 

Paie  encore  audit  Halison  et  Pierre  Fossion  pour  avoir  faict  les 
barrières xiv  fi. 

A  Jean  Grégoire  pour   avoir  faict    les  fosses   pour  planter  les 
barrières xvi  sous. 

Au  serrurier  pour  avoir  faict  les  serrures  desdites  barrières. 

vii  fi.  iv  sous. 


Audit  Jan  le  bon  Jean  pour  avoir  mis  deux  platinnes  de  fer,  une 
à  la  barrière  au  prez  des  dames,  l'aultre  à  la  barrière  propre  la 
maison  Philippes  de  Grosse xx  sous. 

Le  29  août  1624  donné  à  Anthoine  Thomas  et  au  petit  Anthoine 
pour  deux  nuicts  qu'ils  ont  faict  la  garde  sur  la  thour    .     xxiv  sous. 

Item  à  Henri  Michiel  et  Lambert  Sandre  pour  auoir  faict  la 
gardes  deux  nuicts  cliascun xxiv  sous. 


—    201     — 

do  Waseiges,  où  luy  fut  fait  vision  et  lecture  de  plusieurs 
lettres  et  missives  tant  du  gouverneur  d'Emerickque  ',  que 
de  Son  Excellence  le  comte  Albert,  marquis  de  Berghe 

Payé  à  Phillippe  Cramillion  pour  avoir  ouvry  et  fermé  les  portes 
des  encloistres  tant  du  temps  qu'on  faisait  le  garde  que  des  Mansfelds. 

ii  fl.  x  sous. 

Le  xv  de  Jullet  1624  paie  au  jardinier  deux  tonnes  de  cervoise, 
données  aux  manants  quand  ils'out  passé  monstre  .     .     .     .     vii  fl. 

Le  20  mars  1624  paie  13  pots  de  cervoise  qu'on  at  beu  à  une 
allarme  qu'on  fist  par  nuict xvi  sous. 

Payé  à  Jean  le  bon  Jean  pour  avoir  racommodé  un  musquet  qui 
reculait xii  sous. 

A  Gilles  Sacré  pour  avoir  trois  fois  nettoyé  les  six  mousquets  et 

mit  une  palette,  ung  verint  et  gravé  dessus  Ste-Begge 

v  fl.  xiii  sous. 

Payé  à  Guilleaume  Sacré  pour  avoir  nettoyé  en  l'an  1623  lesdits 
musquets ..'...     xlviii  sous. 

Donner  à  l'horlogier  Piette  en  Octobre  1623  pour  avoir  démonté 
et  racommodé  l'horloge iii  fl. 

Donner  en  l'an  1624  à  33  soldats  pour  rafrechir,  ayant  bon  passe- 
port      xviii  sous. 

Paye  au  petit  Antoine,  le  30  may  1624,  pour  avoir  esté  a  Bruzelles 
pensant  trouver  Mr  de  Groesbech,  pour  solliciter  le  congé  d'obtenir 
sauvegarde  de  Hollande iii  fl. 

Au  mois  de  may  1624  paie  à  Lambert  Sandre  pour  avoir  logé 
trois  soldats  Italiens -:....     xxv  sous. 

Envoyer  le  7  de  fer  1625  ung  saulmont  à  Monsieur  de  Witembruch, 
affind'estre  exempte  des  soldats,  lequel  coûtait  .     .     .     .     .     iii  fl. 

Paie  à  un  messagier  envoyer  le  xvie  de  décembre  1624  pour 
Monsieur  de  Wittembruch  affm  que  nous  eussions  à  estre  sur  nos 
garde x  sous. 

A  un  messagier  envoyé  le  29  janvier  1625  par  ledit  monsieur  de 
Wittembruch  nous  advertissant  que  l'armée  s'assembloit  [a  Bouge. 

vi  sous. 

Le  15  de  mars  1625  donné  à  dix  soldats  pour  rafrechir,  le  chanoine 
Boyettemane  avoir  leu  leurs  passeporte xxx  sous  *. 

1  Otton  de  Gendt,  seigneur  de  Diede,  connu  notamment  par  la 
prise  de  Wezel  (1629). 

*  Comptes  rendus  par  la  Doyenne  du  Chapitre  noble  d'Andenne,  des 
années  1621-23,  aux  Archives  de  l'État,  à  Namur, 

14 


—     202     — 

baron  dudit  Perwez  '  et  entre  autres  trois  duclit  gouverneur 
signées  Robert  Van  Gisfen,  la  première  dattée  du  xiiiie  may, 
la  seconde  du  viiie  juin  et  la  iiiedu  xix°  juillet  en  ce  présent 
an  xvie  vint  huit.  Après  laquelle  lecture  ledit  sieur  Thouars 
at  ouvertement  confessé/  et  de  fait  la  chose  est  toute  congnue 
et  manifeste  à  un  chacun/  que  c'estoit  luy  qui  conduisoit 
les  paysans  del  son  office  lorsque  le  vint  neufiesme  août 
xvic  vint  deux,  par  ordre  du  gouverneur  de  cette  ville  de 
Namur,  il  fut  rencontré  sur  la  haute  chaussée  au  lieu  dit 
la  double  croix  proche  Perwez,  des  troubles2  de  l'armée 
du  comte  de  Mansfeld,  immédiatement  après  la  bataille  de 
Chessaux  lez  Flerus.  Auquel  lieu  de  la  double  croix  la  plus 
grande  partie  desdits  paysans,  furent  d'abord  tuez,  et  la 
reste/  qui  s'étaient  retiré  deans  une  grande  prairie  reclose 
de  vuifve  haies/  prise  à  mercy  et  prisonière  et  peu  après 
relaxée  au  moien  de  chascun  trois  escus  d'or  qu'ils  pro- 
mettaient payer  pour  ranchons,  levans  az  cette  fin  les  dois 
en  forme  de  serment,  et  pourquoy  ledit  Thouars  aussy  pri- 
sonier  se  rendoit  plege  et  hostagere  pour  eulx.  Se  fait, 
aiant  icelluy  suivit  l'armée  deux  nuites,  saurait  finallement 
laissé  dévaller  de  son  cheval  et  se  sauver  au  travers  de 
l'armée  faisant  minne  de  rechercher  son  cheval,  et  aiant 
au  surplus  icelluy  Thouars,  bien  expressément  dénié  d'avoir 
supprimé  le  nom  de  Henry  Guillaume  de  Williquet  bailly 
de  Perwez,  comme  n'aiant  cognoissance  d'icelluy,  moins 
se  reclame  des  Seigneurs  de  Berghe  ses  maîtres,  mais  bien 
qu'estant  en  croupe  du  cheval  dudit  s1'  Giffen  et  recogneu 
dudit  conte  Mansfelt  et  se  mit  en  cognoissance  d'icelluy  de 
ce  qu'il  avoit  esté  maistre  d'hostel  du  conte  de  Berlaymont, 

1  Nous  ne  possédons  aucun  renseignement  sur  cet  Albert,  marquia 
de  Berghe,  qui  ne  figure  pas  que  nous  sachions  dans  les  notes 
généalogiques  publiées  sur  la  famille  de  Glymes  à  laquelle  ledit 
Albert  paraît  appartenir. 

2  Lisez  :  troupes. 


—     203     - 

gouverneur  de  Luxembourg  '  où  ledit  conte  Mansfelt  estoit 
bien  cogneu  et  fréquentait  le  plus  souvent  en  la  maison 
d'icelluy  conte.  Ayant  aussy  ledit  Thouars  confessé  (comme 
la  vérité  est)  qu'il  est  flamen  naturel  et  que  au  jour  dudit 
rencontre,  il  avoit  un  beuffe  parmenté  d'or,  le  pourpoin  de 
beuftin  broudé  de  cantille  et  les  hautes  chausses  rouges 
semblablement  pasmentée  et  telz  que  ledit  gouverneur 
d'Emerickque  veut  abusivement  depintre.  Ledit  bailly  de 
Perwez  attestant  en  outre,  que  aians  lesdis  deux  commis 
de  Perwez  fait  tous  devoirs  d'induire  ledit  Thouars  à  faire 
en  sorte  que  lesdis  paysans  relaxer  pryassent  auditt  gou- 
verneur d'Emerickque  les  cinc  cens  escus  d'or  par  luy 
prétenduz,  il  l'at  entièrement  refusez,  disant  ny  estre  nul- 
lement obligé  et  en  estre  quitte  par  l'eschappatoir  qu'il  ait 
fait  des  mains  de  ses  ennemis.  En  tesmoing  de  quoy  aie 
signé  cette  audit  Namur  le  ve  aoust  1 628. 

Protocole  du  Notaire  Berthou,  liasse  n°  116,  aux 
Archives  de  l'État  à  Namur. 

Nous  eussions  voulu  compléter  le  récit  des  faits 
se  rapportant  à  la  triste  aventure  guerrière  du 
bailli  Nicolas  de  Thouars  et  en  éclaircir  divers 
passages  obscurs,  mais  nos  recherches  à  ce  sujet 
n'ont  point  abouti.  Toutefois  nous  avons  recueilli 
quelques  renseignements  utiles  touchant  Nicolas 
de  Thouars  Tun  des  personnages  marquants  de  la 
pièce  qui  nous  occupe.  Ainsi  trouvons  nous,  sous 


1  Florent  Comte  de  Berlaymont  d'abord  chanoine  tréfoncier  de 
la  cathédrale  Saint-Lambert  à  Liège,  embrassa  ensuite  la  carrière 
des  armes.  En  1576  il  se  rallia,  avec  les  autres  membres  de  sa 
famille,  au  parti  des  Etats-généraux,  pour  s'unir  à  Don  Juan,  lorsque 
ce  dernier  prit  le  gouvernement  général  du  pays  après  avoir  publié 
VEdit  perpétuel. 


—     204    — 

la  date  du  24  mars  1626,  une  condamnation  volon- 
taire *  par  laquelle  Nicolas  de  Thouars  s'engage 
à  solder,  endéans  les  quatre  mois,  une  somme  de 
150  florins  pour  location  d'une  maison  tenue 
naguère  par  feu  Jean  de  Thouars,  son  frère,  en 
son  vivant  capitaine  au  service  des  Archiducs 
Albert  et  Isabelle.  Cette  somme  était  due  à  Messire 
Guillaume  de  Patin,  seigneur  de  Linsmeau,  qui, 
à  défaut  de  payement,  avait  actionné  Nicolas  de 
Thouars  devant  le  souverain  bailliage  de  Namur. 
Condamné  de  plus  aux  frais  de  l'action  judiciaire 
il  fut  taxé  de  ce  chef,  le  1  août  1626,  à  «  24  florins 
xi  s.  vi*  d.  de  40  gros,  monnaie  de  flandre,  la 
livre.  » 

Si  de  ce  qui  précède  on  peut  conclure  que  Nicolas 
de  Thouars  était  dur  à  la  détente,  peut-être  fau- 
drait-il arguer  de  la  sentence,  résumée  ci-après, 
que  ses  procédés  provoquaient  j>arfois  de  grandes 
colères  chez  ceux  qui  traitaient  affaire  avec  lui.. 
Toujours  voyons  nous  le  conseil  provincial  rendre, 
le  17  juillet  1627  2,  un  jugement,  concluant  à 
50  florins  d'amende,  contre  son  beau-frère  Phi- 
lippe d'Avin,  écuyer,  seigneur  de  Burdinne,  pour 
l'avoir  frappé  au  visage  «  d'un  soufflet  à  sang 
«  coulant  et  le  renversé  dudit  coup  par  terre.  » 
Le  jugement  ne  mentionne  pas  la  cause  de  ces 
actes  de  violence  mais  il  est  permis  de  supposer 
qu'une  question   d'intérêts   communs  soulevée  à 


1  Registre  n°  327,  Sentences  du  souverain  bailliage,  aux  archives 
de  l'État,  à  Namur. 
s  Registre  précité. 


—    205     — 

propos  de  l'héritage  de  Jean  de  Thouars,  cité  plus 
haut,  n'y  fut  pas  étrangère. 

Abandonnons  forcément  le  bailli  Nicolas  de 
Thouars  pour  faire  connaître  un  autre  document 
ayant  encore  rapport  à  la  bataille  de  Fleurus 
(1622)  et  dont  la  teneur  suit  : 

A  Messeigneurs  du  Conseil  de  Namur, 

Remonstre  humblement  Jean  Baptiste  de  Mynetz,  escuyr, 
bailly  de  Viesville,  qu'estans  certains  juifs  eschappez  des 
troupes  de  Mansfeld,  et  tombez  es  mains  de  quelques 
soldats  de  l'armée  de  Gonsalve  qui  les  vouloient  saccager, 
comme  les  recognoissans  pour  ennemis,  ils  furent  rescourus 
et  sauvez  par  Gérard  Morteauwe,  Jean  WallerancÇ  Josse  N., 
Thomas  Perpette,  Jean  et  Nicolas  Queban,  frères,  François 
Renotte  et  Michel  Obelet  tous  mannans  de  Fleurus.  Les- 
quelz  ne  sachans  comme  ilz  se  debvoient  gouverner  allen- 
droict  desdis  juifs,  ilz  s'addressèrent  audit  rencontrant,  le 
priant  de  les  vouloir  secourir  de  son  conseil  et  que  pour  ce 
regarcf,  ilz  luy  promectoient  part  égalle  à  chascun  d'eulx 
de  tout  ce  qu'ilz  auroient  desditz  juifs  pour  leur  avoir 
sauvé  la  vie,  comme  dit  est,  laquelle  promesse  fut  par  eulx 
faicte  au  commencement  de  septembre  dernier.  Et  voyant 
que  ceste  affaire  trainoit  à  la  longue  et  qu'il  y  couroit 
des  grands  frais,  n'ayants  aulcuns  moyens  d'y  satitfaire 
les  susdits  Nicolas  et  Jean  Queban,  Michel  Obelet,  Thomas 
Perpète  et  François  Renotte  auroient  convenu  et  accordé 
*avec  ledit  remontrant  qu'en  les  deschargeant  de  toutes 
fâcheries,  poursuytte  et  despens,  et  leur  donnant,  à  chascun 
deulx,  vingt  patagons,  ilz  cédoient  audit  remontrant  le 
surplus  qui  poroit  provenir  desditz  juifs,  ainsy  que  par 
l'accord  du  xiiiie  et  xviie  d'octobre  dernier,  signé  de  leur 
mains  et  par  tesmoins  y  prêsentz,  ici  joinct  peut  apparoir, 
mais  estant  ledit  affaire  par  la  conduicte  et  partie  aux  frais 


—    206    — 

duclit  remonstrant  venu  à  bon  port  et  yssue,  les  prénommez 
de  Flerus  prétendent  foustrer  ledit  remontrant  tant  de  la 
part  accordée  égallement  avec  eulx  que  du  fruict  et  effect 
du  prédit  accord  fait  le  xiiiie  d'octobre  dernier,  et  lever  au 
desceu  d'icelluy  remonstrant  tous  les  derniers  consignez 
au  pouvoir  de  Philippe  de  Ponty  seigneur  de  Fumai,  bailly 
dudit  Flerus,  cause  que  pour  à  ce  obvier,  le  remonstrant 
rethire  vers  vos  seigneuries,  suppliant  le  pourveoir  de  voz 
lettres  d'adjournement  avec  clause  d'arrest  sur  lesditz 
deniers,  attendu  que  la  plus  part  d'iceulx  icy  dénommez 
sont  insolvens  et  desnué  de  moyens.  Sy  ferez,  etc. 

(Signé)  Habdy,  1622  ». 

Quoique  d'un  moindre  intérêt  la  pièce  repro- 
duite ci-dessus,  présente  cependant  certains  points 
de  connexité  avec  la  précédente.  C'est  à  ce  titre 
que  nous  la  publions,  regrettant  de  ne  pouvoir, 
faute  de  renseignements  complémentaires,  y  ajou- 
ter des  explications  précises. 

DÉ    VAX    DE    CASTEELE, 

Conservateur  des  Archives  de  l'État,  à  Liègre. 

7  O 


1  Liasse  aux  requêtes  du  Conseil  Provincial,  année   1622,  aux 
Archives  de  l'P^tat,  à  Namur. 


—    207     - 


A     PROPOS 


DE    LA 


Restauration  du  Château  des  Comtes 


o«a*)X(î>30- 


Au  moment  où  une  Commission,  animée  d'un 
sentiment  digne  d'éloges,  s'apprête  de  commun 
accord  avec  le  Gouvernement  et  l'Administration 
communale  de  la  ville  de  Gand,  à  faire  restaurer 
l'antique  château  des  Comtes  de  Flandre,  il  n'est 
pas  sans  quelque  intérêt  de  dire  un  mot  de  l'ori- 
gine et  de  l'existence  de  deux  piliers,  surmontés 
de  statues,  placés  anciennement  à  l'entrée  de 
l'hôtel  de  nos  princes. 

La  Commission  a  décidé  de  rétablir  ou  tout  au 
moins  d'essayer  de  remettre  l'état  des  choses  tel 
qu'il  était  en  1280. 

Ces  deux  monuments,  la  statue  du  Prince-Car- 
dinal Ferdinand  Albert  et  celle  du  roi  Philippe  IV, 
ne  figureront  plus  dans  le  projet  de  restauration, 
puisque  l'année  de  leur  construction  est  de  beau- 
coup postérieure  à  cette  date. 

Devant  l'ancienne  porte  d'entrée  du  château, 
conservée  encore  de  nos  jours,  on  remarquait  des 
deux  côtés  un  petit  mur  d'appui  très  peu  élevé  et 


—    208    — 

long  d'environ  un  mètre  et  demi1.  En  1635,  le 
Prince-Cardinal  devait  faire  sa  Joyeuse  Entrée  en 
notre  bonne  ville  de  Gancl.  Les  habitants  organi- 
sèrent à  cet  effet  des  fêtes  publiques.  L'admi- 
nistration du  Vieubourg  de  son  côté  décréta 
qu'une  porte  triomphale  serait  construite  devant 
le  château  ;  mais  vu  le  manque  de  temps  (overmits 
de  corthede  van  tyde)  ce  plan  fut  abandonné.  On 
résolut  alors,  pour  faire  honneur  à  ce  haut  per- 
sonnage, de  placer  sur  les  piliers  se  trouvant  à 
l'entrée  du  château  vis-à-vis  de  celle  du  roi 2  (te 
maken  personnaigen  up  de  pilaren  vande  casteele). 
Elles  ne  furent  pas  longtemps  debout.  Les  intem- 
péries de  l'air,  la  mauvaise  qualité  de  la  pierre,  le 
défaut  de  construction  furent  autant  de  causes 
de  ruine.  En  1770,  le  collège  fut  averti  par  son 
grenier,  Bauwens,  que  ces  piliers  menaçaient  de 
s'effondrer,  Après  mûre  délibération,  il  fut  dé- 
cidé qu'avant  de  prendre  une  décision  défini- 
tive, le  greffier-rapporteur  s'informerait  si  l'entre- 
tien de  ces  piliers  était  de  la  compétence  de 
l'administration  du  Vieubourg  5.  Cette  dernière 
question  fut  tranchée  dans  la  séance  du  23  fé- 
vrier 1770.  M.  Bauwens  conclut  à  l'affirmative, 
s'appuyant  sur  la  résolution  de  1635  et  sur  les 
dépenses  faites  par  le  collège  pour  leur  construc- 
tion. A  l'appui  de  son  dire,  il  cite  deux  extraits 
des  comptes  des  années  1635,  constatant  les  paie- 
ments faits  à  cette  époque   à  Jacques   Cocx  et  à 


1  Résolutions  du  Vieubourg ,  n°  195,  f°  1. 
*  Id.,  n°  262,  f°  80. 
3  Id.,  f°  92  v°.      • 


—    209    — 

Guillaume  Veerman  pour  la  confection  et  le  place- 
ment des  deux  statues.  Il  allègue  en  outre  qu'en 
1730  ces  piliers  avaient  déjà  été  restaurés  et  que 
les  frais  occasionnés  par  ces  travaux  étaient  portés 
en  compte  à  l'administration  du  Vieubourg.  Le 
collège  persuadé  par  ces  allégations  se  décida  à 
demander  la  démolition  de  ces  monuments.  L'en- 
tretien leur  en  incombait,  nous  venons  de  le  voir; 
néanmoins  ils  ne  pouvaient  démolir  ces  statues 
sans  l'autorisation  du  prince,  puisqu'elles  étaient 
considérées  comme  vieux  monuments  (door  dien 
dat  het  syn  oude  monumenten).  Crest  pourquoi  le 
Conseil  du  Vieubourg  après  avoir  entendu  la  décla- 
ration du  maître  maçon,  Jean  Bte  Simoens,  invo- 
quant l'impossibilité  de  la  restauration,  prit  dans 
sa  séance  du  2  mars  la  décision  d'en  référer  à 
Sa  Majesté  l'Impératrice  \  Le  pensionnaire  van 
Yperseele,  et  le  greffier,  furent  chargés  de  rédiger 
la  requête  que  nous  reproduisons  ci-après  :  . 

Madame, 

Le  magistrat  de  la  châtellenie  du  Vieubourg  de  Gand  a 
l'honneur  de  représenter  à  Votre  Majesté  qu'à  l'occasion  de 
l'entrée  du  Prince  Ferdinand,  Cardinal  infant  d'Espagne 
dans  la  ville  de  Gand,  leurs  prédécesseurs  ont  fait  construire 
en  1635  deux  piliés  ou  piédestals  devant  la  grande  porte 
du  château  des  Comtes,  où  le  Conseil  de  Flandres  et  le 
Vieubourg  tiennent  leur  assemblée  sur  lesquelles  lors  ont 
été  posés  les  statues  du  Roi  Philippe  quatre  et  du  Prince 
Cardinal  susdit;  on  a  eu  soin  de  tems  à  autre  de  faire 
réparer  ces  piédestals,  qui  à  présent  menacent  journalière- 

1  Résolutions  du  Vieubourg,  n°  262,  i'°  95  v°. 


—    210    — 

ment  ruine,  sans  pouvoir  être  restaurées,  étant  de  tout 
côtés  hors  de  leur  centre,  comme  les  déclarent  les  experts 
à  ce  assumés,  ajoutants  en  oultre  que  la  chaux  et  les  pierres 
se  trouvent  presque  entièrement  consumés  et  les  statues  si 
défigurées  par  les  injures  de  l'air  et  la  mollesse  des  pierres 
dont  ils  sont  construits  qu'il  ne  leur  reste  plus  la  moindre 
ressemblance;  le  danger  éminent  de  leur  ruine  et  les  mal- 
heurs qu'elle  pourroit  causer,  a  porté  le  Conseil  en  Flandre 
à  nous  recommander  d'y  pouvoir,  or,  comme  il  n'y  a  d'autre 
moyen  qu'en  ôtant  les  piliés  avec  leurs  représentations, 
qui,  quoique  directement  construits  par  la  châtellenie  des 
remonstrants  pourroient  pas  moins  être  considérés  pour  des 
anciens  monuments  publics,  nous  avons  trouvé  convenir 
d'y  porter  le  moindre  changement  sans  la  connoissance  et 
agréation  préalable  de  votre  majesté,  àquel  effet  nous  pren- 

nons  votre  très  humble  recours  vers  elle 

afin  que  son  bon  plaisir  soit  d'agréer  que  les  remonstrants 
fassent  ôter  les  dits  piliers  et  statues  y  dressés. 
C'est  la  grâce,  etc. 

C'est  en  vain  que  nous  avons  cherché  la  réponse 
à  cette  lettre;  mais  nous  pouvons  conclure  que 
la  démolition  en  avait  été  autorisée,  vu  que  dans 
la  séance  du  6  avril,  le  collège,  après  exhibition 
de  deux  modèles  de  piliers,  faite  par  M.  Van 
Yperseele,  décide  de  charger  de  cette  affaire  le 
conseiller  de  Coninck.  Ce  dernier  s'aboucha  avec 
Simoens,  maître  maçon,  pour  la  reconstruction 
de  ces  monuments  (nopende  de  plaetse  als  de 
hooghte  te  stellen  ende  t'eynden  dies  daervan 
rapport  doen  aen  het  collegie). 

Des  statues,  on  n'en  parle  plus.  Leur  restaura- 
tion étant  impossible,  elles  auront  été  détruites. 

Robert  Schooeman. 


—    211     - 


VARIÉTÉS, 


Origine  du  marché  aux  fleurs  de  la  place  d'Armes.  — 
Un  horticulteur  gantois,  peintre  et  marchand  de 
tableaux.  —  Un  jardinier  gantois,  nommé  Antoine  Ver- 
stuyft,  se  rendit  un  dimanche  matin  du  mois  de  juin  de 
l'année  1772  au  marché  aux  Oiseaux  avec  quelques  plantes 
et  quelques  pots  de  fleurs  qu'il  exposa  en  vente. 

Verstuyft  avait  acheté  ces  fleurs  au  jardinier  de  la 
famille  Borluut.  Celui-ci  jouissait  d'une  certaine  noto- 
riété à  Gand  où  il  était  généralement  connu  sous  le  nom 
familier  de  Tieste  van  Borluufs,  c'est-à-dire  Baptiste  de 
chez  Borluut. 

Cette  première  tentative  ayant  pleinement  réussi,  Antoine 
Verstuyft,  ou  plutôt  Tontje  comme  on  l'appelait  ordinai- 
rement, revint  les  dimanches  suivants,  augmentant  chaque 
fois  l'assortissement  des  produits  horticoles  qu'il  offrait  en 
vente  aux  promeneurs  et  aux  amateurs.  Mais  au  lieu  de 
retourner  au  marché  aux  Oiseaux,  il  se  plaça  sur  le  Kouter 
où  un  simple  banc  de  pierre  lui  servit  à  étaler  sa  mar- 
chandise. 

Verstuyft  trouva  bientôt  de  nombreux  imitateurs.  Plu- 
sieurs jardiniers  de  la  ville  et  des  environs  vinrent  s'établir 
aussi,  tous  les  dimanches,  à  la  place  d'Armes,  les  uns 
exposant  leurs  fleurs  et  leurs  plantes  sur  les  bancs  ou  les 
plaçant  simplement  à  terre,  les  autres  les  étalant  sur  leurs 
charrettes  ou  sur  leurs  modestes  brouettes. 


—    212    — 

C'est  donc  de  l'année  1772  que  date  l'origine  du  marché 
aux  fleurs  qui  se  tient  le  dimanche,  pendant  la  plus  grande 
partie  de  l'année,  sur  la  place  d'Armes. 
•  Quand  on  compare  les  brillantes  expositions  de  fleurs, 
de  plantes  et  d'arbustes  qu'il  nous  est  donné,  deux  fois  par 
semaine,  d'admirer  aujourd'hui  à  la  place  d'Armes  avec  ce 
qu'étaient  les  simples  et  primitifs  étalages  d'autrefois,  on 
reste  frappé  de  l'extension  considérable  que  le  commerce 
horticole  a  pris  dans  la  ville  de  Gand.  Au  train  dont  vont 
les  choses,  la  place  d'Armes  ne  suffira  bientôt  plus  à  nos 
horticulteurs  pour  y  exposer  en  vente  les  produits,  si  riches 
et  si  variés,  de  leurs  serres  et  de  leurs  jardins. 

Un  almanach  flamand,  qui  parut  à  Gand  en  1816  sous  le 
titre  de  «  Het  verheerlyht  Vlàenderen  of  den  vlaemschen 
Hovenier,  »  publia  toute  une  série  d'éphémérides  concernant 
l'agriculture  et  l'horticulture.  Il  mentionne  l'origine  du 
marché  aux  fleurs  de  la  place  d'Armes  dans  les  termes 
suivants  : 

«  Bat  Tontje  Verstuyft  de  eerste  reys  op  den  Vogelmerkt 
«  in  Juny  stond  met  een  vente  van  zes  potjens  Balsaminen, 
«  die  Tieste  van  Borluuts  hem  verhogt  hadde,  en  eenige 
«  struykskens  kassamven  44  jaren.  » 

L'auteur  des  éphémérides  a  mis  en  note  :  Oorsprong  van 
den  zondayschen  Bloem-merht,  origine  du  marché  aux  fleurs 
des  dimanches. 

Tout  l'étalage  du  jardinier  Verstuyft  consistait  donc  en* 
six  pots  de  balsamines  et  quelques  plants  de  pâquerettes 
doubles. 

Le  portrait  de  Tone  Verstuyft,  fait  au  pastel  en  1775,  se 
trouvait  conservé  dans  une  de  nos  familles  d'horticulteurs 
gantois.  Lors  de  la  grande  exposition  quinquennale  de 
1888,  organisée  par  la  Société  royale  d'Horticulture  et  de 


—    213    — 

Botanique  de  Gand,  ce  portrait  orna  les  murs  de  la  salle 
de  Frascati  ',  où  il  faisait  pendant  au  portrait,  également 
au  pastel,  du  jardinier  Van  Cassel  un  des  trente-quatre 
fondateurs  de  cette  puissante  association. 

Verstuyft  est  représenté  en  costume  de  travail  et  appuyé 
sur  sa  bêche.  Au  bas  du  portrait  est  écrit  :  «  Aen  zynen 
«  vriend  Tone  Verstuyft  opgedraeghen  door  Nicolaes 
«  Lefeber.  —  1 775.  »  Offert  à  son  ami  Tone  Verstuyft  par 
Nicolas  Lefeber. 

.  Dans  le  Wegwyzer  de  1775  nous  trouvons  à  la  page  114, 
sous  la  rubrique  Schilders,  le  nom  de  Lefeber  qui  demeurait 
alors  près  du  pont  de  Saint-Gilles.  Nicolas  Lefeber  figura 
pour  la  première  fois  en  1 760  sur  le  registre  de  la  corpo- 
ration des  peintres,  de  Neerynghe  van  de  fynschilders, 
beelthauicers,  glaesemaeckers  ende  andere  litten  daer  onder 
sorterende. 

Un  horticulteur  gantois  du  nom  de  Willem  Lefeber 
demeurait  en  1740  dans  la  rue  du  Repentir,  près  du  couvent 
des  Chartreux,  omirent  de  Chartreusen  by  het  Ossenhooft  in 
't  Beramo,  comme  nous  l'apprend  une  annonce  de  la 
Gazette  van  Gendt  par  laquelle  il  fait  savoir  qu'il  tiendra 
une  vente  publique  d'anémones,  de  renoncules,  d'hyacinthes 
et  de  tulipes. 

Le  peintre  Nicolas  Lefeber  était,  à  n'en  pas  douter,  fils 
de  Willem  Lefeber  et  avait  comme  lui  la  passion  des  fleurs, 
qu'il  continua  de  cultiver  dans  la  maison  paternelle  de  la 
rue  du  Repentir.  Cela  est  certain  quand,  on  considère  que 
le  pont  de  Saint-Gilles  aboutit  à  la  rue  du  Repentir  et  est 
situé,  comme  celle-ci,  à  proximité  du  couvent  des  Chartreux. 

1  On  se  rappellera  qu'à  cette  exposition  on  éleva  une  construction 
qui  représentait  l'intérieur  de  l'estaminet  Frascati,  à  la  Coupure, 
où  la  société  fut  fondée  en  1808.  Dans  cette  salle  on  plaça  sur  des 
tables  un  exemplaire  de  chacune  des  plantes  qui  avaient  paru  à  la 
première  exposition,  tenue  par  la  société  au  mois  de  février  1809, 


—    214    — 

Il  s'agit  donc  dans  la  Gazette  van  Ghendt  de  1740  et  dans 
le  Wegivyzer  de  1775  d'une  seule  et  même  habitation. 

Nicolas  Lefeber,  voulant  rendre  hommage  à  son  collègue 
en  horticulture  Tontje  Verstuyft,  fit  le  portrait  au  pastel 
que  nous  avons  vu  à  l'exposition  de  ]  888  et  qui  n'est  pas 
sans  mérite. 

Dans  le  Wegwyzer  de  1783  Lefeber  figure  aussi  comme 
marchand  de  tableaux,  koopman  in  schilderyen,  demeurant 
au  Meerhem.  On  sait  que  le  nom  de  Meerhem  est  donné 
à  un  quartier  de  la  ville  qui  comprend,  entre  autres,  la  rue 
du  Repentir,  la  rue  des  Chartreux  et  le  pont  de  Saint-Gilles. 

P.  C. 


L'Arbre  de  la  liberté  a  Gand.  —  Cet  arbre  était  un 
chêne  qui  fut  planté  sur  le  marché  du  Vendredi,  le  26  no- 
vembre 1792  %  par  quelques  paysans  qui  l'avaient  trans- 
porté en  ville.  Le  bonnet  jacobin  fut  posé  au  sommet  par 
les  nommés  Pierre  Ameels  et  N.  Schits,  ferblantier.  Les 
militaires  et  la  canaille  qui  se  trouvaient  à  cette  solennité 
auguste,  dansèrent  autour  de  ce  symbole  de  la  liberté 
française  ;  on  peut  dire  que  la  joie  de  cette  fête  fut  partagée 
par  des  gens  parfaitement  égaux,  avec  cette  remarque  essen- 
tielle que,  parmi  eux,  il  n'y  avait  pas  un  seul  honnête 
homme.  Comme  on  craignit  que  certaines  gens,  surtout 
ceux  qui  avaient  quelque  chose  à  perdre  et  qui  réfléchis- 
saient sur  les  mœurs  et  les  discours  des  chefs  militaires, 


1  Le  soir  de  ce  jour,  on  pilla  la  maison  de  l'apothicaire  De  Bruicker, 
marché  aux  Herhes.  11  circulait,  ce  soir,  une  fausse  patrouille  très 
nombreuse,  composée  de  Belges  et  parmi  laquelle  se  trouvait  un 
nommé  Biscop,  fils  d'un  médecin.  Cette  patrouille  qui  ne  savait  pas 
le  mot,  et  n'avait  d'autre  but  que  le  désordre,  fut  désarmée  par  la 
patrouille  des  Français,  près  du  Vieux-Bourg. 


—    215     — 

auraient  pu  appliquer  à  cet  arbre  le  texte  de  l'Evangile  : 
omnis  arbor  qui  non  fert  fructum  bonum  excidetur  et  in 
ignem  mittetur,  on  jugea  à  propos  d'y  poster  plusieurs 
sentinelles  qui  assurèrent  plus  d'une  fois  avoir  entendu  de 
très  près  le  sifflement  de  balles  de  fusil.  Ce  furent  ces 
sifflements  et  quelques  mauvais  propos  qu'on  lâchait  dans- 
les  cabarets  qui  obligèrent  de  conserver  ces  sentinelles 
jusqu'au  21  décembre  ;  ce  jour,  le  maréchal  Ferrand  les  fit 
retirer  en  annonçant,  dans  une  proclamation,  qu'il  étoit 
vraiment  honteux  d'avoir  mis  si  longtems  des  gardes  pour 
veiller  le  saint  arbre  de  la  Liberté,  qu'il  se  flattoit  que  tout  le 
monde  lui  auroit  porté  le  plus  profond  respect,  en  auto- 
risant chacun  d'assassiner  impunément  tous  ceux  qui 
auroient  tenté  de  lui  porter  la  moindre  atteinte. 

Chevalier  J.-F.-X.  Diericx. 


La  Statue  de  Charles-Quint.  —  A  peine  entrés  dans 
la  ville  de  Gand,  les  Français  signalèrent  leur  saint  zèle 
pour  la  liberté  et  l'égalité  en  détruisant  toutes  les  armoiries 
qui  se  trouvaient  dans  les  églises  et  sur  quelques  maisons. 
La  statue  de  Charles-Quint  devait  subir  le  même  sort,  car 
l'égalité  devait  s'établir  avec  effet  rétroactif.  Cependant,  la 
populace  même,  accoutumée  de  voir  cette  statue  dont  elle 
n'avait  point  sujet  de  se  plaindre,  hésitait  à  le  faire  et 
paraissait  effrayée  d'y  porter  les  mains,  lorsque,  à  l'insti- 
gation des  héros  de  la  liberté,  les  nommés  Jean  Vande 
Vivre,  maçon,  Tuytens,  cordonnier,  De  Vos  et  Van  de 
Wandel,  tailleur,  parvinrent  à  faire  tomber  la  statue  de  la 
colonne  sur  laquelle  elle  se  trouvait.  Le  premier  pas  fait, 
la  libre  canaille  s'en  empara  et  la  traîna  par  les  carrefours 
de  la  ville,  en  l'insultant  de  la  manière  la  plus  dégoûtante. 
A  ces  horreurs   succédèrent   des    indignités    d'un   autre 


—    216    — 

genre  :  il  fallait  détruire  la  superbe  colonne  qui  servait  de 

piédestal.  Mais  comment  ébranler,  comment  renverser  ce 

colosse?  Le  génie  gordun  aidé  de  celui  des  Jacobins  français 

ne  pouvait  se  trouver  en  disette  d'expédients.  Le  fameux 

aristocrate  nommé  Vos,  charpentier,  demeurant  au  marché 

du  Vendredi,  vint  offrir  des  instruments  et  des  cordes  ;  on 

y  attela  des  chevaux,  et,  en  moins  d'une  demi-heure,  on 

parvint  à  briser  un  des  plus  beaux  monuments  de  la  Flandre. 

Les  fils  de  Claes  Vande  Vivre  s'emparèrent  du  plomb  qu'ils 

avaient  arraché  du  piédestal  et  le  vendirent  à  un  marchand 

de  cuivre  qui  demeurait  au  marché  du  Vendredi,  aen  het 

Metershais. 

Chevalier  J.-F.-X.  Diericx. 


Jacob  Hessels.  —  La  pièce  suivante  a  été  extraite  du 
registre  intitulé  :  «  Resolutiën  van  den  Hove,  1679-1737, 
fol.  155,  »  faisant  partie  des  archives  de  l'ancien  Conseil  de 
Flandre,  aux  archives  de  l'État  à  Gand.  Elle  concerne  le 
fameux  Jacob  Hessels,  membre  du  conseil  des  troubles,  plus 
tard  Conseiller  du  Roi  à  Gand,  pendu  par  les  gantois  révol- 
tés, à  Westrem  St-Denis,  le  4  octobre  1 578. 

On  sait  que  les  restes  de  cet  infortuné  furent  exhumés 
sept  ans  après  et  transportés  solennellement  en  l'église 
Saint-Michel  à  Gand,  où  on  lui  érigea  un  monument 
funèbre.  L'auteur  anonyme  de  l'Elogium  martyrium  ain- 
plissimi  nobilissimique  viri  Jacobi  Hessellii,  etc.,  raconte 
que  lors  de  l'exhumation,  le  cadavre  de  Hessels  fut  trouvé 
en  parfait  état  de  conservation;  on  considéra  la  chose 
comme  un  miracle  et  on  alla  même  jusqu'à  réclamer  plus 
tard  pour  lui  les  honneurs  de  la  béatification. 

Voici  la  pièce  que  nous  communiquons  aux  amis  de  l'his- 
toire, où  Ton  verra  qu'un  siècle  après  il  fut  réellement 


—    217    — 

encore  question  de  provoquer  pour  Hessels  l'intervention 
du  Saint-Siège  en  vue  de  sa  béatification  : 

«  Le  xxix  d'Avril  1678  le  seigneur  Jacques  Félix  Coninck, 
conseiller  de  ce  conseil,  a  déclaré  et  promis  de  donner  sa 
pinture  excellente  du  dernier  jugement  pour  estre  mise  et 
colloquée  avec  ses  armes  dans  la  chapelle  de  cette  court, 
aussy  tost  que  feu  le  conseiller  Jacques  Van  Hessele, 
exécuté  par  la  corde  pour  la  religion  seroit  béatifié  par  le 
Saint-Seige.  Faict  en  présence  des  soubsigniez  président, 
conseiller,  greniers  et  notaire  du  dict  conseil,  et  estoit 
signé  :  L.  Errembault,  L.  Triest,  P.  Stauthals,  C.  Reninghe, 
B.  Van  Overwaele,  A.  J.  Helias,  J.  de  Vriese  ende  V.  Lijnde. 

Laquelle  donation  ie  soubsigné  a  accepté  au  nom  du 
conseil.  Actum  le  jour,  mois  et  au  susdit  et  estoit  signé 

L.  Errembault. 

Hedent  den  sesden  7briR  1715  is  aen  den  onderschreven 
ter  handt  ghestelt  uyt  het  sterfhuys  van  wijlent  den  pré- 
sident Errembault  de  nevensgaende  origineele  acte  van 
gifte  mette  acceptatie  van  deselve  in  den  naeme  vanden 
hove,  dewelcke  den  onderschreven  van  syn  devoir  gheacht 
heeft  thove  te  presenteren  omme  daervan  te  disponeren  soo 
tselve  sal  believen  t'ordonneeren  ende  was  onderteeckent 

Fiscael. 

Sij  gheenregistreert  ende  het  origineel  bewaert  inde 
fiscaele  camer,  actum  6  september  1715  ende  was  onder- 
teeckent. delà  Court. 


Ordonnances  de  Louis  de  Nevers,  comte  de  Flandre, 

RELATIVES  A  LA  FABRICATION   DES    DRAPS-  On    connaît 

l'importance  que  la  fabrication  des  draps  et  le  commerce 

15 


—    218    — 

de  la  laine  ont  eue,  au  moyen-âge,  en  Belgique  et  notam- 
ment dans  quelques  villes  de  Flandre;  mais  les  conditions 
du  travail  sont  moins  connues;  les  Keures  de  nos  métiers 
contiennent  sur  ce  point  de  précieuses  indications;  en 
attendant  qu'on  les  ait  publiées,  il  ne  sera  pas  sans  intérêt 
de  faire  connaître  de  quelle  manière  le  souverain  y  inter- 
venait dans  les  moments  de  crise. 

Deux  des  ordonnances  que  nous  publions  sont  relatives 
au  prix  de  la  main-d'œuvre  des  ouvriers  foulons,  au 
XIVe  siècle,  à  Termonde  et  à  Hulst  ;  elles  accordent  toutes 
les  deux  une  augmentation  de  salaire,  mais  il  y  est  expres- 
sément stipulé  que  ce  n'était  que  jusqu'à  révocation;  on 
peut  donc  considérer  ces  mesures  comme  temporaires. 

La  draperie  fut  pendant  longtemps  l'industrie  la  plus 
considérable  de  Termonde  ;  elle  y  était,  comme  le  dit  une 
ordonnance  du  duc  de  Bourgogne,  de  l'année  1441,  la  prin- 
cipale ressource  de  la  ville  ;  mais  au  XVe  siècle  cette 
industrie  y  était  à  son  déclin,  ainsi  que  le  constate  une 
autre  ordonnance  de  1427  ;  on  y  attribue  cette  décadence, 
ainsi  que  celle  du  commerce  des  cervoises  de  Harlem,  aux 
guerres  de  Hollande  et  de  Zélande,  et  à  la  mutation  du 
cours  des  monnaies  '.  Cette  ordonnance  du  duc  avait 
pour  but  d'autoriser  la  ville  à  prendre  des  mesures  pour 
remédier  au  triste  état  de  ses  finances. 

Au  XIVe  siècle  la  draperie  avait  déjà  subi  une  crise;  le 
comte  de  Flandre  dit  dans  son  ordonnance,  qu'ayant  appris 
que  les  foulons  de  Termonde  étaient  dans  une  situation 
si  pénible  qu'ils  pouvaient  à  peine  suffire  à  leurs  besoins 
par  leur  salaire,  et  à  se  procurer  des  moyens  d'existence 
à  cause  de  la  cherté  des  vivres,  il  a  cru  nécessaire  de  fixer 
le  salaire  des  foulons  à  raison  de  9  escalins  par.  par  pièce 

1  Y.  Annales  du  Cercle  archéologique  de  Termonde,  année  1870, 
p.  219  et  234. 


—    219     — 

de  drap  qu'ils  fouleront;  mais  cette  augmentation  ne  leur 
est  accordée  que  jusqu'à  révocation,  et  sans  vouloir  retirer 
l'accord  conclu  avec  les  drapiers  et  saufs  les  privilèges  de 
ceux-ci. 

Lettre  van  den  lone  vander  volrien  van  Denremonde  : 

«  Wy  Lodewyck,  grave  van  Vlaenderen,  van  Nevers  en  van 
Rethelt,  doen  te  wetene...  om  dat  coiïien  es  t'onser  kenessen 
dat  onse  poort  van  Denremonde,  daer  wy  nieuwinghe  toe 
commen  siin  als  heere,  dat  de  goede  liede  van  der  volrien 
van  onser  voorseide  poort  so  cranken  ende  cleenen  loen 
hadde  van  den  lakenen  te  vollene,  dat  sy  hem  daerup  niet 
mochten  noch  hare  leeftocht  hebben  naer  den  dieren  tiden 
dat  nu  ziin.  Dat  wy  aensiende  de  vorseide  dinghen  ende  de 
aermoede  van  hemlieden,  hebben,  als  hère,  ute  onser  her- 
licheit  om  weldoen  ende  ute  gratien  gheordonneert  en 
gheseit,  segghen  ende  ordeneren,  dat  de  volrés  vorseid 
zullen  hebben  van  nu  voort  van  elken  stryptenlakene  te 
vollene  nçghen  scellinghe  par.  Vlaendersce  munte,  ende 
van  andren  werke  in  't  avenant,  dit  ghedurende  tôt  onsen 
wederoupene  dat  daerof  gheordeneert  zal  ziin  hiernaer, 
naer  dat  de  tyt  dan  wesen  zal.  Ende  es  te  verstane,  dat  wy 
dit  aldus  te  deser  tyt  gheordeneert  ende  gheseit  hebben 
niet  wedersegghende  den  drapeniers  van  onser  voorseide 
poort  ende  bi  den  redenen  vorseid  emmer  niet  te  breken 
wesende  de  beseghelte  ende  acort  gemaect  voor  dese  tyt 
tusschen  den  drapeniers  ende  der  volrien  vorseid,  ende 
behauden  haren  anderen  bezeghelten  ende  vriheden  die  zy 
hebben  als  verre  als  sy  sculdich  syn  te  hebbene,  ende  zy 
redenlic  zyn.  In  orconscepen  ghegheven  den  vii  dach  van 
septembre  in  't  jaer  M.CCC.LVI. 

«  Bi  min  hère  in  sirten  raed  daer  ghi  en  waert. 
«  (S.)  H.  Vliederbeke  '.  » 

1  Cartulaire  de  Louis  de  Nevers,  p,  109  v°. 


—     220    — 

L'ordonnance  du  comte  relative  aux  foulons  de  la  ville 
de  Hulst  fut  donnée  l'année  suivante  (1357);  elle  se  fonde 
également  sur  la  cherté  des  vivres  ;  elle  augmente  de  2  gros 
le  prix  de  la  main-d'œuvre  par  pièce  de  drap  teint  avec  de 
la  garance,  et  elle  le  fixe  à  1  f  >  gros  ;  pour  les  autres  draps 
l'augmentation  sera  à  l'avenant.  Il  y  est  ajouté  que  cette 
ordonnance  a  été  prise  du  consentement  de  la  Loi  de  la 
ville,  qui  avait  jugé  que  cette  mesure  serait  avantageuse 
à  l'industrie  de  la  draperie. 

«  Wy  Lodewyc...  doen  te  weten  allen  lieden,  dat  wy  ute 
specialre  gratien,  aensiende  dat  aile  dinghen  zere  verdiert 
zyn,  ten  nerenster  supplicatien  van  onsen  lieden  van  der 
volrien  van  Hulste,  hebben  gheconsenteert  ende  consen- 
teren  bi  desen  lettre,  dat  de  volres  van  Hulste  vorseid 
voortaen  heffen  ende  nemen  zullen  van  arbeitslone  van 
meederode  lakene  te  volne,  twee  groote  meer  dan  zy  ghe- 
daen  hebben  tote  nu  toe;  dats  te  wetene,  dan  zy  te  voren 
derof  nemen  xiiii  gr.  ;  dat  zy  nu  hebben  zullen  van  elken 
lakene  xvi  gr.,  ende  van  allen  andren  lakene  ende  sticwerke 
in't  avenant;  dit  ghedurende  tôt  onser  wederroupen;  ende 
de  vorseide  gratie  hebben  wy  ghedaen  den  vors.  volres 
emmer  bi  also  dat  onser  wet  van  Hulst  profitelic  dunct  om 
d'behout  van  harer  draperie. 

«  Ghegheven  te  Ghent  den  xi  dach  van  September  in't 
jaer  LVII  ».  » 

En  1356  paraît  une  nouvelle  ordonnance  du  comte  sur 
la  même  matière,  elle  avait  sans  doute  été  portée  à  la  suite 
de  revendications  injustes  de  la  part  des  drapiers  d'Ypres, 
contre  ceux  de  Roulers  ;  car  le  comte  déclare  que  cette  der- 
nière ville  n'est  pas  comprise  dans  le  rayon  de  trois  milles 

1  Curt.  de  Louis  de  Nevers,  p.  113. 


—    221     — 

autour  cTYpres  clans  lequel  la  fabrication  des  draps  était 
soumise  à  certaines  mesures  restrictives,,  notamment  pour 
la  longueur  et  la  largeur  des  pièces.  L'ordonnance  du  comte 
indique  ces  restrictions  qui  étaient  mentionnées  dans  les 
privilèges  accordés  aux  drapiers  de  cette  ville. 

Lettre  van  dien  van  Roeselare  dat  zy  niet  begrepen  ziin 
in  de  lettre  van  de  draperie  van  der  stede  van  Ypre. 

«  Lodewyc,  grave  van  Vlaenderen,  by  die  gratien  Godt 
hertoghe  van  Brabant,  grave  van  Nevers,  van  Rethel  ende 
heere  van  Machline,  allen  den  glienen  die  dese  lettren 
zullen  zien  ende  hoeren  lesene  salut.  Als  wy  by  zekeren 
zaken  hebben  •  ghegheven  ende  ghewilckeurt  onser  stede 
Ypre  in  vryheden,  dat  niemene  wonende  iof  wesende  bin 
dryen  milen  naer  onser  vorseide  stede  van  Ypre  omme- 
gaende,  zal  moglien  drapieren  eeneghe  lakene  langhere  dan 
achte  ende  dartich  allen  lanc  ende  neghen  vierendeel 
breet,  ende  eene  half  autret  ;  ende  aile  lakenen  die  zy  maken 
ende  drapieren  so  lanc  ofte  der  ondere  bin  der  vorseide 
dryen  milen  zullen  moeten  hebben  lysten  van  vier  ende 
twintich  draden  uit  xii  rieden,  einmer  twee  dumen  breet 
liggliende  in  den  vout  '  ;  ende  dat  oec  niemene  bin  den  vor- 
seide dryen  milen  ommegaende  sal  moghen  houden  staende 
reeke  langhere  noch  breedere  dan  vorseit  es;  en  wie  dat 
bevonden  ware  clat  hy  de  contrarie  dade,  zoude  verbeuren 
t'onsen  bouf  de  lakenen  ende  daertoe  vyftich  ponden  pa- 
risis  telker  waerf,  alsoet  de  vorseide  dinghen  met  andren 
poincten  staen  ghescreven  claerlick  in  de  letteren  die  wy 
onser  vorseide  stede  derof  ghegheven  hebben.  Weten  aile 
lieden  dat  onse  meeninghe  niet  es    dat  in  de  vorseide 


1  II  s'agit  sans  doute  ici  de  la  chambre  de  la  maison  qui  porto 
encore  actuellement  eu  Westflaudre  le  nom  de  volte,  et  qui  est 
placée  au  dessus  de  la  cave,  et  ailleurs  en  Flandre,  tout,  voûte. 


—    222    — 

dinghen  begrepen  zy  de  poort  van  Roesselare  noch  derin 
ghehouden,  raaer  liebben  de  vorseide  poort  van  Roesselare 
van  al  tal  utegheleyt,  staende  onghehouden  in  de  vorseide. 
dinghen,  als  by  expresse  wel  verclaert  staet  in  de  lettren  van 
der  vorseide  vryliede.  In  orsconscepe  ghegheven  te  Brugghe 
den  xviii  dacli  in  Laumaent  in't  jaer  LVI  (1356 i). 

Dans  un  moment  où  la  question  du  travail  occupe  une  si 
grande  place  dans  les  préoccupations  du  monde  industriel, 
il  n'est  peut-être  pas  sans  intérêt  de  connaître  à  quelles 
mesures  on  recourait  jadis  en  cas  de  crise.  L'intervention  du 
souverain  en  pareilles  circonstances  ne  doit  pas  nous  sur- 
prendre, car  l'industrie  des  villes,  grâces  aux  privilèges 
accordés  aux  métiers,  était  fortement  protégée.  Ce  système 
économique,  qui  était  né  des  circonstances,  devait  à  certains 
moments  amener  des  crises  industrielles;  celles-ci  ont  peut- 
être  dans  maintes  circonstances  été  la  cause  des  troubles 
qui  ont  désolé  la  Flandre,  notamment  au  XIVe  siècle,  et 
ont  fini,  la  guerre  aidant,  par  y  ruiner  l'industrie.  Celle-ci 
se  transporta  ailleurs,  grâces  à  l'émigration  et  aux  bannis- 
sements qui  ont  décimé  la  population.  L.  St. 


Observation' d'un  physicien  au  sujet  de  la  conserva- 
tion des  tableaux  sur  toile.  —  M.  le  professeur  de 
l'Université  de  Gand,  G.  vander  Mensbrugghe,  publie,  dans 
les  Bulletins  de  V Académie  royale  de  Belgique  (XXIV,  n°  2) 
une  note  sur  la  condensation  de  la  vapeur  d'eau  dans  les 
espaces  capillaires.  Dans  les  faits  qu'il  cite  comme  preuves 
de  l'influence  des  espaces  capillaires  sur  cette  condensation, 
nous  relevons  les  lignes  suivantes,  dignes  de  l'attention  de 

1  Cart.  de  Louis  de  Nevers,  p.  109. 


-     223    — 

ceux  qui  s'intéressent  à  la  conservation  des  chefs-d'œuvre 
de  la  peinture  : 

«  ...  Je  rappellerai,  dit  le  savant  professeur,  que  les  toiles 
peintes  se  détériorent  bien  plus  sur  la  face  postérieure, 
formée  par  un  tissu  offrant  mille  et  mille  espaces  capil- 
laires, que  sur  la  face  peinte  et  recouverte  d'un  vernis.  La 
théorie  indique  qu'avant  d'exposer  des  tableaux  dans  des 
musées,  dans  des  églises,  etc.,  il  faudrait  prendre  des  pré- 
cautions qu'on  néglige  généralement.  Pour  empêcher 
l'altération  très  lente,  mais  continue,  que  produit  l'humidité 
dans  le  tissu  des  toiles  peintes,  il  serait  extrêmement  utile 
de  vernir  la  face  postérieure,  préalablement  séchée,  et  de 
remplir  ainsi  tous  les  petits  espaces  de  la  matière  textile. 
Si  l'on  ne  peut  vernir  la  face  postérieure  sans  modifier  les 
teintes  du  tableau,  il  faut  au  moins  recouvrir  cette  face 
d'un  autre  tissu  rendu  imperméable.  Je  n'hésite  pas  à 
conclure  que  cette  précaution  permettrait  de  maintenir 
pendant  très  longtemps  les  toiles  peintes  en  bon  état  de 
conservation.  —  Ce  qui  confirme  complètement,  selon  moi, 
la  justesse  de  cette  conclusion,  c'est  que  parmi  les  tissus 
qui  ont  résisté  le  mieux  aux  injures  du  temps,  on  peut 
citer  les  minces  bandelettes  qui  entourent  la  tête  des 
momies  égyptiennes  embaumées,  et  qui  offrent  encore  de 
la  cohésion  après  que  les  cadavres  exposés  à  l'air  sont 
tombés  en  poussière.  Ces  bandelettes  sont  empreignées,  en 
effet,  d'une  espèce  de  résine  que  les  anciens  Égyptiens 
désignaient  sous  le  nom  de  commi...  »  D. 


Vente  de  porcelaines  en  1788.  —  «  Notte  l  d'une  partie 
de  très  fine  Porcelaine  de  Saxe  ou  de  Dresde,  qui  se  vendra 
publiquement  au  plus  offrant  le  29  décembre  1788  et  jour 

1  Copie  textuelle. 


—    224    — 

suivant  dans  la  maison  de  M.  Lixson,  estimateur,  rue 
Feronstrêe,  près  de  St-Georges  à  Liège.  On  peut  venir  voir 
les  Porcelaines,  quatre  jours  avant,  dans  la  ditte  maison.  Le 
payement  doit  se  faire  d'abord  comptant  et  l'on  suivra 
dans  la  vente  les  numéros  selon  leur  rang,  en  commençant 
par  n°  1  et  finissant  par  n°  75.  » 

N°  1  à  4.  —  4  Tasses  à  chocolat,  avec  des  chiffres,  abords 

dorés,  adjugés  à  M.  Sauvage fl.     16-10 

N»  5.  —  Une  tabattière  ovale  avec  le  portrait  d'une  Paï- 

sanne-en  dedans,  adj.  à  M.  Deprez »     12-15 

N»6.  —  Une  autre  quarrée  avec  des  païsages  en  dedans, 

adj.  à  M.  Deprez »       8-10 

N°  7.  —  Une  moyenne  jatte  à  ponche  cicelée  bleue,  adj. 

à  M.  Deprez »     I5rl0 

j^o  8.  —  Deux  figures  représentai  les  Enfans  de  Jardi- 
niers, adj.  à  M.  Sauvage     »     20-00 

N°  9.  —  Une  soupière  avec  son  couvercle  et  sa  soucoupe 

à  fleurs  en  couleurs,  bord  brun,  adj .  à  Mme  Lasseuse  .     •>     16-10 

N°  10.  —  Une  grande  tasse  à  bouillon  à  bord  doré,  adj. 
à  M.  le  comte  de  Videu »       7-00 

N°  11.  —  Une  autre  haute  avec  couvercle  idem,  adj.  à 

M.  le  chanoine  Delchef ...»       8-00 

N°  12  à  15.  —  4  Tasses  à  chocolat,  avec  des  chiffres,  à 

bord  doré,  adj.  à  M.  Sauvage »     24-00 

N°  16.  —  Une  grande  jatte  à  ponche  fleurs  en  couleur 

bord  doré,  adj.  à  M.  le  comte  de  Videu      .....      »     41-00 

N°  17.  —  Une  cuiller  à  ponche  y  accordant,  idem  bord 

doré,  adj.  à  M.  le  comte  de  Videu »       8-00 

N°  18.  —  Un  chien  bien  fine,  adj.  à  M.  Lixson  pro  Mr  de 

Loets  de  Trixhe  ' »     23-00 

N°  19.  —  Une  grande  tasse  à  bouillon  ou  à  chocolat  avec 

couvercle  à  bord  doré  dentelle,  adj.  à  M.  Leduc  apot.     »       8-10 

N°  20.  —  Une  autre  à  bord  de  guirlande  doré  avec  cou- 
vercle, adj.  à  M.  Leduc  apot »       7-00 

1  Woot  de  Trixhe. 


—    225    — 

N°  21  à  24.  —  4  Tasses  à  chocolat  à  chiffres  avec  cou- 
vercles bord  doré,  adj.  à  M.  Leduc  apot fl.    26-00 

N°  25.  —  Un  service  complet  de  table,  de  24  assiettes  à 
soupe  et  72  autres  assiettes,  14  plats  ronds  de  diffé- 
rentes grandeurs  de  n°  1  à  4,  2  grandes  et  2  petites 
terrines  avec  leurs  soucoxipes,  4  moyennes  et  4  petites 
saladier  es,  4  plats  ovals  pour  le  rôti,  2  saucières,  2  go- 
dets à  beur  avec  leurs  soucoupes,  2  coupe  beur  et 
6  salières,  le  tout,  ozier  nouveau  à  fleurs  naturels  en 
couleur  et  bord  doré,  adj.  à  M.  Boulanger,  prélocuteur     »  680-00 

N°  26.  —  Une  déjeuné  renfermé  dans  un  écrin  consistant 
en  un  plateau,  un  pot  à  thé,  un  pot  à  lait,  2  tasses, 
2  cuillers  et  un  sucrier,  avec  des  figures  pastorales  des 
plus  fines,  abord  dentelle  doré,  adj.  à  M.  Deprez     .     »   150-00 

N°27.  —Une  grande  pendule  à  répétition,  avec  Cupidon 
et  un  aigle  à  coté,  Jupiter  au  dessus  et  piédestal  de 
2  figures,  représentantes  Vulcain  et  le  Tems,  adj.  à 

M.  Sauvage •     »  230-00 

Total  de  la  première  page     .     .    fi.  1302-15 

N°  28.  —  5  groupes  de  2  figures  chacune,  avec  des  orne  - 
mens  de  dentelles,  représentantes  les  5  sens,  adj.  à 
M.  Libert fl.  230-00 

N°  29.  —  Un  service  complet  à  caffé,  consistant  en  un  pot 
à  caffé,  un  à  thé,  avec  sa  soucoupe  et  un  pot  à  lait,  un 
sucrier,  une  boite  à  thé,  un  godet,  12  tasses  à  caffé  et 
6  tasses  à  chocolat,  avec  des  peintures  fines  en  cou- 
leurs, représentans  différentes  chasses,  à  bord  doré 
dentelle,  adj.  à  M.  deLoets  de  Trixhe,  tréfoncier  .     .     »  280-00 

N°  30.  —  Un  groupe  de  3  figures  représentant  Annette  et 

Lubin, adj.  à  M.  de  Loets  de  Trixhe,  tréfoncier.     .     .     »     41-00 

N°  31. —  Une  grande  tabattière  quarrée  avec  un  pot  à 
bouquets  en  dedans,  adj.  à  M.  Deprez »       5-10 

N°  32.  —  Une  autre  petite  avec  des  fruits  en  dehors,  adj . 

à  M.  le  chanoine  Delchef »       4-00 

N°  33.  —  Une  grande  jatte  à  ponche,  cicelée  bleue,  adj. 

à  M.  le  bourgmestre  de  Chestret »     28-00 

N°  34  à  35.  —  4  Cuillers  à  thé »       1-15 

N°  36.  —  2  Figures  représentans  des  Enfants  de  jar- 
diniers, adj.  à  M.  le  comte  de  Videu     »     20-00 


-    226    — 

N°  37.  —  12  Feuilles  moyennes  de  chêne  pour  dessert,  à 

fleurs  en  couleurs,  bord  doré,  adj.  à  M.  Boulanger  .     .    fl.    15-10 

N°  38.  —  12  autres  petites  idem,  adj.  à  M.  le  bourgmestre    • 
deChestret »       7-00 

N°  39  à  44.  —  6  Tasses  à  chocolat,  avec  des  chiffres,  à 

bord  doré,  adj.  à  M.  Hotchamps  .     .     .     .     .     .     .     .     »     32-10 

N°  45  à  48.  —  4  autres  avec  couvercles  idem,  adj.  à 

Mme  Lassence »     31-00 

N°  49.  —  Une  grande  tasse  à  bouillon  ou  à  chocolat  avec 
son  couvercle,  à  bord  doré  en  forme  de  guirlande,  adj. 
à  M.  Sauvage »     11-05 

N°  50.  —  Une  autre  idem  à  bord  doré  dentelle,  adj.  à 

M.  Sauvage.     ...;... »      9-15 

N°51.  —  Une  petite  soupière  avec  son  couvercle  et  sa 
soucoupe  avec  des  feuilles  gravées  en  or  et  à  bord  doré, 
adj.  à  M.  Lenaerts »     30-10 

N°  52.  —  Une  grande  jatte  à  ponche  lisse  bleue,  adj.  à' 

M.Ae  chanoine  Delchef »     31-00 

N°  53.  —  Une  ditte  moyenne,  adj.  à  M.  Delchef  capitaine     »     15-00 

N°  54.  —  Une  grande  tasse  à  bouillon  à  bord  doré,  adj. 

à  M.  le  comte  de  Videux "       8-10 

N°  55.  —  Une  petite  soupière  avec  son  couvercle  et  sa 
soucoupe  à  fleurs  en  couleurs,  bord  brun,  adj.  à 
M.  Sauvage "     17"10 

N°  56  à  58.  —  3  Tasses  à  chocolat,  à  chiffres,  avec  cou- 
vercles à  bord  doré,  adj.  à  M.  Sauvage     ....     .     »     16-10 
Total  de  la  deuxième  page     .     .     fl.  836-05 

N°  59  à  63.  —  5  dites  sans  couvercles,  idem,  adj.  à 
M.  Destrivaux fl.    22-00 

N°  64. —2  Cuillers  à  thé,  adj.  à  M.  deChestret    ...»      2-00 

N°  65.  —  Un  complet  service  à  caffé,  mêmes  pièces  que 
sous  n°  29, avec  des  oiseaux  Indiens  en  couleurs,  à  bord 
doré,  adj.  à  M.  Duguet »  165-00 

N°  66.  — 12  Feuilles  de  chêne  moyennes  pour  dessert,  à 

fleurs  en  couleurs,  bord  doré,  adj.  à  Mme  Lassence  .     .     »     14-00 

N°  67.  —  Un  complet  service  à  caffé  renfermé  dans  un 
écrin,  mêmes  pièces  que  sous  n°  29,  avec  verd  mosaïque 
et  des  païsages  en  couleurs  peinture  fine,  à  bord  doré, 
adj.  à  M.  Deprez  . «225-00 


—    227     — 

N°68.  —  2  Figures  représentais  desenfans  de  jardiniers, 
adj.  à  M.  le  comte  de  Videu fl.    20-00 

N°  69.  —  Une  grande  jatte  à  ponche,  avec  des  fleurs  na- 
turels en  couleurs,  à  bord  doré,  adj.  à  M.  Deprez    .     .     »     42-00 

N°  70  à  75.  —  6  Tasses  à  chocolat,  avec  des  chiffres,  à 

bord  doré,  adj.  à  Mme  Kempeners    .........     30-10 

Total  de  la  troisième  page     .    ~    fl.  520-10 

Ce  que  j'atteste  J.  J.  Richard  nottaire. 

Première  page  .     .    fl.  1302-15 
Deuxième  page.     .     ».    836-05 
Troisième  page.     .     »     520-10 
~~ fl. 2659-10* 

DÉ  VAN    DE    CASTEELE. 


Rapport  sur  le  projet  de  restauration  de  la  Halle 
aux  draps  a  Gand,  présenté  au  conseil  communal  par 
M.  Wagener.  —  «  Messieurs,  à  plusieurs  reprises  déjà  il  a 
été  question,  au  sein  du  conseil,  de  la  restauration  de  notre 
Halle  aux  draps,  qui  date  de  la  première  moitié  du  15e  siècle, 
dont  la  façade  gothique  est  aujourd'hui  dans  un  état  de 
délabrement  lamentable,  et  qui,  lorsqu'elle  sera  remise  en 
état,  comptera  parmi  les  monuments  les  plus  intéressants 
de  l'architecture  civile  en  Belgique. 

«  Un  premier  crédit  de  10,000  francs  a  été  inscrit  à  cet 
effet  au  budget  de  1889.  Un  deuxième  crédit  de  même  im- 
portance figure  au  budget  de  l'année  courante.  Le  moment 
est  venu  de  mettre  la  main  à  l'œuvre:  Si  on  ne  l'a  pas  fait 
plus  tôt,  c'est  que  la  restauration  d'un  édifice  comme  la 
Halle  aux  draps,  qui  a  subi  dans  la  suite  des  temps  des 
modifications  considérables,  soulève  de  nombreuses  et  im- 
portantes questions  d'archéologie,  qui  ne  doivent  être 
résolues  qu'avec  maturité. 

1  Protocole  du  notaire  Richard  aux  archives  de  l'État  à,  Liège. 


—    228    — 

«  La  commission  locale  des  monuments  a  été  chargée  par 
le  collège  d'étudier  ces  difficiles  questions  et  je  considère 
comme  un  devoir  de  déclarer  ici  que  cette  commission  s'est 
acquittée  de  la  tâche  qui  lui  avait  été  confiée  avec  un  zèle 
et  un  talent  auxquels  il  serait  injuste  de  ne  pas  rendre 
hommage. 

«  Deux  de  ses  membres,  MM.  De  Waele  et  Van  Assche 
ont,  de  commun  accord,  en  renonçant  généreusement  à  toute 
rémunération  de  ce  chef,  élaboré  un  projet  de  restauration 
(plans  et  devis)  qui,  après  avoir  provoqué,  au  sein  de  la 
commission  locale,  une  discussion  approfondie,  a  été  soumis 
à  l'avis  de  la  commission  royale  des  monuments.  Celle-ci, 
tout  en  faisant  un  éloge  mérité  du  projet,  a  présenté  plu- 
sieurs observations,  qui  ont  donné  lieu  à  un  nouvel  examen 
et  à  de  nouvelles  discussions. 

«  Je  ne  crois  pas  devoir  entrer  dans  le  détail  de  cette 
laborieuse  instruction.  Qu'il  me  suffise  de  dire  que,  sur  deux 
points  notamment,  se  sont  produites  d'assez  notables  diver- 
gences d'opinion.    , 

«  L'escalier  extérieur  conduisant  au  perron  doit-il  être  à 
simple  ou  à  double  volée  ?  La  solution  de  cette  question 
dépendait  en  grande  partie  du  point  de  savoir  s'il  fallait 
éclairer  par  une  large  fenêtre,  donnant  sur  la  rue,  la  galerie 
voûtée  qui  longe  la  demeure  de  M.  Voituron.  Si  cette 
fenêtre  était  nécessaire,  l'escalier  à  simple  volée  s'imposait, 
et  c'est  cette  solution  qui  fut  d'abord  adoptée.  Mais  des 
recherches  ultérieures  démontrèrent  que  dans  la  construc- 
tion primitive  la  galerie  voûtée  mentionnée  ci-dessus  était 
éclairée  dans  toute  sa  longueur  par  des  fenêtres  latérales. 
Dès  lors  la  large  fenêtre  prévue  dans  la  façade  devenait 
inutile. 

«  D'un  autre  côté,  il  fut  constaté  par  des  fouilles  que 
l'escalier  conduisant  jadis  au  perron  se  composait  d'une 
double  volée.  A  la  suite  de  ces  deux  constatations,  le  doute 


—    229    — 

n'était  plus  permis,  et  le  double  escalier  fut  admis  aussi 
bien  par  la  commission  locale  que  par  la  commission  royale 
des  monuments.  C'est  cet  escalier  qui  figure  sur  le  plan 
soumis  à  votre  approbation. 

«  Une  deuxième  question  était  celle  de  savoir  si  les 
corniches  supérieures  des  tourelles  d'angle  avaient  été  sur- 
montées autrefois  d'une  balustrade  à  jour. 

«  Cette  question  fut  soulevée  d'abord  par  la  Commission 
royale  des  monuments,  dont  l'attention  s'était  portée  sur  la 
grande  saillie  de  ces  corniches. 

«  Elle  émit  l'idée  que  des  recherches  faites  sur  la  tablette 
supérieure  faciliteraient  la  solution  du  problème.  Ces  recher- 
ches eurent  lieu,  mais  n'aboutirent  à  aucun  résultat  décisif. 
On  plaça  alors  un  simulacre  de  galerie  à  jour  à  la  naissance 
des  tourelles. 

«  La  commission  locale  des  monuments  fut  d'avis  qu'il  y 
avait  lieu  d'adopter  cette  balustrade,  tout  en  réservant  la 
question  de  savoir  si  elle  serait  ornée  d'arcatures  ogivées, 
de  rosaces  ou  de  quelque  autre  décoration,  en  harmonie 
avec  le  style  de  l'édifice. 

«  C'est  avec  ces  modifications,  concernant  l'escalier  exté- 
rieur et  les. corniches  des  tourelles  d'angle,  que  le  projet 
élaboré  par  MM.  De  Waele  et  Van  Assche  fut  soumis  aux 
délibérations  de  vos  commissions  des  travaux,  des  beaux- 
arts  et  des  finances,  dans  leur  séance  du  30  avril  dernier. 

«  L'ensemble  du  projet  a  reçu  l'entière  approbation  de 
vos  commissions  réunies.  Un  seul  point  a  été  réservé,  à  la 
suite  d'un  assez  long  échange  de  vues.  C'est  celui  qui 
concerne  la  balustrade  à  placer  éventuellement  sur  les 
corniches  des  tourelles  d'angle. 

«  Un  membre  a  combattu  énergiquement  cette  balus- 
trade. 

«  En  effet,  a-t-il  dit,  quelque  légère  et  peu  élevée  qu'on 
la  fasse,  elle  détruirait  le  caractère  de  simplicité  du  monu- 


—    230    — 

ment,  et  ferait  disparaître  le  motif  de  décoration  emprunté 
aux  créneaux  et  aux  mâchicoulis  que  l'architecte  de  1424  a 
adopté.  Il  n'y  a  rien  clans  l'ornementation  de  la  façade  qui 
appelle  des  galeries  aux  tourelles.  L'architecte  a  évidem- 
ment exclu  à  dessein  la  richesse  de  décoration  en  vogue  à 
cette  époque,  comme  contraire  à  la  destination  du  monu- 
ment. Il  a  poursuivi  la  simplicité  et  l'élégance  des  lignes. 
Vouloir  imiter,  dans  la  restauration,  les  galeries  des  tou- 
relles des  hôtels  de  ville  de  Bruxelles,  de  Louvain  et 
d'Audenarde,  ce  serait,  d'après  l'honorable  membre,  com- 
mettre une  faute.  • 

«  Les  galeries  de  ces  tourelles  sont  en  rapport  avec 
l'ornementation  des  façades,  elles  reproduisent  des  motifs 
décoratifs  existant  aux  corniches,  aux  cordons  et  aux 
fenêtres.  Mais  nulle  part  on  ne  trouve  dans  la  façade  de 
notre  Halle  aux  draps  des  motifs  pouvant  servir  au  dessin 
d'une  balustrade. 

«  D'ailleurs  la  corniche  de  ces  tourelles  n'a  pas  été  faite 
pour  recevoir  une  balustrade.  Elle  n'est  pas  pleine,  comme 
le  serait  la  plate-forme  d'une  galerie  ;  elle  est  découpée  en 
forme  de  créneaux.  L'architecte  a  voulu  donner  plus  de 
légèreté  aux  tourelles,  en  découpant  de  cette  façon  la  cor- 
niche. Devant  chaque  pan  de  l'hexagone  des  tourelles,  il  a 
placé  un  petit  avant-corps  à  moulures,  laissant  entr'eux  un 
espace  vide,  comme  le  feraient  des  mâchicoulis.  On  ne 
saurait  faire  une  galerie  sans  remplir  ces  vides,  c'est-à-dire 
sans  détruire  l'œuvre  de  l'architecte. 

«  On  a  objecté  à  l'honorable  membre  que  les  corbeaux, 
destinés  à  recevoir  des  crochets,  qui  se  trouvent  aux  arrêtes 
du  toit  des  tourelles  ne  descendent  pas  jusqu'au  bas,  ce  qui- 
semble  indiquer  que  la  partie  inférieure  devait  être  cachée 
par  la  balustrade  d'une  galerie.  Il  a  été  répondu  en  sub- 
stance que  cette  circonstance  ne  saurait  infirmer  la  preuve 
contraire,  qui  résulte  des  ouvertures  de  la  corniche  et  que 
l'induction  que  l'on  fait  est  loin  d'être  certaine. 


—     231     — 

«  Une  galerie  ajourée  n'aurait  pas  caché  entièrement  le 
bas  du  toit  des  tourelles,  de  sorte  que  l'existence  d'une 
balustrade  n'eût  pas  empêché  d'y  mettre  des  crochets. 

«  En  somme,  a  dit  l'honorable  membre,  des  galeries  aux 
tourelles  alourdiraient  l'aspect  général  du  monument  et 
seraient  contraires  à  l'intention  de  l'architecte,  manifestée 
par  les  ouvertures  pratiquées  dans  les  corniches. 

«  Vos  commissions,  tout  en  applaudissant  hautement  à 
la  restauration  projetée,  se  sont  ralliées  à  l'idée  qu'il  y  avait 
lieu  de  laisser  provisoirement  ouverte  cette  question  spéciale, 
en  attendant  d'autres  éléments  d'appréciation. 

«  Je  ne  crois  pas  néanmoins  me  tromper  en  affirmant 
que  l'impression  des  membres  de  vos  commissions  réunies 
a  été  généralement  peu  favorable  à  la  galerie  projetée. 

«  Le  devis  estimatif  joint  au  dossier  prévoit  une  dépense 
totale  defr.  39,136,01. 

«  Le  Gouvernement  et  la  Province  ayant  promis  d'inter- 
venir respectivement  dans  cette  dépense  pour  9,784  fr.  (soit 
un  quart  de  la  dépense  totale)  et  6,000  fr.  la  somme  restant 
à  charge  de  la  ville  sera  de  fr.  23,352,01,  à  répartir  sur 
plusieurs  exercices. 

«  J'ai  donc  l'honneur  de  vous  proposer,  Messieurs,  au 
nom  de  vos  commissions  réunies,  d'approuver  le  plan  et  le 
devis  de  la  restauration  de  la  Halle  aux  draps,  tels  qu'ils 
vous  sont  soumis,  sauf  à  se  prononcer  ultérieurement  sur  la 
convenance  de  placer  une  balustrade  sur  les  corniches  supé- 
rieures des  tourelles  d'angle. 

«  Ainsi  arrêté  par  vos  commissions  des  travaux,  des 
beaux-arts  et  des  finances,  en  séance  du  30  avril  dernier 
(1890).  »      - 


—    232  I— 


CHRONIQUE. 


La  Bataille  de  Courtrai.  —  Dans  une  communication  à  la 
Commission  royale  d'histoire,  La  version  flamande  et  la  version 
fî'ançaise  de  la  bataille  de  Courtrai  (Bruxelles,  F.  Hayez,  1890  ; 
in-8°,  42  pp.  et  1  f.  bl.),  Mr  Henri  Pirenne,  professeur  d'histoire  du 
moyen-âge  et  d'histoire  nationale  à  l'Université  de  Gand,  étudie  les 
différentes  traditions  qui  se  sont  formées,  de  bonne  heure,  sur  la 
bataille  de  Courtrai.  Grâce  au  mémoire  de  Moke  (1851),  ainsi  qu'à 
la  publication  de  différentes  chroniques  et  des  comptes  communaux 
de  la  ville  de  Bruges,  on  connaît  enfin  exactement  la  journée  du 
11  juillet  1302,  dont  le  général  Kôhler  a  récemment  esquissé  la 
physionomie  réelle  [Die  Entwickelung  des  Kriegsicesens  und  der 
Kriegfiihrung  in  der  Ritterzeit,  t.  II,  1886),  mais  qui  avait  été  si 
longtemps  altérée  par  la  légende. . 

Dès  les  premières  années  du  XIVe  siècle,  en  effet,  on  voit  se 
former  deux  versions  nettement  distinctes  :  la  version  flamande 
(dans  les  Annales  Gandenses,  probablement  rédigées  par  un  frère 
mineur  de  Gand,  le  Spieghel  Historiael  de  Louis  van  Velthem  et 
la  continuation  de  la  Genealogia  comitum  Flandriae,  écrite  au 
monastère  de  Clairmarais),  caractérisée  par  une  tendance  à  sup- 
primer les  conditions  désavantageuses  dans  lesquelles  se  trouvaient 
les  Français  et  à  attribuer  la  victoire  uniquement  à  l'héroïsme  des 
.milices  communales,  —  et  la  version  française  (dans  les  chroniques 
de  l'orléanais  Guillaume  Guiart  et  de  Geoffroy  de  Paris,  et  dans  le 
Récit  anonyme  de  la  guerre  entre  Philippe  le  Bel  et  Guy  de  Dam- 
pierre,  publié,  en  1865,  par  De  Smet),  qui  veut  expliquer  la  défaite 
d'une  manière  honorable  pour  les  vaincus,  soit  par  la  perfidie  des 
Flamands,  soit  par  une  ruse  de  De  Coninc,  soit  encore  par  les  deux 
moyens  combinés  [Récits  d'un   bourgeois   de    Yalenciennes).  La 


—     233     — 

version  française  se  répandit  rapidement  en  Europe,  non  seulement 
en  Allemagne,  où  elle  fut  introduite  par  Ottokar  de  Styrie  dans  sa 
Steirische  Reimchronik,  et  en  Italie,  où  on  la  retrouve  dans 
Ylstoria  fiorentina  de  Villani,  mais  encore  dans  les  Pays-Bas,  où 
on  la  voit  envahir  successivement  le  comté  de  Hollande  Guillaume 
Procurator;,  le  pays  de  Liège  Hocsem,  Jean  d'Outremeuse),  le  comté 
de  Hainaut  Gilles  le  Muisisj,  et  enfin  la  Flandre  elle-même,  où  elle 
fut  adoptée,  sous  l'influence  du  parti  aristocratique,  tant  par  l'histo- 
riugraphie  latine  et  romane  (Istore  et  chroniques  de  Flandre, 
Chronique  de  Berne),  que  par  les  chroniqueurs  flamands  Jean  de 
Dixmude).  «  L'introduction  du  récit  du  bourgeois  de  Yalenciennes 
dans  la  chronique  de  Jean  de  Dixmude  consacre  le  triomphe  définitif 
de  la  version  française  en  Flandre  sur  la  version  nationale.  Celle-ci, 
désormais,  jusqu'à  notre  siècle,  restera  ignorée. L'Excellente  Gronijke 
et  Despars  reproduisent  tous  deux  le  récit  de  Jean;  Meyer  le  com- 
bine avec  les  données  de  Villani.  Depuis,  la  plupart  des  modernes 
n'ont  guère  fait  que  le  répéter.  C'est  lui  que  l'on  trouve  aujourd'hui 
encore  dans  presque  tous  les  manuels  d'histoire  nationale;  c'est  lui 
enfin  que  la  peinture  et  la  gravure  flamandes  ont  popularisé  de 
nos  jours.  » 

Celte  succincte  analyse  aura  suffisamment  montré  l'intérêt  que 
présente  l'étude  de  Mr  Pirenne  ;  ajoutons  qu'elle  est  faite  avec  cet 
esprit  critique,  cette  acribie  qui  caractérisent  les  travaux  du  sagace 
auteur  de  la  Constitution  de  la  ville  de  Binant,  et  qui  le  placent 
déjà  parmi  les  meilleurs  de  nos  jeunes  historiens  nationaux. 

Paul  Bergmans. 

Littérature  latine  et  histoire  du  moyen-age.  —  Sous  ce  titre, 
Mr  Léopold  Delisle  publie  un  recueil  de  petites  notes  historiques 
destinées  à  servir  de  modèles  aux  correspondants  du  ministère  de 
l'instruction  publique  et  des  beaux-arts  de  France,  qui  adressent  des 
communications  au  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques 
(Paris,  Ern.  Leroux,  1890;  in-8°,  2  ff.  non  cotés,  116  pp.  et  1  pi.). 
Ces  correspondants  ont  pour  mission  :  1)  de  répondre  aux  questions 
posées  dans  les  enquêtes  scientifiques  ouvertes  et  encouragées  par 
l'administration;  2)  de  fournir  des  renseignements  et  des  documents 
pour  les  publications  entreprises  aux  frais  ou  sous  les  auspices  du 
ministère  ;  3)  d'informer  le  comité  de  toutes  les  nouvelles  qui  mé- 
ritent d'être  portées  à  la  connaissance  des  historiens  et  des  archéo- 

10 


—    234    — 

logues  ;  4)  de  communiquer  les  trouvailles  et  les  observations  qui 
peuvent  servir  au  progrès  des  sciences  historiques  ou  archéologiques 
et  dont  le  caractère  n'est  pas  exclusivement  local1.  Gomme  il  est 
impossible  de  leur  donner  des  règles  suffisamment  précises  sur  la 
nature  et  le  mode  de  leurs  communications,  M1'  Léopold  Delisle, 
président  de  la  section  d'histoire  et  de  philologie,  a  réuni  une 
cinquantaine  d'exemples  variés,  où  il  montre  comment  il  convient 
de  préparer  pour  l'impression  les  documents  destinés  au  comité,  en 
en  donnant  une  copie  aussi  exacte  que  possible  et  en  les  accom- 
pagnant d'un  commentaire  sobre  mais  substantiel.  Personne  mieux 
que  lui  n'était  à  même  de  faire  ce  guide  de  l'érudit,  et  la  lecture  et 
l'étude  de  son  recueil  ne  seront  pas  moins  prolitables  aux  travailleurs 
belges  qu'à  leurs  confrères  français  pour  qui  il  a  été  écrit.  Le 
volume  offre,  d'ailleurs,  un  intérêt  historique  intrinsèque  par  la 
nature  des  pièces  qui  y  sont  publiées  et  dont  quelques-unes  inté- 
ressent notre  histoire,  telles  que  les  nos  14  (pp.  29-31  :  Éloge  de  la 
Flandre,  par  Pierre  le  Peintre,   XIIe  siècle)   et  23   (pp.   50-51  : 

Relation  de  la  bataille  de  Bowoines). 

Paul  Bergmans. 

Le  Précepteur  de  Philippe  IL  —  11  existe  en  Italie  une  coutume 
charmante  :  au  jour  des  noces,  on  offre  aux  jeunes  époux  quelques 
pages  spécialement  écrites  à  cette  occasion.  Quand  l'auteur  est  un 
savant,  c'est  une  petite  monographie  qui  éclaire  un  point  d'histoire 
ou  d'archéologie,  ou  même  un  problème  scientifique,  et  l'hommage 
personnel  devient  ainsi  un  utile  appoint  à  la  science.  Mr  Charles 
Ruelensaeu  l'heureuse  idée  de  transplanter  chez  nous  cette  habitude, 
et  il  vient  de  publier,  à  l'occasion  du  mariage  d'un  de  ses  collègues 
à  la  bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  M1'  Louis  Paris,  Une  lettre  du 
précepteur  de  Philippe  II  (Bruxelles  [imp.  P.  Weissenbruch],  1890; 
in-8°,  23  pp.  et  1  p.  bl.).  Dans  cette  missive  datée  de  Madrid,  le 
21  mars  1541,  et  dont  la  bibliothèque  royale  possède  l'original,  le 
docteur  Juan  Martinez  Siliceo,  qui  était  chargé  de  l'éducation  lit- 
téraire de  Philippe  II,  écrit  à  Charles-Quint  que  le  jeune  prince  fait 
de  grands  progrès  dans  l'étude  des  lettres  et  qu'il  lit  la  Bible  avec 


1  Ce  programme  devrait  être  adopté  par  notre  Commission  royale 
d'histoire,  qui  ne  pourrait  que  gagner  à  étendre  ainsi  sa  sphère 
d'action. 


—    235    — 

une  grande  application.  C'est  un  document  à  ajouter  à  la  corres- 
pondance de  Siliceo  déjà  publiée  par  Modesto  Lafuente,  dans  le 
tome  XII  de  son  Histnria  gênerai  de  Espana. 

Paul  Bergmans. 

Le  prix  des  tableaux.  —  A  l'hôtel  Drouot  on  a  vendu  les  tableaux 
modernes  formant  la  collection  de  M.  Ch.  Bonnemaison-Rascle.  Les 
tableaux  de  Corot  se  vendent  de  plus  en  plus  cher.  Une  petite  toile 
mesurant  41  centimètres  en  hauteur  sur  54  centimètres  en  largeur  et 
représentant  un  effet  du  matin,  sur  une  demande  de  12,000  francs,  a 
été  poussée  à  16,500  francs.  Deux  autres  études  de  Corot,  Paysage, 
effet  du  soir,  2,600  francs,  et  Étude  de  femme,  2,500  francs.  Les 
oeuvres  de  Claude  Monet  n'atteignent  pas  encore  les  enchères  élevées 
que  les  enthousiastes  des  impressionnistes  avaient  prédites  il  y  a 
quelques  années.  La  Seine  à  Yeriheuil,  effet  du  matin  et  effet  de 
neige,  qui  mesuraient  près  de  1  mètre  en  largeur,  ont  obtenu  le 
premier  1,750  francs  et  le  second  1,020  francs. 

Cette  vente  comprenait  également  seize  œuvres  par  Jongkind. 
Les  tableaux  de  ce  peintre  n'ont  plus  obtenu  les  prix  atteints  à  la 
vente  Bascle,  faite  il  y  a  quelques  années  à  l'hôtel  Drouot. 

Signalons  parmi  ceux-ci  :  Canal  en  Hollande,  clair  de  lune. 
2,150  francs;  Canal  en  Hollande,  soleil  couchant,  2,150  francs; 
Embouchure  de  la  Meuse  à  Maassluis,  2,000  francs;  Canal  à 
Amsterdam,  1,220  francs  sur  une  demande  de  2,000  francs;  Canal 
en  Hollande,  clair  de  lune,  1,900  francs  sur  une  demande  de 
2,500  francs;  Clair  de  lune  en  Hollande,  sur  une  demande  de 
4,000  francs  est  tombé  à  1,750  francs;  le  Pont  d'Arcole,  soleil 
couchant,  2,500  francs  sur  une  demande  de  3,000  francs.  Cette  vente, 
qui  comprenait  trente-neuf  tableaux,  a  produit  soixante  mille  francs 
environ. 

L' Angélus  de  Millet.  —  Voici  l'épilogue  de  l'affaire  du  tableau 

de  YAngelus.  M.  Antonin   Proust  écrit  à  M.  Hebrard,  directeur 

du  Temps  : 

Paris,  ce  16  juillet  1889. 
Mon  cher  Ami, 

Le  Temps  me  fait  demander  ce  matin  comment  la  législature  a 
pris  fin  sans  que  le  projet  déposé  par  le  gouvernement  pour  l'acqui- 
sition de  VA)igelus  soit  venu  en  discussion  ? 

La  procédure  parlementaire  n'a  pas  permis,  parait-il,  de  mettre  ce 


—    236    — 

projet  à  l'ordre  du  jour  assez  tôt  pour  que  le  Sénat  pût  le  discuter, 
s'il  y  avait  lieu. 

Le  projet  a  donc  été  retiré,  et  Y  Angélus  appartient  aujourd'hui 
à  l'Amérique. 

J'accepte  le  fait  sans  amertume,  mais  non  sans  regret  en  gardant 
la  plus  vive  gratitude  à  ceux  qui  ont  tenté  avec  moi  de  retenir  en 
France  le  chef-d'œuvre  de  Millet. 

Nous  étions  vingt-huit  'Français,  Russes  et  Danois  —  une  triple 
alliance  —  qui  nous  étions  coalisés  pour  que  V Angélus  restât 
au  Louvre. 

Nous  avons  échoué. 

Ce  sont  ces  mêmes  Américains  qui  ont  pris  récemment  l'initiative 
d'honorer  Barye  par  un  monument,  qui  vont  honorer  Millet  dans  sa 
plus  belle  œuvre,  dans  cette  œuvre  qui  n'est  pas  seulement  une 
peinture  admirable,  qui  est  encore  l'une  des  conceptions  les  plus 
élevées  de  la  pensée  française.  Ce  sont  eux  qui  vont  posséder  ce 
symbole  de  notre  vieille  Europe,  où  le  travail  est  glorifié  sous  sa 
forme  la  plus  rude,  avec  la  foi  religieuse,  et  traduite  dans  sa  ferveur 
la  plus  naïve. 

Quand  Y  Angélus  nous  a  été  adjugé  au  milieu  d'une  véritable 
explosion  de  patriotisme  —  sur  ce  point  on  n'a  rien  exagéré  —  les 
Américains  sont  venus  séance  tenante  nous  déclarer  qu'ils  s'étaient 
arrêtés  par  égard  pour  la  France  ;  mais  qu'ils  demandaient,  dans  le 
cas  où  l'État  français  ne  deviendrait  pas  propriétaire  de  Y  Angélus, 
que  la  toile  leur  fût  cédée  au  prix  d'adjudication. 

Je  leur  adresse  à  nouveau  aujourd'hui,  au  nom  de  mes  amis  et  au 
mien,  l'expression  de  mes  plus  vifs  remerciements  pour  cet  acte  de 
courtoisie,  et  je  les  avise  que  Y  Angélus  est  la  propriété  de  Y  American 
Art  association. 

Croyez,  mon  cher  ami,  à  mes  sentiments  dévoués. 

Antonin  Proust. 

Les  gravures.  —  On  a  vendu  vers  la  fin  d'avril,  à  l'hôtel  Drouot, 
une  très  importante  collection  d'estampes  de  l'école  française  du 
XVIIIe  siècle  imprimées  en  noir  et  en  couleur.  Les  trois  premières 
vacations  ont  produit  82,537  francs. 

Signalons  parmi  les  principales  enchères  :  une  épreuve  de  la  plus 
grande  rareté  de  la  Promenade  publique,  par  Debucourt,  estampe 
en  couleur  aux  initiales  D.  B.  et  la  date  1792  dans  le  bas  de  la 


—    237    - 

gravure  à  droite,  adjugée  6,300  francs.  La  même  estampe  en  noir, 
du  même  état  que  la  précédente,  ayant  une  très  grande  marge, 
seule  épreuve  en  cet  état  connue  jusqu'à  ce  jour,  vendue  5,000  francs. 
Parmi  les  autres  estampes  par  Debucourt  :  une  suite  complète  de 
52  pièces  en  couleur  reliées  en  un  volume  in-4°,  2,450  francs  ;  deux 
pièces  faisant  pendant,  la  Rose-la  Main,  1788,  épreuves  en  couleur, 
2,300  francs  ;  les  deux  baisers,  très  belles  épreuves  en  couleur, 
1,750  francs;  le  Menuet  de  la  mariée,  1786,  épreuve  de  la  plus 
grande  rareté,  ayant  toutes  lettres,  en  couleur,  1,410  francs  ;  pro- 
menade de  la  galerie  du  Palais-  Royal,  1787,  en  couleur,  1,100  francs; 
l'Escalade  ou  les  adieux  du  matin,  Heur  et  malheur  ou  la  Cruche 
cassée,  deux  pièces  faisant  pendant,  en  couleur,  1,280  francs. 

Parmi  les  autres  pièces  :  Galerie  des  modes  et  costumes  français, 
ouvrage  commencé  en  1778,  dessinés  d'après  nature  par  Leclerc, 
Desrais,  Martin,  Simonet,  Watteau  fils  et  de  Saint-Aubin,  gravés 
par  Dupin,  Voysard,  Patas,  Leroy,  Pelicier,  Bacquoy  et  Lebeau. 
Ouvrage  en  deux  parties,  auquel  il  manque  six  planches  dans  la 
première  et  cinquante-deux  dans  la  seconde,  et  dont  une  centaine  de 
pièces  sont  remontées  et  plusieurs  sont  coloriées,  recueil  très  difficile 
à  rencontrer  aussi  complet,  3,770  francs.  Le  cabinet  des  modes  et  les 
modes  nouvelles  à  Paris,  chez  Buisson,  libraire,  1785.  Ce  livre,  des 
plus  intéressant  au  point  de  vue  des  costumes,  commence  le  15  no- 
vembre 1785  et  continue  jusqu'au  20  février  1793;  il  contient  trois 
cent  cinquante-quatre  planches  de  costumes  et  est  aussi  très  rare  ; 
il  a  été  vendu  2,600  francs.  Journal  des  dames  et  des  modes,  par 
P.  de  Lamesangère,  de  l'année  1796  à  1838,  malgré  les  planches 
manquantes,  très  rare  à  rencontrer,  avec  une  suite  de  trois  mille 
cinq  cents  planches  de  costumes,  vendu  2,500  francs. 

Le  catalogue  de  cette  vente  comprenait  1935  numéros. 

Collection  d'antiquités.  —  L'Empereur  d'Allemagne,  Guil- 
laume II,  vient  d'acheter  à  M.  Ehlingensberg,  sa  précieuse  collée  tien 
d'antiquités  trouvées  dans  des  tertres  près  de  Reichenhall  et  qui 
datent  des  IVe  et  Ve  siècles  de  notre  ère.  Elles  furent  découvertes  de 
1885  à  1888  et  rangées  scientifiquement.  Cette  collection,  la  plus 
complète  en  son  genre,  sera  ajoutée  au  musée  de  Berlin. 

Beaux-Arts.  —  Le  musée  royal  de  peinture  de  Bruxelles  vient 
de  faire,  à  la  fin  d'avril,  l'acquisition  d'un  chef-d'œuvre  de  tout 
premier  ordre:  la  célèbre  toile  de  Rubens.  représentant  quatre  têtes 


-    238    — 

de  nègres,  qui  fit  jadis  partie  de  la  collection  Demidoff,  pour  passer 
ensuite  dans  différentes  galeries,  et  qui  séjourna  longtemps  à  Flo- 
rence. On  peut  affirmer  sans  crainte  que  c'est  un  des  plus  brillants 
morceaux  que  nous  ait  laissé  l'illustre  maitre  anversois. 

L'État  a  obtenu  ce  joyau,  pour  le  prix,  relativement  modique, 
de  80,000  francs.  La  toile  sera  bientôt  exposée  dans  la  galerie 
ancienne,  au  palais  des  Beaux-Arts,  rue  de  la  Régence. 

Antérieurement  à  celle-là,  le  musée  a  fait  encore  quelques  acqui- 
sitions :  une  nature  morte,  sujet  de  chasse,  de  Van  Aalst;  un 
De  Heem,  représentant  des  fruits,  des  fleurs  et  des  accessoires  ;  un 
Abraham  Mignon,  des  oiseaux  morts  et  un  coq  pendu  par  la  patte. 
Ces  trois  tableaux  provenant  de  la  collection  Du  Bus  de  Gisegnies. 

Enfin  le  gouvernement  a  acquis  ces  jours-ci,  pour  le  musée 
moderne,  un  tableau  de  M.  Hens,  exposé  au  Cei'cle  artistique  et 
représentant  une  vue  du  Congo,  et,  à  l'exposition  des  portraits  de 
maitres  du  siècle,  deux  toiles  de  von  Lembach,  le  portrait  de 
Mgr.  Strossmeyer  et  celui  du  chanoine  Dollinger. 

Lettre  de  Marie  Stuart.  —  La  plus  belle  collection  particulière 
d'autographes,  lettres  et  manuscrits  en  Angleterre  est  probablement 
celle  formée  par  M.  Alfred  Morrison,  possesseur  d'une  immense 
fortune.  La  pièce  la  plus  précieuse  de  cette  superbe  collection  est 
une  lettre  écrite  par  Marie  Stuart,  le  matin  de  son  exécution. 
L'infortunée  reine  d'Ecosse  écrit  ce  jour  là  trois  lettres  :  une  au 
Pape,  une  au  roi  de  France  et  une  troisième  à  son  oncle  le  cardinal 
de  Guise. 

Sa  lettre  au  Pape  est  toujours  conservée  parmi  les  trésors  du 
Vatican;  celle  adressée  au  roi  de  France  a  été  détruite  avec  d'autres 
papiers  de  ce  monarque,  mais  celle  au  cardinal  archevêque  a  été 
gardée  dans  un  monastère  à  Guise. 

Il  y  a  quelques  années,  les  moines  de  ce  couvent  constatèrent  avec 
stupeur  que  la  lettre  avait  disparu  de  leurs  archives.  Il  était  évident 
qu'un  voleur  s'en  était  emparé,  mais  qui  était  le  coupable  ?  On 
n'avait  aucun  indice  et  plus  jamais  on  n'entendit  parler  de  la  relique 
perdue. 

Longtemps  après,  un  homme  d'assez  mauvaise  mine  vint  offrir 
à  M.  Morrison  la  précieuse  lettre;  celui-ci,  transporté  mais  dissi- 
mulant sa  joie  de  pouvoir  s'assurer  une  pièce  d'une  telle  valeur  en 
demande  le  prix.   Mille  guinées  ;25,000  francs)  dit  l'homme.    Je 


—    239    — 

connais  la  valeur  de  la  lettre  et  ne  la  laisserai  pas  moins.  Ce  prix 
est  exorbitant,  fit  l'amateur.  Jamais  je  ne  donnerai  un  prix  aussi 
extravagant,  vous  pouvez  emporter  votre  lettre.  Ce  que  l'homme  fit. 
Mais  après  son  départ  commencèrent  les  regrets  de  M.  Morrison, 
qui  se  reprocha  de  ne  pas  avoir  parlementé  pour  obtenir  le  trésor 
à  un  prix  moindre  :  si  un  autre  collectionneur  s'en  emparait  !  Si, 
par  un  malheur  quelconque  la  lettre  était  détruite  !  La  vie  devint 
pour  lui  un  véritable  fardeau.  Quinze  jours  plus  tard,  une  femme 
pauvrement  vêtue  était  introduite  dans  le  cabinet  de  M.  Morrison, 
lui  disant  que  son  mari  l'attendait  dans  un  cab  à  la  porte  et  que 
s'il  n'obtenait  pas  les  1000  liv.  st.  il  détruirait  immédiatement 
la  lettre. 

Le  collectionneur  ne  résista  pas  à  cette  menace,  il  signa  un  chèque 
de  1000  liv.  st.  et  le  porta  à  l'homme  en  échange  de  la  précieuse 
lettre.  Il  ne  la  céderait  aujourd'hui  pour  n'importe  quelle  somme. 
M.  J.  S.  Dewey,  le  plus  grand  marchand  d'autographes  de  Londres, 
à  qui  on  demandait  à  quel  prix  il  estimait  la  lettre  de  Marie  Stuart, 
a  répondu  :  On  ne  peut  en  déterminer  la  valeur,  pour  un  collec- 
tionneur, c'est  un  trésor  sans  prix. 

Meubles  de  prix.  —  Dans  une  vente  qui  s'est  faite  à  Paris  d'un 
mobilier  ancien,  deux  meubles  à  hauteur  d'appui,  du  temps  de 
Louis  XV,  en  bois  laqué  bleu,  ornés  de  plaques  en  porcelaine  de 
Sèvres  ancienne  et  pâte  tendre,  ont  été  adjugés  115,000  francs.  Ces 
meubles,  œuvres  de  l'ébéniste  Burb,  ont  appartenu  au  ministre  de 
la  marine,  garde  des  sceaux,  le  comte  de  Machault.  Une  commode 
du  temps  de  Louis  XV,  en  laque  de  Goromandel,  ornée  de  person- 
nages en  couleur  sur  fond  noir,  13,300  francs  ;  une  jardinière  en 
ancienne  porcelaine  de  Sèvres,  pâte  tendre,  4,000  francs. 

Commission  pour  la  publication  des  anciennes  lois  et  ordon- 
nances. —  Traduction  des  ordonnances.  —  Nous  voyons  par  le 
procès-verbal  de  la  séance  de  la  commission  du  16  juin  1890,  inséré 
au  Moniteur  belge  du  9  juillet,  que  le  tome  VII  des  ordonnances 
des  Pays-Bas  autrichiens  dont  la  publication  a  été  confiée  à  M.  Jules 
Delecourt,  est  sur  le  point  d'être  terminé  et  s'arrêtera  aux  ordon- 
nances du  mois  de  décembre  1755.  Ce  volume  contenant  quelques 
textes  flamands,  la  commission  a  été  appelée  à  délibérer  au  sujet  de 
la  traduction  de  ces  textes.  Il  a  semblé  que  la  traduction  n'était  pas 
indispensable,  et  que  l'utilité  n'en  était  pas  compensée  par  les  retards 


—    240    — 

que  ce  travail  causerait  et  par  la  dépense.  Un  volume  de  200  feuilles, 
coûte  pour  la  traduction  seule,  9600  francs.  Le  procès-verbal  porte  : 
«  La  commission,  après  discussion  décide  que  dorénavant  on  ne 
publiera  plus  de  traductions  à  la  suite  de  chaque  volume,  sauf  à 
examiner,  à  la  fin  de  chaque  série  s'il  sera  utile  de  publier  un  volume 
consacré  exclusivement  aux  traductions.  Les  mots  flamands  qui 
présenteraient  des  difficultés  réelles  pourront  être  expliqués  en 
note.  »  D. 

Copernic  et  Galilée  devant  l'Université  de  Louvain  *.  — 
Chapitre  intéressant  de  l'histoire  du  haut  enseignement  en  Bel- 
gique au  XVIIe  siècle.  Van  Velden  avait  annoncé  qu'à  l'occasion  des 
exercices  commandés  par  les  statuts  de  la  faculté  il  développerait 
devant  ses  élèves  cette  thèse  :  Indubitable  est  le  système  de  Copernic 
touchant  le  mouvement  des  planètes  autour  du  soleil;  et  parmi  les 
planètes,  c'est  à  bon  droit  qu'on  place  la  Terre.  Défense  fut  faite 
au  jeune  professeur  de  maintenir  sa  thèse  ;  des  collègues  furent 
délégués  pour  obtenir  sa  soumission.  Il  passa  outre,  fut  condamné 
à  l'amende,  en  appela  au  Conseil  de  Brabant.  Mais  le  jurisconsulte 
De  Decker  et  le  professeur  de  philosophie  Melis  travaillèrent  à 
Bruxelles  à  retirer  la  cause  des  mains  du  conseil;  le  nonce  Jules 
Piazza  intervint  et  les  efforts  réussirent.  L'affaire  fut  retirée  des 
mains  du  conseil  de  Brabant  pour  passer  complètement  sous  la 
juridiction  de  l'Université.  Van  Velden  fit  sa  soumission,  fut  absous 
après  retractation  et  réintégré  dans  ses  fonctions.  Nous  trouvons 
encore  dans  une  thèse  soutenue  en  1625,  devant  Van  Velden,  pré^ 
sidant  la  séance,  l'affirmation  du  mouvement  des  planètes  autour  du 
soleil,  mais  on  affecte  de  ne  plus  parler  de  la  terre,  cause  de  tous  les 
embarras.  Van  Velden  était  âgé  de  quarante  trois  ans  lorsque,  en 
récompense  de  sa  soumission,  la  faculté  des  arts  le  nomma  chanoine 
de  la  cathédrale  de  Liège.  M.  Stevart  a  recueilli  la  plupart  de  ces 
faits  dans  des  manuscrits  provenant  de  l'ancienne  Université  sup- 
primée, et  qui  furent  acquis  par  l'Etat,  pour  la  bibliothèque  royale, 
à  la  mort  de  Mgr.  De  Ram.  D. 

1  A.  Stevart,  Copernic  et  Galilée  devant  V  Université  de  Lou- 
vain. —  Procès  Van  Velden.    —    Verviers.   Bibliothèque    Gilon,. 
108  pages. 


—     241     — 


LE  BOURREAU  DE  GAND 


Le  rôle,  réservé  au  bourreau  dans  notre  an- 
cienne organisation  judiciaire,  était  des  plus  con- 
sidérables, tant  à  raison  du  grand  nombre  do 
cas  dans  lesquels  son  ministère  était  requis  qu'a 
raison  de  la  variété  infinie  des  peines  qu'il  devait 
appliquer. 

Les  juges  criminels  avaient  une  grande  latitude 
clans  la  façon  de  punir  les  coupables.  Le  ch<  H-  de 
la  peine  ou,  pour  parler  plus  exactement  -du 
supplice  à  infliger  aux  condamnés  était  dans  la 
plupart  des  cas  laissé  à  l'appréciation  et  à  l'esprit 
inventif  des  magistrats.  Tel  juge  se  bornait  à 
condamner  l'accusé  à  mort.  Tel  autre,  au  contraire, 
avant  d'envoyer  le  condamné  à  la  potence,  au 
billot  ou  au  bûcher  ordonnait  qu'on  lui  fît  endurer 
toutes  sortes  de  tourments.  Le  sort  du  misérable, 
livré  à  la  justice  criminelle,  dépendait  donc  en- 
tièrement du  caprice  ou  du  bon  vouloir  des 
magistrats  devant  lesquels  il  devait  comparaître. 

Les  anciennes  lois  et  ordonnances,  émanées  de 
nos  souverains,  consacraient  toutes  cette  faculté 
absolue  laissée   aux  échevins   dans  le   choix  des 

17 


-. 


—    242    - 

peines  et  dans  la  façon  de  les  appliquer.  On  sait 
qu'à  Gand  la  justice  civile  et  la  justice  criminelle 
étaient  rendues  par  les  magistrats  ou  conseillers 
communaux  qu'on  désignait  sous  le  nom  d'éche- 
vins  de  la  Keure. 

Dans  la  charte  de  confirmation  des  droits,  cou- 
tumes et  franchises  des  Gantois  octroyée  en  1191 
par  la  comtesse  de  Flandre,  Mathilde  de  Portugal, 
veuve  de  Philippe  d'Alsace,  nous  trouvons  déjà 
l'expression  :  «  sicut  scabinis  rationabile  videbitur.  » 
L'article  premier  de  l'ordonnance  du  28  juin  1483 
sur  l'adultère  et  le  blasphème  se  termine  comme 
suit  :  ce  ende  wey%t  hi  meer  verioonnen,  zulke  zwaer- 
«  dere  pugnitie  dan  voorseyt  es  als  scepenen  redelic 
«  dincken  sal.  »  La  concession  Caroline  du  30  avril 
1540  renferme  des  expressions  analogues  telles 
que  celle  de  «  arbitralycker  ghepugnierd  worden  na 
«  heysch  van  de  stieke.  » 

Cet  usage  faisait  tellement  partie  des  mœurs 
judiciaires  d'autrefois  que  jusqu'à  la  fin  du  siècle 
dernier  les  expressions  de  style  «  up  arbitraire 
«  correctie,  »  «  up  correctie  van  schepenen,  »  «  als 
n  hemlieden  redelic  dincken  sal,  »  «  zulcke  andre 
«  pugnitie  als  scepenen  dincken  zal  daertoe  die- 
«  nende,  »  etc.,  se  rencontraient  habituellement 
dans  les  actes,  ordonnances  ou  arrêtés,  émanant 
de  nos  magistrats  communaux  gantois.  On  insérait 
ces  formules  jusque  dans  les  simples  mesures  de 
police,  prises  en  cas  d'un  grand  concours  de  monde 
dans  les  rues  de  la  ville,  par  exemple  à  l'occasion 
d'une  cavalcade,  d'une  procession,  de  l'entrée 
d'un  prince  ou  d'un  grand  personnage. 


—    243     — 

C'est  cette  extrême  latitude,  laissée  aux  juges, 
qui  explique  la  variété  des  peines  appliquées  aux 
condamnés  avec  un  raffinement  de  froide  cruauté 
dont  on  ne  se  fait  plus  d'idée  aujourd'hui.  Ces 
épouvantables  spectacles  d'êtres  humains,  torturés 
et  martyrisés,  ne  prirent  complètement  fin  que 
sous  le  règne  de  l'empereur  Joseph  II. 

On  comprend  que  dans  ces  circonstances  et  en 
présence  du  grand  nombre  de  méfaits,  punissables 
de  la  peine  de  mort,  l'office  de  bourreau  était  loin 
de  constituer  une  sinécure  et  que  les  occasions 
d'exercer  ses  sinistres  fonctions  ne  lui  faisaient 
pas  défaut. 

Voici  par  exemple  le  récit  d'une  exécution  qui 
eut  lieu  le  26  janvier  1563  et  à  laquelle  présida 
maître  Jean  du  Mont,  bourreau  de  la  ville  de  Gand, 
assisté  de  ses  aides.  Il  s'agit  de  trois  voleurs  qui 
furent  brûlés  vifs,  après  avoir  enduré  les  supplices 
les  plus  épouvantables.  Ces  supplices  ne  sont  in- 
scrits dans  aucune  loi  ni  dans  aucune  ordonnance  ; 
ils  sont  uniquement  dus  à  l'imagination  «  als  sce- 
«  penen  redelic  duncken  sal,  »  des  juges  qui  pro- 
noncèrent la  sentence  et  en  ordonnèrent  l'exé- 
cution. 

Deux  des  condamnés  furent  placés  sur  un  gril 
et  attachés,  dos  à  dos,  avec  des  chaines  à  une  barre 
en  fer.  Un  feu  violent  fut  allumé  sous  le  gril. 
Au-dessus  de  la  tête  des  condamnés  se  trouvait 
fixé  un  tonneau,  percé  de  trous  et  dans  lequel  on 
avait  mis  de  la  paille,  de  la  poix  et  du  goudron. 
On  mit  le  feu  à  ce  tonneau  de  façon  à  ce  que  la 
poix  et  le  goudron   fondus   se  déversassent  en 


-     244     — 

gouttes  brûlantes  sur  le  corps  nu  des  suppliciés. 

Ce  n'était  pas  encore  assez.  Tout  cet  appareil 
de  torture,  c'est-à-dire  le  gril,  la  barre  de  fer  et  le 
tonneau,  était  fixé  à  une  espèce  de  grue.  On  faisait 
mouvoir  cette  grue  et  les  deux  misérables  étaient 
hissés  à  quelques  pieds  de  hauteur  d'où  on  les 
laissait  retomber  dans  le  feu  jusqu'à  ce  qu'ils 
fussent  complètement  brûlés. 

Le  supplice  du  troisième  condamné,  pour  être 
moins  raffiné,  n'en  fut  pas  moins  terrible.  On 
l'attacha  à  un  poteau,  entouré  de  bottes  de  paille, 
auxquelles  on  mit  le  feu.  Afin  de  faire  durer  les 
souffrances  de  ce  malheureux,  la  paille  était  placée 
à  quelques  pieds  du  poteau.  On  comprend  faci- 
lement qu'il  fallut  un  temps  assez  long  avant  que 
le  patient  ne  succombât  à  cette  épouvantable 
torture. 

Le  récit  de  cette  exécution  est  consigné  dans  le 
Memorieboek  der  stad  Gent,  anno  1563  : 

...  ende  den  xxv  jen  Lauwe  waren  de  twee  ghestelt  op 
eenen  yzeren  rooster  aan  eenen  yzeren  staeke  met  ketenen, 
rugghe  tegen  rugghe  ghebonden,  ende  onder  den  voor- 
noeinden  roostere  was  groot  vier  ghemaeckt  ende  boven 
haerlieden  kooft  eene  tonne  vul  stroo,  peck  ende  terre,  daer 
inné  veel  gaten  waren  daer  't  zelve  peck  duere  op  huer- 
lieder  liji'  drupte,  ende  de  voornoemde  roostere  was  met 
eender  wippe  upghehaelt  ende  alsoo  weder  neder  ghelaten 
tôt  zy  levende  verberrendt  waren,  ende  de  derde  was 
levende  ghestelt  aen  eenen  staecke  ende  rontomme  hem 
stroo  ghestelt  vier  voeten  van  hem,  ende  alsoo  levende 
verbrant. 


—    215    — 

Nous  pourrions  multiplier  ces  exemples.  Nous 
avons  uniquement  cité  celui-ci,  que  nous  avons 
pris  au  hasard,  pour  préciser  dès  le  début  de  cette 
étude  le  pouvoir  discrétionnaire,  dont  jouissaient 
autrefois  les  juges  criminels  dans  le  choix  et  dans 
l'application  de  la  peine,  et  pour  montrer  égale- 
ment toute  l'importance  du  rôle  que  jouait  le 
bourreau  clans  l'exécution  des  condamnés. 

Il  ne  faut  pas  croire  que  c'était  pour  le  simple 
plaisir  de  voir  souffrir  leurs  semblables  que  les 
juges  appliquaient  des  peines  aussi  cruelles.  La 
vue  des  supplices,  qu'on  faisait  endurer  aux 
condamnés,  devait,  dans  l'esprit  des  magistrats 
de  cette  époque,  servir  d'exemple  et  inspirer  une 
crainte  salutaire,  à  ceux  qui  seraient  tentés  de 
commettre  quelque  méfait. 

C'était  une  règle  qu'on  appliquait  — ■  bien  sou- 
vent à  regret  —  et  dont  on  ne  pouvait  pas  se 
départir.  Marcus  van  Vaernewijck,  dans  ses 
Beroerlicken  Tyden,  exprime  l'horreur  que  lui 
inspire  le  spectacle  continuel  des  tortures  infli- 
gées à  ceux  qui  avaient  embrassé  les  croyances 
nouvelles.  Il  regrette  que  la  justice  soit  obligée 
de  recourir  à  des  mesures  aussi  cruelles,  mais, 
dit-il,  c'est  le  seul  moyen  d'extirper  l'hérésie.  Les 
magistrats,  qui  condamnaient  au  dernier  supplice 
pour  des  crimes  ordinaires,  tels  que  le  vol  et  le 
meurtre,  tenaient  le  même  langage  que  le  chro- " 
niqueur  gantois. 

Jusque  vers  le  milieu  du  quinzième  siècle,  le 
bourreau  portait  à  Gand  le  nom  de  scharpcoc  ou 


—     246    — 

simplement  Coc.  Les  comptes  de  la  ville  le  dési- 
gnent toujours  sous  cette  dénomination. 

Item  Pieterkin  Philips  koc  van  Artevelde  van  i  zweerde 
ii  vrancke  Item  doe  hi  doere  af  sneet  xii  gr. 
(Comptes  de  1382-1383;  f°  249  v°.) 

Item  ghegheven  Pieter  Acken  coc  vander  stede  van  dat 
hy  int  Pelleryn  stelde  ende  uut  slouck  ii  se.  gr. 
(Comptes  de  1431-1432  folio  278  v°.) 

Item  meester  Cornelis  de  Meersman  scarpeoe  van  dat  hy 
vut  laste  van  scepenen  viii  persoonen  te  dieverssche  waerf- 
ten  ghesmeten  ende  ghegheesselt  heeft  met  roeden  vut  deser 
stede  van  elcken  v  gr.  comt  iij  se.  iiij  den.  gr. 
(Comptes  de  1481-1482  folio  81  v°.) 

Plus  tard,  les  actes  officiels,  tels  que  les  comptes, 
les  nominations,  les  ordonnances,  désignèrent  le 
bourreau  sous  les  divers  noms  de  Scherprechtere, 
Justicier;  criminele  Officier,  Officier  criminel;  Offi- 
cier van  de  hooghe  justicie,  Officier  de  la  haute 
justice  ;  Dienere  vanden  zweerde  van  der  justicie, 
Serviteur  du  glaive  de  la  justice;  Justicier  van  den 
zweerde,  Justicier  du  glaive;  Officier  van  den 
hooghen  ivercke-,  Officier  des  hautes-œuvres,  etc. 
On  le  nommait  aussi  parfois  Hanghman  du  verbe 
hanghen  pendre. 

Le  mot  Beul,  bourreau,  ne  figure  jamais  dans 
les  pièces  officielles.  Cette  expression  était  consi- 
dérée comme  trop  injurieuse  pour  pouvoir  être 
appliquée  à  un  fonctionnaire  placé  sous  la  haute 
protection  du  prince  souverain. 


-    247    — 


NOMINATION.  -  SERMENT.  -  EXAMEN 

Le  bourreau  était  nommé,  à  Gand,  par  les 
échevins  de  la  Keure,  à  l'intervention  du  grand- 
bailli.  Le  plus  ancien  acte  de  nomination  d'un 
officier  de  justice  que  nous  ayons  rencontré  date 
du  3  juin  1542.11  confère  ces  fonctions  à  un  certain 
Mathieu  du  Mont,  natif  des  environs  de  Lille. 

Cet  acte,  ou  plutôt  cette  convention,  est  trans- 
crite au  Registre  B.  B.  folio  299  de  la  collection 
dite  des  quarante-sept  registres  de  nos  archives 
communales.  A  cause  de  son  ancienneté  et  des 
détails  qu'elle  renferme,  nous  croyons  devoir 
reproduire  cette  pièce  en  entier  : 

Contrakt  van  den  Scerprechtere, 

Scepenen  van  der  Kuere,  met  advise  ende  by  promotien 
van  Edelen  ende  weerden  heer,  Mer  Franchois  vander 
Gràcht,  hoochbaillin  van  der  voornoemde  stede,  hebben 
gheconvenieert  ende  gbecontracteert  met  meester  Mathys 
du  Mont,  geboren  van  Wembresy  by  Ryssele,  omuie  te 
wezene  sceerprechtere  ende  officier  van  der  hooghen 
weercke,  up  den  sallaris  hier  naer  volghende.  Te  wetene 
dat  by  jaerlix  hebben  ende  ontfaen  zal  van  stede  weghe  in 
pensioene  twaelf  ponden  grooten. 

Item  voor  tschoonmacken  van  den  messe,  alzo  dickwille 
als  hy  hem  binnen  dezer  stede  metten  selven  executie  doen 
zal  twaelf  grooten,  ende  als  hy  daermede  executie  buuten 
doen  zal  vier  grooten. 

Item  de  zelve  sceerprechtere  wert  ghehouden  te  leverene 


—    248    — 

in  den  pynkeldere  als  yemaent  overgheleyt  wert  de  keers- 
sen,  daervoren  hy  hebben  zal  voor  eenen  steen  keerssen  van 
elcken  overgheleeden  ter  examen  tien  grooten. 

Item  zal  oocjaerlicx  hebben  een  alfiast  turfven  vierdeput, 
thulpen  synder  berrynghe. 

Item  zal  noch  hebben  ende  behouden  zulcke  habyten 
ende  cleedren  als  de  pacienten  an  hebben  zullen  in  vier- 
schaeren,  ende  verwezen  werden. 

Ende  omme  te  obvierene  ende  remedierene  de  onghe- 
reghelthede,  die  de  voorgaende  officiers  gheuseert  hebben 
ten  poortere  ende  eldere  binnen  der  voornoemde  stede  int 
exigeeren  ende  ontfaen  van  eyeren,  freuyt  ofte  ahderen 
zaken  in  wat  manieren  dat  zy,  ende  daeruppe  order  ende 
pollicie  ghestelt  te  werdene  ten  ghernstichede  vanden  ghe- 
meenen  inwonenden  ende  andre  van  buten  ter  maert  com- 
mende  ende  voor  de  redemptie  van  dien  zal  jaerlix  hebben 
vander  stede  weghe  voor  al  drye  ponden  gr.  zonder  meer. 

Item  en  boven  al  tghene  voorseit  zal  hebben  van  sheeren 
weghe  ter  causen  van  zyn  exploicten  ende  executien  die  hy 
doen  zal  dezer  stede,  naer  costume  ende  buten  volghende 
dordonnantie  ende  placcart  vander  K.  Majt. 

Bovendien  en  zal  de  zelve  sceerprechtere  niet  vermoghen 
buten  der  stede  te  gaene  zonder  tconsent  van  myn  heeren 
voornomt. 

Up  al  welcke  conditien,  bespreken  ende  gaigen  de  voor- 
nomde  meester  Mathys  tzelve  officie  gheaccepteert,  ende 
by  eede  belooft  heeft  ghetrauwelic  texercerene.  Volghende 
welcken  myn  heeren  voornomd  hem  uit  officie  gheandveert 
hebben  ende  andveerden,  hem  by  dezen  verbiedende  den 
voornomde  sallaris  ofte  eenich  poiint  van  dieren  texederene 
in  eenegher  manieren  up  sceerpelic  ghepugniert  te  zyne 
ende  van  zynder  officie  ghepriveert  te  zyne  indient  myn- 
heeren  beliefde. 

Actum  den  derden  in  wedenmaent  xvc  twee  en  veertich. 


—    249    — 

A  la  suite  de  cette  nomination  se  trouve  inscrite 
dans  le  même  registre,  le  serment  que  prêta 
l'exécuteur  des  hautes-œuvres,  Maître  Mathieu 
du  Mont  : 

Dat  zweerdi  officier  ende  sceerprechtere  dezer  stede  van 
Ghendt  te  zyne  der  K.  Majt,  onsen  souverainen  heere  grave 
van  Vlaenderen,  heere  ende  der  wet  goet  ghetrauwelic  te 
bedienene  ende  exercerene,  up  de  gaigen  ende  sallaris  met 
u  by  scepenen  gheconveniert,  zonder  die  texcederene  in 
eenegher  manieren  tsecret  van  scepenen  so  wel  int  examen 
als  eldre,  daert  u  kennelic  wezen  sal  te  hebene.  Ende  voorts 
al  te  doene  dat  een  rechtveerdich  officier  en  scerprechtere 
deser  stede  schuldich  es  ende  behoort  te  doene. 

Alzo  moet  u  god  lielpen  ende  al  zyn  heleghen. 


Déjà  en  1513  le  bourreau  était  placé  sous  la 
protection  spéciale  du  souverain.  Des  pénalités 
sévères  étaient  édictées  contre  ceux  qui  seraient 
tentés  d'injurier  ou  de  molester  ce  fonctionnaire. 
Un  édit,  transcrit  au  registre  G.,  folio  211,  et  im- 
primé dans  le  premier  volume  des  Placcards  de 
Flandre,  fut  rendu  sur  la  matière  le  6  avril  1513. 
Voici  à  quelle  occasion. 

Le  bourreau  de  Malines,  chargé  de  faire  une 
exécution  capitale,  s'y  prit  d'une  façon  si  mala- 
droite qu'il  dut  recommencer  à  plusieurs  reprises 
avant  de  parvenir  à  trancher  la  tête  du  condamné. 
Cet  horrible  spectacle  souleva  l'indignation  du 
public  qui  assistait  à  l'exécution.  Des  cris  de  mort 
retentirent  et  les  spectateurs  se  saisirent  du  bour- 
reau qu'ils  accablèrent  de  coups  de  pierre  et  de 


—    250    — 

coups  de  bâton  à  tel  point  que,  quelques  jours 
après,  ils  succomba  à  ses  blessures. 

C'est  pour  éviter  le  renouvellement  de  ces 
scènes  de  violence,  qui  d'ailleurs  n'étaient  pas 
isolées,  que  fut  rendu  le  décret  de  1513  portant 
en  tête  dans  le  registre  G.  :  «  Van  den  hanghman 
«  scerprechtere,  hoe  hem  de  prime  neempt  in  zyne 
«  protectie  ende  sauvegarde.   » 

Nous  avons  encore  rencontré  d'autres  décrets 
et  ordonnances  du  prince  souverain  ou  des  éclie- 
vins  dans  lesquels,  à  propos  des  fonctions  du 
bourreau,  on  rappelait  que  cet  officier  de  justice 
était  placé  sous  la  protection  particulière  de 
l'autorité. 

Il  arrivait  bien  souvent  que  les  échevins  de  la 
Heure  et  le  grand-bailli,  avant  de  nommer  défini- 
tivement un  postulant  à  la  place  vacante  d'officier 
criminel, le  soumettaient  à  une  espèce  de  stage,  qui 
durait  parfois  plusieurs  mois,  et  lui  faisaient  passer 
un  véritable  examen  public.  Tel  fut,  notamment 
le  cas  pour  le  bourreau  Jean  Franck,  nommé  le 
16  novembre  1669  en  remplacement  de  maître 
Jean  van  Wassembruch,  appelé  aux  fonctions 
d'officier  criminel  à  Anvers. 

Jean  Franck,  bourreau  de  Duinkerke,  adressa 
une  première  requête  aux  échevins  de  la  Keure  et 
au  grand-bailli  le  22  juillet  1669.  Il  fait  valoir, 
pour  obtenir  cette  place,  qu'il  exerce  les  fonctions 
d'officier  criminel  dès  son  jeune  âge  et  qu'il  a 
déjà  fait  un  grand  nombre  d'exécutions  aussi  bien 
par  la  corde  et  par  le  glaive  que  de  toute  autre 


—    251     — 

façon. . .  «  van  joncoo  afgheexerceert  synde  hebbende 
«  ghedaen  vêle  executien  soo  metten  sweerde,  koorde 
«  als  andersints » 

A  l'appui  de  sa  demande  il  joint  à  sa  requête 
sa  nomination  de  bourreau  à  Duinkerke  lui 
octroyée  le  8  mai  1668.  Malgré  l'habileté  avec 
laquelle  il  avait  rempli  ses  fonctions  à  Duinkerke 
et  malgré  les  bons  renseignements  recueillis  sur 
son  compte,  Franck  ne  fut  pas  nommé  définiti- 
vement. Il  fut  agréé  comme  bourreau  provisoire 
et  soumis  à  un  stage  de  six  mois: 

Au  mois  de  novembre  suivant  il  adressa  aux 
échevins  de  la  Keure  et  au  grand-bailli  une  nou- 
velle requête  ainsi  conçue  : 

Aen  myne  Eclele  Heeren  Hoockbailliu  ende  Scke- 
penen  vander  Keure  der  stede  van  Ghendt. 

Supplierende  vertoont  met  aile  respect  ende  reverentie 
Meester  Joannes  Franck  dat  uwe  Edelen  de  goetliey  t  hebben 
gkekadt  van  op  syne  supplicatie  ende  bede  hem  suppliant 
an  te  nemen  vc-or  sckerpreekter  ofte  officier  crimineel  deser 
stede  voor  den  tyt  van  een  kalfjaer  by  vorme  van  preuve 
oinme  naerket  volcommen  van  de  eerste  justitie  voorderte 
disponeren  op  syn  versouck  ten  begkinne  gkedaen  van 
gkeadmitteert  te  worden  als  sckerpreekter  ad  vitam  synde 
aen  uwe  Edele  ende  een  Igkelick  kennelick  dat  den  sup- 
pliant keeft  volcommen  ende  ter  executie  gkeleyt  de  sen- 
tentie  geprononckiert  ten  last  van  Jan  Lancksweert  sonder 
jactantie  gkesprocken  met  soo  groote  promptitude  ende 
abilliteyt  als  den  act  saude  mogken  verkeesscke  tôt  satis- 
factie  soo  ky  betrauw  van  uwe  Edele  de  welcke  daeruytte 
kebben  kunnen  jugieren  dat  inden  suppliant  concurreren 
de  qualiteyten  gkerequireert  in  eenen  sckerpreekter. 


—    252    — 

Biddende  by  dieu  dat  Uwe  Edele  believen  den  suppliant 
t'admiteren  als  scherprechter  ad  vïtam  oj)  de  gaisen,  prof- 
fyten  ende  emolumenten  daertoe  staende  ende  ghelyck  syne 
voorsaeten  in  offitie  hebben  ghenoten  ende  gheproffyteert, 
twelcke  doende,  etc. 

Ce  ne  fut  qu'au  bout  de  quatre  mois,  comme  on 
le  voit  par  le  contenu  de  sa  requête,  que  se  pré- 
senta pour  Franck  une  véritable  et  sérieuse  occa- 
sion de  donner  au  public  et  aux  autorités  un 
échantillon  de  son  savoir-faire. 

Un  boulanger,  nommé  Caerel  Jan  Lancksweert, 
avait  assassiné  sa  femme.  Le  crime  commis,  il 
s'était  enfui  à  Liège  où  on  l'arrêta  et  d'où  on  le 
reconduisit  à  Gand. 

Maître  Franck  soumit  d'abord  Lancksweert  à 
la  torture,  ce  qu'il  fit  avec  tant  d'habileté  que 
l'assassin  se  reconnut  coupable  dès  la  première 
séance.  Le  9  novembre  1660,  les  échevins  de  la 
Keure  condamnèrent  Lancksweert  à  être  traîné  sur 
une  claie  depuis  la  prison  du  Sausselet  au  marché 
aux  Grains  (remplacée  en  1717  par  le  Pakhuis) 
jusqu'au  marché  du  Vendredi.  Le  bourreau  devait 
l'étendre,  les  bras  et  les  jambes  écartés,  sur  une 
croix  en  bois  placée  sur  l'échafaud.  Après  lui  avoir 
brisé  les  membres  avec  une  barre  de  fer,  Franck 
devait  lui  couper  la  gorge.  C'est  ce  que  porte  la 
sentence  : 

Omme  aldaer  op  een  schavot  u  lichaem  levendich  op  een 
dweers  hauten  cruys  gheraebraekt  midtsgaeders  met  een 
scherp  snydende  mes  uwe  keele  afghesneden  te  worden 
datter  de  dood  naer  volgbt. 


—    253    — 

L'exécution  de  Lancksweert  eut  lieu,  ainsi  que 
cela  se  pratiquait  d'habitude,  le  jour  même  du 
prononcé  du  jugement  de  condamnation. 

Maître  Jean  Franck  se  tira  de  sa  rude  et  difficile 
besogne  à  la  satisfaction  aussi  bien  du  public  que 
des  échevins  de  la  Keure  et  du  grand-bailli.  Il  fat 
nommé  bourreau  de  la  ville  de  Gand  le  jour  même 
de  la  présentation  de  sa  seconde  requête,  c'est-à- 
dire  le  16  novembre  1669. 

L'acte  de  nomination  porte  qu'il  est  appelé  aux 
fonctions  d'officier  criminel  aux  fins  d'exécuter  et 
d'accomplir  la  justice  à  charge  des  malfaiteurs, 
«  omme  te  executeren  ende  volbrynghen  de  justifie 
«  tôt  laste  van  de  kwaeddoeners .  » 

Cet  acte  constitue  en  même  temps  pour  lui  un 
diplôme  de  capacité  et  un  certificat  de  moralité, 
car  les  échevins  y  insèrent  la  constatation  suivante  : 

Naer  dat  sy  ghesien  hebben  de  executie  by  hem  ghedaen 
in  den  persoon  van  Jan  Caerel  Lancksweert  oock  ancler- 
sints  gbeinformeert  syncle  van  syne  neerstigheyt  ende  ghe- 
traivwigheyt. 

Ce  Jean  Franck  avait  exercé  les  fonctions  de 
bourreau  à  Courtrai  de  1658  à  1668  et  à  Duin- 
kerke  depuis  le  8  mai  1668.  Il  mourut  le  3  juin 
1716  après  avoir  été  exécuteur  des  hautes-œuvres 
pendant  près  de  soixante  ans. 


Le  bourreau  n'avait  pas  de  suppléant,  c'est-à- 
dire  un  aide  chargé  de  le  remplacer  en  cas  d'ab- 
sence ou  de  maladie.  Les  aides  devaient  seulement, 


-     254    — 

comme  leur  nom  l'indique,  l'assister  dans  l'accom- 
plissement de  ses  fonctions.  En  cas  d'empêche- 
ment, c'était  un  officier  criminel  d'une  autre  ville 
qui  venait  faire  à  Gand  les  exécutions  capitales  et 
autres.  Nous  avons  trouvé  dans  les  comptes  com- 
munaux qu'en  1481  le  bourreau  d'Anvers  vint 
exécuter  les  sentences  criminelles  en  l'absence  du 
titulaire  Cornelis  de  Meersman,  et  qu'en  1506, 
pendant  la  maladie  du  bourreau  de  Gand,  Willem 
Hoedeman,  ce  fut  celui  de  Bruges  qui  vint  le  rem- 
placer. Ce  Willem  Hoedeman  eut  pour  successeur, 
l'année  suivante,  Wisselt  Gheertz. 

Item  ghegheven  ten  beveelne  van  scepenen  meester  Chris- 
tiaen  dienare  vanden  zweerde  valider  justitie  van  Andwer- , 
pen  van  diveersche  examen  ende  executien  by  hem  binnen 
deser  stede  ghedaen  inde  absencie  van  meester  Cornelis 
dienare  van  den  zweerde  van  dezer  voorseyde  stede  naer 
tverclaers  vander  cedulle.  Actum  viij  january  anno  lxxxi  ij 
lib.  ij  se.  viij  den.  gr. 

(Comptes  de  la  ville,  année  1481-1482,  f°283.) 

Item  betaelt  den  voornomde  meester  Jaspaert  Tsaep 
scharpeoe  van  Brugghe  als  hier  ontboden  zynde  inde  ab- 
sentie  van  Meester  Willem  Scharp  coc  cleser  stede  midts 
zynder  cranchede  ende  impotentien  als  hier  gherecht  heb- 
bende  eenen  Bastiaen  Lagache  metten  zweerde  ende  mette 
rade  midts  dat  mynen  heere  de  hooch-bailliu  boven  dese 
somme  betaelt  heeft  tordinaire  daer  toe  staende  comt  naer 
tinhauden  van  de  cedulle  xvi  se.  iiij  den  gr. 
(Comptes  de  la  ville,  année  1506-1507  f°  71.) 

Le  bourreau  de  Bruges,  dont  il  est  ici  question 
et  qui  s'appelait  Gaspard  Tsaep  ou  Saerp,  fut 
nommé  en  la  même  qualité  à  Gand  en  1508. 


—    255    - 

Nous  venons  de  dire  que  le  bourreau  n'avait  pas 
de  suppléant  et  qu'en  cas  de  nécessité  il  se  faisait 
remplacer  par  un  de  ses  confrères.  Il  y  a  mieux  : 
en  1538,  le  bourreau  de  Gand,  maître  Nicolas 
Bertram,  fit  remplir  son  office  par  un  magistrat, 
lequel  certes  ne  s'attendait  pas  le  matin,  en  quit- 
tant son  habitation,  à  remplir  pendant  la  journée 
les  fonctions  d'exécuter  des  hautes-œuvres. 

Le  6  juillet  1538  le  bourreau  venait  de  décapiter 
un  condamné  dont  le  corps  devait,  après  l'exé- 
cution, être  placé  sur  la  roue,  puis  être  traîné 
sur  une  claie  et  exposé  hors  la  porte  du  Sas  à 
l'endroit  usité.  L'exécution  terminée,  des  difficul- 
tés, dont  nous  ignorons  le  motif,  s'élevèrent  entre 
le  bourreau  et  le  procureur  général  du  conseil  de 
Flandre.  Maître  Bertram,  à  la  suite  de  ce  conflit, 
refusa  ses  services  au  procureur  général,  qui  fut 
obligé  de  placer  lui-même,  avec  l'assistance  de 
ses  huissiers  et  de  ses  messagers,  le  corps  du  déca- 
pité sur  la  roue.  Ce  fait  est  relaté  dans  le  Memorie- 
boeck,  anno  1538  : 

Den  vjen  July  was  by  clheeren  van  den  rade  onthooft  een 
patient  ter  plaetse  ghecostumeert,  ende  daer  viel  questie 
tusschen  den  procureur-generael  ende  den  hangmeester  dat 
hy  hem  ontseyde  breeder  dienst,  so  dat  de  procureur  met 
zyne  hussiers  ende  messagiers  het  lichaem  selve  up  het  rat 
rechten  moest. 

Il  est  fort  probable  qu'avant  d'en  venir  à  cette 
extrémité  le  procureur  général  se  sera  adressé  à 
quelques  assistants  pour  les  engager  à  placer  le 


—    256    — 


corps  sur  la  roue.  Le  refus  de  ceux-ci  l'aura  forcé 
de  remplir  lui-même  cette  répugnante  besogne. 


Les  gens  de  mauvaise  vie,  les  vagabonds  et 
les  autres  individus  de  la  même  espèce  étaient 
expulsés  de  la  ville,  après  avoir  été  au  préalable 
frappés  de  verges.  Dans  les  localités  où  il  n'y 
avait  pas  de  bourreau  ou  bien  quand  celui-ci  était 
trop  occupé,  on  choisissait  parmi  ces  coquins 
l'un  d'eux  qui  devait  appliquer  à  ses  compagnons 
la  peine  des  verges.  Les  placcards  du  22  septembre 
1506  et  du  22  décembre  1515  «  toucant  les  Blitres, 
Paillars,  Oyseus  et  Vagabonds  »  s'expriment 
comme  suit  : 

Punition  quant  le  bourreau  ne  sera  à  la  main. 

Et  à  cause  que  sus  le  plat  pays  et  aussi  en  plusieurs 
villes  privilegees,  l'on  ne  peult  souuêt  recouurer  de  Hault- 
justicier  sans  grans  coustz,  parquoy  lesdicts  blitres,  coquins, 
truans,  et  autres  semblables  ayans  mesusé  et  fourfaict, 
demeurêt  impunis  :  nous  voulons  et  ordonnés  que  d'ore- 
nauant  es  Villes  et  lieux  ou  n'y  aura  de  Hault-justicier,  les 
officiers  d'icelluy  lieu  seront  tenuz  de  faire  battre  et 
fustiguer  de  verges,  et  autremêt  corriger  lesdicts  Blitres, 
Coquins,  Truans  et  leurs  consors  ayans  mesusé,  par  l'un 
d'eulx  que  lesdicts  officiers  clioiserôt,  sans  pour  ceste  cause 
faire  aulcune  depence  et  différer  à  faire  la  dicte  correction  * 
par  faulte  dudit  Hault-justicier. 

Le  placcard  ne  dit  pas  ce  que  le  magistrat 
devait  faire  dans  le  cas  où  le  «  Blitre,  Coquin  ou 
Truan,  »  chargé  de  fustiger  ses  compagnons,  refu- 


—    257    — 

sait  de  se  charger  de  cette  besogne  pour  laquelle 
il  ne  recevait  aucune  rénumération. 

Il  existe  une  croyance  populaire  d'après  laquelle 
les  fonctions  de  bourreau  étaient  autrefois  héré- 
ditaires dans  la  même  famille  de  telle  sorte  que  le 
fils  était  obligé,  sans  pouvoir  s'y  refuser,  de  succé- 
der à  son  père.  Cette  obligation  n'a  jamais  existé 
du  moins  à  Grand. 

Nous  avons  vérifié  dans  les  registres  des  comp- 
tes communaux  les  noms  de  tous  les  bourreaux  ■ 
qui  ont  fonctionné  à  Gand  depuis  1314,  date  du 
plus  ancien  de  ces  registres,  jusqu'en  1794.  Nous 
n'avons  trouvé  que  deux  exemples  de  bourreaux, 
portant  le  même  nom,  qui  se  sont  succédé. 

Mathias  du  Mont,  qui  fut  en  fonctions  de  1542 
à  1556,  eut  pour  successeur  Jean  du  Mont.  Encore 
ignorons-nous  si  Jean  du  Mont  était  bien  le  fils 
de  Mathias  auquel  il  succéda,  -du  reste;  de  son 
plein  gré. 

Jean  du  Mont,  qui  exerça  de  1556  à  1582,  est 
parfois  désigné  dans  les  comptes  communaux  sous 
le  nom  flamand  de  Jan  vanden  Berghe. 

Plus  tard  nous  rencontrons  Jacques  Boitquin, 
qui  fut  exécuteur  des  hautes-œuvres  de  la  ville  de 
Gand  depuis  1717  jusqu'en  1750  et  auquel  succéda 
Jean  Baptiste  Boitquin.  Celui-ci  resta  en  fonctions 
de  1750  à  1764. 

Il  est  plus  que  probable  que  Jean  Baptiste  Boit- 
quin était  le  fils  de  Jacques.  Nous  avons  lieu  de  le 
supposer,  parce  qu'au  siècle  dernier  la  famille 
Boitquin  a  fourni  plusieurs  bourreaux  à  la  justice 

18  . 


—    258    — 

criminelle.  Outre  les  deux  Boitquin,  que  nous 
venons  de  citer,  il  y  eut  encore  un  troisième, 
Henri  Boitquin,  qui  fut  appelé  aux  fonctions 
de  bourreau  de  Gand  en  1784. 

Cet  Henri  Boitquin,  dans  sa  requête  aux  ma- 
gistrats, dit  qu'il  est  fils  de  Pierre  Boitquin  exé- 
cuteur des  hautes-œuvres  à  Bruges.  Nous  avons 
encore  rencontré  un  Frans  Boitquin  qui  fut 
scherprechter  de  Bruges  vers  le  milieu'  du  dix- 
huitième  siècle. 

Voilà  donc  cinq  bourreaux,  portant  le  nom  de 
Boitquin  et  remplissant  ces  fonctions  à  Gand  et  à 
Bruges  au  siècle  dernier.  Il  faut  supposer  que  tous 
les  membres  de  cette  famille  avaient  la  vocation 
et  se  destinaient,  dès  leur  jeune  âge,  à  devenir  un 
jour  exécuteurs  des  hautes-œuvres. 


Nous  avons  dit,  en  commençant,  que  les  fonc- 
tions de  maître  des  hautes-œuvres  étaient  loin  de 
constituer  une  sinécure.  Cela  fut  surtout  vrai 
pendant  l'époque  agitée  des  troubles  religieux  du 
seizième  siècle.  Les  exécutions  capitales,  pronon- 
cées presque  toutes  pour  crime  d'hérésie,  «  ter 
<c  causen  der  feijte  vander  ghueserie  ou  ter  causen 
«  van  heresyen,  »  se  succédaient  d'une  façon  épou- 
vantable. 

Marcus  van  Vaernewijck,  dans  le  dixième  livre 
de  ses  Beroerlicke  Tyden  (volume  4,  page  281),  fait 
l'énumération  des  échafauds,  potences,  chaudières, 
fournaises,  billots  (vleeschblock)  placés  dans  les 
différents  quartiers  de  la  ville  de  Gand.  Elle  a, 


—    259    — 

dit-il,  l'aspect  d'un  abattoir  d  êtres  humains  : 
«  zoo  dattet  scheen,  dat  die  sladt  van  Ghendt  ghe- 
«  worden  was  een  slachhuus  der  menschen.  »  Ces 
mots,  qu'il  écrivait  au  mois  d'octobre  1567,  se 
justifiaient  par  les  spectacles  dont  il  était  jour- 
nellement témoin.  Il  raconte,  entre  autres  (vo- 
lume 4  pages  302  et  ss.)  que  le  30  mars  1567 
il  assista  en  une  matinée  à  onze  exécutions  qui 
eurent  lieu,  par  la  potence  et  par  le  feu,  sur  la 
place  Sainte-Pharaïlde.  Sept  condamnés,  dont  cinq 
pour  crime  d'hérésie,  furent  pendus;  les  quatre 
autres,  qui  étaient  des  anabaptistes,  furent  brûlés 
vifs. 

Van  Vaernewijck  parle  avec  indignation  de  l'at- 
titude des  soldats  espagnols  qui  entouraient  les 
potences  et  les  brasiers  et  qui  lançaient  des  mor- 
ceaux de  bois  sur  le  corps  des  malheureux  patients. 

Ce  fut  le  bourreau  Jan  du  Mont  qui  fit  cette 
série  d'exécutions. 

Nous  venons  de  traiter  de  la  nomination  du 
bourreau.  Voici  un  cas  de  destitution  d'un  bour- 
reau lequel  fut  en  outre  condamné  à  êrte  battu  de 
verges  et  banni  de  la  ville  de  Gand. 

Hans  Jonckert,  nommé  en  1591  aux  fonctions 
de  maître  des  hautes-œuvres,  n'avait  pas  une 
conduite  exemplaire.  Grand  amateur  du  beau  sexe, 
coureur  de  tripots  et  batailleur,  il  avait  fréquem- 
ment à  subir  les  admonestations  du  grand-bailli 
et  des  échevins.  Il  finit  par  lasser  la  patience  des 
magistrats  qui  se  décidèrent  à  le  faire  comparaître 
devant  eux. 


—     260    — 

On  reprochait  à  Jonckert,  qui  avait-  femme  et 
enfants,  d'entretenir  des  relations  coupables  avec 
d'autres  femmes  dont;  quelques-unes  étaient  éga- 
lement mariées. 

Ses  fonctions  de  bourreau  l'appelaient  à  chaque 
instant  dans  les  prisons.  Il  en  profita  pour  faire 
évader  de  la  prison  de  la  cour  ecclésiastique  une 
femme  qui  y  était  détenue  et.  sur  laquelle  il  avait 
jeté  son  dévolu. 

Enfin  il  s'introduisit,  un  jour,  de  force  et  l'épée 
à  la  main  dans  la  maison  d'une  veuve  qu'il  accabla 
de  mauvais  traitements. 

Tels  étaient  les  faits  dont  il  eut  à  répondre 
devant  le  tribunal  criminel  des  échevins  de  la 
Heure.  Ceux-ci  le  condamnèrent,  le  11,  février 
1594,  à  être  battu  publiquement  de  verges  et  à 
être  banni  pendant  dix  ans  de  la  ville  de  Gand  et 
de  la  Flandre.  Ce  jugement,  transcit  dans  le  Bouc 
van  den  Crisme  de  1593-1598  (folio  4  r°),  relate 
comme  suit  les  faits  qui  motivèrent  la  condam- 
nation de  Hans  Jonckert. 

Omme  clieswille  dat  gliy  Hans  Jonckert  officier  criniineel 
deser  stede  van  Ghendt  hoe  ghy  anders  ghenaempt  ofte 
ghebynaempt  zyt  Ulieden  vervoordert  hebt  wesende  in 
huwelijcke  staete  met  dry  diversche  vrouwe  persoonen  soo 
ghehuwde  als  onghehuwde  te  nemen  vleeselycke  conver- 
satie  daerby  committerende  crijni  vande  adultère  ende 
bovendien  uut  de  vanghenesse  vanden  gheestelycken  hof 
met  behendigheyt  te  licbten  seker  meysse  gbenaempt  Tanne 
aldaer  gbedetineert  op  pretext  van  haer  te  koraen  besiene 
daerby  committerende  vangbenes  braecke  waermede  niet 
te  vrede  en  wesende  maer  vallende  van  dien  einde  int 


—    201     — 

anclere  u  soo  vergeten  hebt  dat  gy  by  avoncle  ende  ontyde 
met  titgetrockene  rapière  fortse  ende  ghewelt  ghedaen  hebt 
up  sekere  huys  yan  eene  wedewe  alwaer  ghy  naer  lanck 
ruinoer  ingelaten  synde  ghy  de  selve  ghesleghen  ende  ghe- 
tracteerd  hebt  dat  sy  ten  laste  ter  eerde  ghevallen  is  daerby 
committerende  publijck  ghewelt  met  wapenen  aile  welcke 
saken  niet  lydelick  en  syn  sonder  groote  ende  exemplare 
punitie  schepenen  vander  Keure  deser  stede  van  Ghendt 
up  ailes  ghelet  hebbende  en  namenlyck  up  uwe  confessie 
condempneren  u  alhier  in  opene  camere  ten  aensiene  van 
eener  gelycke  met  scherpe  roeden  ghegheesselt  te  worden 
up  u  bloot  lyff  totten  bloede  bannen  u  vorts  uut  deser  stede 
ende  lande  van  Ylaenderen  ten  tyt  van  thien  jaeren  up  pêne 
vàn  hergheesselinghe  ende  ter  eewighen  ban  van  te  ruymen 
deser  stede  binnen  sonneschyne  ende  tlandt  van  Ylaen- 
deren binnen  derden  daeghe  aldus  gheprononcheert  den 
xj  february  151)4. 

Hans  Jonckert  dut  subir  en  public  la  peine  des 
verges  qu'il  avait  si  souvent  appliquée  lui-même. 
Les  échevins  de  la  Keure  s'étaient  montrés,  nous 
semble-t-il,  excessivement  indulgents  à  l'égard  de 
l'officier  criminel.  Si  tout  autre  que  Monsieur  de 
Gand  avait  commis  une  partie  seulement  des  faits 
énumérés  dans  le  jugement  de  condamnation,  on 
n'aurait  pas  hésité  un  seul  instant  à  le  pendre 
haut  et  court  ou  à  lui  trancher  la  tête. 

Il  eut  pour  successeur  Laureyns  Pot,  qui  ne 
resta  que  quelques  mois  en  fonctions  et  fut  rem- 
placé à  son  tour  en  1594  par  Bauduyn  Walspeck. 

Le  bourreau,  dont  le  traitement  était  entiè- 
rement à  charge  de  la  ville  de  Gand  qui  le  nom- 


—     262    — 

mait,  devait,  outre  les  jugements  des  échevins  de 
la  Keure,  exécuter  encore  les  arrêts  du  conseil  de 
Flandre.  Nous  ne  ferons  pas  de  différence,  dans 
la  suite  de  cette  étude,  entre  les  sentences  cri- 
minelles rendues  par  ces  deux  cours  de  justice. 

Prosper  Claeys. 
(A  suivre.) 


—    263 


ANALECTES  BELGIQUES. 


I. 

LES      ARCHIVES      DE      FLANDRE, 

Mémoire  inédit  de  Pn.-J.  de  Neny.  ' 


Le  mémoire  que  nous  publions  aujourd'hui,  fait 
partie  des  papiers  du  chevalier  Jean-François- 
Xavier  Dierickx,  qui  fut  longtemps  avocat  fiscal 
au  Conseil  de  Flandre  '.  Il  lui  fut  envoyé,  en 
1763,  par  le  comte  Patrice-François  de  Neny, 
chef  et  président  du  Conseil  privé,  avec  la  lettre 
suivante  : 

Brusselles,  le  20  juillet  1763. 

Vous  recevrez  dans  ce  paquet,  Monsieur,  une  dépêche  de 
S.  A.  R.  qui  vous  informe  d'une  commission  donnée  à  mon 
fils,  relativement  aux  papiers  qui  ont  composé  l'ancien 
Archive  de  Flandre.  Mais,  pour  que  vous  soiez  instruit  de 


1  Ces  papiers  sont  actuellement  conservés  à  la  bibliothèque  de 
l'Université  de  Gand  {Documents  divers). 


—    264    — 

• 

quoi  il  s'agit,  je  vous  communique  confidemment  le  mé- 
moire ci  joint,  que  mon  fils  a  présenté  à  Son  Excellence,  en 
conséquence  de  l'examen  qu'il  a  été  chargé  de  faire  des 
inventaires.  Je  vous  prie  de  vouloir  bien  me  le  renvoier, 
lorsque  vous  en  aurez  fait  usage,  et  de  me  marquer,  en 
même  tems,  quand  il  vous  sera  commode  que  mon  fils  se 
rende  à  GancT.  Je  suppose  que  l'inspection  sommaire  qu'il 
doit  prendre,  ne  laissera  pas  que  de  l'occuper  trois  ou 
quatre  jours,  et  j'espère  que  vous  pourrez  lui  donner  un 
commis  qui  soit  en  état  de  l'aider  dans  ses  recherches.  Je 
m'en  remets  néanmoins  bien  volontiers,  et  à  tous  égards, 
à  la  manière  dont  vous  jugerez  à  propos  de  diriger  cette 
besogne. 

J'ai  l'honneur  d'être  avec  une  parfaite  considération, 
Monsieur,  votre  très  humble  et  très  obéissant  serviteur. 

[Signé)  Neny. 

Le  chevalier  Diericx  répondit  aussitôt  qu'il  se 
mettait  tout  à  la  disposition  du  fils  du  chef-prési- 
dent :  «  Je  tâcherai  »,  dit-il  dans  sa  lettre,  datée 
du  23  juillet,  «  je  tâcherai  de  procurer  à  monsieur 
votre  fils  toutes  les  facilités  qui  dépendront  de 
moi;  et,  pour  l'aider  dans  ses  recherches,  je  lui 
procurerai  aussi  un  commis  capable.  Quant  au 
tems  qui  seroit  le  plus  commode  pour  se  rendre 
à  Gand,  en  cas  que  cette  besogne  ne  presse  point, 
je  le  prierois  de  la  différer  jusqu'au  mois  de  sep- 
tembre prochain,  parce  que  nous  sommes  à  la 
veille  de  nos  grandes  vacances,  que  j'avais  déjà 
destiné  d'emploier  en  grande  partie  à  des  vaca- 
tions hors  de  la  ville.  Si,  cependant,  la  besogne 
presse,  je  remettrai  mes  affaires  à  un  autre  tems, 
pour  me  trouver  en  ville  pendant  que  monsieur 


-    265    — 

votre  fils  y  vaquera,  le  priant  de  prendre  son 
logement  chez  moi,  et  d'être  persuadé  que  je  serai 
très  flatté  de  lui  pouvoir  rendre  toutes  [sic]  les 
services  qui  dépendront  de  moi,  et  auxquelles  il 
me  voudra  bien  emploier.  »  Le  29  juillet,  Neny 
remercia  Diericx  de  ses  offres  obligeantes  ;  il  l'in- 
forma que  la  commission  dont  son  fils  avait  été 
chargé  n'était  nullement  pressante,  et  que  rien 
ne  s'opposait,  par  conséquent,  à  ce  que  son  voyage 
fût  remis  au  mois  de  septembre. 

Les  archives  dont  il  s'agit  ici,  sont  celles  qui 
sont  connues  sous  le  nom  d'archives  du  château 
de  Rupelmonde,  et  dont  les  débris  sont  conservés 
aujourd'hui  dans  le  dépôt  d'archives  de  la  pro- 
vince de  la  Flandre  Orientale,  à  Gand.  Dans  une 
notice  historique  sur  ces  archives,  Jules  de  Saint- 
Génois  s'exprime  ainsi  :  «  De  1717  à  1765,  il  n'est 
plus  fait  mention  de  l'ancienne  trésorerie  des 
chartes.  A  cette  époque,  le  comte  de  Neny,  fils 
du  comte  Patrice  de  Neny,  chef  président  du 
Conseil  privé,  fut  chargé  par  l'Impératrice  de 
visiter  les  archives  de  Rupelmonde  et  de  faire  un 
rapport  à  ce  sujet.  Malheureusement  ce  rapport, 
qui  doit  avoir  été  fort  intéressant,  ne  se  trouve 
pas  aux  archives  générales   du  royaume  '.  »  Le 


1  Messager  des  sciences,  1831,  p.  219.  J.  de  Saint-Génois  ajoute  : 
«  En  1770,  le  célèbre  jui'isconsulte  Pl'effel  vint  examiner  ces  titres 
au  nom  du  roi  de  France,  avec  le  conseiller  de  Wynants.  Ce  dernier, 
autorisé  par  le  gouvernement  autrichien,  délivra  à  Pfeffel,  sous  ré- 
cépissé, un  grand  nombre  de  pièces  réclamées  par  la  France...  » 
Nous  avons  découvert  également,  parmi  les  nombreuses  pièces 
manuscrites  conservées  à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Gand 


266 


mémoire  préliminaire  que  nous  avons  retrouvé 
pourra  suppléer,  du  moins  en  partie,  à  ce  rapport 
qui  paraît  perdu. 

Comme  on  a  pu  le  voir,  c'est  en  1763,  et  non 
en  1765,  que  Philippe-Joseph  de  Neny  fut  chargé 


(Documents  divers,  v°  Archives),  la  lettre   suivante   adressée  au 
Conseil  de  Flandre,  et  relative  à  la  mission  de  Pfeffel  : 

L'Impératrice,  douairière  et  reine  : 

Très  cher,  chers  et  féaux.  Sur  le  compte  qui  nous  a  été  rendu 
de  votre  lettre  du  4  décembre  de  l'année  dernière,  nous  vous  faisons 
la  présente  pour  vous  dire  que  le  comte  de  Wynants,  notre  com- 
missaire pour  l'exécution  de  l'article  38  du  traité  du  16  mai  pré- 
cédent, qui  doit  bientôt  se  rendre  à  Gand  avec  le  sieur  Pfeffel, 
commissaire  du  roi  très  chrétien,  y  procédera  à  l'exécution  dudit 
traité,  en  tant  qu'il  peut  être  relatif  aux  papiers  du  dépôt  d'état, 
nommé  improprement  Archive  de  Flandre,  d'après  l'inventaire  qui 
en  a  été  formé  par  nos  ordres  en  1763. 

Pour  ce  qui  concerne  les  papiers  des  autres  dépôts  qui  pourroient 
être  dans  le  cas  de  devoir  être  remis  à  la  France,  c'est  notre  inten- 
tion que  les  deux  commissaires  y  aient  accès,  à  l'intervention  de 
notre  conseiller  fiscal,  comme  cela  s'est  pratiqué  déjà  de  la  part  de 
la  France  dans  les  dépôts  de  Metz  et  de  Nancy. 

Quant  aux  papiers  des  dépôts  de  Lille  et  de  Douay,  que  la 
France  doit  nous  remettre,  cette  restitution  va  se  faire  incessam- 
ment, d'après  les  principes  arrêtés  par  le  traité  du  16  mai  de  l'année 
dernière. 

Au  surplus,  nous  n'avons  vu  qu'avec  surprise  que  le  Bailli  de 
notre  chambre  légale  ait  pu  avancer,  comme  il  l'a  fait  par  sa  décla- 
ration du  9  novembre,  jointe  à  votre  lettre,  que,  par  le  traité  d'Aix- 
la-Chapelle  de  1748,  qu'il  dit  être  inconnu  dans  la  Flandre,  la 
couronne  de  France  nous  auroit  cédé  le  village  de  Watou,  tandis 
qu'il  ne  devoit  pas  ignorer  que  cette  terre  est  passée  sous  notre 
domination  en  vertu  des  traités  d'Utrecht,  de  Ratstadt  et  de  Baden. 
Nous  lui  ferons  connoitre  nos  intentions  sur  cette  erreur,  par  le 
canal  de  votre  chambre  des  comptes.  A  tant,  très  cher,  chers  et 
féaux,  Dieu  vous  ait  en  sa  sainte  garde. 

De  Bruxelles,  le  20  janvier  1770;  paraphé  Ne.  vt.Plus  bas  étoit  : 
par  ordonnance  de  Sa  Majesté,  signé  De  Reul. 


—    267    — 

de  sa  mission.  Déjà  en  17G2,  Marie-Thérèse  avait 
écrit  à  la  chambre  fiscale  de  Flandre  : 

L'Impératrice  Reine, 

Cher  et  féal.  Nous  désirons  que  vous  nous  informiez  inces- 
samment : 

1°  De  l'endroit  où  se  trouvent  actuellement  les  archives 
de  Flandre,  déposées  ci-devant  au  château  de  Rupelmonde; 
2°  Dans  quel  état  sont  ces  archives  ;  si  elles  sont  arran- 
gées en  bon  ordre,  et  d'une  manière  qu'on  peut  facilement 
trouver  les  papiers,  d'après  les  indications  de  l'inventaire  ; 
3°  Vous  Nous  envoyerez   des  copies  authentiques  des 
commissions  de  tous  les  gardes  ou  trésoriers  de  ces  mêmes 
Archives  qui  pourront  se  trouver  dans  les  actes,  depuis  le 
commencement  du  règne  de  l'empereur  Charles  V. 
.  A  tant,  cher  et  féal,  Dieu  vous  ait  en  sa  sainte  garde. 
Brusselles,  le  1  mai  1762.  Ne.  v*. 

Par  ordonnance  de  Sa  Majesté, 
P.Maeia. 

A  la  suite  de  cette  demande,  Diericx  avait  écrit 
la  lettre  suivante,  que  nous  publions  d'après  sa 
minute  autographe  *,  et  à  laquelle  Ph.-J.  de  Neny 
fait  allusion  dans  son  mémoire  : 

Messeigneurs, 

Ensuite  des  ordres  de  VV.  SS.  du  premier  de  ce  mois, 
j'ai  l'honneur  de  les  informer  que  les  archives  de  Flandre, 
déposées  ci-devant  au  château  de  Rupelmonde,  se  trouvent 

1  Sur  la  marge  supérieure,  nous  lisons  cette  note  curieuse  : 

Fait  des  recherches,  6  heures f.  9.00 

Former  cotte  [?],  2  heures   ........      »    3.00 

Mise  au  nette  grosse  4  feuilles. »    1.10 

Copies  autentiques  jointes  grosses  22  feuilles  .  »    4.08 

f.  18.08 


-—    268    — 

actuellement  au  Conseil  en  Flandre,  dans  une  chambre 
communément  ditte  la  chambre  des  fiscaux,  où  ils  [sic] 
ont  été  transportés  du  nouveau  château  de  Gand,  par 
ordre  du  gouvernement  et  à  la  poursuite  des  conseillers 
fiscaux,  en  l'an  1715. 

Ces  archives  y  sont  très  mal  arrangées,  placées  en  partie 
dans  des  tiroires  [?]  ou  lyaittes  [sic]  de  bois,  et  partie  en  des 
coffres  et  liasses.  Elles  sont  confondues  ensemble,  de  sorte 
qu'on  ne  peut  plus  facilement  trouver  les  papiers  d'après 
les  indications  de  l'inventaire.  Je  crois  même  qu'il  y  a  une 
grande  partie  qui  y  manque,  car  j'ai  trouvé  souvent,  en  y 
faisant  des  recherches,  que  les  étiquets  [sic]  ne  contenoient 
plus  les  pièces  spécifiées  par  l'inventaire  que  le  président  de 
Pattin  a  fait  remettre  le...  [15  avril  1762,  au  secrétaire  du 
Conseil  privé,  à  Bruxelles]. 

Le  clerc  juré  de  la  greffe  du  Conseil,  Grimberghen,  qui  y 
est  en  fonction  depuis  cinquante  ans  ou  environ,  m'a  dit 
que,  de  sa  connoissance,  les  fiscaux  y  ont  souvent  fait  des 
recherches,  et  envoyé,  par  ordres  du  gouvernement,  des 
actes  à  Bruxelles;  ce  qui,  suivant  la  tradition,  doit  également 
[être]  arrivé  avant  son  tems;  mais  comme  ils  n'ont  pas  tenu 
note  de  ce  qu'ils  en  tiroient  et  qu'ils  n'observoient  point 
l'exactitude  requise  pour  remettre  les  autres  dans  l'ordre  de 
l'inventaire,  VV.  SS.  pourront  facilement  juger  de  l'état 
dans  lequel  ces  archives  se  trouvent  actuellement l. 

Ces  archives  y  sont  placées  en  fort  mauvais  ordre, 
confondues  et  éparpillées  ensemble,  telles  qu'elles  se  trou- 
voient  au  nouveau  château  de  Gand,  en  l'an  1715.  J'ai 
observé  qu'il  y... 2  reste  cependant  encore  plusieurs  pièces 
curieuses  et  intéressantes,  non  seulement  par  rapport  à  leur 
antiquité,  mais  à  cause  de  la  matière  dont  elles  traittent. 


1  Passage  biffé  sur  la  minute. 

2  Passage  biffé,  sans  importance. 


—  .  209    — 

Je  crois  même  que  ce  seroit  une  chose  à  désirer  pour  le 
service  de  S.  M.  que  ces  pièces  seroient  bien  arrangées  et 
inventoriées  par  ordre  des  matières  et,  nommément,  qu'à 
X avenir,  elles  y  seroient  conservées  'par  un  officier  en  titre, 
tel  que  V  objet  par  oit  requérir  '. 

Quant  aux  commissions  des  gardes  ou  trésoriers  de  ces 
mêmes  archives,  j'ai  parcourra  tous  les  registres  des  com- 
missions et  patentes  du  Conseil,  et  je  n'y  ai  trouvé  que  les 
deux  commissions  ci-jointes  en  copies  autentiques. 

Parmi  quoi,  espérant  d'avoir  satisfait  aux  ordres  de 
W.  SS.,  j'ai  l'honneur  d'être  d'un  très  profond  respect, 

Messieurs, 

De  VV.  SS.  illustrimimes, 
Le  très  humble  et  très  obéissant  serviteur, 
Le  conseiller  fiscal  de  S.  M.  au  Conseil  de  Flandre. 

Gand,  ce  13  may  1762. 

Patente  de  trésorier  des  chartes  de  Flandre,  du  14  d'aoust 
1532,  en  faveur  de  messire  Guillaume  de  Waele,  seigneur 
d'Axpoele.  fo  77  r°. 

Patente  de  trésorier  des  Chartres  de  Flandre,  en  faveur 
de  messire  Louis  Errenbault,  écuier,  seigneur  de  Dudseele, 
en  la  place  de  messire  Jean-Baptiste  Maes,  chevalier  de 
l'ordre  de  Saint- Jacques,  dernier  possesseur  dudit  état; 
7  mars  1668.  fo  249  r°. 


1  Passage  biffé  sur  la  minute. 


—     270     — 


MÉMOIRE  SUR  LES  CHARTRES  DE  FLANDRE. 

Les  Chartres  de  Flandre  ont  été  déposées  et 
gardées  pendant  longues  années  au  château  de 
Rupelmonde,  dont  il  ne  reste  plus  que  les  ruines. 

Pendant  les  troubles  des  Païs-Bas  ' ,  ces  Chartres 
furent  transportées  à  Gand  et  déposées  partie 
dans  une  sale  qui  étoit  audessus  de  celle  où  s'as- 
sembloit  le  chapitre  de  la  cathédrale,  et  partie 
dans  la  tour  du  beffroy. 

En  1594,  le  roy  Philippe  II  jugea  à  propos  de 
les  faire  tirer  de  là,  et  les  fit  déposer  dans  une  sale 
qu'on  venoit  de  construire  exprès  au  nouveau 
château  de  Gand,  c'est  à  dire  dans  la  citadelle. 

Cette  opération  fut  exécutée  par  Conrad  Schetz 
de  Grobbendonck,  conseiller  au  Conseil  des 
finances  2,  par  un  conseiller  du  Conseil  de  Flandre 
et  par  un  conseiller  maître  de  la  Chambre  des 
comptes  de  Lille,  à  l'intervention  de  plusieurs 
membres  du  Magistrat  de  Gand,  tous  spécialement 
commis  pour  cet  effect  par  le  gouvernement.  Ces 
commissaires  eurent  ordre  de  revoir  les  anciens 
inventaires,  de  constater  Tétat  des  papiers,  d'ano- 
ter  ceux  qui  étoient  perdus  ou  égarés,  et  ensuite 
de  remettre  à  messire  Jehan  de  Riehardot,  conseiller 


1  Voyez  les  lettres  patentes  datées  de  Brusselles,  le  30  mars  1594, 
insérées  dans  l'inventaire  [note  de  Neny]. 

2  Conrad  Schets  de  Grobbendonck  était  fils  du  célèbre  Gaspard 
Schets  de  Grobbendonck  et  de  Catherine  d'Ursel  ;  ayant  pris  le 
nom  et  les  armes  d'Ursene  ou  Ursel,  il  devint  la  tige  des  ducs 
d'Ursel  actuels. 


—    271     — 

des  Conseils  cVétat  et  privé  et  président  d'Artois,  ou 
à  son  command  ',  tous  les  actes  qui  constituoient 
les  Chartres  de  Flandre,  moiennant  son  reçu  au 
bas  de  l'inventaire. 

Tout  cela  fut  exécuté,  et  le  nouveau  dépôt  au 
château  de  Gand  subsister  [sic]  jusqu'en  1678, 
ainsi  qu'on  le  dira  ci-après. 

Du  reste,  les  archives  de  Flandre  ont  toujours 
été  sous  la  garde  d'un  trésorier  particulier.  Voici 
la  liste  de  ceux  qui  ont  rempli  cette  place  depuis 
le  commencement  du  règne  de  Charles-Quint,  pour 
autant  qu'on  a  pu  le  découvrir  par  les  comptes  des 
domaines  d'Oostflandre,  reposant  en  la  Chambre 
des  comptes  de  Lille  et  par  d'autres  actes. 

Guillaume  de  Waele,  chevalier,  seigneur  d'Ap- 
poel  [Axpoele]  et  de  Hansbeke,  conseiller  au 
Conseil  en  Flandre  ;  il  fut  pourvu  de  la  place  de 
trésorier,  ou  garde-chartres  de  Flandre,  par  lettres 
patentes  de  Charles,  prince  d'Espaigne,  du  10  août 
1515,  sur  1-a  résignation  qu'en  auroit  faite  l'au- 
diencier  Philippe  Henneton  [Haneton]  *  en  mains 


1  Les  passages  en  italique  sont  ceux  qui  9ont  soulignés  dans 
le  texte. 

2  Philippe  Haneton  avait  été  nommé  trésorier  et  garde  des  chartes 
de  Flandre  en  1506.  Voir  la  notice  que  Mr  Emile  Varenbergh  a 
consacrée  à  ce  personnage  dans  la  Biographie  nationale,  t.  VIII 
(1884-1885),  col.  682-684.  Voici  la  liste  de  ses  prédécesseurs,  d'après 
la  notice  de  J.  de  Saint-Génois  :  Jacques  de  Libaufosse  (1357)  ; 
Pierre  Blanchet  (c.  1387);  Thierry  Gherbode  (1399-1421);  Jean 
de  la  Kéthulle  (1433);  Georges  d'Oostende;  Barthélémy  Trottin 
(1482-1488)  et  Philippe  Numan  (1485-1489).  Il  est  probable  que  ces 
deux  derniers  personnages  exercèrent  quelque  temps  ensemble  la 
fonction  de  garde  des  chartes  de  Flandre,  de  même  que  Pierre 
Blanchet  et  Thierry  Gherbode. 


—     272     — 

du  seigneur  d'Escaubecque,  chanselier.  Le  garde 
des  Chartres  fut  chargé  de  faire  son  serment  entre 
les  mains  du  même  chevalier,  qui  devoit  aussi  le 
mettre  en  possession  de  son  office.  Ses  gages 
étoient  de  J?  120  par  an. 

Par  lettres  patentes  du  15  septembre  de  la  même 
année,  Jean  Caulier  et  Antoine  de  Monteneije, 
seigneur  de  Marque,  conseillers  et  maîtres  des 
requêtes  de  l'hôtel,  furent  commis,  avec  un  auditeur 
et  un  greffier  de  la  Chambre  des  comptes,  à  l'effect 
de  recevoir  de  l'audiencier  Henneton  les  Chartres 
de  Flandre  avec  leurs  inventaires  et  les  clés,  pour 
remettre  ensuite  le  tout  à  Guillaume  de  Waele. 

Charles  Boisot,  conseiller  des  Conseils  d'état  et 
privé,  succéda  immédiatement  à  Guillaume  de 
Waele.  Boisot,  qui  était  à  la  suite  de  l'empereur 
Charles  V,  en  Allemagne  ',  étoit  mort  à  Ratis- 
bonne,  en  1546  2.  Viglius  d'Aytta,  conseiller  au 
Conseil  privé,  lui  succéda  dans  la  place  de  garde 
de  Chartres  de  Flandre,  et  la  conserva  étant  chef 
et  président,  et  ne  s'en  démit  qu'en  1550,  lors 
qu'il  demanda  et  obtient  [sic]  la  place  de  maître 
des  registres  de  Hollande,  vaccante  par  la  mort  de 
Vincent  Cornelissen,  trésorier  général  des  finances. 

Hermès  de  Wingene  [ou  Winghe],  conseiller  au 


1  Analecta  belgica,  tome  I,  page  26  [note  de  Neny]. 

2  Charles  Boisot,  qui  n'est  pas  cité  dans  la.  Biographie  nationale, 
fut  nommé  membre  du  grand  Conseil,  à  Malines,  le  27  décembre 
1531  ;  en  1538,  il  fut  appelé  à  siéger  au  Conseil  d'état  et  au  Conseil 
privé,  où  il  se  distingua  de  manière  à  être  choisi  pour  présider  le 
Conseil  des  affaires  des  Pays-Bas,  à  Madrid.  11  se  trouvait,  le  20  sep- 
tembre 1546,  au  camp  de  Neubourg,  et  c'est  là  qu'il  fut  attaqué  de 
la  dyssenterie  dont  il  mourut  à  Ratisbonne,  où  il  avait  été  transporté. 


—     273    — 

Conseil  privé,  lui  succéda  dans  celle  de  garde  des 
chartres  de  Flandre. 

Par  une  commission  de  l'empereur  de  l'an  1551  ' , 
Philibert  de  Brusselles,  conseiller  au  Conseil  privé, 
fut  chargé  de  se  transporter  au  château  de  Rupel- 
monde,  d'y  recevoir  de  Viglius  les  chartres,  les 
inventaires  et  les  clefs,  et  de  les  remettre  à  Hermès 
de  Wingene. 

Celui-ci  fut  remplacé,  en  1574,  par  le  docteur 
Louis  Del  Rio. 

Gherolff  [?]  Vanderhaegen  lui  succéda  en  1579. 

Dans  les  comptes  de  1582,  on  trouve  Louis 
Hueriblock,  trésorier  des  chartres  de  Flandre. 

En  1583,  Jean  de  Richardot,  président  du 
Conseil  d'Artois,  qui  garda  cette  place  pendant 
qu'il  étoit  chef  et  président,  et  jusques  à  sa  mort 
arrivée  en  1609. 

Depuis  lors,  jusques  en  1627,  les  comptes  ne 
présentent  aucun  paiement  de  gages  au  trésorier 
des  chartres  de  Flandre,  ce  qui  fait  présumer  que 
l'emploi  étoit  demeuré  vaccant. 

Dans  les  comptes  de  1630,  on  trouve  le  paie- 
ment des  gages  de  trésorier  des  chartres  de  Flandre, 
pour  trois  années,  à  Jean-Baptiste  Maes,  conseiller 
au  Conseil  des  finances,  fils  du  chef  et  président 
de  ce  nom,  qui  avoit  été  pourvu,  en  1627,  de  lomce 
de  trésorier  des  chartres  ;  il  mourut  en  1667. 

Par  lettres  patentes  datées  de  Brusselles,  le 
7  mars  1668,   Louis  d'Errembault,    seigneur  de 


1  Le  17  avril  1552,  d'après  la  notice  de  J.  Britz  sur  Philibert  de 
Bruxelles,  dans  la  Biographie  nationale,  t.  III  (1872),  col.  118. 

19 


—     274     — 

Dudzeele,  premier  conseiller  au  grand  Conseil, 
fut  établi  conseiller-trésorier  et  garde  des  Chartres 
de  Flandre,  à  la  place  de  Jean-Baptiste  Maes,  et 
prêta  son  serment  le  10  du  même  mois,  entre  les 
mains  du  chef  et  président  [Charles  de]  Hovyne. 
Lors  de  la  prise  de  Gand  par  les  François,  en  1678, 
Errembault  étoit  président  du  Conseil  de  Flandre. 
L'inquiétude  de  son  esprit-  lui  avoit  attiré  diverses 
affaires  désagréables  et  [il]  finit  par  s'attacher  au 
service  de  Louis  XIV,  qui  le  fit  président  du  Conseil 
souverain  de  Tournay.  Il  paroit  que,  depuis  lui, 
personne  n'a  été  garde  des  Chartres  en  titre  ' . 

En  1762,  le  gouvernement  voulant  être  instruit 
de  l'état  de  ces  Chartres,  on  commença  par  or- 
donner au  président  du  Conseil  de  Flandre  d'en 
envoier  l'inventaire  au  chef  et  président  ;  ce  qui  fut 
exécuté,  moiennant  un  reçu  qui  [sic]  en  donna 
l'un  des  secrétaires  du  Conseil  privé  2. 


1  Voir  la  notice  que  Mr  Emile  de  Borcbgrave  a  consacrée  à  ce 
personnage  dans  la  Biographie  nationale,  t.  VI  (1S78),  col.  6S5-G93. 

2  Voici  le  procès-verbal  de  cette  remise  : 

Op  den  2e"  maerte  1762,  gedraegen  ten  huyze  van  den  heere 
président  vijf  registers  van  de  archiven,  te  weten  eenen  geschreven 
op  parchemijn,  ende  vier  andere  gebonden  in  leer.     • 

Het  registre  gescbreven  op  parchemijn,  bij  ordre  van  den  heere 
président,  gebonden  in  een  envelope,  is  door  dessell's  ordre,  door 
Grimberghe,  op  den  7e11  april  1762,  gegeven  in  handen  van  den 
raedsheer  de  Geus,  om  naer  Brussel  mede  te  draegen,  ende  te  behan- 
digen  in  de  chancellerie  van  privëen  Raedt,  synde  de  resterende 
boecken  wederom  ten  fiscaele  comptoir  beweght. 

Copie  van  récépissé. 

Le  soussigné,  secrétaire  de  Sa   Majesté  en   son   Conseil  privé, 

déclare  d'avoir  reçu  de  Mr  l'avocat  au  grand  Conseil  Sporenbourgh, 

l'inventaire    des    Chartres    de    Flandres,   conservées    ci-devant   au 

château  de  Rupclmonde,  envoyé  audit  Conseil  privé  par  Mr  le  vi- 


—     275    — 

Il  forme  Ain  très  gros  volume  en  vélin,  qui  com- 
prend la  collection  de  différens  inventaires  faits  en 
différens  tems,  à  commencer  avec  celui  dressé  en 
l'an  1387  [1388,  n.  st.]  par  Pierre  Blanchet, 
conseiller  et  maître  de  requêtes  de  l'hôtel,  et  par 
Thierry  de  Gerbode,  secrétaire  de  Philippe  le 
Hardi,  duc  de  Bourgogne,  comte  de  Flandre  \ 

On  voit  par  ces  inventaires  que  les  papiers  qui 
constituoient  le  dépôt  nommé  les  archives  de 
Flandre,  formoient  un  assemblage  d'une  multitude 
d'actes  aussi  intéressans  que  curieux. 

On  y  trouve,  entre  autres,  tous  les  traités 
d'alliance,  de  pais  et  de  commerce  des  anciens 
comtes  de  Flandre  et  des  princes  des  maisons  de 
Bourgogne  et  d'Autriche,  ainsi  que  leurs  traités 
de  mariage  et  ceux  de  leurs  enfans,  avec  les  négo- 
ciations y  relatives  ; 

Le  partage   des  états  et  la  maison  d'Autriche 


comte  de  Patin,,  président  du  Conseil  en  Flandres,  en  conséquence 
des  ordres  de  S.  M. 

FaitàBrusselles,  le  15  d'avril  1762. 

Signé  P.  Maria. 

1  «  Appréciant  l'importance  de  la  trésorerie  des  chartes  et  l'utilité 
qu'il  en  pouvait  tirer  pour  le  soutien  de  ses  droits,  il  [Philippe  le 
Hardi]  nomma,  le  30  septembre  1399,  Gherbode  garde  de  ses 
archives  en  Flandre,  Artois,  Rhételois,  Limbourg,  Outremeuse  et 
Brabant,  au  traitement  de  300  francs  d'or,  avec  la  ville  de  Lille  pour 
résidence...  Jean  sans  Peur  le  confirma  dans  cette  charge,  le  9  août 
1405,  et  Philippe  le  Bon  en  1419.  Gherbode  a  laissé  un  Mémorial, 
conservé  aux  Archives  de  l'État,  à  Bruxelles,  commençant  en  1402, 
finissant  en  1414,  et  indiquant  les  pièces  qui,  dans  cet  intervalle, 
furent  distraites  par  lui  de  la  trésorerie  des  chartes,  d'après  les 
ordres  du  duc  de  Bourgogne  ».  Biograpliie  nationale,  t.  VII  (1880- 
1883),  col.  712,  v°  Thierry  Gherbode  (notice  de  Mr  Emile  de  Borch- 
grave). 


—     270     — 

entre  l'empereur  Charles  V  et  de  [sic]  l'infant 
Ferdinand,  son  frère,  conclu  à  Brusselles,  le  7  fé- 
vrier 1522; 

Les  droits  de  la  maison  d'Autriche  sur  le  duché 
de  Bourgogne;  les  affaires  publiques  des  pro- 
vinces des  Pays-Bas  avant  qu'elles  ne  fussent 
unies  ; 

La  fameuse  contestation  entre  les  maisons  de 
Dampierre  et  d'Avesne  sur  la  succession  aux 
comptes  [comtés]  de  Flandre,  de  Hainaut,  de  Hol- 
lande et  de  Zeelande  ; 

L'incorporation  de  différentes  grandes  terres  à 
la  Flandre,  telles  que  les  pais  de  Terremonde  et 
de  Waes  ; 

La  division  de  la  Flandre  en  impériale  et  fran- 
çoise  ; 

Les  contestations  relatives  à  la  féodalité  de 
cette  province  envers  la  France  ; 

La  féodalité  des  provinces  de  Namur  envers  la 
Plandre  ; 

L'achat  de  la  seigneurie  de  Malines  et  de  la  ville 
d'Anvers  par  les  comtes  de  Flandre  ; 

Beaucoup  d'actes  concernant  la  Franche-Comté, 
les  châtellenies  de  Lille,  Douay  et  d'Orchies,  la 
seigneurie  de  Tournay,  les  terres  de  Mortagne  et 
de  Saint-Amand,  la  prévôté  de  Valenciennes,  les 
villes  de  l'Artois;  les  limites  avec  la  Zeelande,  etc.; 

Les  actes  concernant  la  dissolution  du  mariage 
de  Henri  VIII,  roy  d'Angleterre,  et  de  Catherine 
d'Arragon  ; 

La  fondation  et  la  consistance  des  dignités  et 
bénéfices  ecclésiastiques  ; 

Plusieurs  bulles  des  papes  et,  nommément,  pour 


—     277    — 

lever  des  décimes  sur  le  clergé  à  l'occasion  des 
guerres  contre  les  Turcs  ; 

Nombre  d'actes  sur  les  droits  de  la  puissance 
souveraine  relativement  aux  affaires  ecclésias- 
tiques ; 

Les  révoltes  des  villes  de  Flandre  et  les  traités 
de  conciliation; 

Le  meurtre  de  Jean-sans-Peur  et  la  réparation 
qu'en  fit  Charles  VIII,  roy  de  France; 

Les  affaires  du  fameux  connétable  de  Saint-Pol 
et  la  confiscation  de  ses  biens  ; 

Les  droits  de  la  jurisdiction  des  Templiers  et  la 
donation  de  quelques-uns  de  leurs  biens  aux  frères 
de  l'hôpital  de  Saint-Jean  (aujourd'hui  chevaliers 
de  Malte)  ; 

En  un  mot,  une  multitude  de  correspondances, 
d'actes,  de  traités,  presque  tous  en  orriginal  [sic], 
et  qui  sont  d'une  si  grande  importance  que  ce 
dépôt  étoit  vraisemblablement  le  plus  précieux 
qu'il  y  eût  en  Europe. 

Ce  coup-d'œil  général  fait  apercevoir  que  le 
dépôt  qualifié  improprement  de  Chartres  de  Flandre 
étoit  véritablement  un  archive  d'état  ;  ce  que  l'on 
reconnoît  encore  par  le  rang  et  la  qualité  de 
quelques-uns  de  ceux  qui  en  ont  eu  la  garde. 

Il  conste  par  les  inventaires  que  ces  papiers 
étoient  rangés  dans  différentes  armoires,  layettes, 
chaisses  [caisses]  ou  coffres,  dont  la  plupart  étoient 
distingués  par  une  marque  particulière,  telle  qu'un 
poisson,  une  boutteille,  un  peigne,  un  étrille,  etc. 
L'ordre  n'étoit  ni  juste  ni  méthodique  ;  car  il  y  a 
telle  caisse  qui  renfermoit  un  traité,  tandis  que 
les  actes  relatifs  à  la  négociation  de    ce  même 


—    278     — 

traité  ou  sa  ratification  se  trouvoit  [sic]  dans  un 
autre. 

Du  reste,  les  François,  possesseurs  de  Gand 
en  1678,  enlevèrent  du  château  une  partie  des 
archives,  et  le  président  Errembault  emporta  pa- 
reillement, de  son  côté,  divers  papiers,  tant  du 
dépôt  du  château  que  des  archives  du  Conseil  de 
Flandre. 

Les  premiers  furent  transportés  d'abord  à  la 
Chambre  des  comptes  de  Lille,  et  les  autres  y 
furent  transportés  de  même  dans  la  suite,  à  la 
mort  du  président  Errembault. 

Les  ministres  du  roy  catholique  au  Congrès  de 
Nimègue,  étant  informés  de  ces  procédés,  ils  in- 
sistèrent sur  la  restitution  des  papiers  et,  confor- 
mément à  leur  demande,  il  fut  stipulé,  art.  20  du 
traité  de  paix  conclu  dans  cette  ville  en  1678, 
«  que  tous  les  papiers,  lettres  et  documens  concer- 
«  nant  les  païs,  terres  et  seigneuries  qui  seront 
«  cédées  et  restituées  aux  deux  rois,  seroient  four- 
ce  nis  et  délivrés  de  bonne  foy  de  part  et  d'autre 
«  dans  trois  mois  après  que  les  ratifications  du 
«  traité  auroient  été  échangées,  en  quelques  lieux 
«  que  lesdits  papiers  et  documens  se  puissent 
»  trouver,  même  ceux  qui  auroient  été  enlevés  de  la 
«  citadelle  de  Gand  et  de  la  Chambre  des  comptes 
«  de  Lille.  » 

Cette  stipulation  fut  répétée  et  renouvellée 
encore  dans  les  mêmes  termes,  art.  16  du  traité 
de  Riswick  de  1697.' 

Il  est  apparent  qu'on  en  espéra  l'exécution  en 
1700;  car,  dans  un  acte  du  29  mars  de  cette 
année,  par  lequel  l'électeur  de  Bavière  commit  le 


—    279    — 

secrétaire  du  Conseil  privé,  Le  Roy,  à  l'effect  d'aller 
recevoir  les  papiers  qui  dévoient  être  rendus  en 
conséquence  du  traité  de  Reswick,  il  est  dit  que 
le  marquis  de  Forcy  avoit  déclaré  à  l'ambassadeur 
du  roy  catholique  que  le  roy  très  chrétien  avoit 
déjà  donné  l'ordre  pour  que  lesdits  papiers  fassent 
délivrés.  Mais  il  n'en  est  rien  résulté,  non  plus  que 
de  la  réclamation  de  ces  mêmes  papiers  que  firent 
les  commissaires  de  l'empereur  Charles  VI  aux 
conférences  de  Lille,-  parmi  mémoire  du  18  jan- 
vier 1717. 

Depuis  lors,  il  n'en  a  plus  été  question,'  sauf 
que  le  chef  et  président  en  parla,  pendant  sa  mis- 
sion à  Paris,  en  1752,  à  feu  M.  de  Sechelle,  alors, 
intendant  de  Lille. 

11  n'y  a  plus  de  papiers  aujourd'hui  au  château 
de  Gand;  ceux  qui  y  étoient  demeurés  furent 
transportés,  en  1715,  à  la  chambre  fiscale  du 
Conseil  de  Flandre  par  les  ordres  du  gouverne- 
ment et  à  la  diligence  des  conseillers  fiscaux. 

Le  conseiller  fiscal  actuel  Diericx,  de  qui  on 
tient  cette  particularité,  ajoute  dans  une  lettre  du 
13  mai  1762  «  que  les  papiers  sont  placés  en 
«  partie  dans  des  layettes  et  partie  dans  des 
«  coffres,  qu'ils  sont  très  mal  arrangés  et  confon- 
«  dus  ensemble,  de  sorte  qu'on  ne  peut  plus  les 
«  trouver  d'après  les  indications  de  l'inventaire; 
«  qu'une  grande  partie  des  actes  spécifiés  dans 
«  l'inventaire  manque;  que,  dans  les  liasses  éti- 
«  quettées,  on  trouve  souvent  des  papiers  qui 
«  n'ont  rien  de  commun  avec  l'annonce  de  l'éti- 
«  quette;  que,  cependant,  il  reste  encore  plusieurs 
«  pièces  curieuses  et  intéressantes,  non  seulement 


—     280    — 

«  par  rapport  à  leur  antiquité,  mais  à  cause  de 
«  la  matière;  et  il  croit  que  ce  seroit  une  chose 
«  à  désirer  pour  le  service  de  S.  M.  qu'elles 
«  fussent  arrangées  et  inventoriées  par  ordre  des 
«  matières.  » 

Il  résulte  de  ce  tableau  que  nous  ignorons  ce  qui 
nous  reste  des  débris  de  l'ancien  archive  de  Flandre, 
que  nous  ignorons  également  quelles  sont  les  pièces 
que  les  François  ont  enlevées  ;  que  les  anciens  in- 
ventaires sont  devenus  totalement  inutiles  pour 
la  recherche  des  actes;  en  un  mot,  que  tout  est 
dans  les  ténèbres  et  dans  la  confusion. 

Il  est  probable  que  les  François  possèdent  les 
actes  les  plus  essentiels,  car  feu  M.  Jean  Godefroy, 
directeur  des  archives  de  la  Chambre  des  comptes 
de  Lille,  homme  d'une  [sic]  mérite  distingué,  en  a 
publié  un  grand  nombre  dans  l'édition  des  Mé- 
moires de  Commines  faite  par  ses  soins  chez 
Coppens,  à  Brusselles,  en  1723  '. 

On  croit  communément,  tant  dans  les  Païs  Bas 
qu'en  France,  que  ces  actes  font  partie  des  archives 
de  la  Chambre  des  comptes  de  Lille;  mais  c'est  un 
[sic] erreur,  caries  chambres  des  comptes,  dans  leur 
principe,  n'ont  pas  été  destinées  à  être  le  dépôt 
des  monumens  qui  regardent  les  affaires  d'état, 
quoiqu'on  y  enregistroit  les  traités  de  pais,  comme 
on  les  enregistroit  aussi  au  grand  Conseil  de 
Malines  et  aux  parlemens  de  France  2. 


1  V.  Ferd.  Vander  Haeghen,  Th.-J.-I.  Arnold  et  R.  Vanden 
Berghe,  Bibliotheca  belgica,  C.  202. 

2  Extrait  des  Mémoires  sur  l'intendance  de  Flandre,  imprimés  à 
Brusselles  en  1738,  page  35  :  «  Les  titres  et  registres  de  la  chambre 


—     281     — 

On  a  vu  ci-dessus  que  c'est  par  hazard  que  les 
actes  dont  il  s'agit  se  trouvent  à  la  Chambre  des 
comptes  de  Lille,  sur  le  môme  pied  que  les  archives 
du  Conseil  d'état  des  Pais  Bas  ont  été  transportés, 
en  1744,  à  la  Chambre  des  comptes  de  Brusselles, 
en  vertu  d'une  disposition  spéciale  du  gouverne- 
ment, parce  qu'elles  se  trouvoient  dans  un  mauvais 
emplacement  à  la  fausse  porte  de  Namur,  aujour- 
d'hui démoulie  [sic]. 

Quoiqu'il  en  soit,  nous  n'avons  pas  renoncé  au 
droit  de  revendiquer  les  papiers  dont  il  s'agit, 
droit  qui  appartient  incontestablement  à  S.  M., 
en  vertu  des  traités  de  Nimègue  et  de  Eeswick, 
confirmés  par  les  traités  subséquens. 

On  pourra  le  faire  valoir  lorsqu'on  reprendra  la 
négociation  entamée  à  Paris,  en  1752,  sur  toutes 
les  contestations  en  général  ;  mais,  en  attendant, 
il  paroit  n'être  point  indifférent  d  envoier  quel- 
qu'un à  Gand,  pour  jetter  un  coup  d'œil  sur  les 
papiers  de  l'ancien  archive  éparpillés  dans  la 
chambre  fiscale,  et  examiner  s'il  en  reste  d'inter- 
ressans,  surtout  relativement  aux  négociations, 
traités  d'alliance,  de  mariage,  de  paix  et  de  com- 
merce, ainsi  qu'aux  affaires  avec  la  cour  de  Rome 
et  autres  matières  d'état. 

Celui  que  S.  A.  R.  trouvera  bon  de  donner  cette 


«  des  comptes  ne  sont  pas  les  seuls  qui  y  sont  renfermés  (dans 
«  l'hôtel  de  la  chambre  à  Lille)  on  y  a  mis  encore  les  Chartres  du 
«  pays,  qui  sont  dans  un  lieu  séparé  que  l'on  nomme,  pour  ce  sujet, 
«  \3Ltour  des  chartres  ;  il  faudroit  entrer  dans  le  détail  de  presque 
«  tous  les  titres  qui  y  sont  pour  en  connoitre  l'importance  ;  il  suffit 
«  de  dire  qu'il  y  a  14  à  15  milles  orriginaux  [sic]  ou  copies  auten- 
tiques.  »  [note  de  Neny]. 


—    282     - 

commission  devra,  d'après  les  notions  qu'il  aura 
prises  sur  les  lieux,  s'expliquer  nommément  sur 
l'importance,  le  volume  et  la  quantité  des  actes 
qu'il  jugera  mériter  les  attentions  du  gouverne- 
ment, de  même  que  sur  la  question  s'il  convient 
ou  pas  de  les  faire  transporter  à  Brusselles,  afin 
d'y  être  inventoriés  et  gardés,  soit  dans  un  dépôt 
séparé  sous  un  trésorier  particulier,  soit  dans  le 
dépôt  général  des  archives  du  Conseil  d'état. 

La  décision  de  ce  dernier  point  dépendra  de  la 
quantité  d'actes  qui  nous  reste  et  de  la  conve- 
nance qu'il  pourroit  y  avoir  à  les  tenir  séparés, 
dans  la  vue  de  les  réunir  un  jour,  soit  avec  la 
totalité,  ou,  du  moins,  avec  une  partie  de  ceux  qui 
ont  été  enlevés  par  les  François. 

Brusselles,  le  10  juillet  1763,  étoit  signé  Phi. 
Jo.  de  Neny. 

Nous  n'avons  guère  de  renseignements  sur  l'au- 
teur de  ce  mémoire,  Philippe- Joseph  de  Neny,  qui 
fut  grand  bailli  et  président  des  Etats  de  Tournai 
et  du  Tournaisis  et  qui  se  rendit  plus  tard  à  Paris. 
Lorsque  la  révolution  française  éclata,  il  ouvrit 
une  librairie  près  du  palais  de  l'Institut,  pour 
échapper  à  la  proscription.  Il  se  trouvait  encore 
à  Paris,  en  1807;  car  nous  le  voyons  assister,  le 
8  octobre  de  cette  année,  à  une  réunion  d'artistes 
belges  présidée  par  Charles  Van  Hulthem  ' . 

Paul  Bekgmans. 
(A  continuer.) 

1  V.  Annuaire  de  l'Académie  royale  de  Bruxelles,  1835,  p.  89. 


283 


LES 

SEIGNEURIES  DU  PAYS  DE  MALINES 


KEERBERGEN 


ET 


SES     SEIGNEURS 


^oC-51(Ç>»- 


NOTICE  HISTORIQUE  SUR  LE  VILLAGE. 

Au  commencement  du  XIIe  siècle,  il  existait,  à 
Keerbergen,  une  chapelle  qui  relevait  du  monas- 
tère de  Bornhem.  L'appauvrissement  de  cette 
abbaye  obligea  son  abbé  Siegfried  à  supplier 
l'évêque  de  Cambrai  de  la  soumettre  au  puissant 
couvent  d'Afflighem.  Compatissant  à  la  misère 
des  religieux  de  Bornhem  (desolationi  condolentes), 
l'évêque  Burchard  annexa  leur  abbaye  à  celle 
d'Afflighem,  par  diplôme  de  l'année  1120.  Il  y 
joignit  les  appendances  de  Bornhem  à  Havesledunc 
(de   nos  jours    Xattenhaesdonck,   à  Hingene)   et 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor.,  2me  liv.  1S90,  p.  158. 


—     284     — 

"Ring en,  de  même  que  les  chapelles  de  Keréberga 
et  de  Rimenham  (Rijmenam),  avec  les  alleux  et 
autres  possessions  y  rattachés,  et  les  autels  de 
Meerbeek  et  de  Beijssem.  A  l'occasion  de  cette 
cession,  l'évêque  abolit  la  règle  de  Saint- Augustin 
qui  avait  été  suivie  à  T3ornhem.  Aux  termes  du 
diplôme,  cette  abbaye  était  alors  presque  réduite 
à  néant  (fere  ad  nihilum  redacta). 

A  la  suite  d'une  requête  de  la  comtesse  Clé- 
mence de  Flandre,  cette  cession  fut  ratifiée  par  le 
pape  Calixte  II,  frère  de  cette  princesse  '. 

L'ancienne  église  de  Keerbergen,  qui  se  trouvait 
près  de  la  Dyle,  nous  l'avons  dit,  fut  complè- 
tement détruite  par  le  feu,  dans  les  guerres  qui 
dévastèrent  les  Pays-Bas,  au  commencement  du 
XVIIe  siècle.  L'église  actuelle  provient  d'agran- 
dissements successifs  de  la  chapelle  consacrée 
aux  S. S.  Antoine  et  Barbe,  chapelle  qui  avait 
été  dotée  de  fonts  baptismaux  en  1570  2.  Le 
chœur  date  de  1752  et  le  clocher  de  1764.  L'édi- 
fice, sans  style,  dont  l'intérieur  n'est  pas  dépourvu 
de  charme,  a  un  extérieur  des  plus  insignifiants. 

Du  mobilier  de  l'ancien  temple,  on  n'a  retrouvé 
dans  les  ruines  qu'une  sonnette  portant  cette 
inscription  :  Loft  gode  van  al.  Ghegooten  in 
't  jaer  M.D.L.I,  et  un  encensoir  en  cuivre,  de 
forme  hexagonale,  dont  chacune  des  six  faces  est 
percée  de  deux  fenêtres  et  d'un  œil-de-bœuf. 

Le  24  septembre  1659,  Claude  Humbloet  coula, 


1  Miraeos,  Opéra  diplomatica ,  I,  p.  170  et  171. 
s  Messager    des  sciences   historiques,    1890,   p.    59.    Comp.    Van 
Gestel,  Historia  archiepiscopatus  mechliniensis . 


—    285    — 

au  cimetière  de  Boort-Meerbeek,  trois  cloches, 
l'une  pour  cette  dernière  paroisse,  les  deux  autres 
pour  Keerbergen.  Sur  la  plus  grande  de  celles-ci, 
pesant  497  livres,  on  lisait  :  Sancte  Michel  ora 
pro  nobis,  in  Keerbergen;  sur  la  plus  petite, 
d'un  poids  de  334  livres  :  Sancte  Antoni  ora 
pro  nobis  in  Keerbergen.  Elles  furent  bénies  le 
26  septembre. 

En  1764,  on  en  commanda  une  nouvelle,  qui  est 
la  petite  cloche  actuelle.  Elle  mesure  0,78  mètre 
de  haut  et  porte  :  „  Andréa  s  van  den  Gheijn  me 
fudit  Lovanii  anno  1764.  Son  bord  est  assez 
détérioré  ;  cela  fait  supposer  qu'on  l'a  ôtée  pendant 
l'invasion  des  Français,  qui,  on  le  sait,  se  plai- 
saient à  détruire  toutes  les  cloches  dont  ils  pou- 
vaient s  emparer.  Sur  la  grande  cloche,  haute  de 
0,93  mètre,  on  lit  :  Andréas  van  den  Gheijn  me 
fudit  Lovanii  anno  1819.  Jacobus  Evariste  Beke 
Antwerpiensis  pastor  in  Keerbergen.  Justin  Fr. 

BOUJOZ     MEIJER    EN     PETER.     DoROTHÉ     AuGUSTINE 

Cammaerts  meter.  Glm.  Verlinden  Fabrieck- 
meester.  Henri  Claes  en  Jan  Van  der  Roost, 
kerkmeesters. 

Au-dessus  du  maître-autel,  il  y  a  un  tableau 
peint  par  Verreijdt  '  en  1843  ;  c'est  une  représen- 
tation des  disciples  d'Emmaûs,  à  table  avec  le 
Christ,  sans  valeur  artistique.  Dans  la  boiserie  du 
chœur,  on  trouve,  à  droite,  sculptée  en  relief, 
la  Justice,  et,  à  gauche,  David  jouant  de  la  harpe. 

i  Et  non  pas  Verzijl,  version  erronée  d'une  brochure  dont  noue 
allons  parler  plus  loin. 


—     286    — 

Le  banc  de  communion  en  chêne,  bien  travaillé 
à  jour,  fut  achevé  en  1792  :  il  présente,  au  milieu, 
T Agneau  sur  la  Croix,  et,  sur  les  côtés,  deux 
anges.  C'est  l'œuvre  du  sculpteur  S.  van  Geel,  à 
Malines,  qui  toucha  pour  son  travail  250  florins 
et  18  sous. 

Les  confessionnaux,  en  chêne,  sont  surmontés  des 
bustes  de  Madeleine  et  de  Saint-Pierre.  La  chaire 
de  vérité  est  belle.  Deux  escaliers  y  montent.  Elle 
est  placée  sous  un  dais  octogone  dont  deux  anges 
relèvent  les  draperies.  Sur  cette  chaire,  on  voit, 
très  finement  sculpté  en  haut-relief,  Saint- Antoine 
en  prières  devant  un  crucifix,  et  ayant  son  com- 
pagnon à  ses  pieds.  Elle  repose  sur  un  bloc  repré- 
sentant une  grotte.  A  l'entrée  de  celle-ci  est  couché 
un  taureau  ;  à  droite  de  la  grotte  se  tient  l'archange 
Michel,  patron  de  l'église,  levant  la  main  vers  le 
ciel,  et  ordonnant  à  l'évêque  de  Siponto,  placé  à 
sa  gauche,  de  bâtir  une  église.  Cette  sculpture 
représente  l'apparition  de  Saint-Michel  sur  le 
montGargano,  en  Italie,  prodige  dont  le  souvenir 
est  célébré  par  l'église  le  8  mai. 


Bans  une  brochure,  publiée,  en  1861,  par  J.  B. 
van   den  Bruel,   curé    de    Haecht  ',   nous   avons 


1  Beschrijf  der  Dorpen  van  het  kanton  Haecht,  etc.  (Louvain, 
chez  C.  J.  Fonteijn).  Cette  brochure  est  très  rare.  Il  convient  de 
ne  s'en  servir  qu'avec  la  plus  grande  circonspection  :  elle  fourmille 
d'inexactitudes  dont  un  grand  nombre  sont,  apparemment,  dea 
fautes  d'impression.  C'est  ainsi  cpie  des  époux  Catherine  de  Berlaer 
et  Jean  de  Cortenbach,  on  a  fait  Katharina  van  Rillaer  et  Joannes 


—     287     —  . 

trouvé  une  liste  des  curés  de  Keerbergen.  Grâce 
à  M.  le  chanoine  Bogaerts,  archiviste  de  l'archi- 
diocèse  de  Malines,  dont  l'extrême  obligeance  ne 
se  dément  jamais,  nous  sommes  à  môme  de  rec- 
tifier cette  liste  en  plusieurs  endroits  et  de  la  com- 
pléter par  quelques  noms  et  des  détails  biogra- 
phiques. 

Le  premier  curé  connu  de  Keerbergen,  c'est 
Jean  Boels;  on  le  cite  en  1467  (ailleurs  en  156.). 
Jean  Achelpoel  y  était  curé  en  1569.  Après  lui, 
nous  trouvons  Christophe  Schroots,  puis  Chris- 
tophe Cuppens,  qui  resta  en  fonctions  jusqu'en 
1597.  Il  eut  pour  remplaçant  Henri  Hoolaerts,  ou 
Holartius,  curé  jusqu'en  1603.  De  son  temps, 
l'église  servit  de  camp  retranché  aux  troupes,  et 
il  dut  faire  les  offices  dans  la  chapelle.  En  1604, 
André  Cocx  et  ensuite  un  religieux,  célestin 
d'Héverlé,  nommé  Chrétien  (van)  Eermeghem  ou 
Vermeersch,  desservirent  provisoirement  la  cure. 
Ce  dernier  fut  nommé  curé  l'année  suivante,  mais 
quitta  la  paroisse  en  1606,  pour  passer  à  Rijme- 
nam.  Son  successeur,  Henri  Lijsbrechts,  décéda 
en  1607.  On  nomma  à  sa  place  Émérique  van 
Cappelhof  ou  Capelhovius.  En  1637,  est  signalé 
Symphorien  (alias  Louis)  van  der  Linden,  qui 
paraît  avoir  été  desservant  ad  intérim  jusqu'en 
1641.  Guillaume  Lanen  fut  investi  de  la  cure 
l'année  suivante;    il  la  conserva  jusqu'en   1668, 


Cortenback;  Ivain  de  Cortenbach,  est  devenu  Verwuns  van  Corten- 
back;  le  nom  du  peintre  Verreijdt,  auteur  du  tableau  du  maître- 
autel,  est  tronqué  en  Verzeijl;  le  bameau  de  Kortewelvaart  est 
transformé  en  ruisseau  du  nom  de  Kortenelvaert,  et  ainsi  de  suite, 


—    288    — 

année  de  sa  mort.  Après  lui,  Adrien  Heijlen  prit 
possession  de  la  paroisse  et  l'administra  jusqu'au 
8  janvier  1695.  Il  décéda  en  1722  et  fut  inhumé 
dans  le  chœur  de  l'église.  Sa  place  avait  été 
donnée  à  Florent  Couplet,  licencié  en  théologie, 
qui  fut  nommé  en  1700,  à  Puers,  et  le  11  octobre 
1707,  curé  de  Sainte-Catherine,  à  Malines.  Sa  suc- 
cession à  Keerbergen  avait  été  recueillie,  en  1701, 
par  Pierre  Goossens,  curé  jusqu'à  sa  mort,  qui  eut 
lieu  le  29  avril  1704.  Sa  dépouille  mortelle  fut 
déposée  dans  le  chœur  de  l'église. 

Les  fonctions  sacerdotales  furent  alors  exercées 
par  Edmond  Britsens,  natif  de  Lierre,  qui  avait 
été,  depuis  douze  années,  curé  à  Holsbeek.  Il 
mourut  le  13  avril  1716,  âgé  de  52  ans,  et  fut 
inhumé  dans  le  chœur.  Son  successeur,  Théodore 
(van)  Pioelen,  décéda  en  fonctions  le  18  novembre 
1728.  L'année  suivante  fut  nommé  curé  de  Keer- 
bergen Pierre  Aerts,  né  en  1693,  qui  avait  été 
pendant  trois  années,  curé  à  Hauwaert,  et  pen- 
dant cinq  années,  curé  à  Cortenaeken.  La  mort 
mit  un  terme  à  sa  carrière  le  17  mai  1744. 

Jean  Muls  fut  mis  en  possession  de  la  cure,  peu 
après;  il  trépassa  le  3  mars  1760,  à  l'âge  de  48  ans. 

Les  épitaphes  de  ces  deux  derniers  se  voyaient, 
autrefois,  au  chœur  de  l'église. 

Jean  Chrysostome  Deckers,  devenu  curé  en 
1760,  décéda  le  28  janvier  suivant;  on  conféra  sa 
place,  en  la  même  année,  à  Louis  de  Bisc(h)op, 
qui  mourut  le  7  avril  1773.  Le  24  juin  de  la  même 
année,  Jacques  Bernard  Schepens,  natif  de  Hau- 
tem-Saint-Liévin,  devint  curé  de  Keerbergen;  il 


—    289    — 

mourut,  eu  l'exercice  de  ses  fonctions,  le  20  dé- 
cembre 1799. 

Au  commencement  du  nouveau  siècle,  la  paroisse 
fut  desservie,  pendant  18  mois,  par  J.  C.  van 
Hamme,  qui  se  retira  à  Crainhem  où  il  finit  ses 
jours.  Après  lui,  Charles  Sixte  Fransman,  né  à 
Ninove,  remplit  les  fonctions  de  curé  pendant 
deux  ans  et  douze  jours.  Il  fut  nommé  successi- 
vement, curé  à  Dieghem  (1803),  curé  à  Lembecq 
(en  1812)  et  doyen  du  district  de  Hal.  Il  passa  de 
vie  à  trépas  le  18  août  1818,  âgé  de  48  ans. 

Son  remplaçant  fut  Guillaume  Beijer,  natif  de 
Parc,  près  de  Louvain,  curé  à  Helderghem  (district 
d'Alost),  en  1773,  et  chanoine  de  la  cathédrale  de 
Bruges,  en  1791.  La  mort  l'enleva  le  28  mai  1806. 
Jean  François  de  Prêter,  originaire  de  Rillaer, 
d'abord  vicaire  à  Aerschot,  devint  curé  à  Keer- 
bergen  le   2   du  mois  suivant;   il  mourut  tel  le 

10  septembre  1814.  A  celui-ci  succéda,  19  jours 
après,  Jean  François  Neijs,  né,  en  1766,  dans  le 
même  village  que  le  précédant,  depuis  1802  curé 
à  Beggijnendijck.  La  mort  l'arracha  à  ses  parois- 
siens de  Keerbergen  le  18  novembre  1818. 

Sa  place  fut  attribuée  à  Jacques  Evariste  Beke  ; 
né  à  Anvers,  le  17  février  1791.  Ce  nouveau  curé 
avait  déjà  été  vicaire  à  Keerbergen  et  à  Diest, 
puis  chapelain  à  Assént.  Il  fut  appelé  à  la  cure 
d'Oeleghem  en  septembre  1822  et  y  mourut  le 
4  avril  1867.  Guillaume  Poncelet,  né  à  Diest,  le 
13  octobre  1790,  vicaire  à  Sempst,  depuis  1813, 
fut  nommé  curé  à  Keerbergen  le  31  octobre  1822. 

11  prit  possession  de  sa  place  quatre  jours  après  et 
décéda  le  20  mai  1859. 

20 


—     290     — 

Le  24  du  mois  suivant,  Corneille  van  Horck,  né 
à  Duffel  en  1811,  vicaire  à  Wilsele,  depuis  le 
14  août  1839,  lui  succéda  et  desservit  Keerbergen 
jusqu'au  22  août  1872,  jour  de  sa  mort. 

Les  pierres  tombales  de  ces  deux  derniers  se 
trouvent  au  cimetière  du  village. 

Depuis  le  21  septembre  1872,  les  fonctions 
sacerdotales  ont  été  exercées  par  Victor  Jacques 
Verhaegen.  Ce  curé  naquit  à  Wuestwezel,  le 
9  juillet  1824.  Sacré  prêtre  le  20  décembre  1851, 
il  devint,  successivement,  coadjuteur  à  Kiezeghem 
(1852),  vicaire  à  Lillo  (1854)  et  vicaire  à  Vorsse- 
laer  (1860). 

Keerbergen  était  compris,  autrefois,  dans  le 
quartier  de  Hoogstraten. 

Lorsque,  en  1521,  Charles-Quint  fit  faire,  dans 
le  Brabant,  une  levée  de  12000  hommes,  pour  sa 
guerre  contre  François  Ier,  le  quartier  de  Hoog- 
straten eut  à  fournir,  au  marquisat  d'Anvers, 
un  contingent  de  232  hommes,  calculés  sur  1624 
foyers .  Keerbergen ,  qui  était  évalué  alors  à 
75  foyers,  dut  donc  intervenir,  proportionnelle- 
ment pour  10  9/\o  hommes.  La  part  que  le  village 
eut  à  payer,  à  la  même  époque,  dans  les  contri- 
butions ordinaires  {gewoone  beden)  imputées  au 
quartier  de  Hoogstraten,  s'élevait  à  310  livres. 

Pour  l'évaluation  des  foyers,  on  semble  s'être 
basé  sur  un  recensement  de  la  fin  du  siècle  précé- 
dent. Dans  la  première  moitié  de  ce  siècle,  le 
village  avait  eu  une  importance  bien  plus  consi- 
dérable ;  il  résulte,  en  effet,  d'un  recensement  fait, 


—    291    — 

en  1435,  dans  les  neuf  quartiers  du  marquisat, 
que  Keerbergen  représentait,  alors,  136  foyers  — 
ce  que  nous  estimons  à  environ  900  habitants  — 
et  qu'il  y  avait  treize  pauvres  à  charge  de  la 
commune  \ 

Au  XVIe  siècle,  époque  tragique  par  excellence, 
notre  village  fut  terriblement  éprouvé  par  les 
guerres  qui  ensanglantèrent  les  Pays-Bas. 

Après  avoir  assiégé  en  vain  Anvers,  le  redou- 
table Martin  de  Rossum,  seigneur  de  Poederoeijen, 
s'était  jeté  sur  Lierre  et,  là,  la  garnison  lui  avait 
fait  une  réception  telle  qu'il  avait  dû  renoncer  à 
s'emparer  de  la  place.  Sa  retraite  fut  désastreuse 
pour  la  contrée  qu'il  eut  à  traverser  :  la  sol- 
datesque répandit  l'épouvante  sur  son  passage.  Les 
bourgs  de  Duffel  et  de  Waelhem,  avec  l'abbaye  de 
Roosendael,  furent  réduits  en  ruines.  Malines  fut 
menacé;  beaucoup  de  villages,  dont  Schrieck, 
Keerbergen  et  Wespelaer,  furent  pillés,  d'autres 
mis  à  feu  et  à  sang. 

Le  7  juillet  1578,  l'armée  des  États-Généraux 
établit  son  camp  dans  la  bruyère  entre  Lierre  et 
Herenthals.  De  là,  pour  se  procurer  des  vivres,  les 
troupes  firent  des  incursions  dans  les  localités 
voisines,  y  pillèrent  les  habitations  et  détrui- 
sirent les  récoltes.  Les  malheureux  campagnards 
se  réfugièrent,  en  grand  nombre,  avec  leur  bétail, 
derrière  les  remparts  de  Lierre  ;  la  plupart  des  ani- 

1  Mertens  et  Tores,   Geschiedenis  van  Antwerpen  (1845),  t.  I, 
pp.  453  et  suivantes. 


-     292     — 

maux  y  moururent  faute  de  fourrage.  Le  23  juillet, 
le  camp  fut  transféré  à  Keerbergen,  qui  eut  parti- 
culièrement à  souffrir.  A  quelques  jours  de  là  fut 
livrée  la  fameuse  bataille  de  Rijmenam,  où  Tannée 
des  États  -  Généraux  l'emporta  sur  Don  Juan 
d'Autriche  qui  était  venu  l'attaquer  (1er  août)  \ 

En  1774  eut  lieu  à  Keerbergen  l'exécution  de 
l'archer  Jean  Jacques  d'Arbusier,  condamné  à 
avoir  la  tête  tranchée.  Le  maître  des  hautes-œuvres 
de  Bruxelles,  s'étant  fait  remplacer  par  son  fils 
dont  il  avait  garanti  l'adresse  dans  cette  sinistre 
besogne,  l'exécution  fut  si  meurtrière  qu'après  le 
premier  coup  manqué,  le  bourreau  improvisé  et  un 
de  ses  aides  durent  venir  plusieurs  fois  à  la  charge 
pour  séparer  la  tête  du  corps,  ce  qui  fit  frémir  tous 

les  spectateurs A  la  suite  d'une  plainte  du  dros- 

sard,  le  Conseil  privé  présenta,  de  ce  chef,  une 
requête  au  gouverneur  général  pour  que  celui-ci 
enjoignît  au  magistrat  de  Bruxelles  une  plus  grande 
circonspection  dans  le  choix  du  bourreau  \ 

En  1346  et  1376,  les  échevins  de  Keerbergen 
portaient  dans  leur  sceau  un  écu  à  trois  pals; 
légende  :  f  S...  Scabinokum  de  Keerberghe  5. 

Il  ne  nous  a,  malheureusement,  pas  été  donné 
de  rencontrer  d'autres  sceaux  scabinaux  de  notre 


1  Comp.  Van  Lom,  Beschrijving  der  Stad  Lier,  et  Anton  Berg- 
mann,  Geschiedenis  der  Stad  Lier. 

2  Ces  détails  résultent  d'un  document. communiqué,  par  M.  Fr. 
De  Fotter,  dans  le  Messager  des  sciences  historiques,  1889,  p.  475. 

3  Archives  de  l'église  des  SS.  Michel  et  Ondule  ;  chartes,  liasses 
342  et  345. 


—    293    — 

village.  A  l'instar  des  magistrats  de  la  plupart 
des  localités  de  la  région,  ceux  de  Keerbergen 
adoptèrent  sans  doute,  à  tour  de  rôle,  les  ar- 
moiries des  familles  qui  exercèrent  la  juridiction 
de  l'endroit. 

De  nos  jours,  Keerbergen  ne  possède  pas  d'em- 
blèmes héraldiques.  Si  la  commune  désirait  en 
demander  au  gouvernement,  nous  l'engagerions 
à  revendiquer  ceux  qui  figurent  sur  les  deux 
sceaux  dont  nous  venons  de  parler.  C'est  l'écu  des 
Berthout,  dits  de  Berlaer,  seigneurs  de  Helmond, 
et,  au  témoignage  d'un  contemporain,  le  héraut 
d'armes  Gelre,  les  émaux  de  ces  armoiries  sont 
gueules  sur  argent.  Pour  l'adoption,  ou  mieux  dit, 
la  reprise  de  ces  armoiries,  il  importe  peu  que 
d'autres  communes,  telles  que  Berchem,  Niel,  etc., 
les  aient  déjà  faites  leurs.  Il  n'y  a,'  à  notre  sens, 
aucun  inconvénient  à  ce  que  plusieurs  localités 
portent,  sans  marques  distinctives,  les  armoiries 
de  leurs  anciens  seigneurs  communs  '. 


Voici  les  bourgmestres  de  Keerbergen  depuis 
l'abolition  de  l'ancien  régime  :    Thijs,  Bosmans, 


1  A  ce  propos,  remarquons,  toutefois,  que  les  armes  de  Niel 
doivent  leur  origine  à  la  famille  de  Berchem.  Dé  même  que  les  Ber- 
laer, celle-ci  était  issue  de  la  maison  des  Berthout  et  portait,  comme 
ceux-là,  les  trois  pals  de  gueules  sur  champ  d'argent,  tandis  que  les 
branches  de  Malines,  de  Duffel,  et  d'autres,  avaient  le  champ  d'or. 
On  peut  donc  dire  que  Keerbergen,  Niel  et  Berchem  ont  obéi,  jadis, 
à  la  même  famille.  Quant  au  rattachement  des  Berchem  à  la  branche 
principale,  nous  renvoyons  nos  lecteurs  à  notre  notice  intitulée  : 
Niel  en  zijne  Heeren  (Dietsche  Warande,  1889). 


—    294    — 

Boujoz  (1819-26);  J.  Claes  (1826-30);  J.  van  Lan- 
gendonck  (1830-52);  Jos.  Cloetens  (1852-55); 
P.  Coremans  (faisant  fonctions  1855-58);  le  doc- 
teur Fr.  Michiels  (1858-68);  P.  Coremans  (1868- 
70);  E.  van  Langendonck  (1870-85);  J.  Fr.  Geens 
(1885-89);  J.  C.  Vervloesem  (depuis  1889). 


Le  village  de  Keerbergen  appartient,  de  nos 
jours,  au  canton  de  Haecht.  Il  est  situé  sur  la  rive 
droite  de  laDyle.  Son  territoire,  d'une  étendue  de 
1841  hectares,  est  arrosé  encore  par  le  ruisseau 
dit  Groote  beek.  Il  comprend  les  hameaux  de  Keer- 
bergen, Stuivenberg,  Kerkeberg,  Kassestraat, 
Heidekant,  Heide,  Loozenhoek,  Grootloo,  Peer- 
venshoek,  Zeept,  Papenstraat,  Wolvenberg,  Kruis 
et  Kortewelvaart. 

Il  existe,  à  Keerbergen,  une  brasserie,  installée, 
près  de'  la  Dyle,  dans  un  établissement  où  il  y 
avait  eu,  jusque  dans  les  derniers  temps,  une 
meunerie  et  une  huilerie.  L'extraction  de  sable, 
pratiquée,  autrefois,  sur  une  grande  échelle,  y  a 
diminué  considérablement,  depuis  qu'on  exploite 
en  grand  les  sablières  de  la  Campine.  Une  autre 
industrie  du  village,  très  florissante  il  y  a  quelque 
vingt  ans,  a  complètement  disparu;  nous  voulons 
parler  de  celle  des  saucisses  dites  de  Boulogne.  On 
a  abandonné  également  la  fabrication  des  briques. 

Le  commerce  de  bois  à  brûler  et  de  bois  de 
construction  est,  à  peu  près,  le  seul  de  la  commune. 

La  chaussée  de  Keerbergen  à  Haecht  a  été 
construite  en  1860  ;  celle  qui  relie  le  village  à  Ma- 
lines  date  de  1868. 


-    295    — 

C'est  à  Keerbergen  qu'on  trouve  le  terrain  le 
plus  aride  de  la  province  de  Brabant,  mais,  à 
côté  de  parties  absolument  stériles,  on  trouve 
des  champs  très  fertiles,  surtout  le  long  des  cours 
d'eau.  Une  grande  partie  du  territoire  est  couverte 
de  sapinières.  On  y  voit  de  nombreuses  collines 
sablonneuses  où  le  sapin  des  dunes  pousse  vigou- 
reusement. Les  principaux  produits  de  l'agricul- 
ture sont  les  asperges  et  les  pois.  Un  des  plus  gros 
propriétaires  de  l'endroit,  feu  M.  Florimond  van 
Langendonck,  avait  réussi  à  créer  de  belles  sapi- 
nières dans  des  terrains  autrefois  tout  à  fait  in- 
cultes, au  moyen  d'un  engrais  spécial,  de  toute 
première  qualité,  à  ce  qu'on  nous  dit  :  cet  engrais 
se  composait,  en  majeure  partie,  de  cadavres  de 
vieux  chevaux  qu'il  achetait  en  grandes  quantités. 

Depuis  quelques  années,  la  prospérité  publique 
paraît  diminuer  à  Keerbergen,  comme  dans  la 
plupart  des  communes  .qui  ne  sont  pas  desservies 
par  le  chemin  de  fer  ' . 

J.  Th.  de  Raadt. 


1  II  nous  reste  à  remercier  bien  sincèrement,  notre  honorable 
ami,  M.  Paul  Notelteirs,  et  MM.  les  docteurs  Thijs,  à  Bruxelles,  et 
Roex,  à  Keerbergen,  des  renseignements  qu'ils  ont  bien  voulu  nous 
donner  si  obligeamment  pour  le  présent  travail. 


296    - 


ADDENDA    ET    CORRIGENDA. 

1889,  p.  87.  Egide  Berthout  (Ier),  à  la-Barbe,  et 
quelques-uns  de  ses  descendants  étaient  co-sei- 
gneurs  de  Duffel,  Waelhem  et  Gheel.  Dans  une 
charte  de  1265,  le  second  de  ses  fils,  Ludovicus 
de  Berlaer  et  son  cousin  Henricus  de  Duffele  se 
qualifient,  de  milites,  dicti  Bertholdi,  domini  de 
Ghela.  Les  droits  de  Louis,  ou  de  ses  héritiers,  sur 
ces  trois  seigneuries  semblent  avoir  été  rachetés 
peu  après;  elles  l'étaient  en  1275.  ' 

Egide  Ier,  était  seigneur  de  Berlaer.  Se  nommant 
Gilles  Berthaus  de  Berlar,  nobles  hom,  il  donna  en 
1227,  une  dîme  à  Slijpe  as  nonains  de  lordene  des 
Cystials  dou  cloistre  deles  Waleem  (Roosendael), 
establit  en  Voneur  sainte  Marie,  u  ausijai  mises  mes 
filles  a  servir  Dieu  et  se  très  bone  eureuse  mère. 
Cette  donation  fut  faite  del  consentement  me  feme 
et  mes  fins,  et,  en  vertu  d'une  autorisation  accor- 
dée, en  septembre  1226,  par  noble  home  Willaume, 
chastelain  de  Saint-Omer,  suzerain  d'Egide  du  chef 
de  cette  dîme  2. 

P.  95.  Louis  Berthout,  dit  de  Berlaer,  seigneur 
de  ce  lieu,  de  Keerbergen,  Grammines,  etc.,  mort 
entre  1268  et  1271,  fit  son  testament  en  juin  1266. 
Il  appert  de  ce   document   intéressant   qu'outre 


1  Voyez  J.  Th.  de  Raadt,  Duffel,  Gheel  en  hunne  heeren  (Kem- 
pisch  Muséum,  t.  I,  p.  7-10). 

2  Analectes  pour  servir  à  l'histoire  ecclésiastique  de  la  Belgique, 
IIe  série,  V,  1888,  p.  5. 


—    297    — 

Egide  II,  Louis  et  Godefroid,  Egide  Ier,  avait 
laissé  encore  deux  autres  fils,  savoir  Walter  et 
Jean,  et  que  le  testateur  avait  procréé,  avec  son 
amie  Gine,  deux  fils  naturels,  Gossuin  et  Jean. 
Cette  concubine  vivait  encore  au  moment  du  testa- 
ment. Louis  II  exprime  le  désir  d'être  enterré 
dans  l'abbaye  de  Saint-Bernard  (à  Hemixem)  à 
laquelle  il  lègue,  entre  autres,  son  cheval  et  ses 
armes. 

Pour  exécuteurs  de  ses  dernières  volontés,  il 
désigne  Walter  Berthout  (VI),  seigneur  de  Malines, 
l'abbé  et  le  prieur  de  Saint-Bernard.  Sa  femme, 
Sophie  (de  Gavre),  appose  son  sceau  à  ce  testament. 

Nous  ne  croyons  pas  pouvoir  mieux  faire  que 
de  publier  in  extenso  cette  curieuse  pièce,  et  ce 
d'autant  plus  que  des  testaments  de  cette  époque 
reculée  sont  extrêmement  rares. 

La  voici  : 

In  nomine  sancte  et  individue  trinitatis,  patris  et  filii  et 
spiritus  sancti  amen.  Ego  Ludovicus  dictus  Bertouth  adhuc 
sanus  et  incolumis  et  mentis  mee  compos,  de  consilio  pro- 
borum  virorum  ob  remedium  anime  mee  condidi  testa- 
mentum  meura  in  hune  modum  :  in  primis  auto  m  lego  et 
assigno  quadraginta  libéras  lovanenses,  recipiendas  annua- 
tim  de  redditibus  meis  in  Gela,  Lichterth,  Verla,  Rethia, 
ad  restitutionem  eorum  que  minus  iuste  acquisivi,  volens 
et  finaliter  statuens,  ut  hères  meus  post  obitum  meum  de 
predictis  quadraginta  liberis  nichil  percipiat  donec  pre- 
dicta  minus  iuste  acquisita  fuerint  fideliter  et  integraliter 
persoluta.  Item  lego  Gosuino,  filio  meo,  ducentas  libéras 
lovanenses,  vel  viginti  libéras  annuatim,  donec  summa  dicte 
pecunie  eidem  Gosuino  plenarie  fuerit  persoluta,  ita  cum 


—    298    — 

quodsummaducentarum  liberaram  per receptionem  earun- 
dem  viginti  liberarum  non  minuatur;  item  fratri  suo 
Johanni  sexaginta  libéras  vel  sex  libéras  annuatim;  item 
Gine,  matri  sue,  decem  libéras;  item  Waltero,  fratri  meo, 
centum  libéras,  vel  decem  libéras  annuatim;  fratri  suo 
Johanni  quinquaginta  libéras,  vel  quinque  libéras  annua- 
tim; hiis  omnibus  est  annexa  conditio  supradicta;  item 
fratri  meo  Godefrido  viginti  libéras;  item  nepti  mee 
Mabilie  '  decem  libéras;  item  Beatrici  begine  sex  libéras; 
item  Egido  Clavigero,  quatuor  libéras;  Waltero  ftlio  ma- 
gistri  (!)  très  libéras;  Gerardo  coco  très  libéras;  pistori 
quadraginta  solidos;  Clinchamero  quadraginta  solidos  ! 
Clinchamero  jnniori  xx  solidos,  tribus  convenientibus 
cursoribus  cnilibet  viginti  solidos;  item  monasterio  loci 
Sancti  Bernardi  equum  meum  cum  armis  quia  ibidem  elegi 
et  eligo  meam  sepulturam;  item  lego  conventui  eiusdem 
loci  quadraginta  solidos  annui  census  recipiendos  annuatim 
in  parochia  de  Conthecha,  in  loco  qui  dicitur  Reeth,  pro 
anniversario  meo,  ibidem  anno  quolibet  faciendo,  ut  de 
eisdem  annuaria  pitantia  ipsi  conventui  ministretur.  Item 
apud  Vallem  Rosarum  decem  libéras;  item  fratribus  mino- 
ribus  in  Machlinia  hospitali  domus  leporosorum  ad  men- 
sam  Sancti  spiritus  venerabilibus  beginis  eiusdem  loci 
cuilibet  quadraginta  solidos;  ad  fabricant  ecclesie  beati 
Rumoldi  Albis  duabus  eiusdem  ville  cuilibet  viginti  soli- 
dos ;  item  Augustinis  ibidem  decem  solidos  ;  Domino  Hen- 
rico  de  Surs  decem  solidos;  item  in  eadem  villa  ad  paro- 
chiam  béate  Marie  mense  sancti  spiritus  viginti  solidos; 
duabus reclusis  ibidem  cuilibet  quinque  solidos;  item  recluse 
iuxta  capellam  beati  Rumoldi  decem  solidos;  recluse  béate 
Katherine  V  solidos;  item  recluse  de  Dufflis  V  solidos;  item 


1  Cette  Mabilia  pourrait  bien  être  une  fille  de  Rasse  de  Gavre, 
seigneur  de  Liedekerke,  beau-frère  du  testateur,  et  qui  est  dite  avoir 
épousé  Gérolphe  Bette,  seigneur  de  Westacker. 


—    209     - 

apud  Neckerspole  ad  cappellamam  quadraginta  solidos; 
ita  ibidem  ad  mensam  Sancti  spiritus  quadraginta  solidos 
et  recluse  decem  solidos;  item  apud  Rimenam,  Kerberga, 
Berzela,  Itegem,  Berlar,  apud  Sanctam  Mariam  in  Wavera 
et  apud  Sanctum  Nicliolaum  apud  q.uamlibet  istarum  villa- 
rum  très  libras  pauperibus  ibidem  distribuendas;  item  apud 
Scelle,  Nile,  Gela,  Rétbie,  Verla,  Lichterth,  Brechthe, 
cuilibet  xx  solidos  simili  modo  pauperibus  distribuendos 
et  apud  Contliecha,  Dufflis,  Walem  xx  solidos  similiter; 
item  iu  Antwerpia  predicatoribus  bospitali  Domui  leporo- 
sorum  et  in  curia  pauperibus  beginis;  item  ad  mensam 
Sancti  spiritus  cuilibet  xx  solidos;  item  in  Lijra  ad  mensam 
sancti  spiritus  bospitalis  beginis  cuilibet  xx  solidos; 
apud  Nazareth  xl  solidos;  apud  Leliendale  xx  solidos;  item 
lego  viginti  libéras  lovanenses  per  Abbatem  et  priorem  loci 
sancti  Bernardi  religiosis  in  universis  locis  commorantibus 
prout  eis  visum  fuerit  distribuendas.  Ego  autem  predicte 
mee  restitutionis,  assignationis  et  distributionis  executores 
et  distributores  constituo  virum  nobilem  Dominum  Walte- 
rum  Bertbout,  Dominum  de  Machlinia,  Abbatem  et  prio- 
rem loci  Sancti  Bernardi,  ut  ipsi  et  que  premissa  sunt  ad 
honorem  dei  et  anime  mee  salutem  exequantur  fideliter 
cum  effectu.  Et  ut  omnia  et  singula  prenotata  finna  per- 
maneant  et  inconvulsa,  ego  presens  scriptum  sigilli  mei 
munimine  una  cum  sigillis  Domine  Sophie,  uxoris  mee 
W.  Berthout,  domini  mei  predicti,  et  Abbatis  loci  Sancti 
Bernardi  duxi  roborandum.  Actum  Anno  Domini  M0  CC° 
sexagesimo  sexto,  mense  junio  '. 

Ce  document  établit  donc,  entre  autres,  qu'en 
1266  Reeth  était  encore  un  hameau  de  Contich. 


1  Original  sur  parchemin  ;  les  sceaux  sont  tombés  ;  chartes  de  l'ab- 
baye de  St-Bernard  ;  liasse  n°  978. 


—    300    — 

P.  96,  note  1.    Au  sujet   de  Henri  Bebbeken, 
dont  le  sceau  porte  :  S.  Henri  B'taut...sire  dou 
Boskibl,  nous  avons  écrit  :  «  Il  est  dit  avoir  été  fils 
de  Jacques.,.  »  Cest  Butkens  qui  lui  donne  pour 
père  ce  Jacques,  qui  épousa  N.  et  après  fut  cha- 
noine et  Archidiacre  à  Tournai/,  et  mourut  en  1275, 
et  pour  grands-parents  Henri  Berthout,  seigneur 
de  Duffel,  Gheel,  etc.,  et  dame  Béatrice.  Le  savant 
prieur  de  Saint-Sauveur  a  versé  dans  une  erreur 
en  établissant  cette  filiation.  Depuis  l'impression 
de  la  première  partie  de  notre  travail,  nous  avons 
trouvé  un  document  qui  nous  permet  de  rectifier 
cette  erreur.  Par  cette  pièce,  le  seigneur  de  Ma- 
rines  nomme    Henricus  dictas  Bebbeken  :  primo- 
genitus  Henrici,  fratris  nostri,  bone  memorie.  Or, 
ce  seigneur  de  Marines  est  Walter  VI,  surnommé 
le  Grand,  et  son  frère  Henri  est  l'ancien  châtelain 
de  Mons.  Le  qualificatif  de  primogenitus,  attribué 
à  Bebbeken,  constitue,  à  notre  avis,  la  preuve  que 
celui-ci  était  un  fils  légitime.  De  quel  mariage  de 
son  père  est-il  issu  ?  Il  ne  semble  pas  être  né  de 
Sara,. fille  de  Henri,  châtelain  de  Mons,  et  première 
femme  connue  de  Henri  Berthout,  puisque,   dès 
1267,   et  môme  du  vivant  de   ce   dernier,  nous 
voyons  Englebert  d'Enghien,  en  possession  de  la. 
châtellenie  de  Mons  ' .  Peut-être  était-il  un  fils  de 

1  Ce  détail  nous  a  été' communiqué  par  M.  Ernest  Matthieu,  le 
savant  secrétaire  du  Cercle  archéologique  d'Enghien.  C'est  encore 
M.  Matthieu  qui  nous  a  fait  connaître  le  nom  de  la  première  femme 
de  Henri  Berthout  et  du  père  de  cette  dame,  que  Butkens,  et  d'autres, 
disent  erronément  fille  de  Gossuin,  châtelain  de  Mons  (Cartul.  de 
Vabbaye  d'Aine  ;  n°  348,  Archives  de  l'État,  à  Mons).  Dans  un  travail 
qu'il  prépare  sur  la  châtellenie  de  Mons,  M.  Matthieu  publiera  de 
nombreux  détails  sur  ces  personnages. 


—    301     — 

Béatrice  de  Marbais  dont  le  frère  fit  avec  Walter  VI 
un  contrat  relatif  à  une  alliance  de  cette  Béatrice 
avec  Henri  Berthout,  alors  veuf  de  la  dite  Sara  ? 

P.  98-104.  Jean  Berthout  (Ier)  et  sa  femme  Marie 
(de  Mortagne)  vendirent,  en  mai  1271,  à  l'abbaye 
de  Saint-Bernard,  imam  hovam  terre  silam  in  paro- 
chia  de  Gheijle  (Gheel),  que  vocatur  hova  de  Pou- 
derle,et  qui  avait  une  étendue  de  10 bonniers,  ainsi 
qu'un  bonnier  enclavé  dans  les  biens  qui  avaient 
appartenu  à  Daniel  de  Busche  A . 

P.  106.  En  1333,  des  donredaechs  naer  heeliken 
Paeschen,  Béatrice  de  Boechoud,  fille  mien  eens 
edels  mans  mijns  heeren  Jans  Berthouts  diemen  Met 
van  Berlaer,  céda,  de  laveu  de  son  mari,  Egide, 
seigneur  de  Boechoud,  au  chevalier  Gérard  de  Hof- 
stade  plusieurs  rentes,  en  l'acquittant  d'un  cens 
qu'il  lui  devait  de  ses  biens  à  Berentrode  (à  Bon- 
heijden)  et  de  Rijmenam,  tenus  en  fief  de  Mar- 
guerite de  Gueldre  (fille  aînée  du  comte  Renaud  et 
de  Sophie  Berthout) 2. 

P.  105-106.  Le  vendredi  après  Pâques,  1380, 
Jean  de  Kuijc,  fils  du  feu  chevalier  Jean,  reconnaît 
avoir  reçu  de  l'abbaye  de  Saint- Trond  une  pension 
viagère  ;  il  fait  sceller  sa  déclaration  par  Jean  van 
Berlaer,  mijnen  oem,  et  par  Gijlijs  van  Berlaer, 
mijnen  neve.  Les  sceaux  de  ceux-ci  portent  chacun 
un  écu  à  trois  pals  \ 

1  Chartes  de  l'abbaye  de  Saint-Bernard,  provenant  de  la  vente  de 
Craene  d'Heijsselaer,  n°  10  (Archives  générales  du  royaume). 

2  Copie  d'un  cartulaire  en  possession  de  M,  de  Bertouch,  Veneur 
de  la  Cour  de  S.  M.  le  Roi  de  Danemark,  à  Malines. 

3  Ch.  Piot,  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Saint-Trond,  II,  p.  90.  Les 


—    302     — 

P.  189-195.  Jean  Berthout  II,  seigneur  de  Nec- 
kerspoel,  Wavre-Notre-Dame,  ter  Hameijden  (à 
Gestel),  etc.,  adopta  une  singulière  brisure,  dont 
la  pareille  ne  se  rencontrera  peut-être  plus  :  son 
écu,  aux  trois  pals,  porte  un  franc-quartier  chargé 
d'un  cavalier,  galoppant  à  sénestre,  brandissant 
un  glaive  et  armé  d'un  bouclier,  lequel  bouclier 
est  surchargé  d'une  croix.  Cette  croix  est  l'em- 
blème héraldique  de  la  maison  de  Mortagne,  à 
laquelle  appartenait  la  mère  du  personnage  ' . 

P.  451.  A  la  suite  de  nos  observations  sur  la 
naissance  de  Catherine,  fille  de  Jean  IV  de  Berlaer, 
seigneur  de  Helmond  et  de  Keerbergen,  M.  Aug. 
Sassen,  le  savant  archiviste  de  la  ville  de  Helmond, 
a  fait,  sur  la  mère  de  cette  dame,  Marguerite 
Uijten  Veehuijse  '\  des  recherches  dont  il  a  consi- 
gné le  résultat  dans  un  article  publié  dans  son 
excellent  Jaarboekje  voor  Noordbrabantsche  geschie- 
denis,  etc.  (II,  1890,  à  Helmond).  Dans  une  série 
de  documents  de  1416  à  1420,  cette  Marguerite 
figure  seule,  sans  époux,  et  M.  Sassen  se  rallie 
entièrement  aux  conclusions  que  nous  avons  tirées 
des  termes  du  testament  de  Jean  IV.  Il  est  donc 
établi  que  Catherine  a  été  légitimée  au  mariage 
de  ses  parents  et  que  ce  mariage  a  été  conclu 


Cuijk  scellaient  de  deux  fasces,  accompagnées  de  8  merlettes,  ran- 
gées 3,  2,  3  (et  non  3,  3,  2  comme  nous  l'avons  dit  par  suite  d'une 
erreur  de  plume) . 

1  Ce  sceau  a  été  reproduit  par  Butkens.  Le  carton  II,  du  fonds  de 
la  commanderie  de  Pitzenbourg,  en  contient  plusieurs  originaux  de 
1296  et  1298. 

3  Veenhuijse,  p.  207,  est  une  faute  d'impression. 


—     303     — 

postérieurement  à  la  confection  du  testament. 
M.  Sassen,  qui  fait  connaître,  de  plus,  d'intéres- 
sants détails  sur  la  descendance  illégitime  de  Jean 
de  Berlaer,  nous  apprend  encore  que  Hubrecht 
Utenvehuze  est  nommé,  dans  un  acte  de  1427, 
Hubrecht  Peterzoon  van  Lieshout,  et  que  sa  fille 
Marguerite  figure  aussi  sous  le  nom  van  Boeschot 
gheseijt  van  Stahenborch.  Cette  diversité  de  noms 
s'explique  par  les  différentes  propriétés  de  cette 
famille.  Lieshout,  Boeschot  et  Stakenborch  portent 
tous  :  d'or  à  trois  anilles  d'azur. 

P.  453.  En  1317,  Louis  de  Liere, provisor  infir- 
marie  debilium  beghinarwn  extra  curtim  Machli- 
niensem,  transporte  à  Egide  de  Barlaer  :  duas 
caméras  dicte  infirmarie  cnm  fundo  et  attinentiis 
suis,  sise  dans  la  Ser  Loens  strate  ' . 

Nobilis  et  generosus  ac  honestus  vir  Egidius  de 
Berlaer,  major  et  justiciarius,  est  cité  dans  une 
charte  de  l'abbaye  de  Saint-Michel,  du  7  mars 
1444  2. 

1890,  p.  172-175.  Les  archives  générales  du 
royaume  possèdent  de  Corneille  Persoons  un  aveu, 
relatif  à  ses  seigneuries  de  Keerbergen,  Bolloo  et 
Roosendael;  à  cette  pièce  est  annexée  une  copie 
des  lettres-patentes,  du  16  février  1718,  par  les- 
quelles l'empereur  Charles  autorise  Corneille  Per- 
soons, père  du  déclarant,  à  renouveler  le  livre 
censal  de  ces  seigneuries  et,  à  cet  effet,  à  se  faire 


1  Cartulaire  de  Saint-Michel,  n°  77,  f,  f°  13, 

2  Ibidem,  d,  f°  235. 


304 


remettre  une  déclaration  par  quiconque  lui  doit 
des  cens.  ' 


Voici  les  noms  de  famille  cités  dans  le  présent 
travail  : 


Aa. 

Berckel. 

Brienen. 

Absolons. 

Berckelaer. 

B  ri  m  eu. 

Achclpoel. 

Berghes. 

Bronkhorst. 

Adelijcn. 

Bering(h)en. 

Brouchoven. 

Adriaens. 

Berlaer. 

Broyés. 

Aerts. 

Berlo. 

Bruel. 

Alkmade. 

Berthout. 

Bruggen. 

Alsleren. 

Beugliem. 

Bruxelles. 

Amstenraedt. 

Beyer. 

Busleijden. 

Arbusier. 

Biest. 

Caestre. 

Argenteau. 

Bisc(b)op. 

Calstert. 

Armenlières. 

Blitterswijck. 

Calstren. 

Assche. 

Boestel. 

Cammaerts. 

Assclieijde. 

Boels. 

Cappelhof. 

Asten. 

Boesehot. 

Cartils. 

Autel. 

Bollo. 

Carpentary. 

Auvergne. 

Bonté. 

Caudenberghe 

Avesnes. 

Borelit. 

Caverson. 

Bailleul. 

Boschhuij.sen. 

Claes. 

Ballaer. 

Bosschaert. 

Clercq. 

Baltus. 

Bossche. 

Cleijmans. 

Barbençon. 

Bosmans. 

Clinchamer. 

Barres. 

Botier. 

Cloetens. 

Batenburg. 

Bouchout. 

Clusis. 

Bau(w). 

Boujoz. 

Cluijsen. 

Bcbbeken. 

Bourbon. 

Cocq.  " 

Becke. 

Bourgogne. 

Cocx. 

Beersel. 

Boije. 

Coekelberg. 

Behault. 

Brabant. 

Coloma. 

Beke. 

Brandenbourg. 

Coremans. 

BentJieim. 

Bran  t. 

Corswarem. 

Berchem. 

Bréda. 

Cortenbach. 

1  C'est  ce  qu'on  appelait  des  lettres  de  terrier  (Aveux  et  dénom- 
brements de  la  cour  féodale  de  Brabant,  n°  7011). 


305 


Cotrel. 
Cottreau. 

Couplet. 

Coucy. 

Crainhem. 

Croes. 

Croy. 

Grumpipen. 

Culembourg. 

(kipere. 

Cuppens. 

Cuijçk. 

Cuijpers. 

Dave. 

David. 

Deckers. 

Dekens. 

Diest. 

Dinther. 

Dittersbeke. 

Donck. 

Doncker. 

Dongelbergh. 

Dorae. 

Dreux. 

Duffel. 

Duras. 

Duijnen. 

Ee 

Eechoven. 

Eermeghem. 

Eggericx. 

Egmont. 

Eken. 

Elst. 

Elteren. 

Enghien. 

Erpe. 

Escaille. 

Estor. 

Eslricx. 

Etten. 

Eijcken. 


Eijnatten. 

Eijnde. 

Expoele. 

Felices. 

Fexhe. 

Flandre. 

Flavier. 

Foccant. 

Fosseux. 

Foucquier. 

France. 

Fransman. 

Frederichs. 

Gavre. 

G(h)eel. 

G(h)eens. 

Geistlingen. 

Ghein. 

Ghemen. 

G  lien  t. 

Ghete. 

Gheijer. 

Ghistelles. 

Gindertalen. 

Goes. 

Goossens. 

Gorl(t)er(e). 

Gracht. 

Grammines. 

Granvelle. 

Grevenbroeck. 

Grimberghe. 

Gruijthuijse. 

Gueldre. 

Guidoe. 

Guines. 

Guijgoven. 

Haecht. 

Ha'e)ze. 

Hainaut. 

Halewijn. 

Halle. 

Halmale, 


H  amers. 
Hameijde. 

Hninme. 

Hardumont. 

Heinsberg. 

Helbeke. 

Helman. 

Helmond. 

Helt. 

Hemixem. 

Hennegrave. 

Herlaer. 

Heitoghe. 

Héverlé. 

Hcijlen. 

Hinckaert. 

Hoen. 

Hoir. 

Hol'stadt. 

Hoolaerts. 

Horck. 

Hornes. 

Hoijsscliot. 

Horricke. 

Horyon. 

Hosdcn. 

Hou  tain. 

Huait. 

Hullet. 

Humbloet. 

Huijn. 

Immerseel. 

litre. 

Janssens. 

Jauche. 

Jongh. 

Josse. 

Juliers. 

Junius. 

Keerbergen. 

Kecrman. 

Kerreman(s). 

Kerman(s). 


21 


306     — 


Kcrsbeck. 

Merode. 

Ponte. 

Kesterbeke. 

Meroijen. 

Prant. 

Kiel. 

Michiels. 

Pretere. 

Knijll". 

Mierle. 

Pynnock. 

Lalaing. 

Millenberge. 

Quaderebbe. 

Lamberts. 

Mire(lej. 

Raduaerd. 

Lambroeck. 

Mol. 

Randerode. 

Landonck. 

Mims. 

Ranst. 

Lanen. 

Montfort. 

Reijers. 

Langendonck. 

Moor. 

Reijnen. 

Lariguebert. 

Moiïalmé. 

Rhétel. 

Lantwijck. 

Mortagne. 

Rivieren. 

Lapide. 

Moumal  'e  . 

Rochefort. 

Laurenz. 

Muls. 

Roelants. 

Le(e). 

Munck. 

Roelen. 

Leefdael. 

Naldi. 

Roley. 

Lceuw. 

Nattines. 

Rommerswael. 

Liedekerke. 

Neeffs. 

Roosc. 

Lierre. 

Neijs. 

Roost. 

Lieshout. 

Nieuwenboven. 

Rossum. 

Ligne. 

Nieuwenhuijsen. 

Rotselaer. 

Lille. 

Noot. 

Rover. 

Linden. 

Oisy. 

Roy(le) 

Linter,. 

Olmen. 

Rijcke. 

Lippen. 

Olmo. 

Rijn. 

Locquenghien. 

Ophem. 

Saint-Géry. 

Longchamps. 

Orléans. 

Saint-Omer. 

Loofenne. 

Os. 

Sallaert('tj. 

Lopez. 

Oudart. 

Santander. 

Lu. 

Overstraeten. 

Scheppers. 

Lijnken. 

Oijenbrugge. 

Schoofff). 

Lijsbrechts. 

Pallant. 

Scolaster. 

Maelstede. 

Pamele. 

Schoonjans. 

Malaise. 

Papenbroeck. 

Schoonvorst. 

Marbais. 

Persoons. 

Schooten. 

Marcelis. 

Piel. 

Schroots. 

Marck. 

Pietershem. 

Scluns. 

Meercn. 

Pietquin. 

Seborg. 

Meerhem. 

Pin. 

Smets. 

Meeuwe. 

Plaines. 

Snoy. 

Megen. 

Plenevaux. 

Sombeck. 

Meldert. 

Poederlé, 

Spierinck. 

Melun, 

Poncelet. 

Spierinck  v.  Roegen. 

—     307 


Staden. 

Stakenborch. 

Steenhuys. 

Steenwinckel. 

Stokelmans. 

Strepen. 

Sunnen. 

Sweerts. 

Swieten. 

Taije. 

Tliielen. 

Thijs. 

Tilborg. 

Tiras. 

Trieu. 

Trou  y. 

Tschuckers. 

Tulle. 


Utenhove. 

Uyien  Veehuijse. 

Vaernewijck. 

Veehuijse. 

Verbist. 

Verdun. 

Verhaegen. 

Verlinden. 

Vermeeren. 

Vermeersch. 

Verreijdt. 

Vervloesem. 

Vijanden. 

Vleeschouwer. 

Vriessele. 

Vucht. 

Waghemans. 

Walhain. 


Walraven. 
Wanghe. 

Wavre. 

Wavrin. 

Weilhusen. 

Werve. 

Wideux. 

Wilmaerts. 

Wincester. 

Wissenack. 

Witthem. 

Wijse. 

Ymmerseel. 

York. 

Zevenborn. 

Zubborch. 


—     308 


LA 

TRANSPOSITION  DU  CLAVIER 


PAR 


JEAN     GALLE 

K>26-16Ô5 


-<>0<S*=K>- 


Les  instruments  à  clavier  qui,  dès  le  XVP  siècle 
avaient  acquis  en  Belgique,  et  notamment  à 
Anvers,  une  haute  renommée,  subirent  depuis  les 
transformations  les  plus  diverses  et  les  plus  heu- 
reuses. Bien  des  perfections  restent  encore  à 
atteindre.  Parmi  celles-ci  nos  facteurs  modernes 
ont  cherché  à  résoudre  le  problème  de  la  trans- 
position du  clavier,  dont  on  avait  fait  des  essais 
avant  eux.  C'est  ainsi  que  nous  venons  de  dé- 
couvrir un  acte  notarié  du  18  novembre  1626 
constatant  pareille  invention. 

En  voici  la  teneur  : 

«  Pardevant  moi  notaire  soubescrit  et  les  tesmoins  embas 
«  dénommés  comparant  honorable  Sr  Jean  Galle  d'une,  et 
«  maistre  André  Séverin  maistre  organiste  d'autre  part,  ont 
«  conceu,  fait  et  arresté  le  contract  suijvant:  Scavoir  ledit 


—    309    — 

«  S1'  Galle  enseignera  audit  maistre  André  la  façon  de  faire 
«  orgues  positives,  régales  es\jpinettes  et  clavis] l ,  lesquelles 
«  par  son  invention  se  pourront  haulser  et  abaisser,  s'accor- 
«  dantes  à  tout  s  tons  avec  une  harmonie  meilleure  qxCà 
«  Vordinaire,  pouvant  commencer  UT  par  tout  l'octave, 
«  lesquelles  ledit  maistre  André  organiste  pourrat  faire 
«  et  [vendre]  ou  débiter  par  tout  le  pays  de  Liège,  tant 
«  seulement  à  l'exclusion  de  tous  autres  qui  en  voudroient 
«  entreprendre,  aux  conditions  suivantes  : 

«  Premier  que  ledit  maistre  André  ne  pourrat  apprendre 
«  ou  déceler  à  personne  que  ce  soit  le  secret  tant  de 
«  l'accorde  ny  [de  la]  façon  de  rehaussement  des  tons  qui 
«  sont  de  son  invention,  à  peine  de  le  pouvoir  rechercher 
«  pour  [tout]  domeage  qu'il  en  pourroit  avoir. 

«  Second,  que  ledit  maistre  André  ne  pourrat  contracter 
«  au....  pour  faire  ou  faire  faire  tels  susdits  instruments 
«  [sans]  le  congé  ou  permission  dudit  Galle  ou  quelcque 
«  commis.... 

«  Troisième,  que  ledit  maistre  André  rendrat  ou  paierat 
«  audit  Galle  la  taxe  qu'ils  pourront  entre  eulx  s'accorder  ; 

«  s'il  entreprendrait  quelcque  pièce  que  ce  soit 

«  maistre  André  n'y  trouvoit  aucun  proufit  sera  tenu  de  ne 
«  point  besoigner  pour  ledit  Sr  Galle. 

«  Quattrième,  qu'aussy  avec  la  permission  dudit  Sr  Galle 
«  ou  de  son  commis  et  pas  autrement,  le  susdit  maistre 
«  André  pourra  faire  et  débiter  ou  vendre  tels  dits  instru- 
«  ments  hors  le  Pays  de  Liège. 

«  Cincquième  ledit  S1'  Galle  s'obligerat,  comme  il  s'oblige 
«  réciproquement,  de  ne  passer  aucune  permission  à  proffit 
«  d'autre  qu'au  susdit  maistre  André  le  pouvoir  de  tra- 
ce vailler,  vendre,  ny  débiter  tels  instruments  de  son  inven- 


1  Quelques  lacunes  existent  dans  cet  acte  par  suite  de  son  mauvais 
état. 


—    310    — 

«  tion  dans  le  Pays  ou  diocèse  de  Liège  ne  soit  par  le  consent 
«  duditmaistre  André;  et  cas  advenant  que  quelcque  estran- 
«  ger  vende  ens  ledit  Pays  de  Liège,  iceux  instruments 
«  seront  confiscables  à  leur  prolïit.  Advenant  que  ledit 
«  maistre  André  fust  défaillant  ou  contrevenant  aux  de- 
«  vises  et  conditions  susdittes  ou  partie  d'icelles,  ledit 
«  sr  Galle  poudrât  calenger  et  confisquer  tels  Instrumens, 
«  ou  pourat  retirer  de  maistre  André  la  valeur  d'iceux, 
«  selon  qu'il  les  avoit  vendu  sans  en  ce  observer  aucunne 
«  solemnité  de  justice,  comme  en  la  meilleure  forme  etc.; 
«  tout  quoi  etc.,  fait  en  la  maison  de  moy  notaire  sous  la 
«  paroiche  Saint  Servais,  présents  illecque  honorable  Jean 
«  de  Slyns  bourgeois  de  Liège  et  Jean  Veris  tesmoins,  le 
«  diex  huictiemme  de  Novembre  an  mil  siex  cent  vinte 
«  siex.  » 

(Signé)  Jean  Galle,  Jean  de  Slyns  tesmoins  ; 
Jean  Veris  tesmoin,  André  Séverin  '. 

André  Severin,  qualifié  ici  d'organiste,  est  le 
facteur  d'orgues,  cité  par  de  Becdelièvre .  Natif  de 
Maastricht,  il  s'établit  à  Liège  où  il  décéda  Fan 
1673.  Il  y  fut  enterré  sous  les  orgues  de  l'Église 
Saint- Jacques.  Ces  orgues,  ouvrage  d'André 
Séverin,  passaient  pour  être  les  meilleures  de 
Liège. 

Jean  Galle  s'était  donc  adressé  à  un  facteur 
estimé,  mais  celui-ci  paraît  avoir  renoncé  à  l'ex- 
ploitation de  l'invention  du  premier,  car  sept  ans 
plus  tard  Galle  vint  à  conclure  un  autre  contrat 
avec  un  nommé  Jacques  Boesman,  sur  lequel  nous 


1  Reg.  3889.  Protocole  du  notaire  Martin  Veris  —  1603-1639 
aux  archives  de  l'État,  à  Liège. 


—    311 

n'avons  aucun  renseignement.  Ce  contrat,  daté  du 
3  septembre  1633,  offre  plus  d'intérêt  encore  que 
le  précédent,  comme  on  en  jugera  par  sa  lecture. 

«  Ce  jourd'huy  vint  troisiesme  de  septembre,  an  mil  siex 
«  cent  trente  trois,  pardevant  moy  notaire  et  les  tesm oings 
«  embas  dénommés,  comparant  honorable  Jean  Galle  d'une, 
«  et  le  S1'  Jacque  Boesman  d'aultre  parte,  ont  conceu,  faict 
«  et  aresté  le  contract  suivant,  scavoir  :  que  le  sieur  Jean 
«  Galle  enseignera  au  dit  Monsieur  Boesman  la  façon  de 
«  faire  orgues  positives,  régales,  espinettes  et  clavis,  lesquels 
«  par  son  invention  se  pouront  haulser  ou  abaisser  de  demi, 
«  de  un,  ou  de  plusieurs  tons  avec  parfaite  harmonye  cro- 
«  matique,  contenant  environ  le  f  plus  des  concordances 
«  qu'en  la  musicque  ordinaire;  pouvant  commencer  UT  par 
«  tout  avec  les  tons  et  semitons  tousjours  égaux,  et  la  façon 
«  d? agencez  lesdits  tons  au  monocorde  et  aux  tuiaux  avec 
«  bouchons  coidants,  pour  accorder  tant  à  sa  nouvelle  façon 
«  tous  les  instruments  susdit,  comme  à  la  façon  ordinaire, 
«  et  de  plus  la  façon  de  former  le  clavis  universel  avec  lequel 
«  on  pourat  exercer  les  trois  genres  de  musicque,  scavoir  : 
«  la  diatonicque,  la  chromaticque  et  Venarmonicque,  en 
«  leur  extrême  perfection.  Mais  iceluy  clavier  aura  18  ou 
«  19  touches  en  un  octave,  au  lieu  que  V accord  ordinaire 
«  ne  contient  que  douse  touches,  mais  iceluy  a  ceste  imper- 
«  fection  qu'on  ne  le  peut  hauser  ni  abaisser,  comme  pour 
«  Vapproprier  à  touttes  sortes  de  voix,  comme  la  nouvelle 
«  invention,  et  la  pratique  en  sera  sans  comparaison  plus 
«  difficile. 

«  Lesquels  Monsieur  Boesman  poura  faire,  vendre  et 
«  débiter  par  tout  le  royaulme  de  France  par  l'espace 
«  d'autant  d'années  que  s'extendent  les  privilèges  que 
«  Galle  en  pourat  obtenir,  commençant  à  compter  du  jour 
«  du  contract,  et  point  ailleurs  à  l'exclusion  de  tous  autres 


—    312    — 

«  qu'en  voudroient  entreprendre,  excepté  que  l'inventeur 
«  se  réserve  à  soy  la  distribution,  es  mêmes  lieux,  des  sem- 
«  blables  instrument  qui  seront  faicts  par  ses  domestiques 
«  avec  les  conditions  suivantes. 

«  1°  que  pour  chasque  jeu  d'orgues  positives,  regales* 
«  espinettes  ou  claviers,  esquels  Monsieur  Bosman  appli- 
«  quera  la  susditte  invention,  sera  obligé  de  payer  à 
«  l'Inventeur  Galle  ou  ses  représentants  cinque  rixdallers 
«  et  autant  à  l 'advenant  pour  chasque  demi  jeu  sçavoir 
«  2  i  rixd. 

«  2°  Que  si  outre  les  registres  des  Jeux  susdits  Monsieur 
«  Bosman  venast  à  appliquer  autres  registres  entiers  ou 
«  demi  selon  que  Galle  luy  enseignera,  afin  de  causer  de  la 
«  variation  es  jeux  susdits,  comme  pour  les  faire  sonner 
«  4~5  l  ou  une  quinte  plus  hault  ou  plus  bas  que  le  fut  le 
«  jeu  avant  d'ajouter  [la]  ditte  application,  pour  chasque  tel 
«  registre  il  sera  obligé  de  payer  de  même  à  l'advenant  des 
«  jeux;  c'est  à  dire  pour  chasque  registre  entier  qui  sera  en 
«  l'instrument  il  payera  5  rixd.  et  2  \  rixd.  pour  chasque 
«  demi  registre. 

«  3°  Que  ledit  Monsieur  Bosman  ne  pourat  aprendre  ou 
«  déceler  à  personne  que  ce  soit  le  secret  de  ceste  harmonye, 
«  soit  pour  travailler  dedans  ou  dehors  sa  maison,  à  peine 
«  de  pouvoir  rechercher  pour  le  dommage  et  préjudice  que 
«  l'inventeur  en  pouroit  recepvoir,  encor  que  ce  fut  pour 
«  transporter  l'invention  en  des  pais  esloignés  ne  soit  par 
«  le  consentement  de  Galle  ou  de  ses  représentants  et 
«  commis. 

«  4°  Que  le  dit  Monsieur  Boesman  sera  tenu  de  rendre 
«  compte  à  Galle,  touttefois  et  quant  il  sera  par  luy  semonce, 
«  pour  le  payement  de  la  taxe  entre  eux  accordée,  soit  pour 
«  instruments  nouveaux  ou  pour  avoir  racommodé  des  vieux 
«  selon  l'invention  de  l'accord  nouveau. 

«  5°  Que  Monsieur  Boesman  ne  pourat  distribuer   et 


—    313    — 

«  vendre  aucun  instruments  faict  à  l'accorde  nouveau  de 
«  Galle  avant  que  l'année  entier  soit  écoulée,  afin  que  des 
«  autres  ne  viennent  cà  descouvrir  son  secret,  et  par  ce 
«  moyen  empescher  ses  privilèges  qu'il  prétend  avoir  par 
«  tout. 

«  6°  Que  nul  instrument  du  nouveau  accord  pourat 
«  estre  distribué  par  Monsieur  Boesman  sans  estre  marqué 
«  par  la  marque  de  Galle. 

«  7°  Que  les  six  premiers  instruments  que  Monsieur 
«  Bosman  fera,  soit  positive,  régal  ou  autre  seront  vendu 
«  à  l'Inventeur  et  point  à  autres  afin  que  personne  n'en 
«  puis  distribuer  au  paradvant  de  l'Inventeur. 

«  8°  Que  si  Monsieur  Bosman  ne  trouvoit  du  profnt 
«  raisonable  par  ceste  invention,  sera  en  liberté  de  ne 
«  point  besogner  et  délaisser  entièrement  l'Invention  que 
«  Galle  luy  aurat  suggéré,  renonçant  audit  contracte  sans 
«  jamais  le  pouvoir  mettre  en  œuvre  ny  pour  soi,  ni  pour 
«  autre,  ni  le  taire  contrefaire  ou  déguiser  par  addition  du 
«  plus  ou  du  moins. 

«  9°  L'Inventeur  Jean  Galle  réciproquement,  s'oblige  de 
«  ne  passer  aulcune  permission  ni  semblable  contracte  à 
«  personne  d'autre  qu'au  susdit  Monsieur  Boesman  de 
«  pouvoir  travailler,  vendre  ou  débiter  tels  instruments  de 
«  son  invention  dans  ledit  Royaume  de  France,  ne  soit  par 
«  le  consentement  dudit  Bosman. 

«  10°  Cas  advenant  toutteffois  qu'on  recognut  que  Mon- 
«  sieur  Bosman  ne  voulust  faire  travailler  ou  ne  fust  bastant 
«  pour  pouvoir  fournir  à  la  grande  quantité  qu'on  en 
«  désireroit,  alors  Galle  pourat  faire  suppléer  ce  défaut 
«  par  d'autres,  y  employant  qui  bon  luy  semblera. 

«  11°  Que  si  quelqu'estranger  ou  autre  particulier  en 
«  voulust  vendre  dans  ledit  Royaume,  iceux  seront  confis- 
«  qués  au  profit  d'eux  deux  et  selon  les  taxes  ou  mulctes 
«  des  privilèges  qu'on  aurat  pour  ce  obtenu. 


—    314    — 

«  Advenant  que  Monsieur  Bosman  fust  défaillant  ou 
«  contrevenant  aux  devises  et  conditions  susdittes,  l'In- 
«  venteur  ou  ses  représentants  pouront  calenger  et  confis- 
«  quer  tels  Instruments,  on  poura  retirer  la  valeur  d'iceux, 
«  selon  qu'il  les  auroit  vendu  sur  tous  ses  biens,  tant 
«  meubles  qu'immeubles,  sans  en  ce  observer  aucune  solem- 
«  nité  de  justice  comme  en  la  meilleure  forme  etc.  Surtout 
«  quoi  etc.  Fait  et  passé  en  la  maison  de  moi  notaire  soubz 
«  la  paroische  Saint  Servais  en  Liège,  présents  illecque  le 
«  sieur  Charle  Boesmans,  Georges  de  Bonselle,  tesmoins 
«  huchêes  et  appeliez.  » 

(Signé)  Jean  Galle,  Jacque  Boesmans,  Charle 
Boesmans  *. 

Il  est  à  regretter  qu'aucune  pièce  ne  nous  ren- 
seigne sur  la  fabrication  de  l'instrument  inventé 
par  Jean  Galle.  Nous  ne  connaissons  rien  non  plus 
au  sujet  des  résultats  obtenus. 

Quant  à  la  personne  de  l'inventeur  nous  pensons, 
sauf  preuve  contraire,  qu'il  s'agit  ici  de  Galle  ou 
Galleit,  Gallaeus  (Jean)  mathématicien  qui  naquit 
à  Liège  %  dans  la  seconde  moitié  du  XVIe  siècle. 
«  Sa  famille  —  lit-on  dans  la  Biographie  nationale 
—  était  d'origine  montoise.  Il  devint  architecte 
habile,  mais  appliqua  particulièrement  ses  con- 
naissances et  son  expérience  aux  constructions 
militaires,  ce  qui  lui  valut  d'être  nommé,  par 
l'Archiduc  Albert,  directeur  des  forteresses  de  la 
Belgique. 


1  Registre  précité,  ibidem. 

*  La  date  de  sa  naissance  n'a  pu  être  retrouvée  parmi  les  anciens 
registres  paroissiaux  de  la  ville  de  Liège.  Voir  pour  son  mariage  la 
note  2  à  la  fin  de  présent  article. 


—    315    — 

«  Il  n'en  attacha  pas  moins  de  prix  aux  études 
élémentaires.  Foppens  cite  de  lui  un  abrégé  de  la 
science  des  nombres...  Il  s'en  trouve  une  édition 
française  dans  le  fonds  Capitaine  (Bibliothèque  de 
Liège)  :  Nouveau  Epitome  d'arithmétique,  par  I.  G. 
Liège...  C'est  un  essai  de  simplification  des  calculs 
par  lemploi  de  dix  bâtons  faisant  l'office  des  dix 
doigts  de  la  main,  la  plus  naturelle  de  toutes  les 
machines  à  compter.  » 

Ces  derniers  détails  révèlent  déjà  chez  Jean 
Galle,  un  esprit  inventif,  mis  grandement  au  jour 
par  les  documents  qui  précèdent. 

La  transposition  du  clavier  étant  à  justesse 
mathématique,  Jean  Galle  s'y  trouvait  dans  son 
élément.  Peut-être  lui-même  avait-il  quelques 
connaissances  musicales,  ce  qu'on  pourrait  sup- 
poser en  rappelant  notamment  que  François 
Galle  ',  l'un  de  ces  ancêtres  — -  croyons-nous,  — 
fut  un  compositeur  habile. 

Ainsi  que  la  plupart  des  inventeurs,  Jean  Galle 
ne  fut  pas  riche,  les  contrats  précités  le  prouvent, 
mais  comme  eux  il  voulut  acquérir  de  la  fortune. 
Tout  en  cherchant  à  exploiter  son  instrument 
relatif  à  la  transposition  du  clavier,  il  avait  solli- 
cité de  S.  A.  S.  de  Liège  une  commission  de  surin- 
tendant des  minéraux  au  pays  de  Liège.  Cette 
commission  obtenue,  l'inventeur  étudia  les  pro- 
cédés métallurgiques  employés  jusqu'alors,  et 
trouva  bientôt  moyen  de  les  perfectionner.  Au 
moins  il  crut  avoir  découvert  une  nouvelle  mé- 

1  Né  à  Mons  vers  le  milieu  du  xvie  siècle. 


—    316    — 

thode  pour  «  connaître,  tirer,  fondre,  séparer  en 
affinnant  les  métaux  et  minéraux  les  uns  arrière 
des  autres,  d'après  ce  que  nous  apprend  un  contrat 
passé,  le  14  août  1628,  entre  lui  et  Guillaume  de 
Schoefft,  son  bailleur  de  fonds  et  son  associé  dans 
l'exploitation  de  l'invention  précitée.  Ce  contrat 
ne  nous  donne  nullement  le  secret  de  Jean 
Galle  et  nous  ignorons  s'il  profita  jamais  à  l'in- 
dustrie. 

Nous  en  faisons  suivre  ici  le  texte  : 

«  L'an  de  nativité  de  nostre  Seigneur  mil  siex  cent  vingt 
huict,  au  mois  d'aoust  le  14me  jour,  personnellement  sont 
constitués  pardevant  moy  notaire  subsigné  et  des  tes- 
moings  cy  embas  dénommés,  honorable  homme  Jean 
Galle  et  noble  homme  Mr  Guilliaume  de  Schoefft  d'autre 
part;  lequel  Sr  Jean  Galle,  en  suite  de  la  commission  à 
luy  donné  par  S.  A.  Séreme  de  Liège,  de  la  surintendance 
des  minéraux,  scavoir  :   d'or,  argent    argenture,  alun, 
cuivre,  estain,  plomb,  chalminne,  sel  et  autres  extants 
par  tout  le  païs  et  Eveché  de  Liège,  at  contracté  comme 
par  ceste  il  contracte  par  association  avec  soy,  avec 
Mr  Schoefft  susdit  aux  devises  et  conditions  suivantes  : 
retenant  ledit  S1'  Galle  le  pouvoir  de  contracter  avec 
d'autres  à  son  bon  plaisir,  cas  advenant  toutefois  que 
pour  certaines  causes  Monsieur  Schoeff  ne  les  puis  mettre 
en  oeuvre  ou  bien  y  vacquer,  ce  que  ne  pourat  faire 
Monsieur  Schoeff  sans  le  gré  et  consentement  dudit 
Sr  Galle;  sçavoir  que  ledit  Galle  monstrera  et  apprendrat 
au  dit  Monsieur  Schoeff  susdit  sa  façon  secrète  et  inven- 
tion à  cognoistre,  tirer,  fondre  séparer  en  affinant  lesdits 
métaux  et  minéraux,  les  uns  arrière  des  autres  de  façon 
telle  qu'on  en  pourat  calculer  le  profit  qu'on  en  deveroit 
tirer  si  on  les  mettoit  en  œuvre  pour  les  practiquer  et 


—     317    — 

«  fondre  en  grand  volume  ;  et  d'aultre  costé  le  dit  Monsieur 
«  Schoeff  susdit  fournirat  à  touttes  despences,  frais  et  tra- 
ct vailles  nécessaires  tant  à  la  recherche  d'iceux  comme  à 
«  la  fabricque  des  forneaux,  huisinnes,  ustensiles  et  ouvriers, 
«  et  rendrat  audit  S1  Galle  la  moitié  parte  de  tous  profits 
«  et  émolument  qu'en  proviendront,  libres  et  francs  au 
«  dessus  des  susdittes  dépences  qui  seront  déduyttes  tant 
«  de  tout  ce  qu'il  besoignerat  en  cestuy  païs  de  Liège 
«  qu'es  tous  autres  païs,   et  provinces  que  ce  soit,  cas 
«  advenant  qu'on  y  puisse  travailler;  de  tout  quoy,  Monsieur 
«  Schoeff  en  tiendra    notule  et  registre  pertinent  hors 
«  duquel  ledit  Galle  puis  voir  et  scavoir  tout  et  quante 
«  fois  il  voudrat  le  besoigne  et  profit  qu'il  en  serat  fait, 
«  pour  de  ce  en  recueillir  et  recevoir  son  dit  contingent; 
«  et  comme  iceluy  Sr  Galle  at  promis  et  promet  en  foy 
«  d'homme  de  bien  d'apprendre  audit  Monsieur  Schoeff 
«  fidèlement  son  dit  secret  et  invention,  réciproquement 
«  Monsieur  Schoeff  at  promis  et  promet  solennellement 
«  et  en  foy  d'homme  de  bien  de  reveller  audit  S1'  Galle 
«  tout  ce  qu'il  discouvrirat  des  minéraux  tant  au  pais  de 
«  Liège  qu'ailleurs,   et  de  ne  point  apprendre  lesdittes 
«  affaires  à  personne  quelque  soit  qui  pouroit  porter  pré- 
«  judice  directement  ou  indirectement  audit  S1'  Galle  tant 
«  en  pays  estrangers  comme  en  cestui  de  Liège,  ne  soit 
«  que  par  le  consentement  dudit  Galle,  cela  soit  accordé, 
«  obligeant  ledit  Monsieur  Schoeff  envers  ledit  S1'  Galle 
«  pour  l'accomplissement  des  devises  et  conditions,  retenues 
«  et  promesses  sa  foy,  ensemble  tous  ses  biens  meubles  et 
«  immeubles  présents  et  futures  pour  à  fault  du  prenais  en 
«  tout  ou  en  partie  se  pouvoir  à  iceux  reprendre  par  un 
«  adjour  de  quinzaine  quant  aux  immeubles,  et  quant  aux 
«  meubles  par  touttes  voyes  qu'il  trouverat  convenir,  comme 
«  réciproquement  le  Sr  Jean  Galle  oblige  tous  ses  biens 
«  meubles  et  immeubles  de  maintenir  le  susdit  contrat 


—  . 318     — 

«  comme  dessus,  et  pour  le  premis  renouveler  et  réalizer 
«  pardevant  touttes  justices  où  besoing  sera,  iceux  contrac- 
«  tans  ont  constitué,  comme  ils  constituent  par  cette,  tous 
«  porteurs  de  ceste  et  chacun  d'eux  in  solidum.  Et  ce 
«  contract  aurat  effect  si  longtemps  que  Monsieur  Schoeff 
«  ou  ses  héritiers  et  représentants  tireront  profit  des  dittes 
«  minières.  Surtout  quoi  etc.  Ainsi  fait  en  la  maison  d'ho- 
«  norable  Jean  de  Salme,  beau  père  '  dudit  S1'  Galle,  sous 
«  la  paroiche  Saint  Servais,  présents  illecque  Jean  Veris  et 
«  Jean  Thonon  serviteur  audit  S1'  Galle  tesmoins  assumés 
«  et  requis.  » 

(Signé)  Guillaume  de  Schoefft,  Jean  Galle  2. 

Tel  est  le  Jean  Galle  dont  nous  venons  com- 
pléter la  biographie  en  mettant  au  jour  des 
documents  qui  touchent,  les  deux  premiers  à  l'his- 
toire musicale,  le  dernier  à  celle  de  l'industrie 
liégeoise. 

DÉ  VAN  DE  CASTEELE. 


1  La  date  de  son  mariage  nous  est  inconnue.  Marié  à  Marie  de 
Salme,  fille  de  Jean,  il  en  eut  :  Ferdinand,  né  le  24  juin  1621  ;  Jean, 
né  le  24  juin  1624  ;  Ernest,  né  le  17  avril  1629  ;  Guillaume,  né  le 
27  octobre  1631  et  François,  né  le  12  octobre  1633.  —  (Registres 
paroissiaux  de  N.  D.  aux  fonts  à  l'Hôtel  de  ville  de  Liège). 

2  Registre  .précité,  ibidem. 


—     319 


L'ADMINISTRATION  PROVINCIALE 

eist   f Hi a. nxr id iel e 

Sous  les  périodes  espagnole  et  autrichienne, 


(Les  États  de  Flandre.) 

La  forme  sociale  et  politique  dans  laquelle  un  peuple 
peut  entrer  et  rester  n'est  pas  livrée  à  son  arbitraire, 
mais  déterminée  par  son  caractère  et  son  passé... 
Si  nous  parvenons  à  trouver  la  nôtre,  ce  ne  sera 
qu'en  nous  étudiant  nous  mêmes,  et  plus  nous 
saurons  précisément  ce  que  nous  sommes,  plus  nous 
démêlerons  sûrement  ce  qui  nous  convient.... 

(H.  Taine,  Les  origines  de  la  France  contem- 
poraine. L'ancien  régime.) 


INTRODUCTION, 

Aperçu  sur  l'origine  et  la  composition  des  États  de  Flandre 
jusqu'à  la  période  espagnole. 

L'origine  des  États  de  Flandre  est  restée  jusqu'à 
présent  assez  obscure. 

Raepsaet  '  et  Zaman  2  la  font  remonter  à  une 


1  Raepsaet,  Œuvres  complètes,  tome  II,  p.  35  à  51. 

*  Zaman,  Exposition  des  trois  États  du  pays  de  Flandre,  p.  18. 


—     320    — 

époque  très  ancienne,  voire  jusqu'avant  les  pre- 
miers temps  de  l'invasion  romaine. 

D'autres  historiens,  tels  que  Warnkoenig  '  assi- 
gnent à  cette  origine  une  date  beaucoup  plus 
récente.  D'après  ces  derniers,  les  États  n'auraient 
pris  naissance  qu'au  XVe  siècle,  à  la  suite  des  rela- 
tions créées  entre  les  communes  par  le  «  Trans- 
port de  Flandre  2.  » 

D'autres  encore,  tels  que  M.  Gilliodts  van 
Severen,  le  savant  conservateur  des  Archives 
de  la  ville  de  Bruges,  rapportent  l'origine  des 
États  à  Y  Assemblée  des  Ëchevins  de  Flandre,  du 
XIIe  siècle  3. 

On  voit  que  les  opinions  émises  sur  la  question 
de  l'origine  des  États  de  Flandre  sont  assez 
divergentes. 

Selon  nous,  la  question  demeure  ouverte,  aucun 
de  ces  auteurs  ne  nous  paraissant  avoir  justifié, 
d'une  façon  irréfutable,  sa  manière  de  voir. 

Cependant,  tout  bien  examiné,  il  semble  que 
l'on  doive  pencher  plutôt  vers  l'opinion  de  ceux 
qui  donnent  aux  États  une  origine  antérieure  au 
XVe  ou  au  XIVe  siècles. 

On  entendait,  en  effet,  par  assemblée  des  États, 


1  Warnkoenig,  Histoire  de  Flandre,  traduction  de  Gheldolf. 

2  Le  premier  Transport  de  Flandre  ou  cadastre  fixant  la  cote  à 
payer  par  chaque  communauté,  par  cent  livres,  fut  dressé,  en  1309, 
à  la  suite  du  traité  d'Athies  (juin  1305).  On  verra  que  ces  Transports 
—  il  y  en  eut  plusieurs  —  constituèrent  plus  tard,  les  matricules  au 
moyen  desquelles  on  pouvait  connaître  la  cote  à  payer  par  chaque 
collège,  dans  les  aides  ou  subsides  accordés  au  Prince. 

3  Gilliodts  Van  Severen,  Inventaire  des  archives  de  la  ville  de 
Bruges.  Section  I.  —  Inventaire  des  Chartes,  tome  IV,  p.  271. 


—    321     — 

la  réunion  des  délégués  des  trois  états  de  la  popu- 
lation :  clergé,  noblesse  et  tiers. 

Or.  il  semble  résulter  de' divers  actes  '  que  ces 
trois  états,  donc  les  États,  pourrait-on  dire,  étaient 
convoqués  et  se  réunissaient  déjà  bien  antérieure- 
ment aux  époques  précitées. 

Évidemment,  ces  assemblées  anciennes  n'étaient 
pas  celles  des  XIVe  et  XVe  siècles.  Mais,  ce  n'est 
pas,  semble-t-il,  parce  que  leurs  réunions  étaient, 
peut-être,  moins  fréquentes,  leurs  attributions  et 
leur  composition  un  peu  différentes,  que  l'on  pour- 
rait soutenir  qu'elles  ne  constituèrent  pas  l'ori- 
gine du  pouvoir  provincial  en  Flandre. 

Dans  le  cours  de  ce  travail,  on  trouvera  encore 
quelques  faits  qui  militent  en  faveur  de  cette  thèse. 
Quoi  qu'il  en  soit,  nous  n'avons  pas  la  prétention 
de  trancher  cette  question  qui  d'ailleurs  ne  rentre 
pas  dans  le  cadre  de  cette  étude. 


Si  dans  l'Assemblée  des  Échevins  de  Flandre,  on 
ne  peut  trouver   l'origine  des  États,  on  peut  y 


1  «  L'existence  des  trois  états  de  Flandre  paraît  remonter  au 
«  XIe  siècle,  car  Robert  le  Frison  lut  admis  au  Gouvernement  en 
«  1071,  du  consentement  des  prélats,  des  nobles  et  des  communes  » 
(  Defacqz,  Ancien  droit  belgiqne,  tome  II). 

En  1030,  il  y  eut  une  assemblée  tenue  par  le  comte  Baudouin  à 
Bergues  Saint  Winox  pour  pacifier  la  Flandre.  Cette  assemblée  était 
composée,  selon  Oudeglierst,  de  tous  les  princes,  prélats  et>autres 
des  Etats  (Raepsaet  loc.  cit.  p.  90-91),  etc. 

Enfin,  il  est  à  remarquer  que  l'ancien  droit  germanique  donne 
à  tous  les  hommes  libres  (vrijen)  le  droit  de  participer  aux  délibé- 
rations concernant  les  affaires  publiques. 

22  ■ 


—     322     — 

trouver,  du  moins,  celle  de  l'élément  principal  de 
ceux-ci,  c'est  à  dire  l'origine  des  Quatre  Membres. 

Ce  point  a  été  développé  par  M.  Gilliodts  van 
Severen  ',  et  il  semble  devoir  être  exposé  ici. 

Il  faut  se  rappeler  qu'il  y  avait  anciennement 
en  Flandre,  trois  grandes  villes2,  Gand,  Bruges  et 
Ypres,  auxquelles  toutes  les  autres  étaient  subor- 
données, et  que,  pour  cette  raison,  on  nommait 
les  chefs  villes. 

Warnkoenig  5  a  indiqué  l'origine  de  cette  supé- 
riorité :  «  Comme  les  villes  de  création  plus 
«  récente,  dit-il,  furent  organisées  sur  le  modèle 
«  des  anciennes  dont  elles  reçurent  le  droit  et  les 
«  privilèges,  il  fut  statué  expressément  que  les 
«  échevins  des  petites  villes,  de  nouvelle  date, 
«  devraient  prendre  conseil,  dans  tous  les  cas 
«  douteux,  non  décidés  formellement  par  leur 
«  heure,  d'une  autre  ville,  comme  de  leur  chief 
«  (haer  hoofd).  L'exercice  de  ce  recours  s'appelle 
«  dans  le  français  des  anciens  diplômes,  aller  à 
«  Iiïef(h  chef)  ou  à  chief  de  sens.  » 

La  prépotence  des  chefs  villes  fut  d'ailleurs 
consacrée,  dans  la  suite,  par  d'autres  causes  encore 
que  nous  tâcherons  d'exposer  dans  le  cours  de 
cette  étude. 

Or,  l'Assemblée  des  Échevins  de  Flandre,  se 
composait  d'échevins  de  ces  trois  chefs  villes. 

Yoici  comment  M.  Vanden  Peereboom  (Des  cours 

1  Loc.  cit. 

2  Et  plus  anciennement  encore,  cinq  :  Gand,  Bruges,  Ypres,  Lille 
et  Douai. 

3  Loc.  cit.,  tome  II,  p.  287. 


—     323     - 

de  Justice,  p.  25)  définit  cette  institution  :  «  L'As- 
«  semblée  des  Échevins  de  Flandre  paraît  avoir 
«  été  instituée  avant  tout  pour  sauvegarder  les 
«  prérogatives  des  lois  locales,  la  dignité  et  la 
«  souveraineté  des  échevins-juges,  enfin  pour 
«  statuer  sur  les  conflits,  soit  entre  les  bonnes 
«  villes,  soit  même  entre  ces  cités  et  le  seigneur 
«  du  pays.  » 

Cette  assemblée,  on  le  voit,  était  alors,  avant 
tout,  une  sorte  de  haute  institution  judiciaire. 

Le  même  auteur  en  arrive  à  se  demander  ensuite 
(p.  29)  :  «  Si  les  Quatre  Membres,  plus  tard  les 
«  États  de  Flandre,  ne  doivent  pas  leur  origine 
«  à  -  l'assemblée  des  Échevins  de  Flandre  du 
«  XIIe  siècle,  et  si  ce  jury  ne  se  transforma  pas 
«  peu  à  peu  en  corps  administratif.  » 

M.  Gilliodts  résoud  affirmativement  cette 
question. 

Et  cela  est  possible,  mais  il  faut  cependant  ne 
pas  perdre  de  vue  qu'à  cette  époque,  les  pouvoirs 
administratif  et  judiciaire  étaient  dans  la  plus  par- 
faite confusion. 

Quoiqu'il  en  fût,  nous  ne  pourrions  y  voir,  répé- 
tons-le, que  l'origine  d'un  élément  des  futurs 
États  :  les  Quatre  Membres. 

En  tout  cas,  à  partir  du  commencement  du 
XIVe  siècle,  nous  possédons  des  données  plus  pré' 
cises,  et  nous  pouvons  constater  que  des  assem- 
blées appelées  Parlements  s'occupaient  alors  déjà 
très  activement  de  l'administration  du  pays. 

Ces  Parlements  se  composaient  de  deux  élé- 
ments :  le  Comte  (ou  ses  conseillers)  et  les  conseils 


—     324    — 

des  chefs  villes;  un  troisième  élément,  celui  des 
moindres  villes,  venait  parfois  s'y  ajouter,  mais 
il  est  certain  qu'il  n'eut  jamais  que  voix  consulta- 
tive dans  ces  assemblées  '. 

Cette  composition  résulte,  à  l'évidence,  de  tous 
les  comptes  de  cette  époque.  On  y  emploie  l'ex- 
pression «  Parlement  daer  de  Raed  van  Vlaenderen 
was,  »  seule,  ou  associée  à  celle-ci  «  melten  raede 
van  de  3  steden  van  Vlaenderen  »  ou  encore  «  daer 
de  steden  van  Vlaenderen  waren.  » 

Les  formules  «  Parlement  daer  de-  Raed  van 
Vlaenderen  tvas  »  et  «  Parlement  daer  de  steden 
van  Vlaenderen  waren  »  sont  donc  synonymes, 
chacune  d'elles  contenant  seulement  un  des  élé- 
ments des  Parlements,  sans,  pour  cela,  exclure 
l'autre. 

Au  surplus,  cette  manière  de  voir  est  absolu- 
ment confirmée  par  un  document  irrécusable  repris 
par  A.'E.  Gheldolf  ■  et  dans  lequel  il  est  reconnu 
par  Philippe  de  Tinette  et  Jean  de  Namur,  le 
8  mai  1305,  «  Ke  de  tant  de  tans  qui  peust  sou- 
venir toutes  les  besoignes  ke  li  Conte  de  flandres 
qui  par  le  tans  ont  estei,  touchant  communaument 
lestât  don  pays,  li  dit  Conte  les  ont  traitiet  et  ordenei 


1  N.  De  Pauw  et  J.  Vuylsteke,  De  rekeningen  der  stacl  Gent,  tweede 
deel  fp.  482  et  suiv.). 

Gilliodts,  loc.  cit.,  pp.  269-270,  293-294. 
C.  d'Ypres,  1336-37.  27  août  1337. 

C.  de  Gand,  1314  f°  18,  2°;  f°  20,  2°;' 1321  f°  78,  2°;  1332  f°  20; 
1330  f»  50,  etc. 
Zaman,  loc.  cit.,  p.  51. 

2  Histoire  administrative  et  constitutionnelle  des  villes  et  châtelle- 
nies  d'Ypres,  etc.,  d'après  Warnkoenig,  p.  445. 


—    325    — 

• 

par  les  boines  villes  de  li  conteit.  Et  cliouke  par  l<> 
seigneur  et  les  dites  boines  villes  a  estei  ordenei, 
gêner aument  il  convint  ke  che  fuist  tenu  et  wardei 
par  toute  le  conteit...  » 

Cette  charte  donne  donc  aux  Parlements  «  toutes 
les  besoignes  touchant  communaument  Testât  dou 
pays  »  et  un  mémoire  de  ceux  d'Ypres  relaté 
dans  une  sentence  de  Philippe  le  Bon,  en  date  du 
17  juin  1436  ' ,  exposant  les  attributions  des  Parle- 
ments, dit  qu'ils  avaient  «  le  Gouvernement  et 
«  Régime  tant  en  consentement  d'aides  et  subven- 
«  tions  comme  en  service  d'armes  et  autrement.  » 
Ce  qui  équivaut  à  dire  qu'ils  constituaient,  en  réa- 
lité, les  pouvoirs  législatif  et  administratif  du  pays. 

Légalement,  le  Comte  ne  pouvait  rien  sans 
l'assentiment  des  Parlements. 

La  solution  des  difficultés  qui  pouvaient  surgir 
entre  l'une  des  villes  et  les  autres,  ou  entre  le 
Comte  et  l'une  des  villes,  nous  est  donnée  par  une 
charte  de  Philippe  de  Tinette  du  12  avril  1304  : 
«  reconnissons  que  nous  avons  entendu,  entendons  et 
créons...  selonc  lor  anchienne  coustume,  ke  se  aucuns 
debas  sourdoit  dou  seigneur  de  flandres  contre  le 
corps  daucunes  des  chiunc  boines  villes  de  flandres. 
C'est  a  savoir  de  Gand,  de  bruges,  de  ypre,  de  lylle 
et  de  doivay,  u  conte ns,  u  debas  meust  dou  corps  de 
lune  des  chiunc  boines  villes  a  lautre,.  — ,  ke  les 
autres  quatre  boines  villes  ont,  et  doivent  ami)'  de 
droit,  le  connissanche  de  celi  cause,  et  le  jugement  et 
en  doit  li  plaidies  iestre  demenies  et  traities,  en  lune 

1  Zaman,  loc.  cit.,  p.  95. 


—    326    — 

des  chiunc  boines  villes  devant  dites,  a  le  semonse  de 
nous  u  de  no  liutenant  ' .  » 

Les  Parlements  se  maintinrent  durant  tout  le 
XIV*'  siècle  et  l'examen  des  comptes  des  chefs- 
villes  prouve  qu'ils  eurent  des  réunions  très  fré- 
quentes, surtout  à  dater  de  l'époque  d'Artevelde. 
Ils  se  réunissaient  dans  différentes  localités;  il  en 
fut  tenu  à  Gand,  Bruges,  Ypres,  Roulers,  Ursel, 
Deynze,  Termonde,  Eecloo,  Maie,  Courtrai,  etc.  \ 

On  connaît  le  grand  rôle  que  remplirent  ces 
assemblées  où  les  trois  chefs  villes,  comme  on 
vient  de  le  voir,  furent  absolument  prépondérantes. 

Elles  interviennent  alors,  nous  venons  de  le 
dire,  dans  toutes  les  affaires  de  politique  intérieure 
ou  extérieure  du  pays  et  c'est  à  cette  époque  que 
l'on  voit  conclure  des  conventions  et  des  traités 
avec  les  souverains  étrangers,  au  nom  «  des  bon- 
ce  nés  gens  des  villes,  des  châtellenies  et  territoires 
«  de  tout  le  commun  pays  de  Flandre  5.  » 

Dans  ce  siècle  de  souveraineté  des  communes, 
la  représentation  du  clergé  et  de  la  noblesse  a 
donc  subi  une  véritable  interruption. 

En  consultant  les  comptes,  on  ne  trouve,  en 
effet,  qu'une  seule  trace  de  l'intervention  de  la 
noblesse  et  une  du  clergé,  dans  ces  assemblées, 
et,    encore,  était-ce  pour  délibérer   sur  des  ma- 


1  Waenkoenig,  Yprcs,  loc.  cit.,  p.  442. 

2  Cf.  comptes  de  l'époque  dans  l'Inventaire  cité  de  Gilliodts. 
Cf.  également  de  Pauw  et  Vuylsteke,  loc.  cit.  Cependant,  à  partir 
de  l'année  1362,  les  Parlements  se  tinrent  surtout  à  Gand  et  sem- 
blèrent vouloir  se  fixer  dans  cette  ville  (Gilliodts). 

3  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  288,  289. 


—    327    — 

tières  qui  intéressaient   tout    spécialement  »  ces 
deux  ordres. 

C'est  vers  cette  époque,  c'est-à-dire  vers  la  fin 
du  XIV'  siècle,  qu'un  quatrième  élément  vient  se 
placer  à  côté  des  trois  chefs-villes  :  le  Franc  de 
Bruges  composé  exclusivement  de  nobles  et  d'ecclé- 
siastiques "2. 

Il  est  assez  difficile  de  fixer,  d'une  façon  exacte, 
la  date  de  l'adjonction  du  Franc  de  Bruges  aux 
trois  autres  chefs  collèges  de  Flandre. 

Oudegherst  3  reporte  la  date  de  l'accession  du 
Franc  à  l'année  1348,  en  laquelle  fut  conclu  à 
Bruges,  par  Louis  de  Maie,  un  traité  dans  lequel 
il  est  fait  mention  du  Franc  comme  quatrième  chef 
collège. 

Zaman*  fixe  cette  date  seulement  à  l'année  1405. 

Enfin,  l'Inventaire  de  M.  Gilliodts  mentionne 
une  série  d'actes  dans  lesquels  on  voit  le  Franc 
intervenir  à  titre  égal  et  à  côté  des  trois  chefs 
villes.  Tous  ces  actes  ont  été  passés  de  1350  à  1365 
et  de  1378  à  1387.  Cependant,  d'après  le  même 
auteur,  ce  ne  fut  qu'en  l'année  1392  que  le  Franc 
obtint  son  admission  définitive  '\ 

Cette  élévation  du  Franc  au  rang  de  quatrième 
chef  collège  de  Flandre  souleva  de  Imposition  de 


1  Voir  compte  Gand  de   1316  1°   47,  2°;   et  celui  de    1323-24 
f°  69,  2°. 

2  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  302. 

3  Id.,id.,  p.  295. 

*  Loc.  cit.,   p.  70. 

5  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  314. 


—     328     — 

la  part  des  trois  grandes  villes  qui,  jusque  là, 
avaient  été  seules  en  possession  du  pouvoir.  Ceux 
de  Bruges  surtout  protestèrent  vivement  contre 
cette  intrusion  du  Franc,  et  le  Duc  deBoureroarne  — 
qui  d'ailleurs  favorisait  cette  ancienne  châtellenie 
noble,  dans  laquelle  il  voyait  un  contre-poids  à  la 
puissance  de  l'élément  communal  —  rendit,  le 
17  août  1411,  une  sentence  par  laquelle  les  fran- 
chostes  étaient  confirmés  dans  la  possession  de 
leur  prérogative  ' . 

Le  11  février  1436,  nouvelle  sentence  portant 
confirmation  de  celle  de  1411  et  rendue  en  suite 
des  réclamations  de  ceux  d'Ypres  ". 

Jusqu'à  l'époque  de  l'admission  du  Franc  en 
qualité  de  quatrième  chef  collège,  il  n'est  pas 
question  des  Quatre  Membres,  ni  même  de  Membres 
de  Flandre  (Leden  van  Vlaenderen). 

A  la  fin  du  XIVe  siècle,  les  comptes  portent 
encore  «  de  ghedeputeerden  van  Gendt,  Brugge, 
Ypere,  en  de  van  den  Vrijen,  »  et  l'expression 
«  de  vier  leden  »  ne  paraît  pas  même  encore 
être  née. 

C'est  dans  le  compte  du  Franc  de  1399-1400 
qu'on  la  rencontre  pour  la  première  fois  3. 

Ce  sont  d'ailleurs,  à  n'en  pas  douter,  les  quatre 
chefs  collèges  qui  ont  commencé' à  se  qualifier 
eux-mêmes  de  Quatre  Membres  de  Flandre,  car  ce 


1  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  316  (Arch.  État  à  Bruges,  Roodenbouc, 
f°  107,  n°  2). 

2  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  316. 

3  Id.,  id.,  loc.  cit.,  p.  315. 


—    329     - 

n'est  que  bien  plus  tard  qu'on  trouve  cette  expres- 
sion dans  les  actes  du  pouvoir  central.  —  Aiusi, 
pour  ne  citer  qu'un  exemple,  tandis  que  le  compte 
de  Bruges  de  1408-1409  '  porte  :  «  Den  xij  c  "  dach 
«  van  september  lier  Aernoud  Reyphin  ende  Victor 
«  Van  Leffxnghe ,  ghesend  te  Gliend  omme  met 
«  gaders  den  anderen  drien  leden  van  den  lande 
«  etc.,  »  la  charte  du  20  juillet  1408,  par  laquelle 
le  duc  Jean  de  Bourgogne  nomme  des  députés 
pour  reviser  le  Transport  ou  cadastre  de  Flandre  '2, 
ne  fait  pas  emploi  de  cette  expression  et  porte 
encore,  connue  antérieurement  :  «  les  députez  de 
«  par  nos  bonnes  villes  Gand,  Bruges,  Ypre  et  de 
«  nostre  ter  rouer  du  Franc  etc.    » 

En  tout  cas,  à  partir  de  cette  époque,  on  em- 
ploie couramment,  dans  tous  les  comptes,  l'expres- 
sions  :  les  Quatre  Membres.  On  peut  donc  dire  que 
cette  dénomination  est  née  au  commencement  du 
XVe  siècle  \ 

M.  Gilliodts  van  Severen  observe  que,  pour 
ainsi  dire,  dès  l'époque  de  l'érection  du  Franc 
comme  quatrième  Membre,  il  n'est  plus  question 
de  Parlements,  mais  d'assemblées  des  Quatre 
Membres  de  Flandre. 

Observons  aussi  que  cette  érection  correspond 
à  peu  près  avec  l'avènement  des  ducs  de  Bour- 
gogne; on  peut  y  voir,  de  la  part  de  ceux-ci, 
une  tendance  à  aristocratiser  les  assemblées  du 
XIVe  siècle  et  à  porter  ainsi  un  dernier  coup  à  la 

i  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  34. 

2  Voir  ce  document  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  20  à  22. 

3  Cf.  Zaman,  loc.  cit. 


—    330    — 

puissance  des  communes  qui  était  alors  à  son 
déclin  '. 

Et,  en  effet,  l'introduction  des  éléments  exclu- 
sivement nobles  et  ecclésiastiques  du  Franc  dut 
altérer  le  caractère  profondément  démocratique 
de  l'institution. 

M.  Gilliodts  expose  cette  transformation 2  en 
ces  termes  :  «  L'ancienne  châtellenie  (du  Franc), 
«  dit-il,  leur  donnait  (aux  ducs)  une  base  d'op- 
«  position  contre  les  principes  de  la  démocratie 
«  des  communes.  Cette  réforme  constitutionnelle 
«  altéra  profondément  le  caractère  national,*  les 
«  mœurs  et  jusqu'à  la  langue  du  peuple  en  éprou- 
«  vèrent  l'atteinte. 

«  Sous  cette  pression  croissante  »,  ajoute  M. 
Gilliodts,  «  les  États  composés  désormais  des 
«  Quatre  Membres  s'organisèrent  et  se  parta- 
«  gèrent  en  trois  ordres  :  le  clergé,  la  noblesse 
«  et  le  tiers.  » 

En  ce  qui  nous  concerne,  nous  croyons  plutôt 
que  les  Quatre  Membres  faisaient  partie  intégrante 
des  Etats  et  y  représentaient  le  tiers. 

On  trouve,  en  effet,  dès  lors,  alternativement 
mentionnés  dans  les  libellés  des  comptes  du 
XVe  siècle,  les  Quatre  Membres  seuls  ou  les  Quatre 
Membres  avec  le  Clergé  et  la  Noblesse. 

Voici,  à  titre  d'exemples,  quelques  extraits  des 
comptes  de  Bruges  3.  C.  1414-15,  f"  63,  n°  1.  Ben 

1  Au  sujet  de  la  politique  des  ducs  de  Bourgogne,  voir,  entre 
autres,  Kebvyn,  Hist.  de  Flandre,  III,  p.  192,  et  P.  Fredericq,  Essai 
sur  le  rôle  politique  et  social  des  ducs  de  Bourgogne  dans  les  Pays-Bas. 

2  Loc.  cit.,  p.  315. 

3  Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  327  à  329. 


331     — 

andren  dach  van  september  Janne  Dreling  ghesendt 
ter  Sluus  metgaders  den  ghedeputeerden  van  den 
andren  drien  leden  van  den  lande  van  Vlaendren 
teenre  dachuaert . 

F0  63,  n°  5.  Item  es  te  wetene  aïs  de  ghedepu- 
teerde  van  den  drien  staten  van  den  lande  van 
Vlaendren  gheweist  hadden  voor  Atrecht,  ter  dach- 
naerd  van  den  Coninc  onsen  souverainen  heere 
ende  onsen  geduchten  heere  van  Guyenne  daulphin 
van  Vyanois  zinen  zone,  daer  den  paeys  van  dies 
de  coninc  voorseit  mest  paeijt  gheweist  hadde  up  onsen 
gheduchten  heere  ende  prinche,  gesloten  ivas,  etc. 

F°  64,  n°  3.  «  Den  xxvijstp"  dach  van  september 
Janne  Bortoen  (etc.),  ghesend  te  Ghend  an  onsen  ghe- 
duchten heere  ende  prinche  die  de  ghedeputeerde  van 
den  viere  leden  van  den  lande  van  Vlaendren  om- 
boden  hadde  bi  hem  te  commene,  aldaer  deselue 
onse  gheduchte  heere  ende  prinche  dede  verversschen 
ende  versouken  te  hebbene  van  zinen  voorseiden 
lande  de  subventie  van  Cm  guldine  penninghe  zilvre 
munte  van  Vlaendren 

C.  1415,  f°  64,  n°  4.  Den  xvjston  dach  van  sep- 
tember Jacob  Breydel,  Joos  De  Muntere  etc  ghesendt 
te  Ghend  teenre  dachvaerd  van  den  viere  leden  van 
Vlaendren,  dienende  omme  oner  een  te  draghene 
ende  te  taxeerne  up  tghemeene  land,  de  costen  bi  den 
drien  staten  te  wetene  prelaten,  edele  ende 
viere  leden  ghedaen  in  den  name  van  den  ghe- 
meenen  lande  jnt  tstic  van  den  traittiete  van  paeyse, 
van  dat  onse  gheduchte  heere  ende  prinche  gheweist 
hadde  \  etc.  » 

1  Voir  encore  comptes  même  année,  f°  67  n°  2,  69v  n°  4  et  compte 
de. 1413,  63v  n°  4  (Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  264).  Dans  ce  dernier,  il  est 


—     332     - 

Ces  extraits  montrent,  semble-t-il,  que  les 
Quatre  Membres  étaient  seuls  convoqués  lorsqu'il 
s'agissait  de  questions  d'administration  courante, 
spécialement  de  questions  financières,  et  que  le 
clergé  et  la  noblesse  n'intervenaient  surtout  que 
dans  les  grandes  circonstances,  comme  par  exemple, 
lorsqu'il  s'agissait  de  résoudre  des  questions  de 
haute  politique,  et  notamment  celles  concernant  la 
politique  extérieure. 

Dès  lors,  les  Quatre  Membres  étaient  naturelle- 
ment assez  souvent  convoqués,  tandis  que  le  cas 
devait  être,  au  contraire,  assez  rare  pour  les  deux 
autres  états. 

En  tout  cas,  nous  croyons  que,  sous  les  ducs 
de  Bourgogne,  les  états  ecclésiastique  et  noble 
avaient  repris  leur  place  à  l'assemblée  des  États, 
en  admettant  que,  sous  le  règne  des  communes, 
ils  eussent  dû  momentanément  l'abandonner. 

Le  système  des  trois  états,  avec  intervention 
limitée  de  deux  de  ces  états,  le  cjergé  et  la  noblesse, 
se  maintint  pendant  tout  le  règne  des  ducs  de 
Bourgogne. 

Il  sera  intéressant,  pensons-nous,  de  reproduire 
ici,  comme  preuves  à  l'appui,  quelques  documents 
très  caractéristiques  ' . 

Voici,  par  exemple,  une  lettre  écrite  par  le  Chan- 
celier de  Flandre,  au  nom  du  duc  de  Bourgogne, 

fait  mention  des  trois  états  et  il  ne  s'agissait  cependant  que  d'un 
subside  à  accorder  au  Prince. 

1  Ces  documents  ont  déjà  été  publiés  par  M.  Gachard  dans  sa 
Collection  de  documents  inédits,  mais  ils  nous  paraissent  indispen- 
sables pour  compléter  cette  introduction. 


—     333     — 

an  Magistrat  d'Ypres,  et  portant  convocation   à 

une  Assemblée  des  Quatre  Membres  qui  devait  se 

tenir  à  Bruges,  le  18  Novembre  1467. 

«  De  par  le  Duc  de  Bourgoingne,    etc.   Très 
chiers  et  bien  amez,  affin  de  mettre  bon  ordre  et 

c  remède  à  ce  que  nos  ordonnances  faictes  sur  le 
fait  de  nos  monnoyes  soient  entretenues  et  gar- 
dées, comme  le  voulons  et  désirons,  nous  avons 

(  ordonné  aulcuns  de  par  nous  pour  estre  en 
nostre  ville  de  Bruges  le  xviij  jour  de  ce  présent 

(  mois,  pour  communiquier  avecq  vous  et  les 
aidtres  membres   de  nostre    pays   de    Flandres 

(  touchant  cette  matière,  et  y  mettre  bonne  et 
ferme  provision.  Sy  vous  mandons  expressé- 
ment que,  aux  jour  et  lieu  dessusdits,  vous 
envoyez  et  ordonnez  aulcuns  vos  députez  à  tout 

c  povoir  souffissant  pour  conclure  et  arrester  ce 

<  que  sera  advisé  pour  le  bien  de  la  dite  matere, 
et  gardez  que  n'y  faictes  faulte,  comment  qu'il 
soit.  Très  chiers  et  bien  amez,  le  Saint  esperit 

(  soit  garde  de  vous,  Escript  le  viij  jour  de 
novembre  iiij  lxvij. 

•  «  De  Molesmes.  » 

Voici  encore  la  suscription  d'une  lettre  adressée 
aux  Quatre  Membres  et  concernant  également  les 
monnaies  et  le  service  des  fiefvés  :  A  nos  très  chiers 
et  bien  amez  les  bourgmaistres,  eschevins  et 
conseil  de  nos  villes  de  Gand,  Bruges.  Yppre,  et 
terroir  du  Franc,  .représentant  les  quatre  mem- 
bres de  nostre  pays  de  Flandres  - . 

1  Gachard,  Collect.  de  documents  inédits,}).  172. 


—     334     — 

Le  chancelier  des  ducs  de  Bourgogne  corres- 
pondait parfois  personnellement  avec  les  Etats  ou 
les  Quatre  Membres,  et  les  appelait  alors  «  mes 
«  très  chiers  seigneurs  et  especiaulx  amis  les 
«  les  députez  des  Quatre  Membres  du  pays  de 
«  Flandres  \ 

Le  19  décembre  1467,  le  Duc  convoqua  les  Quatre 
Membres  à  «  Tenremonde  «  (Termonde)  »  «  pour 
«  oyr  aulcunes  remonstrances  et  requestes  que 
«  voulons  faire  à  nostre  dit  pays,  et  avons  inten- 
«  cion  d'estre  eu  nostre  personne  au  dit  Tenre- 
«  monde  etc.  »  On  comprend  que  le  noble  Duc 
se  soit  dérangé  lorsqu'on  apprend  qu'il  demanda 
aux  Quatre  Membres  une  aide  d'un  million  de 
ridders  de  48  gros  pièce,  à  payer  en  neuf  ans. 

La  réponse  des  Quatre  Membres,  de  tout  point 
favorable  à  cette  demande,  fut  portée  à  la  connais- 
sance du  Duc,  le  20  février  1468,  dans  des  termes 
où  l'obséquiosité  descend  jusqu'à  la  platitude  : 
«  Notre  très  redoubté  seigneur  et  prince,  nous 
«  nous  recommandons  à  vostre  très  liaulte  no- 
ce blesse  et  très  bénigne  grâce  tant  et  sy  très 
«  humblement  comme  plus  povons  ;  et  vous  plaise 
«  savoir  nostre  très  redoubté  seigneur  et  prince 

«  que  etc ce   que    vous   nostre  tre   redoubté 

«  seigneur  et  prince,  signifions  par  ces  présentes, 
«  en  vous  suppliant  en  toute  humilité  qu'il  nous 
«  plaise  de  vostre  très  bénigne  grâce  etc.  »  Le 
reste  est  à  l'avenant 2. 

Il  est  vrai  de  dire  que  Charles  le  Téméraire  le 

1  Gachard,  Collect.  de  documents  inédits,  p.  174. 
3  Gachard,  loc.  cit.,  p.  194. 


—    335    — 

prenait  de  très  haut  avec  les  Etats  et,  comme 
c'était  un  prince  très  paissant,  on  jugea  sans  doute 
qu'il  eût  été  dangereux  de  lui  résister. 

On  peut  voir  encore,  dans  les  documents  '  ci- 
après,  le  manque  d'égards,  pour  ne  rien  dire  de 
plus,  avec  lequel  Charles  le  Téméraire  traitait  ses 
«  très  chiers  et  bien  amez  »  des  Etats. 

En  1470,  les  Quatre  Membres  s'avisèrent  de  faire 
quelques  remontrances  au  Duc  au  sujet  d'une  aide 
de  120,000  écus  qu'il  avait  demandée  à  tous  ses 
pays. 

La  réponse  du  Téméraire  ne  se  fit  pas  attendre. 
Elle  fut  donnée  —  dit  la  relation  —  «  après  une 
brieve  retraicte  du  Duc  »  à  Mtre  Jean  Sersanders, 
pensionnaire  de  G  and,  qui,  en  cette  qualité,  avait 
porté  la  parole  au  nom  des  Quatre  Membres.  On 
y  trouve  des  violences  de  langage  comme  celles-ci  : 
«  Vous  faictes  ceste  demande  par  soubtivité  et 
«  malice...  et  avez  vous  (vous  avez)  testes  fla- 
«  mengues  si  grosses  et  si  dures...  et  veul  bien 
«  que  vous  le  sachiez,  je  pourverrez  bien  à  vos 

«  testes et  entre  vous,  Flamengs,  avecq  vous 

«  dures  testes,  avez  tous  jours  comtempné  ou 
«  hay  vostre  prince,  car,  quant  ilz  n'estoient 
«  point  bien  puissant,  vous  les  comptempnastes, 
«  et,  quand  ilz  éstoient  puissans  et   que  vous  ne 

«  leur  povoyés  rien  faire   vous   les   haystes 

«  car  ce  seroit  comme  du  pot  et  du  voyre  : 
«  comment  que  le  voyre  se  heurte  o  pot,  tondis 
«  se  rompt etc  2.  » 

1  Gachard,  toc.  cit.,  p.  Iô4i 

2  Gachard,  toc.  cit.  (p.  219  et  suiv.). 


—     336     — 

De  peur  sans  doute  que  le  «  pot  »  ne  rompît  le 
«  voyre,  »  les  Quatre  Membres  s'empressèrent 
d'accorder  l'aide  demandée. 

Peu  d'années  après,  en  1475,  le  Duc  fit  assem- 
bler les  trois  États   à   Bruges,    et  leur   tint  un 
long  discours  pour  se  plaindre  de  l'abandon  dans 
lequel  ces   trois  États   l'avaient  laissé   au   siège 
de  Neuss  '.    Après  avoir  exposé  tous  ses  griefs 
contre  les  Etats,  le  Duc  conclut  :  «  ...Puisque  ses 
dits  subgectz  avoient  mis  en  nonchaloir  estre 
gouverné  soubz  lui  comme  enffans  soubz  père, 
c  au  moyen  de  quoy  ils  pourroient  estre  exhere- 
dez,  comme  le  filz  des  biens  de  son  père  pour 
ses  démérites,  ils  seroient  gouvernez  et  vive- 
roient  doresenavant  soubz  lui  comme  subgectz 
soubz  leur  seigneur,  au  plaisir  (de  Dieu?)  son 
c  créateur  de  qui,  et    non  d'autruy,  il  tient  sa 
dite  seigneurie,  et  demourerait  prince  tant  que 
x  à  Dieu  plaira,  maigre  la  barbe  de  tous  ceulx  à 
qui  il  en  desplairoit,  dont  il  ne  faisoit  point  de 
(  doubte,   car   Dieu  lui  en  avoit  bien  donné  la 
puissance  et  la  manière  et  ne  conseilloit  point  de 
l'expérimenter.  » 

Il  finit  par  exhorter  chacun  des  ordres  à  part  ; 
premièrement  aux  prelatz,  il  leur  commanda, 
en  nom  d'eulx  et  pour  les  autres  prelatz  absens, 
que  doresenavant  il  obéissent  diligemment,  et 
sans  dissimulacions  quelconques,  à  ses  lettres, 
mandemens  et  ordonnances,  sur  paine  de  perdre 
et  confisquier  envers  lui  tout  leur  temporel  »  et 

1  Gachakd,  loc.  cit.  (p.  249  et  suiv.). 


—     337    — 

parlant  aux  nobles,  «  il  leur  commanda  aussi  faire 
pareillement,  sur  leurs  testes  et  sur  peine  de 
c  confisquier  de  tout  ce  qu'ilz  tenoient  de  lui,  et 
de  tous  leurs  biens  meubles  et  immeubles  et  de 
leurs  héritiers,  pour  iceulx  estre  appliquiez  à 
son  demaine;  et  parlant  aux  Députez  du  troi- 
sième estât,  dist  par  telle  façon  :  Et  vous  men- 
geurs  des  bonnes  villes,  faictes  pareillement 
quant  à  l'obéissance  de  mes  commandemens, 
<  lettres  et  ordonnances,  et  qui  seront  expédiez 
par  mon  chancellier,  sur  vos  testes,  et  sur  con- 
(  fiscacion  de  tous  voz  biens,  ensemble  tous  voz 
previleges,  drois,  franchises,  libertez,  costumes 
et  usaiges.  » 

Ce  ne  furent  pas  les  trois  États  qui  répondirent 
à  cette  semonce,  mais  les  Députés  des  Quatre  Mem- 
bres «  pour  et  au  nom  du  pays  de  Flandres  sur  ce 
que  depuis  nagaires  il  vous  a  plu  (au  Duc)  pro- 
poser et  déclarer  aux  députez  des  trois  estas  de 
:<  vostre  dit  pays,  etc.  » 

La  noblesse  et  le  clergé  se  désintéressaient  donc 
même  des  affaires  sur  lesquelles  ils  étaient  appelés 
à  se  prononcer. 

On  a  déjà  vu,  qu'en  matière  d'aides  et  de  sub- 
sides, ces  deux  ordres  n'étaient  pas  convoqués; 
ils  ne  participaient  d'ailleurs  pas  dans  le  payement. 
Le  passage  suivant  de  la  réponse  susvisée  des 
Quatre  Membres  confirme  encore,  qu'en  cette 
matière,  ceux-ci  représentaient  seuls  le  pays  de 
Flandre  :  «  Or  est  ainsi  que  feu  de  très  noble 
«  mémoire,  monseigneur  le  duc  Philippe,  vostre 
«  père,  et  tous  voz  autres  très  nobles  progeni- 

•23 


—     338    — 

«  teurs,  ont  délaissée  le  dit  pays  en  la  franchise 
«  et  liberté  telle,  que  ilz  ne  fissent  oncqnes,  par 
«  rigueur,  ne  execucion,  ne  autrement,  les  sub- 
«  gectz  de  vostre  dit  payer  aucune  somme  de 
a  deniers  ne  autre  charge,  sans  consentement 
a  préalable  des  Quatre  Membres  de  vostre  dit  pays 
«  pour  et  au  nom  des  manans  et  hàbitans  dicelui 
«  pays,  etc.   » 

Et  comme,  ainsi  qu'on  vient  de  le  voir,  par  les 
documents  ci-dessus  reproduits,  les  deux  premiers 
ordres,  clergé  et  noblesse,  se  désintéressaient  de 
la  plupart  des  autres  matières  qu'on  leur  soumet- 
tait, et  s'en  déchargeaient  volontiers  sur  les  Quatre 
Membres  ' ,  on  peut  en  conclure  que  ceux-ci  con- 
stituèrent, en  fait,  sous  les  ducs  de  Bourgogne,  à 
eux  seuls,  les  États  de  Flandre. 

Lorsque,  par  suite  de  l'alliance  de  Marie  de 
Bourgogne  avec  Maximilien  d'Autriche,  le  Comté 
de  Flandre  devint,  pour  ainsi  dire,  une  simple 
province,  les  questions  politiques  ne  furent  plus 
guère  soumises  aux  États.  Ceux-ci  descendirent, 
dès  lors,  peu  à  peu,  au  rang  d'États  provinciaux  2. 

Le  clergé  et  la  noblesse  se  désintéressèrent  na- 
turellement de  plus  en  plus  des  affaires.  Ils  n'y 
avaient  d'ailleurs  aucun  intérêt,  le  principal  pou- 
voir des  États  consistant  dans  l'octroi  des  aides  et 


*  Voir  encore  à  ce  propos  :  Oachard  :  Loc.  cit.,  p.  254  (note).  Les 
trois  états  étaient  assemblés  àGand,  par  ordre  du  Duc,  et  «  ils  char- 
«  gèrent  les  Quatre  Membres  d'en  conférer  avec  les  commis  du  Duc 
«  et  d'y  résoudre.  » 

2  On  sait  que  la  première  assemblée  des  Etats  Généraux,  dans 
notre  pays,  date  de  l'époque  des  Ducs  de  Bourgogne. 


—    339    — 

subsides  au  souverain,  dans  le  payement  desquels 
le  clergé  et  la  noblesse  n'intervenaient  pas. 

Les  Quatre  Membres  conservèrent  donc  la  pré- 
rogative de  représenter  les  Etats  de  Flandre 
jusque  sous  le  régime  espagnol,  c'est-à-dire  jusqu'à 
la  fin  du  règne  de  Charles  V. 

Ce  fut  vers  cette  époque  qu'ils  durent  partager 
le  pouvoir  provincial  avec  le  clergé  —  on  verra 
ci-après  dans  quelles  circonstances  —  et  ce  fut 
ainsi  que  naquit  «  l'Assemblée  des  Députés  des  Ecclé- 
siastiques et  Membres  de  Flandres,  »  laquelle  se 
maintint  pendant  toute  la  période  espagnole,  et 
durant  la  période  autrichienne,  jusqu'en  l'année 
1754.  —  En  cette  dernière  année,  l'institution 
subit  une  nouvelle  transformation  et  devint 
«  V Assemblée  de  la  province  de  Flandres  »  ou 
encore  «  l'Assemblée  des  Ecclésiastiques,  Villes, 
Pays,  châtellenies .  Métiers  et  Districts  du  Pays  et 
Comté  de  Flandres.  » 

C'est  l'organisation  de  ces  institutions  que 
nous  nous  sommes  proposé  d'exposer  d'une  façon 
quelque  peu  détaillée. 

Ach.  Gallet-Miry. 

(A  suivre.) 


340    — 


VARIETES, 


Chanteurs  publics  au  XVIe  siècle.  —  Parmi  les  chan- 
teurs publics  qui,  pendant  la  seconde  moitié  du  XVIe  siècle, 
exercèrent  leur  art  sur  les  places  publiques  de  la  ville  de 
Gand  le  plus  célèbre  est,  sans  contredit,  le  poète  et  drama- 
turge Jean  Onghena.  Son  répertoire  se  composait  princi- 
palement de  chansons  politiques,  dirigées  contre  l'Espagne 
et  contre  l'inquisition.  Tous  les  chroniqueurs  de  cette 
époque  parlent  de  ce  personnage  qui  jouissait  d'une  grande 
notoriété  à  Gand. 

Durant  le  cours  de  sa  carrière  de  poète  et  de  chanson- 
nier populaire,  '  il  fut  plusieurs  fois  avisé  par  les  échevins 
qu'il  eût  à  se  montrer  plus  circonspect  dans  le  choix  de  ses 
couplets.  Dans  le  Criminele  Boeck  de  1 564  nous  trouvons 
relaté  un  avertissement  de  ce  genre,  rédigé  comme  suit  : 

«  Den  16  november  1564  es  by  schepene  interdictie  ghe- 
«  daen  meester  Johan  Onghenae  meer  eenighe  refereynen  of 
«  liedekens  te  maecken  ofte  by  ander  ghemaeckt  te  zegghene 
«  ofte  uitteghevene  in  eenighe  verselschappe  oft  andersins 
«  die  eenighe  onstichticheyt  ofte  scandcd  maecke  saude 
«  tippene  arbitraire.  » 

Jean  Onghena,  qui  avait  adopté  les  idées  de  la  réforme, 
fut  arrêté  à  Anvers  au  mois  de  mai  1567.  Le  30  juin  on  le 
transporta  à  Gand  et  le  2  août  1567  il  fut  pendu  à  une 


—    341     - 

des  potences  dressées  devant  la  prison  du  Sausselet  au 
marché  aux  Grains. 

Le  Memorieboeck  der  stad  Ghent  de  l'année  1 567  dit  : 

«  Den  lesten  Juny  was  Jan  Onghena  met  vier  officiers 
«  ende  vier  hallebardiers  van  A  ntwerpen  binnen  deser  stede 
«  ghebrocht,  ende  den  >jnt  Ougste  was  hy  up  den  Coorenaert 
«  ghehanghen.  » 

Dans  le  Dagboek  des  frères  Van  Campene,  publié  par 
M.  F.  De  Potter,  cette  exécution  est  racontée  dans  les 
ternies  suivants  : 

«  Ougstmaend.  —  Den  IIe"  smorgens  voor  de  noenent  es 
«  ande  galghe  ofte  potente  staende  upden  Coornaert  ghe- 
«  hangen  de  voornoemde  M''  Jan  die  in  zijnen  tijdt  heeft 
«  gheiveest  een  fray  componist  inde  Vlaemsche  Rhetorijke 
«  dichtende  menich  reféreyn  bemindt  van  edele  ende  on- 
«  edele  omme  syne  sonderlinghe  gratie  van  refereynen  ende 
«  ghenouchte  die  hy  hadde  inde  zelve;  hy  heeft  hier  voort/jts 
«  ghemaect  een  reféreyn  van  aile  de  eloosters  deser  stede, 
«  voaghende  by  manière  van  huwelicke  de  monijeken  metten 
«  nonnen  ofte  religieusen....  » 

Jan  Vanclevivere  en  parle  également  dans  sa  Chronijcke 
van  Ghendt  ainsi  que  pater  de  Jonghe  dans  ses  Gendsche 
Geschiedenissen. 

Marcus  van  Vaernewijck,  dans  le  septième  livre  de  ses 
Beroerlijcke  Tijden  cite  un  certain  Liévin  vander  Venne, 
messager  et  facteur  de  la  chambre  de  rhétorique  gantoise 
Maria  feeren.  Ce  vander  Venne  fut  arrêté  le  6  mars  1567, 
sur  le  marché  du  Vendredi,  pour  avoir  chanté  des  couplets 
et  débité  des  pièces  allégoriques  dirigés  contre  la  religion 
et  le  clergé  catholiques  :  «  ...zechioorden  ende  cluchten,  en 
«  bysonder  van  eenen  rhetoryckelicken  droom,  die  hy  plach 
«  onder  tvolch  te  zegghen  in  taveeme,  icelchen  droom  meester 


—    342    — 

«  Jan   Onghena  ghemaect  hadde,    ludende  schimpich    ofte 
«  spottichjeghen  die  geestelicheyi  ende  dierghelijcke....  » 

L'auteur  de  ces  farces  et  de  ce  songe,  ainsi  que  le  dit 
van  Vaernewijck,  était  encore  Jan  Onghena. 


Dans  le  Crimineele  Boeck  de  150(3-1 567  il  est  fait  mention 
au  folio  37  de  deux  chanteurs  de  rue  qui  furent  bannis  de 
la  ville  de  Gand  pour  avoir  fait  entendre  sur  le  marché  aux 
Grains  des  couplets  inconvenants  : 

«  Franc,  vanden  Broucke  van  Nieukercke  en  de  Jan  vander 
«  Donckt  fs  Jans  gheboren  van  Keyghem  by  Dixmude  beede 
«  zanghers  zyn  den  15  augustus  1566  uutgheseyt  uut  dese 
«  stede  ende  den  schependom  van  dicn  den  tijd  van  eene 
«  jaere  upde  geesselynghe  ter  causen  van  diversche  schan- 
«  daleuse  liedekens  by  hemlieden  hedent  upden  coorenaert 
«  ghesonghen.  » 

L'instruction  de  cette  affaire  ne  prit  pas  beaucoup  de 
temps.  Il  résulte  des  ternies  de  la  sentence  que  vander 
Donckt  et  vanden  Broucke  furent  condamnés  au  banisse- 
ment  le  jour  même  où  on  les  arrêta,  tandis  qu'ils  chantaient 
en  public  quelques  schandaleuse  liedekens  de  leur  réper- 
toire. S'ils  s'avisaient  de  rentrer  à  Gand  avant  d'avoir 
purgé  leur  condamnation,  la  peine  des  verges  devait  leur 
être  appliquée. 

Il  arrivait  fréquemment  que  les  échevins  de  la  Keure, 
usant  d'indulgence,  se  bornaient  à  admonester  les  délin- 
quants, en  les  engageant  à  ne  plus  recommencer  sous  peine 
d'être  bannis  et  punis  arbitrairement  selon  les  circon- 
stances. 

Dans  le  registre  criminel  de  1581-1583  se  trouve  trans- 
crit, au  folio  29   v°,  l'acte  d'accusation  dressé  contre  un 


—    343    — 

certain  Hector  de  Clercq,  de  Wervicq,  chanteur  de  profes- 
sion, hem  occuperende  int  synghen  van  liedehens  : 

«  Accusatie 

«  Hector  de  Clerck  van  Werveyck  hem  occuperende  int 
«  synghen  van  liedeckens  verclaert  niet  nieer  te  misdoene  int 
«  singhen  van  gunnen,  hem  confesant  heeft  biddende  om 
«  gracia.  Ghevraegt,  seght  niet  te  toeten  ivie  hem  de  liede- 
«  kens  ghegheven  heeft  luydende  een  nieu  Uedeken  opde 
«  wyse  :  och  edele  maecht  van  Ghendt  erbaer  etc. 
«  hendt  naederhandt  dat  hy  deselve  heeft  doen  prenten  endc 
«  dat  hy  selve  de  tioee  clauselen  byghevoucht  heeft  te  weten 
«  het  eene  beghinnende  NU  CAN  elc  ZIEN  voor  ooghe  en  het 
«  andere  naervolghende  elc  iieeft  nu  wel  zijn  BURSE 
«   GHEVULT.  » 

Il  est  probable  que  les  couplets,  chantés  par  Hector 
de  Clercq,  n'avaient  rien  de  subversif,  car  il  fut  relâché 
après  qu'il  eut  promis  de  ne  plus  débiter  ses  couplets  en 
public  à  moins  d'en  avoir  obtenu  l'autorisation  des  échevins. 
Cette  décision  des  échevins  de  la  Keure  est  inscrite  en 
marge  de  l'acte  d'accusation. 

«   Gheslaect  up  verbant  dat  hy  niet  meer  liedehens  zinghen 
«  zal  ten  zy  met  exprès  consent  heere  ende  xoet  up  arbitraire 
«  correctie  mits  betaelende  zyne  vangeniscosten. 
«  Actum  den  xv  januari  1582.  » 

Une  décision  analogue  se  rencontre  dans  le  registre 
criminel  de  1588-1501  au  folio  18  v°.  Il  s'agit  d'un  individu, 
nommé  Jan  de  Duutschere,  qui  fut  également  reLâché  de 
la  prison  : 

«  Schepenen  slaechen  van  vanghenisse  Jan  de  Duutschere 
«  midts  hem  binnen  dese  stede  draeghende  in  aile  stillicheyt 


344    — 

«  ende  stellen  zulcken  orcler  in  zyn  huis  dat  men  aldaer 
«  gheene  verboden  liedehens  ofte  andere  refereynen  ontstich- 
«  tent  de  passanten  uppene  indien  te  contraren  geschiede 
«  van  uute  stadt  ghebannen  te  zyn  ende  arbitrairlich  ghe- 
«  corrigeert  te  ivorden  naer  bevindt  van  den  sticke.  » 

«  Actum  desenvij  april  1589.  » 

Du  texte  de  cette  décision  il  semble  résulter  que  ce  Jan 
de  Duutschere  était  un  cabaretier  ou  un  boutiquier  et  que 
c'était  dans  son  établissement,  dont  les  portes  ou  les  fenêtres 
étaient  ouvertes,  que  l'on  chantait  ces  Liedehens  ou  ces 
Refereynen  qui  blessaient  les  oreilles  des  passants.  Les 
échevins  ajoutent  que  si  pareils  faits  se  renouvellent  il  sera 
banni  de  la  ville  et  puni  arbitrairement  selon  la  gravité  des 
circonstances. 


Beaucoup  de  ces  Liedehens  et  Refereynen  ont  été, 
comme  cela  se  fait  encore  aujourd'hui,  imprimés  sur  des 
feuilles  volantes  qu'on  ornait  parfois  d'une  vignette  sur 
bois.  Les  chansons  d'Hector  de  Clerck  et  celles  de  Jan 
Onghena  ont  été  imprimées,  ainsi  qu'il  résulte  des  textes 
que  nous  venons  de  citer. 

A  notre  connaissance  aucun  exemplaire  de  ces  couplets 

n'est  parvenu  jusqu'à  nous. 

P.  C. 


PÉNALITÉ  CURIEUSE  POUR  FRAUDE  INDUSTRIELLE.  —  Tel 

est  le  titre  d'un  rapport  adressé,  le  20  juillet  1809,  au  préfet 
du  département  de  l'Escaut,  d'Houdetot,  par  Norbert  Cor- 
nelissen  qui  était  à  cette  époque  chef  de  bureau  h  l'hôtel  de 
ville.  Il  avait  la  police  administrative  dans  ses  attributions. 
Voici  ce  rapport  qui  est  transcrit  dans  un  registre  déposé 


-    343 

aux  archives  communales  el  renfermant  plusieurs  docu- 
ments du  même  genre. 

«  Parmi  les  pièces  de  toile  envoyées  au  marché  de  Grand, 
«"  on  en  a  découvert  une  qui  était  l'ouvrage  d'un  fourbe 
«  consommé.  En  la  mesurant  du  côté  où  il  est  d'usage  de 
«  la  mesurer,  c'est-à-dire  par  dessus,  elle  avait  cinq  mètres 
«  de  plus  que  lorsqu'on  la  mesurait  par  dessous.  Une 
«  fourberie  aussi  déloyale  et  faite  pour  discréditer  notre 
«  marché  devait  être  punie  sévèrement.  Aussi  au  lieu  de  la 
«  suspendre  à  la  tourelle  du  marché  conformément  aux 
«  anciens  règlements  remis  en  vigueur,  M.  l'adjoint  Ver- 
ce  heggen,  chargé  de  la  police  des  marchés,  de  l'avis  de  la 
«  commission  des  marchands  de  toile  a  fait  élever  au 
«  milieu  de  la  place  une  perche  de  50  pieds.de  haut,  Après 
«  avoir  été  lacérée  et  déchiquetée  publiquement,  la  pièce, 
«  qui  est  de  la  longueur  d'environ  100  mètres,  a  été  hissée 
«  de  manière  que  la  moitié  en  resta  étalée  aux  pieds  et 
«  la  fraude  put  être  appréciée  de  tous  les  marchands 
«  et  tisserands. 

«  Elle  sera  exposée  ainsi  pendant  trois  vendredis  et 
«  ensuite  confisquée  au  profit  d'un  hospice.  Un  écriteau 
«  indique  la  nature  de  la  fraude  et  celle  de  la  peine  ainsi 
«  que  le  nom  du  tisserand  et  celui  de  sa  commune.  » 

Le  marché  aux  toiles,  qui  se  tenait  autrefois,  chaque 
semaine,  au  marché  du  Vendredi,  était  un  des  plus  im- 
portants du  pays.  Toutes  les  toiles,  présentées  en  vente, 
devaient  être  soumises  à  la  vérification  des  mesureurs  jurés 
de  la  ville.  Après  constatation  de  la  largeur  de  la  pièce  de 
toile  par  les  mesureurs,  d'autres  employés  nommés  Zege- 
laers  y  apposaient  une  marque  aux  armes  de  la  ville.  La 
couleur  et  la  dimension  de  cette  marque  variait  d'après 
la  largeur  de  la  pièce.  Le  vendeur  payait  un  liard  pour 
chaque  mesurage. 


—    346    - 

Cette  double  opération  du  mesurage  de  la  pièce  de  toile 
et  de  l'apposition  du  sceau  de  la  ville  se  faisait  sur  deux 
longues  tables  placées  devant  les  maisons  touchant  à  la 
tourelle. 

Cinq  lignes  de  banquettes  en  bois,  d'un  demi-pied  de 
hauteur  à  peu  près,  étaient  rangées  sur  toute  la  longueur 
du  marché  du  Vendredi.  Les  paysans,  les  facteurs  et  les 
tisserands,  de  Zandslieden,  Kutsers  ende  Wevers,$e  tenaient 
devant  ces  banquettes  sur  lesquelles  étaient  exposées  les 
pièces  de  toile  présentées  en  vente.  Ces  pièces  devaient 
être  placées  perpendiculairement  et  de  façon  à  ce  que  la 
marque,  apposée  par  les  Zegelaers,  fut  bien  visible. 

Quand  une  pièce  de  toile  était  vendue,  vendeur  et  ache- 
teur se  rendaient  dans  la  grande  salle  du  Lakenmetershuis 
où  l'on  en  mesurait  la  longueur.  Trois  espèces  d'employés 
procédaient  à  cette  opération  :  les  Trekhers  qui  étiraient  et 
étendaient  la  pièce  de  toile,  les  Meters  qui  la  mesuraient  et 
les  Opbinders  qui  la  remettaient  en  rouleau. 

Le  Meter  recevait  deux,  trois  ou  quatre  liards  suivant  la 
longueur  de  la  pièce,  le  Trekher  et  le  Opbinder  en  rece- 
vaient chacun  deux. 

En  cas  de  fraude,  c'est-à-dire  si  le  marchand  essayait  de 
faire  passer  sa  pièce  de  toile  comme  étant  d'une  qualité 
supérieure  à  celle  qu'elle  avait  réellement  ou  si  la  partie 
intérieure  était  fabriquée  avec  du  fil  de  moindre  qualité 
que  la  partie  extérieure  ou  bien  encore  si' la  largeur  était 
moindre  à  l'intérieur  de  la  pièce  qu'aux  extrémités  (c'est  la 
fraude  dont  parle  N.  Cornelissen),  dans  tous  ces  cas  la  pièce 
était  confisquée  au  profit  des  pauvres. 

Le  corps  du  délit  était  de  plus,  pendant  deux  jours  de 
marché  consécutifs,  pendu  à  la  tourelle  du  marché  du 
vendredi  avec  une  inscription  mentionnant  le  nom  et  le 
domicile  du  vendeur  :  «  met  ordonnantie,  dit  l'article 
«  XLIII  du  règlement  sur  les  toiles  du  12  mai  1 786,  v an  het 


—    347    — 

«  zelve  ttcee  volgende  Merkt-Dagen  uyt  te  hangen  aen  het 
«  Torreken  op  den  Vrydag-Merkt  met  inscriptie  van  den 
«  Naem  ende  Woonplaetse  van  den  Verkooper.  » 

Cette  exposition  publique  était,  à  n'en  pas  douter,  une 
peine  beaucoup  plus  efficace  que  la  confiscation  de  la  pièce 
de  toile  trouvée  en  défaut. 

Tous  les  anciens  règlements  locaux  sur  les  ventes  et  sur 
les  marchés  furent  abolis  lors  de  l'annexion  de  notre  pays 
à  la  France  à  la  fin  du  siècle  dernier.  On  maintint  cepen- 
dant l'usage  de  pendre  à  la  tourelle  du  marché  du  Vendredi 
les  pièces  de  toile  auxquelles  le  vendeur  avait  attribué 
frauduleusement  une  largeur  ou  une  qualité  qu'elles 
n'avaient  pas. 

C'est  cet  usage  que  Norbert  Cornelissen  rappelle  dans 
son  rapport  au  préfet  d'Houdetot  du  20  juillet  1809.  Seule- 
ment, dans  le  cas  cité  par  ce  rapport,  la  pièce  de  toile  au 
lieu  d'être  attachée  à  la  tourelle  fut  lacérée  et  pendue  à 
une  perche  de  cinquante  pieds  de  hauteur. 

P.  C. 


Note  sur  un  manuscrit  des  Archives  du  chapitre  de 
Pise.  —  Les  Archives  Capitulaires  de  Pise  ne  sont  pas 
publiques,  mais  elles  sont  très  accessibles.  En  ce  qui  me 
concerne,  grâce  à  la  bienveillance  du  comte  Clémente  Lupi, 
le  savant  archiviste  de  l'Archivio  di  Stato  de  Pise,  j'y  ai  été 
récemment  admis  sans  difficultés.  Je  terminais  les  recherches 
spéciales  qui  m'avaient  attiré  dans  ces  archives,  lorsque  le 
vénérable  chanoine-archiviste  me  mit  entre  les  mains  un 
manuscrit  sur  lequel  il  appela  mon  attention. 

C'est  un  petit  in-4°  recouvert  d'une  reliure  du  XVe  siècle 
en  cuir  gaufré.  Il  est  en  parchemin  et  comporte  31  feuillets 
d'une  très  belle  écriture  de  la  fin  du  XIVe  siècle,  avec 
lettres  ornées. 


—     348    — 

Dans  le  haut  du  feuillet  P  on  lit  ce  titre  en  rouge  : 
Ordinarium  tenendum  in  capella.  Le  manuscrit  en  effet 
contient  le  règlement  d'une  chapelle.  Mais  cette  chapelle 
n'a  rien  à  voir  avec  la  Primatiale  de  Pise,  comme  on  l'a  cru 
longtemps  à  Pise,  puisqu'il  s'agit,  à  n'en  pouvoir  douter, 
de  la  chapelle  de  Philippe-le-Hardi,  duc  de  Bourgogne  et 
comte  de  Flandre. 

L1 'Ordinarium  occupe  les  26  premiers  feuillets  du  manus- 
crit; il  est  en  latin.  En  27a,  de  la  même  main  que  ce  qui 
précède,  on  lit  :  c'est  V ordenance  que  mons.  le  duc  de  Bour- 
goingne  veult  que  soit  tenue  en  sa  chapelle.  Premièrement 
.  que  le  service  dyvin  soit  bien  h'onnorablement  fais  par 
chappelains,  clers  et  sommelliers  de  sa  chapelle  etc.  Cette 
Ordenance  est  tout  entière  écrite  en  français.  Elle  est 
beaucoup  plus  courte  que  Vordinarium,  mais  elle  est  aussi 
beaucoup  plus  intéressante;  car  tandis  que  Vordinarium 
règle  tout'  ce  qui  concerne  les  messes  et  offices,  Yordenance 
s'occupe  des  chapelains,  fixe  leur  nombre,  détermine  leurs 
gages  etc.  Uordenance  se  termine  ainsi  sur  le  feuillet  30a  : 

Item  doit  li  sires  touz  les  jours  dire  ses  heures  à  Vusage 
des  seigneurs  de  France,  et  avoir  de  ses  reliques  sur  son 
siège,  et  estre  tous  jours  à  genoulz  à  son  service  apoyez  sur 
son  siège. 

Item  se  doit  li  sires  confesser  à  toutes  les  grans  festes  de 
l'an  et  à  les  Nostre-Dames,  et  recevoir  le  corps  Jhesu-Crist. 

Item  montent  les  gaiges  et  la  pencion  pour  les  chapelains 
et  clers  vj  mille  et  vjc  frans  pour  Vannée  de  quatre-vins- 
et  xvj. 

En  301'  recommence  un  ordinarium  en  latin  qui  débute 
ainsi  :  Sabbato  in  Adventu  Domini,  vespere  et  missa 
ordinata  cum  ceteris  aliis  sabbatis  et  dominicis  de  Adventu. 
Ce  second  ordinarium  est  très  abrégé  puisqu'il  n'occupe 
que  les  feuillets,  30  et  31  derniers  du  manuscrit. 

Le  temps  dont  je  disposais  à  Pise  ne  m'a  pas  permis  de 


—     349     — 

prendre  sur  le  manuscrit-  dont  je  viens  de  parler  des  notes 
bien  longues.  Mais  je  crois  en  avoir  pris  assez  pour  avoir  le 
droit  de  signaler  un  manuscrit  que  vraisemblablement  peu 
d'érudits  doivent  s'attendre  à  rencontrer  dans  les  archives 
capitulaires  de  Pise.  Comment  ces  ordonnances  pour  la 
chapelle  de  Philippe-le-Hardi  sont-elles  aujourd'hui  dans 
ces  archives?  Pour  répondre  à  cette  question  je  ne  puis 
qu'émettre  une  hypothèse.  On  jugera  de  sa  vraisemblance. 
En  1409  un  concile  fut  tenu  à  Pise  et  le  pape  y  vint.  Or, 
dans  cette  même  année,  le  pape  concéda  au  duc  de  Bour- 
gogne Jean-Sans-Peur  toute  une  série  de  privilèges.  Les 
bulles  qu'il  donna  alors  sont  conservées  aujourd'hui  aux 
archives  de  la  Côte-d'Qr  à  Dijon  (B.  11G18).  Est-il  interdit 
de  supposer  que  Jean-Sans-Peur,  à  l'appui  de  la  demande 
introduite  auprès  du  Saint-Père  pour  obtenir  les  privilèges 
en  question,  lui  a  fait  remettre,  entre  autres  pièces,  un 
exemplaire  du  règlement  de  sa  chapelle,  règlement  qui 
attestait  la  piété  des  ducs  de  Bourgogne  et  leur  souci  des 
choses  de  la  religion  ?  En  admettant  cette  hypothèse  on 
s'explique  naturellement  la  présence  dans  les  Archives 
capitulaires  de  Pise  du  très  curieux  petit  manuscrit  qui  fait 
l'objet  de  cette  note.  Il  y  sera  resté  (peut-être  avec  d'autres 
documents)  après  la  clôture  du  concile  de  Pise  et  le  départ 

du  Souverain  Pontife. 

Armand  d'Herbomez. 


Le  baron  Jean- Charles- Antoine  de  Saint-Génois.  - 
Dans  une  étude  sur  l'immunité  parlementaire  sous  l'ancien 
régime  {Belgique  judiciaire,  1890,  n°21)  M.  le  comte  Oswald 
de  Kerchove  raconte  la  singulière  aventure  du  baron 
J.-Ch.-A.  de  Saint-Génois  qui,  habitant  Gand,  y  fut  sur 
l'ordre  des  échevins,  colloque  comme  aliéné  au  couvent 
des  frères  Cellites,  puis,  après  quatre  ans  de  détention  et, 


—    350    — 

dit-on,  de  traitements  les  pins  durs  et  les  plus  inhumains, 
s'échappa  en  février  1768,  pour  aller  à  Mons  siéger  comme 
membre  de  la  noblesse  aux  États  du  Hainaut,  convoqués  à 
cette  date.  A  la  nouvelle  de  l'évasion,  son  curateur  Goethals 
obtint  du  magistrat  de  Gand,  un  jugement  ordonnant  l'ar- 
restation, et,  du  Conseil  du  Hainaut,  des  lettres  d'attache 
ou  de  pareatis,  pour  l'exécution  dans  le  Hainaut.  De  Saint- 
Génois  fut  en  conséquence  saisi  à  Mons  et  ramené  chez  les 
Cellites.  Mais  le  duc  d'Arenberg,  lieutenant-gouverneur  et 
grand-bailli  du  Hainaut,  dénonça  l'arrestation  à  la  dépu- 
tation  des  États,  qui  s'en  émut  et  adressa  au  gouverneur- 
général  Charles  de  Lorraine  ses  plaintes  «  de  la  violence 
pratiquée  sur  de  Saint-Génois  contre  la  sûreté  et  privilège 
des  États.  »  On  contestait  d'ailleurs  que  les  mesures  de 
rigueur  prises  contre  de  Saint-Génois  fussent  justifiées  par 
son  état  mental.  Pendant  les  travaux  législatifs  et  autres  — 
c'est  la  représentation  de  la  députation  des  États  qui  nous 
l'apprend  —  «  de  Saint-Génois  opina  sur  les  subsides  et 
«  assista  à  toutes  les  délibérations  avec  tout  l'esprit  et  le 
«  jugement  possible.  Il  était  d'un  caractère  doux  et  d'une 
«  conversation  intéressante,  d'une  vertu  constatée  par  sa 
«  régularité  à  tous  les  offices  de  l'Église,  vérité  que  les 
«  députés  de  la  noblesse  peuvent  affirmer  pour  en  avoir  été 
«  les  témoins  pendant  quatre  jours...  »  Ce  n'est  pas  de  nos 
jours  seulement  qu'on  rencontre  les  appréciations  les  plus 
contradictoires  sur  l'état  mental  des  personnes  :  pour  que 
la  ressemblance  des  temps  fût  complète,  il  eût  fallu  le 
témoignage  de  médecins  de  Mons  attestant  que  le  baron  de 
Saint-Génois  était  parfaitement  sain  d'esprit,  et  celui  de 
médecins  de  Gand,  le  déclarant  complètement  fou.  Mais  il 
ne  paraît  pas  que,  dans  son  court  séjour  à  Mons,  le  baron 
ait  eu  de  rapports  avec  la  faculté.  «  Quelle  confusion, 
«  disaient  les  députés  dans  leur  requête  à  Charles  de 
«  Lorraine,  quelle  confusion  pour  un  corps  d'État,  d'être 


—    351    — 

«  témoin  d'une  telle  violence  à  l'égard  d'un  de  ses  mem- 
«  bres,  dont  ils  connaissent  l'exacte  probité  et  le  jugement 
«  solide!  Un  pareil  procédé  n'est-il  pas  contraire  au  droit 
«  des  gens,  aux  privilèges  et  constitution  de  tous  les  États 
«  policés  ?  » 

L'affaire  fut  communiquée  au  Conseil  privé,  qui  demanda 
des  renseignements  aux  échevins  de  la  Keure  de  Gand  et  au 
Conseil  du  Hainaut,  reçut  de  longs  mémoires,  —  les  éche- 
vins y  reprochaient  à  de  Saint-Génois  ses  prodigalités  — 
instruisit  toute  l'affaire,  et  émit  l'avis  que  ceux  qui  sont 
convoqués  à  l'assemblée  des  Etats  d'une  province,  jouissent 
du  bénéfice  de  sauf-conduit  ou  de  l'immunité  d'arrêt,  parce 
qu'ils  y  sont  convoqués  pour  choses  concernant  le  bien  public 
et  par  les  ordres  de  l'autorité  supérieure;  qu'en  vertu  du 
privilège  du  sauf-conduit  on  aurait  dû  laisser  au  baron  de 
Saint-Génois,  après  la  dissolution  de  l'assemblée,  un  temps 
moral  pour  rentrer  à  Gand,  et  que  c'était  au  Conseil  du 
Hainaut  à  faire  sentir  aux  députés  du  magistrat  de  Gand 
qui  sollicitaient  des  lettres  d'attache,  l'obstacle  tiré  de  la 
circonstance  relative  à  l'assemblée  générale  des  États. 

Les  principales  pièces  relatives  à  ce  singulier  conflit  et 
que  M.  de  Kerchove  a  résumées,  sont  conservées  dans  les 
archives  du  Conseil  privé,  si  riches  en  précieux  documents. 

D. 


DU  CALCUL  DE  CERTAINS  DELAIS,  EN  LANGUE  FLAMANDE.  — 

Les  Flamands  ont  eu  anciennement,  dans  l'indication  de 
courts  délais,  une  supériorité  sur  les  Français  et  Wallons, 
une  précision  plus  mathématique,  que  l'influence  des  habi- 
tudes et  de  la  langue  française  leur  fait  perdre,  et  dont  il 
est  intéressant  de  relever  les  traces  dans  les  anciens  actes. 
En  France  le  mot  de  quinzaine  correspond  à  l'idée  de 
deux  semaines,  quoique  semaine  vienne  de  sept,  et  que 


-     352     — 

quinze  ne  soit  pas  exactement  le  double  de  sept.  L'on  a 
possédé,  dans  l'ancienne  langue,  le  mot  plus  exact  de  qua- 
torzaine,  mais  il  s'est  complètement  perdu.  «  On  a  appelé 
«  qûatorzaine  en  fait  de  criées,  porte  un  ancien  diction- 
ce  naire  de  jurisprudence,  les  publications  de  biens  saisis 
«  réellement,  lesquelles  on  est  obligé  de  faire  par  quatre 
«  dimanches,  de  qûatorzaine  en  qûatorzaine...  »  Aujouiv 
d'hui  l'on  dirait  moins  exactement,  pour  exprimer  la  même 
idée  :  de  quinzaine  en  quinzaine,  en  comptant  chaque  fois, 
pour  trouver  quinze  jours,  le  jour  qui  est  le  point  de  départ 
du  délai,  et  celui  où  le  délai  expire,  c'est-à-dire  dans  le  cas 
prévu,  pour  trouver  quinze,  trois  dimanches,  outre  douze 
jours  de  semaines  autres  que  les  dimanches.  Il  semble  qu'en 
deux  quinzaines  on  doive  avoir  trente  jours.  Or,  l'on  en  a 
que  vingt-huit,  ou  tout  au  plus,  vingt-neuf  si  l'on  commet 
encore  l'erreur  de  comprendre  dans  le-calcul  du  délai  le 
clies  a  quo.  On  trouve  la  même  erreur  chez  les  Français 
dans  l'emploi  du  mot  huitaine.  «  Cette  cause  est  remise  à 
huitaine»  se  dit  communément  pour  signifier  qu'elle  est 
remise  d'une  semaine  ;  devant  les  tribunaux  deux  remises  à 
huitaine  équivalent  à  une  remise  à  quinzaine;  elles  con- 
duisent au  même  jour,  quoique  quinze  ne  soit  pas  plus  le 
double  de  huit  que  de  sept. 

Les  dictionnaires  français-allemands  traduisent  quinzaine 
par  zeit  von  14  Tagen,  durée  de  quatorze  jours,  et  ce  qui  est 
communément  appelé  quinze  jours  en  langue  française,  est 
quatorze  en  flamand.  Qu'une  affaire  soit  «  remise  à  quin- 
zaine »  par  un  tribunal  en  Flandre  cela  se  traduit  entre 
flamands  par  veertien  dagen  uitstel.  Les  pénalités  mêmes 
que  le  tribunal,  dans  la  délibération  entre  magistrats,  fixe 
à  quinze  jours  de  prison,  se  réduisent  immanquablement  a 
quatorze  jours,  veertien  dagen  gevang,  si  le  président  pro- 
nonce la  condamnation  en  langue  flamande. 

Que  les  Flamands  aient  conservé  dans  leur  langue  des 


—    353    — 

traces  d'un  calcul  plus  exact  des  délais  que  les  Français, 
cela  ne  doit  pas  nous  étonner.  Dans  les  plus  anciens  monu- 
ments du  droit  flamand,  les  courts  délais  sont  fixés  de 
manière  à  éliminer  tout  danger  d'erreur,  toute  obscurité  : 
l'on  indique  le  nombre  de  nuits  qui  sépareront  l'un  fait  de 
l'autre.  La  coutume  de  Gand,  homologuée  en  1563,  pour  ne 
citer  qu'un  des  monuments  les  moins  anciens,  porte  encore 
trace  de  ce  mode  de  calculer  les  délais,  à  l'article  19  de  la 
rubrique  XXIV  :  ...van  den  vierden  ghenachte,  à  partir  de 
la  quatrième  nuit,  ou  nuitée.  On  trouve  dans  het  Gends 
Charter- Boekje  du  chevalier  Diericx,  en  note  de  la  page  38, 
une  charte  de  1366,  où  nous  lisons  :  ...Ende  van  désen  voor- 
seiden  coepe...  waren  ghedaen  drie  xvettelyke  sondaegsche 
ghebode  van  XI III  nachten  te  XI III  nachten...  ce  qui  se 
dirait  aujourd'hui  en  langage  moderne  par  ces  mots  :  «  Et 
de  l'achat  qui  précède  furent  faites  trois  publications 
légales,  trois  dimanches,  de  quinzaine  en  quinzaine.  »  Le 
Flamand  du  moyen-âge  se  traduit  mot  à  mot  par  «  ...trois 
publications  de  dimanches,  de  quatorze  nuits  en  quatorze 
nuits  »  ce  qui  fixait  le  délai  sans  incertitude  aucune. 

De  même,  dans  la  loi  Salique,  dans  celle  des  Ripuaires, 
dans  les  Capitulaires  de  Charlemagne,  les  courts  délais  sont 
calculés  par  nuits  :  Prima  mannitio  super  noctes  VII 
secunda  super  XI V,  tertiu  super  XXI  (Capit.  Lib.  VI,  c. 21 2). 
Voilà  l'équivalent  de  nos  remises  à  huitaine,  à  quinzaine,  à 
trois  semaines.  On  lit  dans  la  Lex  A  lamannorum  tit.  XXX  VI  : 
Ipsum  placitum  fiât  de  sabbato  in  sabbatum,  aut  quale  die 
cornes  aut  centenarius  vohœrit,  a  septem  in  septem  noctes. 
Au  même  texte,  il  est  parlé  de  quatorze  nuits  pour  le  délai 
double.  Les  barbares  n'ont  jamais  vu  dans  quinze  le  double 
soit  de  sept,  soit  de  huit,  ils  n'ont  jamais  pris  quinzaine 
pour  deux  semaines  ou  deux  huitaines.  C'est  une  supé- 
riorité que  nous  leur  devons  reconnaître,  et  elle  date  de 
bien  loin.  Leur  mode  de  fixation  des  délais  n'est  qu'une 

24 


—     354 

suite  de  la  coutume  déjà  observée  chez  les  Germains  par 
Tacite,  de  Moribus  Germanorum  cap.  XI  :  Née  dierum 
numerum  ut  nos,  sed  nnctium  imputant  :  ils  ne  comptent 
pas  comme  nous  par  jours,  mais  par  le  nombre  de  nuits. 
De  même  les  sourds-muets  entre'enx,  dans  leur  langue  par 
signes,  pour  indiquer  qu'une  chose  se  fera  dans  un  certain 
nombre  de  jours,  font  le  signe  qui  indique  la  nuit  ou  le 
sommeil,  et  élèvent  ensuite  autant  de  doigts  qu'il  faut 
dormir  de  fois;  si  pour  une  remise  à  huitaine  on  leur  mon- 
trait huit  doigts,  on  les  tromperait  de  vingt-quatre  heures. 
Et  les  jeunes  pensionnaires,  à  l'approche  des  vacances, 
décomptent  par  nuits  la  durée  de  temps  qui  les  sépare  du 
jour  où  ils  recouvreront  la  liberté.  Il  y  aurait  à  vérifier  si 

les  sauvages  ne  comptent  pas  de  même. 

D. 


Une  lettre  de  Marie  de  Bourgogne,  au  Parlement 
de  Malines.  —  Lorsque  Charles  le  Téméraire  fut  tombé  à 
Nancy  (5  janvier  1477),  sa  femme  et  sa  fille  restèrent  long- 
temps sans  avoir  de  ses  nouvelles.  Le  15,  elles  ignoraient 
encore  l'issue  fatale  de  l'expédition  de  Lorraine.  Cela  res- 
sort des  lettres  qu'elles  envoyèrent  ce  jour-là  aux  «  gens 
des  comptes  »  à  Malines,  pour  les  engager  à  «  entendre  et 
vacquer  a  lentretenement  de  la  dicte  Chambre  et  y  faire 
les  audicions  des  comptes  des  receveurs  particuliers  et 
toutes  autres  choses,  etc.  »  Par  post-scriptum,  elles  priaient 
le  président  de  la  chambre  des  comptes  de  se  rendre 
auprès  d'elles  à  Gand  avant  la  fin  du  mois.  Cette  lettre  a  été 
retrouvée  aux  archives  du  département  du  Nord  et  publiée 
par  Le  Glay,  dans  ses  Analectes  historiques  (1838),  p.  161. 

Marguerite  d'York  et  Marie  de  Bourgogne  envoyèrent  le 
même  jour  une  lettre  identique  aux  gens  du  Parlement  de 
Malines,  pour  les  engager  à  «  entendre  et  vacquer  a  lad- 


—     355    — 

ministration  et  entretenement  de  Injustice  souveraine  «  et 
le  premier  président  reçut  une  invitation  semblable  à  celle 
que  recevait  le  président  de  la  Chambre  des  comptes. 

Les  deux  lettres  auront  été  dictées  en  môme  temps,  car 
leur  orthographe  présente  de  nombreuses  différences.  La 
comparaison  des  deux  pièces  nous  a  aussi  permis  de  fixer  le 
texte  de  la  première  phrase  des  deux  lettres,  dont  Le  Glay 
n'avait  pu  lire  les  derniers' mots  '. 

Le  post-scriptum  est  d'une  autre  main  que  la  lettre.  Les 
deux  princesses  ont  signé  elles-mêmes. 

Cette  lettre  se  trouve  actuellement  avec  d'autres  lettres 
adressées  au  Grand  Conseil  des  ducs  de  Bourgogne,  au  Par- 
lement de  Malines,  au  Grand  Conseil  de  Malines,  aux  ducs, 
aux  chanceliers,  etc.,  dans  le  premier  registre  de  la  Cor- 
respondance du  Grand  Conseil  de  Malines  (f°  1  lbis),  aux 
Archives  Générales  du  Royaume  à  Bruxelles. 

J.  Feederichs. 

«  De  par  la  duchesse  et  Marie  de  Bourgoigne, 
«  Très  chiers  et  bien  amez.  Vous  savez  assez  la  dure 
«  fortune  naguaires  advenue  a  Monseigneur,  dont  sommes 
«  en  si  grand  regret  et  desplaisance  que  plus  ne  pourrions, 
«  comme  raison  est  et  bien  estre  devons.  Et  combien  que 
«  par  plusieurs  nouvelles,  que  avons  de  divers  costez,  nous 
«  entendons  et  espérons  que  grâces  a  Dieu  il  est  en  vie 
«  et  sancte  et  qu'il  est  plus  apparant  qu'il  est  hors  des 
«  mains  de  ses  ennemis  en  lieu  seur  que  autrement,  dont 
«  nous  rendons  louanges  a  Dieu,  lui  supplians  de  tout 
«  nostre  coeur  que  ainsi  puisse  estre.  Touteffbis  pour  ce 
«  que  a  cause  de  l'incertaineté  du  lieu  ou  est  sa  très  noble 
«  personne,  dont  espérons  brief  estre  acertences,  aucuns 


1  Le  Glay  avait  lu  :  «  que  plus  ne  pourrions  comme  raison  est  et 
que  bien  estre  de  nous  (sic)  ».  11  faut  lire  :  <•  que  plus  ne  pourrions. 
comme  raison  est,  et  que  liien  estre  devons.  » 


—    "356    — 

murmures  se  pourroient  ensuir,  il  nous  a  semble  estre 
nécessaire  d'entretenir  la  justice  entre  les  pays  et  subjets 
bien  et  doulcement  et  ainsi  que  l'on  a  accoustume  par 
cydevant.  Et  pour  ce  estre  prenons  devers  vous  et  vous 
prions  et  requérons  que  vueillies  entendre  et  vacquer 
songneusement  a  l'administration  et  entretenement  de 
la  justice  souveraine,  ainsi  que  avez  fait  jusques  a  ores, 
enquoy  faisant  nous  sommes  certaines  que  ly  ferez  très 
grant  service,  car  le  plus  grant  désir  qu'il  ait  c'est  d'entre- 
tenir sa  court  de  parlement  en  vigueur.  A  quoy  aussi  de 
nostre  part  nous  tiendrons  la  main  de  nostre  povoir  et  en 
tous  evenemens.  Sy  vous  y  vueillies  employer,  comme  en 
vous  avons  la  parfaite  fiance.  Très  chiers  et  bien  amez, 
nostre  seigneur  soit  garde  de  vous. 
«  Escript  à  Gand  le  xvme  de  janvier. 
«  Très  chiers  et  bien  amez.  Nous  desirons  que  vous,  pre- 
«  mier  président  de  la  court  de  parlement,  venez  devers 
«  nous  en  ceste  ville  de  Gand  et  que  y  soiez  endedans  le 
«  derrenier  jour  de  ce  mois  en  délaissant  le  second  presi- 
«  dent  et  les  autres  dudit  parlement  besoignes  es  affaires 
«  d'icelui  jusques  a  vostre  retour. 

«  Margarete,  Marie.  » 

La  suscription  porte  :  A  nos  très  chiers  et  bien  amez  les 
gens  tenans  la  court  de  parlement  de  Monseigneur  à 
Malines  '. 


Albert,  comte  de  Berg,  marquis  de  Berg-op-Zoom.  — 
Dans  sa  notice  fort  intéressante,  intitulée  :  Quelques  détails 


1  La  table  des  matières  placée  à  la  fin  .du  registre  d'où  est  extrait 
cette  lettre  porte,  à  tort,  que  cette  lettre  fut  adressée  au  Grand 
Conseil.  Cette  institution,  qui  est  essentiellement  différente  du  Par- 
lement, est  continuellement  confondue  avec  ce  dernier  par  le  plus 
grand  nombre  de  nos  historiens. 


—    357    — 

historiques  se  rapportant  à  la  bataille  de  Fleurus  •',  M.  D. 
Van  de  Casteele  dit  (p.  202,  note  1),  à  propos  de  Son 
Excellence  le  comte  Albert,  marquis  de  Berghe,  baron  de 
.  Perioez  :  Nous  ne  possédons  aucun  renseignement  sur  cet 
Albert,  marquis  de  Berghe,  qui  ne  figure  pas  que  nous 
sachions  dans"  les  notes  généalogiques  publiées  sur  la  famille 
de  Glymes  à  laquelle  ledit  A  Ibert  parait  appartenir. 

Je  suis  heureux  de  pouvoir  renseigner  M.  Van  de  Casteele. 
Le  marquis  Albert  n'était  pas  un  Glimes.  Il  appartenait  à 
la  maison  de  Polanen  qui  avait  remplacé  son  nom  patrony- 
mique par  celui  de  sa  terre  de  Behg  Çs  Heerenberg),  une 
des  quatre  antiques  seigneuries  à  bannière  du  comté  de 
Zutphen,  érigée  en  comté,  en  faveur  d'Oswald  de  Polanen, 
par  l'empereur  Frédéric  III,  en  vertu  de  lettres-patentes 
données  à  Aix-la-Chapelle,  le  10  avril  1486  2. 

Les  Polanen,  comtes  de  Berg  —  dont  les  possessions 
passèrent  plus  tard  aux  princes  de  Hohenzollern  —  por- 
taient les  armes  des  anciens  sires  de  Berg,  telles  qu'on  les 
trouve  peintes  dans  le  précieux  Wapenboeck  de  Gelre 
(XIVe  siècle),  savoir  :  d'argent  au  lion  de  gueules,  couronné, 
armé  et  lampassê  d'or;  à  la  bordure  de  sable,  chargée  de 
onze  besantsd'or;  casque  couronné;  cimier  :  un  vol  3. 

L'église  de  Hunsel  (Limbourg  hollandais)  possède  dans 
son  trésor  un  calice,  en  argent  doré,  sur  lequel -on  voit  le 
jeune  Albert  de  Berg,  en  prières,  accompagné  d'un  Père 
Jésuite.  L'inscription  de  cette  pièce  d'orfèvrerie  nous  fait 


1  Messager  des  sciences  historiques,  1890,  p.  197-206. 

2  Chinel,  Regesta  des  rômischen  Kaisers  Friedrich  III. 

3  Bibliothèque  royale,  à  Bruxelles,  section  des  manuscrits 
nos  15652-6.  Le  lion  peint  par  Gelée  n'est  toutefois  pas  lampassê. 
Quant  au  cimier,  le  Wapenboeck  le  représente,  non  colorié,  c'est-à- 
dire,  d'argent;  des  armoriaux  plus  modernes  le  blasonneut  d'or. 
Gelre  aurait-il  négligé  de  colorier  le  vol?  Ailleurs,  nous  avons 
démontré  quelques  oublis  analogues  de  notre  roi  d'armes. 


—    358    — 

connaître  les  parents  du  personnage  :  Donum  iLLmi  comitis 
Frederici  van  den  Bergh  et  Franciscae  de  Ra ve- 
nelles conjugum,  Alberto  —  meritissimo  filio,  ob 
sanitatem  restitutam  ' . 

En  1626,  Albert  épousa  sa  cousine  Marie  Elisabeth,  tille 
du  comte  Herman  de  Berg  et  de  Marie  Mencie  de  Witthem, 
qui,  elle,  était  une  des  trois  filles  de  Jean  de  Witthem, 
baron  de  Bautersem,  grand  veneur  de  Brabant,  et  de 
Marguerite  de  Merode,  l'opulente  héritière  des  maisons  de 
Merocle  et  de  Glimes-Berghes(-op-Zoom). 

Dans  un  acte  du  23  août  1641,  il  est  qualifié  de  comte  de 
de  Berg,  baron  de  Boxmeer,  seigneur  de  Bijlant,  Haeps, 
Dixmude,  et  capitaine  des  hallebardiers  de  Son  Altesse  à 
Bruxelles  2. 

Après  la  mort  de  sa  femme  '1632),  la  succession  de  cette 
dame  lui  fut  disputée  par  Ernestine  de  Witthem,  tante  de 
celle  ci  et  femme  de  Claude  François  de  Cusance,  baron  de 
Bel  voir.  Le  procès  pendait  encore  en  1640,  mais,  peu  de 
temps  après,  le  marquisat'  de  Berg-op-Zoom  fut  cédé  par 
Ernestine  au  comte  Albert,  et  celui-ci  en  reçut  l'investiture 
le  23  août  1641  3.  Cette  cession  avait  eu  pour  cause  un 
projet  d'union  entre  Albert  et  la  fille  de  son  adversaire, 
Madeleine  de  Cusance,  union  qui  fut  conclue  le  17  du 
mois  suivant. 

Plusieurs  enfants  en  naquirent. 

J'ignore  la  date  de  la  mort  d'Albert  de  Berg.  Toujours 
est-il  qu'elle  arriva  entre  le  12  juillet  1656,  jour  où  il  testa, 


1  Ladite  église  a  acheté  ce  calice  au  commencement  de  notre 
siècle.  Inutile  d'ajouter  que  l'inscription  de  cette  pièce  ne  constitue 
pas  la  seule  preuve  de  la  filiation  du  comte  Albert. 

-  Cour  féodale  de  Brabant,  reg.  n"  148,  f°  16G  (Archives  générales 
du  royaume).  La  baronnie  de  Perwez  provenait  de  la  succession  des 
Merode. 

3  Ibidem,  f°  166. 


--    350     - 

et  le  10  février  1657,  jour  où  sa  veuve  Madeleine,  comtesse 
régente  de  Berg,  marquise  de  Berg-op-Zoom,  fit  opérer  un 
relief  pour  le  second  de  ses  fils,  Oswald  Albert  François1. 
Celui-ci  devint  comte  de  Berg,  marquis  de  Berg-op-Zoom, 
comte  de  Walhain,  etc.  Il  fut  le  dernier  hoir  mâle  de  sa 
maison. 

Dans  ma  notice  sur  les  seigneuries  de  Duffel  et  Gheel 2,  je 
ferai  connaître  plus  de  détails  sur  les  faits  et  les  person- 
nages que  je  viens  de  citer. 

J.  Th.  de  Raadt. 


Registre  crcviinel  de  Douai  (1581-1584).  ■-  Parmi  les 
manuscrits  de  la  collection  Diericx,  que  Mine  la  C1, 
douairière  de  Kercliove  de  Dentergliem  a  offerts  récem- 
ment à  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Gand,  se  trouve 
un  registre,  qui  présente  un  certain  intérêt  pour  notre 
histoire  de  la  fin  du  XVIe  siècle.  C'est  le  Criminelen  bouck 
van  Dovay  (1581-1584). 

On  sait  que,  le  16  décembre  1579,  le  conseil  de  Flandre, 
qui  siégeait  à  Gand,  fut  obligé  de  se  transporter  à  Douai 
par  suite  de  la  domination  Calviniste  qui  s'était  établie 
dans  cette  première  ville;  il  n'y  revint  que  le  20  décembre 
1584.  Ce  sont  les  interrogatoires  faits  par  les  membres  du 
conseil  de  Flandre,  lors  de  sa  résidence  à  Douai,  qui  nous 
ont  été  conservés  par  le  «  criminelen  bouck  van  Dovay.  » 
Le  registre,  dont  les  premiers  feuillets  ont  été  malheu- 
reusement fort  endommagés,  servira  sans  aucun  doute  à 
faire  connaître  un  nombre  assez  grand  de  détails  sur  cette 
période  intéressante,  qui  suivit  la  paix  de  religion  d'Anvers 
(1579).  Nous  y  trouvons  entre  autres  quelques  renseigue- 

1  Cour  féodale  de  Brabant,  reg.  11°  375,  i'°  217. 

2  Cette  notice  est  en  voie  de  publication  dans  le  Kempisch  Muséum 
(chez  J.  Splichal,  à  ïurnhout). 


—     360     — 

ments  sur  des  cas  de  personnes  soupçonnées  d'avoir  pro- 
noncé des  paroles  malveillantes  à  l'égard  du  culte  catholique 
et  d'avoir  essayé  de  soustraire  des  fidèles  à  la  religion 
catholique  romaine.  On  lit  par  exemple  au  folio  29r.  qu'un 
certain  Antheunis  de  Zayere  a  été  accusé  «  ghehouden 
hehbende  eeneghe  hereticque  of  séditieuse  proposten,  oock 
ghesocht  of  ghepoocht  yemant  te  diverteren  van  dezelve 
catholique  religie  of  ghesocht  yemant  te  meslieden  '», 

H.  Y  AN  DER  LlNDEX. 


Interrogatoires  au  sujet  de  propos  hérétiques,  1 583. 
—  Un  registre  criminel  (1581-84)  du  Conseil  de  Flandre 
siégeant  à  Douai,  récemment  offert  à  la  bibliothèque  de 
l'Université  de  Gand,  par  madame  la  comtesse  de  Kerchove 
de  Denterghem,  ne  contient  aucune  condamnation  à  mort. 
Mais  on  y  trouve  des  interrogatoires  à  charge  des  person- 
nages suivants  accusés  d'avoir  tenu  des  propos  contraires  à 
la  religion  :  Antheunis  de  Zaeyere,  fils  de  Jean,  âgé  de 
53  ans,  Jean  Stalin,  âgé  de  44  ans,  tous  deux  habitant 
Bourbourg,  Jean  de  Cupere,  âgé  de  33  ans,  receveur  de  la 
châtellenie  de  Bourbourg,  et  Franchoys  van  der  Woestynen 
dit  Braxken. 

L'odyssée  de  ce  dernier  ne  manque  pas  d'intérêt.  Sa  femme 
Jacquemyne  Gillekens,  était  veuve  de  Michel  de  Millandre. 
Celui-ci  habitait  Kieseghem  quand  il  fut  appelé  à  Aude- 
naerde  après  la  prise  de  cette  ville  par  Blommaert  (1572) 
pour  y  faire  des  mèches  (lonten).  Appréhendé  quelque 
temps  après  à  Ostende,  il  fut  brûlé  vif.  Franc,  van  der 
Woestynen  avait  recherché  en  mariage  la  veuve  et  l'avait 
épousée  à  Wesel.   Les  nouveaux  époux  habitèrent  cette 

'  Cf.  ff.  4,  4v.,  23,  30,  31,  46,  102. 


—     861     — 

localité  pendant  deux  ans;  on  les  trouve  ensuite  à  Fles- 
singue  et  à  Middelbourg.  Après  la  pacification  de  Grand, 
ils  revinrent  à  Audenaerde,  où  ils  séjournèrent  jusqu'à  la 
soumission  de  cette  dernière  ville  au  prince  de  Parme 
(8  juillet  1582). 

Ayant  alors  subi  un  emprisonnement  de  sept  mois,  parce 
qu'il  ne  pouvait  payer  sa  quote,  F.  van  der  Woestynen  alla 
se  fixer  à  Tournai  avec  sa  femme,  en  mai  1583.  Ils  s'étaient 
en  ce  moment  réconciliés  avec  l'église  et  confessés  au  curé 
de  Painele  qui  les  avait  mariés,  tout  en  ajournant  à  la 
Pentecôte  l'administration  du  Saint-Sacrement  de  l'autel. 

L'abjuration  de  van  der  Woestynen  était-elle  sincère? 
Toujours  est-il  que  sur  ces  entrefaites  il  fut  arrêté  à 
Tournai.  Furieux,  il  blessa  l'huissier  du  conseil  de  Flandre, 
Servaes  Tinctoris,  chargé  de  le  conduire  avec  des  soldats  à 
Douai,  parce  que,  disait-il,  «  il  se  veoit  trompé  et  que  ledict 
blessé  au  lieu  de  le  mener  parler  à  sa  femme  le  menoit 
ailleurs  et  au. bout  de  sa  vie  ». 

Interrogé  à  Douai  au  sujet  de  certains  propos  contre  la 
religion  qui  lui  étaient  attribués,  il  nia  avoir  mal  parlé 
du  Saint-Sacrement  ou  de  la  religion  catholique  en  général  ; 
il  avoua  cependant  qu'ayant  été  emprisonné  pendant  sept 
mois  à  Audenaerde  avec  des  partisans  de  la  nouvelle  reli- 
gion, un  mot  ou  deux  contre  la  foi  avait  pu  lui  échapper  : 

«  De  voornoemde  Franchois  ghevraecht  upt  Ie  article  van 
de  voors.  ampliatie,  ontkent  eeneghe  propoosten  oft  blam- 
matie  ghehouden  thebbene  jeghens  de  heleghe  sacramenten 
oft  andersins  jeghens  de  catholicque  religie,  dat  hem  nu 
eenichsins  ghediencken  zoude,  anders'  of  breedere  dat  hy 
te  vooren  verclaert  heeft,  hoewel  alzo  hy  in  vanghenesse 
tAudenarde  gheleghen  heeft  zevene  maenden  lanck,  zowel 
met  eeneghe  van  de  nieuwe  religie  als  andere,  dat  wel 
mochte  gheschiet  zyn  dat  hy  altemets  een  woorclt  of  twee 
uuyt  lichtveerdigheyt  zoude  ghesproken  hebben  metten 


—    362    — 

ândere  jeghens  de  catholicque  religie,  zonder  dat  hem 
eeniclisins  gliedieiict  van  wat  propost  of  jeghens  wat  poinct 
van  tgheloofve  dat  tselve  zoude  gheweest  hebben.  Blyfvende 
in  de  selve  denegatie  nietjeghenstaende  hein  by  de  procu- 
reur gênerai  annegheseyt  wierdt  ter  contrarien  te  blyckene 
tzynen  laste  » . 

Il  dut  reconnaître  qu'il  avait  parlé  quelquefois  en  faveur 
des  gueux  : 

«  Niet  wetende  ooc  of  hy  zoude  gheargueert  hebben  voor 
de  zyde  van  de  ghuesen,  ten  waere  altemet  uuyt  lichtver- 
dicheyt,  meenende  aldaer  vry  te  zyne  ende  niet  te  inoghen 
messeghen  ». 

Il  avait  remis  l'un  de  ses  livres  au  curé  de  Pamele  : 

«  Ghevraecht  voorts  of  hy  gheene  verboden  boucken 
onder  hem  ghehadt  en  heeft  tzindert  de  reductie  van  de 
voors.  stede  van  Aaidenaerde,  seght  onder  hem  ghehadt 
thebbene  een  cleen  bouxken  int  vlaemsche,  inlioudende  de 
evangelien  ende  epistelen  van  den  jaere,  twelcke  hy  den 
pastere  van  Pamele  overgaf,  dies  by  hem  ghelast  zyndë  in 
den  tyt  dat  hy  hem  prepareerde  totte  reconciliatie  metter 
heylegher  keerçke,  de  welcke  behouden  heeft  onder  hem 
tzelve  bouxken  zonder  hem  dien  wederomme  te  gheven, 
sulx  hy  ghevanghen  ooc  zeght  van  hem  niet  gheheescht 
thebbene,  ende  ooc  niet  te  wetene  waer  tvoorseide  bouxken 
gheprent  was,  hem  nochtans  denckende  dat  achter  stondt  : 
cum  gratia  et  privilegio,  niet  wetende  by  wien  ». 

Très  compromettante  fut  sa  réponse  au  sujet  d'un  psautier 
contenant  un  catéchisme  de  la  nouvelle  religion  qu'il  avait 
gardé  en  sa  possession  : 

«  Ghevraecht  voorts  of  hy  gheen  andere  verboden 
bouxken  ghehadt  en  heeft  tzindert  der  voorseide  reductie, 
kendt  noch  ghehadt  thebbene  een  spalmebouxken  (sic)  met 


—     363     - 

oon  glieluwe  parcheynen  convertorie  of  dexsele,  daerinne 
ooc,  zoot  liem  dyenct,  begrepen  was  een  catéchisme  up  do 

nieuwe  religie  mette  noten  van  de  voysen,  onde  dat  liy  den 
voornoemden  bouck  ghehouden  heeft  ende  laest  ghelaten 
heeft  tzynen  huuse  te  Doornycke,  alst  hy  ghevanghen 
wierdt,  kennende  tvoorseide  boucxken  (hem  ghetoocht 
synde)  tzelve  te  wesene  by  hem  inneghehouden ;  ende  dat 
'  hy  tzelve  den  voors.  pasteur  niet  overghegheven  noch  ghe- 
toocht en  heeft,  nietjeghenstaende  hy  hem  ghelast  hadde 
aile  zyne  boucken  over  te  gheven,  omme  altemet  wat  inné 
te  lesen,  zo  hy  altemet  ghedaen  heeft,  maer  niet  vêle  tsindert 
de  voorseide  reductie.  Twelcke  hy  seght  hem  leet  te  zyne. 
Endetgheenevoorschreven  den  ghevanghen  ghelesenzynde, 
heeft  hier  by  ghepersisteert  ende  desen  onderteeckent  : 

by  my  Feanch.  van  dee  Wostynen. 

Cet  interrogatoire  eut  lieu  le  27  juin  1583.  Deux  jours 
plus  tard,  le  prisonnier  fut  trouvé  mort  dans  sa  cellule. 
Une  enquête  qui  eut  lieu  immédiatement  prouva  qu'il 
s'était  suicidé  par  strangulation.  Il  avait  dit  à  un  cabaretier 
qui  lui  avait  apporté  à  boire  «  qu'il  y  avoit  mauvaises 
«  nouvelles  pour  luy  et  qu'on  lui  ramentenoit  des  choses 
«  passées  plus  de  vingt  ans  et  qu'il  doubtoit  qu'on  luy 
«  feroit  coupper  le  point  et  par  apprez  mourir  ». 

La  déposition  du  geôlier  porte  qu'  «  il  ne  s'est  jammais 
«  appercheu  que  ledict  Franchois  fust  aulcunement  débile 
«  d'esprit,  ayant  au  contraire  trouvé  tousiours  de  bon 
«  propos,  ayant  entre  autres  choses  déclaré  au  dit  déposant 
«  que  si  falloit  qu'il  enduroit  la  mort,  requerroit  d'avoir 
«  quelque  bon  confesseur  fiameng  pour  mourir  catholi- 
«  quement  et  aultrement  qu'il  n'avoit  vescu  ». 

Chose  curieuse,  les  zélés  magistrats  continuèrent  à  s'in- 
former des  opinions  du  défunt.  Le  6  juillet  ils  cherchèrent 
à  obtenir  des  aveux  de  la  veuve,  qui  nia  énergiquement  les 


—     364    — 

propos  hérétiques  attribués  à  son  mari  ;  elle  déclara  de  plus 

qu'elle  ne  savait  ni  lire  ni  écrire. 

Vient  enfin  un  assez  long  interrogatoire  relatif  à  un 

hochepot  contenant  de  la  viande  de  veau,  des  prunes  et 

des  raisins  secs  (hutsepot  van  calfvleesch  met  pruimen  ende 

rozynen)  et  que  la  dite  femme  avait  servi  à  son  mari  par 

mégarde  un  samedi,  jour  maigre,  peu  avant  de  s'embarquer 

pour  Tournai.  Elle  ne  put  dire  si  celui-ci  en  avait  mangé  ; 

en  tout  cas  le  curé  de  Melden,  qui  était  présent,  ne  s'était 

pas  montré  scandalisé;  le  hochepot,  prêt  depuis  le  lundi, 

devait  être  emporté  sur  le  bateau,  et  elle  l'avait  servi  parce 

qu'il  était  sur  le  point  de  se  gâter. 

V.  V.  H. 


Sentence  capitale  rendue  contre  un  hérétique  en 
1582.  -  -  On  sait  qu'il  n'y  eut  qu'un  petit  nombre  de  per- 
sonnes condamnées  à  mort  pour  hérésie  pendant  les  années 
1578-1584.  Les  recueils  protestants  ne  renseignent  même 
aucun  nom  pour  l'année  1582.  La  sentence  capitale  contre 
Jehan  de  Lattére  que  nous  reproduisons  ici  est  donc  restée 
inconnue  : 

«  Veu  le  procès  criminel  faict  par  j  ustice  allencontre  de 
Jehan  de  Lattere,  prisonier  cy  présent,  chergé  et  convaincu 
d'avoir  en  contrevenant  à  sa  promesse  et  protestation  de 
vivere  et  morir  comme  fils  de  Ste  Eglise,  faicte  à  ce  siège  le 
XXIXe  de  janvier  LXII,  tenu  plussieurs  propos  scandaleux 
tant  contre  les  personnes  ecclésiasticques  que  contre  la 
messe  et  S*  Sacrament  de  l'Eucharistie,  contendu  de  séduire 
et  attirer  plussieurs  personnes  à  tenir  de  la  religion  nou- 
velle, et  à  ces  fins  présenté  livres  qu'il  disoit  venir  d'Angle- 
terre, ensemble  tenu  plussieurs  aultres  propos  de  mauvaise 
édification,  signament  contre  la  personne  de  Sa  Majesté,  et 
d'avoir  tasché  durant  son  emprisonnement  envoyer  lettres 


—    305    — 

aux  rebelles  tenans  party  contraire  à  Sadite  Majesté, 
homme  séditieux  et  perturbateur  du  repos  publicque,  le 
tout  directement  contre  la  pacification  de  Gand,  traicté 
d'Arras  et  repos  publicque.  Les  informations  préparatoires, 
interrogatoires,  confession  et  dénégations  dudict  prisonnier, 
récolemens  et  confrontations  des  tesmoings  contre  luy  oys, 
la  conclusion  contre  luy  prinse  par  le  soubzbailli  et  celle 
en  droict,  messieurs,  maieur  et  eschevins  de  ceste  ville  de 
Saint  Orner  eu  sur  ce  conseil  et  advis,  ont,  pour  lesdits  cas 
et  aultres  aparans  par  ledict  procès,  condempné  et  con- 
dempnent  le  dict  prisonnier  au  dernier  supplice  par  la 
corde,  déclarans  ses  biens  confisquez  là  où  il  appartiendra, 
sur  lesquels  se  prendront  les  mises  et  fraiz  de  justice.  Pro- 
nunchié  en  jugement  le  vendredy  dernier  d'aoust  XV0 
quatre  vingtz  et  deux  ». 

En  marge  :  «  Ceste  sentence  a  esté  confirmé  par  le  conseil 
d'Arthois  sur  appel  qu'en  avoit  interjecté  le  condemné.  » 

Plus  bas  :  «  Sy  gheregistreert.  Actum  XXIIII  de  septemb* 
XVCLXX1I'  ». 

V.  V.  H. 


Une  lettre  de  Conscience  a  P.- A.  Lentz.  —  Au  cours 
de  recherches  que  j'avais  entreprises  pour  rédiger  une 
notice  biographique  sur  l'historien  Pierre-Albert  Lentz, 
qui  fut  professeur  à  l'Université  de  Gand,  de  1837  à  1872, 
M1'  Albert  Lentz,  son  fils,  a  bien  voulu  me  communiquer 
une  lettre  écrite  en  français  par  Henri  Conscience  à  l'auteur 


1  Le  texte  de  ce  document  se  trouve  en  copie  dans  un  recueil  de 
pièces  relatives  au  conseil  de  Flandre  conservé  aux  archives  de  la 
ville  de  Gand  (série  5,  n°  2). 


—     3GG     — 

de  Jacques   Van  Artevelde,  en  lui  envoyant  un  exemplaire 
de  son  roman  historique  du  même  titre  : 

Anvers,  ce  '  Mars  1849. 

Monsieur  P.- A.  Lentz,  professeur  ordinaire  à 
V  Université  de  Gand. 

Monsieur  le  Professeur, 

Veuillez  agréer  un  exemplaire,  sur  fort  papier,  de  mon 
ouvrage  Jacob  Van  Artevelde,  comme  un  faible  témoignage 
de  ma  reconnaissance  de  votre  accueil  si  affable  et  si 
généreux. 

Vous  verrez  à  la  page  xxi  de  la  préface,  que  j'ai  reconnu 
publiquement  la  dette  que  votre  obligeance  m'a  fait  con- 
tracter envers  vous  2  ;  et  vous  pouvez  apprécier  combien 

1  Date  laissée  en  blanc. 

2  Voici  ce  passage  : 

«  Het  ware  licht  voor  Artevelde's  tydvak,  de  echte  wreker  der 
nagedachtenis  des  Gentschen  Burgers,  is  de  heer  Lenz,  prol'essor 
by  de  Hoogeschool  te  Gent,  die  de  herstelling  van  Artevelde's  roem- 
ryke  nagedachtenis,  om  zoo  te  zeggen,  tôt  doel  van  zijn  leven  ver- 
kozen  heeft. 

«  Op  de  Archieven  ten  Stadshuize  van  Gent  berusten_de  oorspron- 
kelyke  Gemeenterekeningen  van  Artevelde's  leeftyd.  Deze  stukken, 
ofschoon  niet  volledig,  schynen  aen  de  waekzaemheid  der  ver- 
volgers  van  Artevelde's  roem  ontsnapt  te  zyn. 

«  Daer  de  Gentscbe  Burger,  als  Opperbooldman,  eene  jaerwedde 
van  de  stad  genoot  en  men  hem  reiskosten  betaelde  zoo  baest  by 
buiten  den  omvang  der  Gemeente  iets  te  verrigten  had,  staen  zyne 
daden,  bewegingen,  zendingen  en  ontvangene  bevelen,  byna  dag 
voor  dag,  in  deze  kostbare  oorkonden  aengeteekend.  Men  meldt, 
waer  hy  ging,  met  wien  by  reisde,  welken  last  bem  was  opgelegd 
en  wat  by  uitvoerde.  Daerin  vindt  men,  even  nauwkeurig,  elke 
verandering  in  het  Bestuer  der  Gemeente  aengeduid. 

«  Voor  deze  getuigenis,  zoo  belangloos,  zoo  onwetend  zelfs,  door 
de  stadsontvangers  neergesebreven,  alleenlyk  om  de  uitgaven  te 
bewyzen,  moeten  aile  valscbbeden  en  lasterlyke  aentygingen  der 
verleide  g^scbiedscbryvers  ondenloen. 

v  De  heer  Lenz  heeft  niet  al leen  deze  rekeningen  allen  doorwroet 


—    367     — 

'ai  tenu  à  ne  pas  m'écarter  de  vos  opinions,  en  sachant 
que  votre  esquisse  des  six  premiers  mois  de  l'administration 
d'Artevelde  •  m'a  permis  de  citer  votre  nom  au  moins  qua- 
rante fois,  cà  l'appui  de  ce  que  j'avance  dans  le  cours  de 
mon  ouvrage. 

J'ose  espérer,  Monsieur,  que  vous  jugerez  ce  travail  avec 
indulgence  et  que,  si  par  ignorance  je  m'étais,  dans  les 
détails,  écarté  de  la  vérité  historique,  telle  que  vous  seul 
êtes  à  même  de  la  connaître,  vous  aurez  la  bonté  de  vous, 
souvenir  que  l'on  doit  accorder  quelque  tolérance  au  poëte 
et  au  romancier. 


en  tôt  in  het  diepste  vergeleken;  maer  hy  heeft  daerenboven  nog, 
tôt  de  verdediging  der  dierbare  nagedachtenis  des  helds,  een  wapen- 
huis  van  eenige  duizende  bewysstukken  met  groote  kosten  en  moeite 
verzameld.  Hij  is  in  de  archieven  van  Parys  en  Ryssel  het  spoor  der 
waerheid  over  Artevelde  gaen  opzoeken  ;  en  wacht  slechts  eene 
gelegenbeid,  om  in  Engeland  de  laetste  bouwstoffen  te  vinden  voor 
het  voltrekken  der  schitterende  eerezuil,  die  hy  den  grootsten 
vlaemschen  Burger  opregten  vvil. 

«  Zyn  aenzienlyk  werk  zal  volgens  aenkondiging,  omtrent 
1500  bladzyden  groot  zyn;  en,  dewyl  het  slechts  over  een  beperkt 
tydvak  handelen  moet,  kan  men  zich  daerby  een  gedacht  van  de 
uitgebreidheid  des  onderzoeks  en  de  menigvuldigheid  der  bewyzen 
vormen.  Slechts  na  de  uitgaef  van  dit  werk,  zal  Artevelde's  nage- 
dachtenis gewroken  zijn. 

«  De  heer  Lenz  heeft  den  schryver  dezes  met  uitnemende  gul- 
hartigheid  onthaeld,  en  zich,  als  een  edelmoedig  vaderlandsvriend, 
verblyd  dat  nog  anderen  tôt  de  herstelling  van  zyn  lievelingsbeeld 
wilden  werkzaein  zyn.  Hy  heeft  ons,  vêle  uren  lang,  de  uitzigten 
uit  zyne  opzoekingen  gevolgd,  medegedeeld  ;  ons  te  regt  gewezen 
waer  wy  dwaelden,  en,  door  zyne  diepe  kennis  van  het  onderwerp, 
onze  overtuiging  gevestigd,  waer  zy  nog  op  onzekere  gronden 
wankelde. 

«  De  heer  Lenz  ontvange  daer  voor  on  zen  innigsten  dank  !  » 

Hendrik  Conscience,  Jacob  Van  Artevelde  (Antwerpen,  J.-E. 
Buschmann,  1849),  t.  I,  pp.  XXI-XXI1. 

1  P.- A.  Lenz,  Jacques  Van  Artevelde.  Histoire  des  six  premiers 
mois  de  son  administration,  Gancl,  C.  AnnootBraeckman,  s.  d. 
(1837)  ;  in-8".  Extrait  des  Nouvelles  archives  historiques,  philoso- 
phiques et  littéraires,  t.  I,  pp.  2G1-310. 


—    3G8     — 

Puisse  l'effort  consciencieux  que  j'ai  fait  pour  contribuer 
à  l'illustration  de  votre  héros  m'être  un  nouveau  titre  à 
votre  estime  et  à  votre  amitié. 

Votre  serviteur  très  reconnaissant  et  très  dévoué, 
Conscience. 

L'exemplaire  dont  il  s'agit  porte  la  dédicacé  suivante  : 

Betoys  van  byzondere  hoogachting  en  erkentenis  voor  ge- 

notene   diensten    tôt  den    opstel   dezes   icerks,  den   heere 

Pr  Lenz  door  den  schryver  aengeboden.  Antwerpen,  den 

17  Meert  1849.  Conscience. 

Paul  Bergmans. 


309     — 


CHRONIQUE. 


Beaux  Arts.  —  Le  prix  des  tableaux.  —  On  a  vendu,  le  14  mai 

« 

1890,  à  la  galerie  de  la  rue  de  Sèze  à  Paris  la  collection  de  tableaux 
modernes  appartenant  à  M.  de  Porto. 

Cette  adjudication  a  produit  300,510  francs.  Le  tableau  le  plus 
important,  1814,  par  Meissonier,  sur  une  demande  de  125,000  francs 
et  sur  une  mise  à  prix  de  30,000  francs  par  enchères  de  5,000  francs, 
est  rapidement  arrivé  à  131,000  francs. 

Ce  tableau  est  une  répétition  avec  variante  du  1814  appartenant  à 
M.  Delahante  et  qu'on  a  vu  à  l'Exposition  universelle.  Le  tableau  do 
M.  Delahante  est  de  beaucoup  supérieur  à  celui  vendu  le.  14  mai,  et 
comme  fini  et  comme  importance. 

Signalons  parmi  les  autres  enchères  le  Hallebardier,  par  Meis- 
sonier, demande  30,000  francs,  vendu  29,000  francs. 

Coutances,  étdde  par  Corot,  demande  6,000  fr.,  adjugé  6,(300  francs. 

Après  l'Orage,  par  le  même,  6,700  francs  sur  une  appréciation 
de  7,000  francs.     • 

Bords  de  l'Oise,  étude  par  Daubigny,  demande  10,000  francs, 
payé  9,500  francs. 

L'Ile  des  Amours,  par  Diaz,  17,500  francs  sur  une  demande 
de  20,000  francs. 

Ophélie,  par  le  même,  vendu  4,400  francs,  sur  une  appréciation 
de  7,000  francs. 

Paysage,  étude  par  Jules  Dupré,  4,100  francs  sur  une  demande 
de  3,000  francs. 

L'Enlèvement,  du  même,  7,500  francs. 

Charles  Jacque,  Berger  et  son  troupeau,  5,000  francs  sur  une 
demande  de  4,500  francs. 

Th.   Rousseau,   Les  Marais,    démandé    18,000   francs,    adjugé 

16,200  francs. 

25 


—     370     — 

Pêcheur  levant  ses  filets,  par  le  même,  27,400  francs  sur  une 
demande  de  25,000  francs. 
La  Confidence,  par  Roybet,  demandé  8,000  fr.,  vendu  6,800  francs. 
Ziem,  La  Douane,  6,000  fr.,  sur  une  appréciation  de  4,500  francs. 

—  Le  département  de  la  sculpture  du  Louvre,  au  Musée  moderne, 
vient  de  s'enrichir  d'une  très  intéressante  pièce  du  XVIrne  siècle. 
C'est  une  statue  de  la  Vierge  que  l'on  s'accorde  à  attribuer  à  Germain 
Pilon.  Elle  provient  du  château  d'Ecouen  et  avait  été  déposée  en  1815 
en  même  temps  que  douze  médaillons  en  marbre  représentant  des 
figures  d'apôtres,  dans  l'église  Notre-Dame  de  Versailles,  par  le 
comte  de  Pradel,  alors  ministre  de  la  maison  du  roi. 

Ce  chef-d'œuvre  était  resté  jusqu'à  ces  derniers  temps  dans  une 
chapelle  de  cette  église,  connu  seulement  de  quelques  amateurs  et 
des  fidèles  qui  lui  avaient  voué  un  culte  particulier. 

Le  Ministre  de  l'Instruction  publique  et  des  Beaux-Arts  vient 
d'ordonner  son  transfert  au  Louvre  :  il  a  décidé  en  même  temps 
qu'un  moulage  de  cette  statue  serait  accordé  à  titre  de  compensation 
au  conseil  de  fabrique  de  Notre-Dame  de  Versailles,  ainsi  qu'une 
des  meilleures  œuvres  de  Demesmay,  le  sculpteur  mort  récemment  : 
La  Vierge  et  l'Enfant  Jésus. 

Ce  groupe  était  depuis  de  longues  années  relégué  dans  un  atelier 
du  dépôt  des  marbres. 

—  En  grattant  l'épais  badigeon  qui  recouvrait  les  murs  de  l'an- 
cienne église  de  Damme  près  de  Bruges,  on  a  découvert  des  pein- 
tures à  la  détrempe. 

Voici  ce  qui  résulte  du  rapport  de  M.  Naert,  architecte,  inspecteur 
provincial  à  la  Commission  des  Monuments  : 

Sous  certaines  fenêtres  des  chapelles  latérales  de  l'église  de 
Damme  règne  une  suite  d'arcatures  en  plein  cintre. 

En  grattant  le  badigeonnage  d'une  de  ces  parties  on  a  mis  à  nu 
des  restants  de  fresques  très  détériorées. 

Sous  une  arcade,  on  voit  un  Evêque:  sous  la  seconde,  un  Pape, 
sous  la  troisième  un  personnage  qu'on  suppose  être  saint  Norbert  ; 
sous  les  trois  ou  quatre  arcs  suivants,  se  remarque  saint  Martin  à 
cheval  coupant  son  manteau. 

Le  crépis  de  la  partie  inférieure  du  mur  étant  enlevé  depuis  long- 
temps, il  ne  reste  plus  que  les  bustes  des  personnages.  L'église  de 
Damme  ayant  été  agrandie  au  XIVme  siècle,  ces  peintures  datent 
probablement  de  cette  époque. 


—    371     - 

On  suppose  que  l'église  a  été  polychromée  entièrement.  On  fera 
des  recherches  pour  retrouver  ce  qui  pourrait  en  exister  encore. 

—  Des  fouilles  importantes  faites  ces  jours-ci  à  Saint-Cénery-le- 
Géret,  dans  l'Orne,  sur  l'emplacement  des  tours  du  vieux  château, 
ont  amené  la  découverte  d'une  chapelle  souterraine,  composée  de 
plusieurs  caveaux,  où  l'on  a  trouvé  une  trentaine  de  squelettes,  un 
monceau  de  têtes  coupées,  des  poteries,  des  pierres  sculptées  et  un 
assez  grand  nombre  de  pièces  de  monnaie  à  l'effigie  de  Charles  V  et 
de  Charles  VII.  Ces  fouilles  se  poursuivent  avec  activité,  car  on  a 
reconnu  que  la  chapelle  mise  à  jour  avait  plusieurs  étages. 

—  Une  découverte  intéressante  vient  d'être  faite  dans  la  rivière 
du  Cher,  à  Valette  (Loir-et-Cher).  Il  s'agit  d'une  barque  faite  d'un 
seul  morceau,  ayant  6  mètres  de  longueur  sur  70  centimètres  de 
largeur.  Cette  barque,  dont  l'origine  préhistorique  n'est  pas  dou- 
teuse, a  été  creusée  dans  un  chêne  avec  un  outil  tranchant  dont  on 
aperçoit  encore  les  traces.  Les  deux  extrémités,  taillées  en  biseau, 
sont  relevées  ;  le  fond,  consolidé  par  deux  contreforts  réservés  dans 
la  masse,  est  perforé  de  trois  trous  hermétiquement  bouchés  au 
moyen  de  chevilles  en  bois. 

—  Les  fouilles  que,  sur  les  indications  très  précises  de  M.  Doppler, 
archiviste  de  la  ville,  on  vient  de  faire  dans  l'église  de  Saint-Servais, 
à  Maastricht,  sont  couronnées  d'un  plein  succès. 

On  vient  de  déterrer  le  sarcophage  de  l'évêque  Saint-Monulphe,  le 
fondateur  et  l'architecte  de  notre  antique  collégiale,  mort  vers  l'an 
599  et  enterré  au  milieu  de  l'église. 

Le  sarcophage,  en  pierre  de  sable,  mesurant  2m07  de  long,  0m67  de 
hauteur  0m74  de  large  à  la  tête,  et  0m53  de  haut  sur  0m42  de  large 
aux  pieds,  est  d'une  conservation  parfaite.  L'épaisseur  des  parois 
toutefois,  n'est  que  de  sept  centimètres. 

A  la  base,  il  est  de  cinq  centimètres  plus  court  qu'à  la  partie 
supérieure;  cette  différence  réside  dans  l'inclinaison  de  la  paroi  infé- 
rieure, la  paroi  supérieure  de  même  que  les  parois  latérales  étant 
verticales. 

Les  côtés  de  la  tête  et  des  pieds  du  sarcophage  sont  ornés  de  zig- 
zags et  de  figures  méandriques  d'un  dessin  tellement  barbare  et 
rudimentaire,  qu'à  eux  seuls  ils  donneraient  une  preuve  irrécusable 
de  la  haute  antiquité  du  monument. 

Seul  le  couvercle,  haut  de  0m40  à  sa  partie  supérieure,  convexe  et 


—    372    — 

évidé,  est  brisé  en  différents  morceaux,  dont  la  moitié  a  été  retrouvée 
en  place  et  pourra  être  rajustée  et  restaurée. 

Quoique  le  lieu  de  la  sépulture  primitive  de  Saint-Monulphe  fût 
de  tout  temps  connu,  de  même  que  le  transfert  de  ses  reliques  dans 
l'autel  de  la  crypte  en  l'an  1039,  l'honneur  revient  à  l'infatigable 
chercheur  M.  Doppler,  d'avoir  indiqué  avec  une  entière  certitude, 
que,  d'après  les  actes  capitulaires  de  1622  et  1628,  lors  de  l'exhuma- 
tion des  reliques  et  de  la  démolition  de  l'autel,  le  sarcophage  avait 
été  enterré  et  devait  se  trouver  sous  la  grande  pierre  commémora- 
tive  au  milieu  de  l'église. 

C'est  là  que  nous  venons  de  mettre  au  jour  le  vénérable  monument, 
qui  dans  la  grande  niche  à  côté  de  l'autel  de  la  crypte  trouvera  sa 
place  définitive,  mieux  appropriée  à  son  caractère  éminement  sacré 
et  à  sa  haute  valeur  archéologique. 

Une  inscription  lapidaire  mentionnera  les  déplacements  successifs. 

Un  second  cercueil  vient  d'être  découvert  à  côté  de  celui  de 
l'Évêque  Saint-Monulphe.  -Il  n'y  a  aucun  doute,  que  ce  soit  celui  de 
son  successeur  sur  le  siège  épiscopal  de  Maestricht,  Saint-Gontulphe, 
qui,  selon  la  tradition  historique,  fut  enterré  à  côté  de  son  prédé- 
cesseur, et  dont  la  fête  patronale  se  célèbre  le  même  jour  de  l'année. 

(Courrier  de  la  Meuse.) 

—  Herman  Kestner,  petit-fils  de  Werther's  Lotte,  vient  de  mourir, 
à  Hanovre,  à  l'âge  de  80  ans.  Archéologue  et  cultivant  lui-même  les 
Beaux-Arts,  il  fit  don,  en  1884,  à  la  ville  de  Hanovre  des  antiquités 
romaines  et  italiennes  qu'il  avait  héritées  de  son  oncle,  ministre- 
résident  de  Hanovre  à  Rome. 

Il  ajouta  un  capital  pour  l'entretien  de  la  précieuse  collection. 

Ces  objets  d'art  réunis  au  cabinet  Euleman  forment  le  Kestner- 
museum. 

Herman  Kestner  avait  reçu  le  titre  honorifique  de  bourgeois  de 
sa  ville  natale  et  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie  il  s'occupa  de  ses  études 
favorites  sur  les  antiquités.  Son  costume  et  ses  allures  lui  donnaient 
l'extérieur  d'un  homme  de  l'ancien  temps. 

—  La  famille  de  Rothschild  a  fait  acheter  à  Petersboroug  la 
fameuse  horloge  historique  fabriquée  par  Louis  XYI.  Cette  horloge, 
que  les  propriétaires  de  Milton-Hall,  dans  Northamptonshire» 
s'étaient  transmis  de  génération  en  génération  a  été  adjugée  aux 
Rothschild  pour  la  bagatelle  de  30,000  livres  sterling,  soit  840,000  fr. 

Cette  pendule  historique,  qui  a  14  pieds  de  hauteur,  avait  été 
offerte  jadis  en  cadeau  de  noces  à  la  comtesse  Fitzwilliam. 


373     — 

La    diplomatie    française   et    la   succession-'  d'Espagne,    par 
A.  Legrelle1.  —On  sait  que  la  succession  au  trône  d'Espagne  a 

donné  lieu  à  de  nombreux  démêlés,  dont  l'histoire  occupe  une  longue 
période  d'années,  féconde  en  péripéties  de  la  plus  haute  portée. 

C'est  sur  cette  question  si  importante,  qualifiée  par  Mignet  : 
l'événement  le  plus  considérable  dans  le  siècle  le  plus  célèbre,  que 
M.  Legrelle  se  propose  d'écrire  quatre  volumes  dont  nous  donnons 
à  l'avance  le  canevas.  Le  premier  est  tout  entier  consacré  au 
premier  dés  trois  traités  de  partage,  celui  que  Louis  XIV  conclut 
avec  l'Autriche  en  1668,  ainsi  qu'au  progrès  de  la  mésintelligence 
fatale  qui  le  rendit  caduc  de  très  bonne  heure.  Le  second  volume 
traitera  du  second  tyaité  de  partage,  le  premier  de  ceux  que  la 
France  signa  avec  l'Angleterre  et  la  Hollande,  le  11  octobre  169s,  et 
s'étendra  jusqu'à  la  catastrophe  imprévue  qui  en  empêcha  l'exécu- 
tion. Un  troisième  volume  correspondra  au  troisième  traité  de 
partage,  celui  du  25  mars  1700,  concerté  entre  les  trois  mêmes  puis- 
sances et  annulé  en  fait,  d'abord  par  le  testament  de  Charles  II,  pris, 
par  l'acceptation  de  ce  testament  au  nom  du  duc  d'Anjou.  Dans  un 
dernier  tome  intitulé  «  solution  »  on  verra  les  négociations  qui 
nouèrent  et  dénomVent  la  coalition  de  1701,  pour  aboutir  aux  traités 
d'Utrecht,  de  Radstadt  et  de  Bade,  base  de  l'équilibre  européen 
pendant  une  grande  partie  du  XVIIIe  siècle. 

Nous  avons  le  premier  volume  sous  les  yeux.  L'auteur  dans  son 
introduction  nous  donne  la  bibliographie  raisonnée  des  sources  et 
des  ouvrages  qui  traitent  de  la  succession  d'Espagne.  Il  en  entré- 
prend ensuite  l'histoire  diplomatique,  'racontant  dans  les  détails, 
l'origne  du  conflit,  le  non-paiement  de  la  dot  de  la  femme  de 
Louis  XIV,  qui  devait  annuler  la  renonciation  de  celle-ci  à  tous  ses 
droits.  La  naissance  d'un  héritier  au  roi  d'Espagne  paraissat  devoir 
changer  ces  dispositions,  mais,  dit  l'auteur  «  la  question  de  la  succes- 
sion d'Espagne  naquit  au  moment  même  où  la  naissance  de  l'en  fan  I, 
Carlos  semblait  précisément  en  prévenir  l'éclosion,  et  ce  fut  avec 
lui  qu'elle  rentre  de  plain  pied  dans  l'histoire,  pour  n'en  sortir,  pour 
son  malheur,  que  fort  longtemps  après  lui.  »  Louis  XIV  se  trouve 


1  La  diplomatie  française  et  la  succession  d'Espagne,  t.  I  ;  Le 
premier  traité  de  partage  (1659-1697),  par  A.  Legrelle,  docteur 
ès-lettres.  Gand,  imprimerie  de  Dullé-Plus;  Paris,  librairie  Cotillon. 
18S8. 


—     374     - 

vers  les  Pays-Bas,  vers  l'Autriche,  vers  n'importe  qui;  l'Espagne 
refuse  d'annuler  la  renonciation,  le  roi  de  France  s'entend  avec  la 
Hollande,  et  règle  avec  elle  un  traité  de  partage  des  Pays-Bas,  qui 
effraie  sa  partenaire.  Nous  entrons  alors  dans  une  nouvelle  phase,  et 
la  question  de  l'hérédité  des  Pays-Bas  se  sépare  donc  de  la  succession 
d'Espagne.  Philippe  IV  mort,  Louis  XIV  conclut  le  fameux  traité  de 
partage  avec  l'Autriche  et  s'empare  de  la  Flandre,  que  le  traité 
d'Aix-la-Chapelle  lui  conserve. 

M.  Legrelle  passe  après  cela  aux  suites  du  traité  de  partage  et  à  la 
guerre  avec  la  Hollande  qui  eut  pour  conséquence  la  paix  de 
Nimègue.  Nous  assistons  ensuite  aux  critiques  relatives  à  l'éléva- 
tion et  au  mariage  de  l'électeur  de  Bavière»;  puis  vient  la  ligne 
d'Augsbourg  contre  la  France,  la  guerre  qui  s'en  suivit,  la  nouvelle 
renonciation  de  Louis  XIV,  et  la  paix  de  Ryswyck. 

M.  Legrelle  suit  pas  à  pas  le  travail  de  la  diplomatie,  cite  et  repro- 
duit de  nombreux  documents  dans  le  cours  de  son  ouvrage,  et 
entr'autres  instruments  imprimés  dans  l'Appendice,  nous  trouvons 
le  traité  de  partage  avec  l'Autriche,  rédigé  en  latin,  qui  pour  nous 
a  le  plus  d'intérêt. 

La  mine  qu'exploite  M.    Legrelle    est  féconde,   et    il  traite  son 

sujet  en  homme  qui  le  possède  ;  nous  lui  souhaitons  de  mener  à  bien 

sa  vaste  entreprise. 

Emile  V. 

Académie  royale  de  Belgique.  —  Concours  pour  1891.  — 
Première  question.  —  «  Quelle  a  été  en  Flandre,  avant  l'avènement 
de  Guy  de  Dampierre,  l'influence  politique  des  grandes  villes,  et  de 
quelle  manière  s'est-elle  exercée  ?  » 

Deuxième  question.  —  «  Faire  l'histoire  de  la  littérature  française 
en  Belgique,  de  1815  à  1830.  » 

Troisième  question.  —  «  Quel  est  l'effet  des  impôts  de  consom- 
mation sur  la  valeur  vénale  des  produits  imposés?  En  d'autres 
termes,  dans  quelle  mesure  ce  genre  d'impôts  pèse-t-il  sur  le  consom- 
mateur? 

«  Exposer  et  discuter,  à  l'aide  de  documents  statistiques,  les 
résultats  des  expériences  récemment  faites  à  cet  égard  en  divers 
pays,  et  plus  spécialement  en  Belgique.  » 

Quatrième  question.  —  «  On  demande  une  étude  critique  sur  les 
Vies  de  saints  de  l'époque  carlovingienne,   depuis  Pépin  le  Bref 
jusqu'à  la  fin  du  Xe  siècle. 


—    375    — 

L'auteur  ne  s'attachera  qu'aux  Vies  présentant  un  intérêt  histo- 
rique. » 

Cinquième  question.  —  «  Faire,  d'après  les  résultats  de  la  gram- 
maire comparée,  une  étude  sur  le  redoublement  dans  les  thèmes 
verbaux  et  nominaux  du  grec  et  du  latin.  » 

Sixième  question.  —  «  On  demande  une  étude  sur  les  divers 
systèmes  pénitentiaires  modernes  considérés  au  point  de  vue  de  la 
théorie  pénale  et  des  résultats  obtenus.  » 

Septième  question.  —  «  On  demande  une  étude  sur  les  mystiques 
des  anciens  Pays-Bas  (y  compris  la  principauté  de  Liège),  avant  la 
réforme  religieuse  du  XVIe  siècle  :  leur-  propagande,  leurs  œuvres, 
leur  influence  sociale  et  politique.  » 

Les  concurrents  accorderont  une  attention  toute  particulière  à 
Jean  Ruysbroeck. 

Mille  francs  pour  la  septième  question  et  huit  cents  francs  pour 
chacune  des  autres  questions. 

Les  mémoires  en  français,  en  flamand  ou  en  latin  devront  être 
adressés,  avant  le  1er  février  1891,  à  M.  J.  Liagre,  au  Palais  des 
Académies. 

Concours  pour  1892.  —  Première  question.  —  «  Apprécier  d'une 
façon  critique  et  scientifique  l'influence  exercée  par  la  littérature 
française  sur  les  poètes  néerlandais  des  XIII0  et  XIV0  siècles.  » 

Deuxième  question.  —  «  Étude  sur  les  humouristes  et  les  pamphlé- 
taires en  langue  française  en  Belgique,  de  1800  à  1848.  » 

Troisième  question.  —  «  Étudier  au  point  de  vue  historique  et  au 
point  de  vue  dogmatique,  la  nature  et  les  effets  des  traités  de  garantie, 
et  spécialement  des  traités  qui  ont  pour  objet  la  garantie,  par  un  ou 
plusieurs  États, du  territoire,  de  l'indépendance,  de  la  neutralité  d'un 
autre  État.  s> 

Quatrième  question.  —  «  Montrer  comment  l'Espagne,  par  sa  diplo- 
matie et  par  ses  armées,  a  combattu  la  politique  de  la  France  aux 
Pays-Bas,  de  1635  à  1700.  » 

Cinquième  question.  —  «  Exposer,  d'après  l'ensemble  des  textes, 
quelle  était  la  position  des  comtes  dans  le  royaume  franc,  depuis  Glovis 
jusqu'au  traité  de  Verdun  ;  établir  leurs  rapports  avec  le  roi,  avec  le 
clergé  et  avec  la  population  germanique  et  gallo-romane.  » 

Sixième  question.  —  «  Faire  l'histoire  et  la  statistique  des  caisses 
d'épargne  en  Belgique.  Exposer  leurs  diverses  opérations  et  les  résul- 
tats obtenus,  surtout  au  point  de  vue  de  la  classe  ouvrière.  » 


—     370    — 

Mille  francs,  pour  la  troisième  et  la  sizième  question,  et  six  cents 
francs  pour  chacune  des  quatre  autres  questions. 

Les  mémoires  devront  être  adressés,  avant  le  1er  février  1892,  à 
M.  J.  Liagre,  secrétaire  perpétuel,  au  palais  des  Académies. 

Prix  Teirlinck. —  «  Faire  l'histoire  de  la  prose  néerlandaise  avant 
Marnix  de  Sainte- Aldegonde.  »  Prix  :  mille  francs.  — Le  terme  expi- 
rera le  lor  février  1891. 

Prix  De  Keyn.  —  La  Classe  des  lettres  rappelle  que  la  «  première 
période  du  sixième  concours  annuel  »  pour  les  prix  Joseph  De  Keyn 
sera  close  le  31  décembre  1890. 

'  Cette  période,  consacrée  à  l'enseignement  du  premier  degré,  com- 
prend les  ouvrages  d'instruction,  ou  d'éducation  primaire. 

Prix  de  Stassart.  —  «  Notice  »  consacrée  à  la  vie  et  aux  travaux 
de  «  Lambert  Lombard,  »  peintre  et  architecte  à  Liège  (1506-1566). 
Prix  :  mille  francs.  —  Le  délai  expirera  le  1er  février  1892. 

Grand  prix  de  Stassart.  —  «  Faire  l'histoire  du  conseil  privé  aux 
Pays-Bas,  à  partir  de  son  origine  jusqu'en  1794  ;  examiner  les  attri- 
butions de  ce  corps,  ses  prérogatives  et  sa  compétence  en  matière 
politique,  d'administration  et  dejustice.  »  Prix  :  trois  mille  francs.  — 
Le  délai  expirera  le  1er  f éviter  1894. 

Prix  de  Saint-Génois.  —  Mémoire  en  flamand  sur  :  «  Caractériser 
l'influence  exercée  par  la  Pléiade  française  sur  les  poètes  néerlandais 
du  XVIe  et  du  XVIIe  siècle.  »  Prix  :  mille  francs.  —  Le  délai  expirera 
le  1er  février  1897. 

Prix  de  Littérature  flamande  dit  Antoon  Bergmann.  —  «  His- 
toire, en  néerlandais,  d'une  ville  ou  d'une  commune  de  la  province 
de  Brabant  (arrondissement  de  Nivelles  excepté)  et  comptant  au 
moins  «  cinq  mille  »  habitants.  Pz"ix  :  mille  francs.  — Délai:  1er  fé- 
vrier 1897. 

Prix  Castiau.  —  La  quatrième  période  du  prix  sera  close  le 
31  décembre  1892. 

«  Sur  les  moyens  d'améliorer  la  condition  morale,  intellectuelle  et 
physique  des  classes  pauvres.  »  Prix  :  mille  francs.  —  Délai  :  31  dé- 
cembre 1892. 


377    — 


Le  Psautier  de  Guy  de  Dampierre, 


XIIIe     SIECLE 


Le  psautier  classé  sous  le  n°  10607,  à  la  Biblio- 
thèque de  Bourgogne,  provient  de  l'ancienne  mai- 
son des  Jésuites  à  Anvers,  ainsi  que  cela  résulte 
d'une  indication  manuscrite  faite  sur  le  premier 
folio  ' . 

Ce  psautier 2  contient  244  folios.  L'écriture 
gothique  est  très  mignonne  d'aspect  et  fort  régu- 
lière. Il  est  regrettable  qu'un  relieur  maladroit  de 
la  fin  du  XVIe  siècle  ait  jugé  à  propos  de  rogner  ce 
manuscrit  au  point  d'empiéter  sur  plusieurs  mar- 
ges, qui  se  distinguent  par  leur  décoration  pitto- 
resque. Le  manuscrit  conserve  encore  plusieurs 
morceaux  de  crêpe  syrien3  qui  ont  servi  de  gardes 
aux  enluminures. 


*  Domus  prof.  S.  J.  Antv. 

*  Par  testament  du  15  avril  1299.  Archives  départementales  du 
Nord,  Fonds  de  la  chambre  des  comptes  de  Lille  :  B  433,  n°  4181. 
Guy  remet  ses  joyaux  entre  les  mains  de  ses  exécuteurs  testamen- 
taires. Mais  il  y  a  lieu  de  remarquer  qu'il  n'est  pas  fait  mention 
de  manuscrits. 

3  Je  connais  plusieurs  exemples  de  l'emploi  du  crêpe  comme 
garde.  Le  Glossaire  de  Gay  mentionne  p.  494  un  exemple  curieux 

2Q 


—     378    — 

A  quelle  époque  remonte  cet  intéressant  chef- 
d'œuvre  ? 

Les  auteurs  du  catalogue  des  manuscrits  de  la 
Bibliothèque  royale  lui  assignent  le  deuxième  tiers 
du  XIIIe  siècle.  Mais  les  constatations  que  j'ai 
été  amené  à  faire,  ne  me  permettent  pas  d'adopter 
ce  classement.  Il  faut  donner  à  ce  manuscrit  une 
date  plus  récente,  ainsi  que  le  lecteur  pourra  bien- 
tôt s'en  convaincre. 

Les  éléments  fournis  par  la  paléographie  sont 
insuffisants  pour  arriver  à  la  détermination  de 
l'époque  où  il  a  été  fait,  tandis  que  le  costume 
civil,  les  motifs  architectoniques  trahissent  la 
seconde  moitié  du  XIIIe  siècle;  la  pièce  de  ren- 
fort aux  genoux  qu'on  remarque  dans  le  costume 
de  plusieurs  guerriers  annonce  un  progrès  dans 
l'armement,  lequel  recevra  plus  tard  un  accroisse- 
ment typique  par  l'adjonction  de  l'ailette.  Mais  il 
n'y  a  là  toutefois  aucun  indice  qui  date  le  manus- 
crit d'une  façon  précise. 

Par  bonheur,  les  écus  armoriés  qui  rehaussent 
les  enluminures,  fournissent  des  renseignements 
précis,  tant  sur  le  manuscrit  en  lui-même,  que 
sur  son  ancien  propriétaire  l . 

Les  extrémités  de  la  miniature  du  folio  7  v°  sont 
occupées  par  des  médaillons  circulaires  inscri- 

de  crêpe  polychrome  appartenant  à  la  bible  de  Théodulfe,  conservée 
au  Puy  ;  le  fragment  de  feu  M.  le  chanoine  Van  Drivai  reproduit 
dans  l'ouvrage  précité  et  qui  est  daté  du  XIIIe  siècle  se  présente 
avec  le  même  aspect  que  celui  du  psautier  de  Guy  de  Dampierre. 

J'avais  déjà  signalé,  dans  une  communication  faite  le  16  juin  1888, 
le  nom  du  propriétaire  du  manuscrit. 

»  Voir  Annales  de  la  Société  d'Archéologie  de  Bruxelles,  t.  II,  p.  74, 


—    379     — 

vant  des  écus  armoriés  appartenant  à  la  famille 
comtale  de  Flandre.  Étant  donné  que  le  manus- 
crit remonte  certainement  à  la  seconde  moitié  du 
XIIIe  siècle,  il  n'a  pu  appartenir  qu'à  Guy  de 
Dampierre,  comme  on  pourra  s'en  rendre  compte 
par  les  armoiries  ci-dessous  décrites  : 

1 .  de  Flandre  plein  d'or  au  lion  de  sable  ; 

2.  de  Flandre  brisé  d'un  lambel  de  gueules; 

3 .  de  Flandre  brisé  d'un  bâton  de  gueules  ; 

4.  de  Flandre  brisé  d'une  bordure  engrêlée  de 
gueules  ; 

Puis  au  folio  8  verso  :  de  Flandre  couronné  de 
gueules  en  signe  de  brisure. 

L'écu  n°  1  appartient  à  Guy,  comte  de  Flandre; 
l'écu  n°  2  à  Robert  de  Béthune,  son  fils  aîné;  l'écu 
n°  3  à  Guillaume,  frère  de  Robert;  l'écu  n°  4  à 
Baudoin  frère  de  Robert  et  de  Guillaume;  l'écu 
n°  1  du  folio  8  à  Jean  de  Namur,  frère  des  princes 
ci-dessus  mentionnés. 

Au  folio  84  verso,  on  retrouve  les  armes  de  Guy 
entre  celles  de  ses  deux  fils  Robert  et  Guillaume. 

Comme  on  le  peut  voir,  l'enlumineur  a  observé 
rigoureusement  l'ordre  des  naissances  dans  le  pla- 
cement des  armoiries.  Cette  scrupuleuse  exacti- 
tude permet  de  supposer  que  le  livre  a  été  fait  sur 
commande,  car  aucun  détail  n'a  été  omis. 

La  concordance  des  armoiries  du  psautier  avec 
celles  des  sceaux  des  personnages  précités  est  par- 
faite. 

On  m'objectera  peut-être  que  cette  concordance 
ne  pourrait  être  qu'apparente  puisque  les  anciens 
sceaux  n'indiquent  pas  les  émaux.  Une  telle  coïn- 


—    380    — 

cidence,  il  faut  en  convenir,  serait  tout  au  moins 
étrange. 

M.  Van  Malderghem  '  a  étudié  un  rôle  d'armes 
de  la  fin  du  XIIIe  siècle,  renfermant  des  éléments 
qui  dissipent  les  doutes  qu'on  serait  tenté  d'élever 
sur  cette  question. 

Le  manuscrit  est  postérieur  à  1280,  car  il  ne 
contient  pas  les  armoiries  de  la  comtesse  Mar- 
guerite qui  y  auraient  certainement  figuré,  et 
antérieur  à  1298,  date  de  l'avènement  de  Jean  de 
Dampierre  à  la  couronne  comtale  de  Namur.  A 
cette  occasion,  il  surbaissa  ses  armes  d'un  bâton 
de  gueules. 

Un  autre  événement  historique  ne  permet  peut- 
être  pas  de  faire  remonter  la  confection  du  manus- 
crit antérieurement  à  la  date  de  1297.  En  effet, 
cette  année  fut  marquée  par  la  canonisation  de 
Louis  IX  par  le  pape  Boniface  VIII.  Or  l'omission 
du  nom  du  saint  roi  de  France  dans  le  calendrier 
me  semblerait  au  moins  surprenante. 

En  effet,  ce  calendrier  appartient  au  Nord  de  la 
France  actuelle,  et  peut  être  à  la  contrée  de  Saint- 
Omer,  car  on  y  retrouve  le  nom  de  divers  saints 
locaux,  tels  que  :  Saint-Berthin,  Saint-Vinocq  et 
naturellement  Saint-Omer. 

D'autre  part  saint  Louis  n'était  pas  inconnu 
dans  cette  contrée.  En  effet,  il  était  venu  en  pèle- 
rinage au  sanctuaire  de  N.-Dame  des  Miracles  à 

1  M.  Van  Malderghem  fera  bientôt  connaître  ce  précieux  docu- 
ment ;  je  saisis  l'occasion  de  remercier  le  savant  héraldiste  pour 
les  renseignements  qu'il  m'a  fournis.  J'ai  reçu  également  d'utiles 
données  de  MM.  les  comtes  Th.  de  Limburg  Stirum  et  M.  Maurin 
de  Nahuys,  je  les  prie  d'agréer  l'expression  sincère  de  ma  gratitude, 


—    381     — 

Saint-Omer,  ainsi  que  le  rappelle  une  inscription 
moderne  de  la  cathédrale  de  cette  cité  ' .  L'enlumi- 
neur, selon  toute  vraisemblance,  ne  devait  pas 
être  bien  éloigné  du  manuscripteur  clerc  ou  laïque. 
Or  cet  ingénieux  artiste  paraît  très  bien  connaître 
les  ordres  mendiants.  Dans  son  illustration  si  variée 
je  rencontre  un  trait  charmant  de  la  légende  du 
patriarche  d'Assise  :  saint  François  prêchant  à 
des  cigognes.  Étant  donné  que  Louis  IX  apparte- 
nait au  Tiers- Ordre  franciscain,  nul  doute  que  le 
copiste  se  fut  dispensé  d'inscrire  le  nom  du  pieux 
monarque  dans  le  calendrier.  Plus  loin,  on  peut 
voir  une  prieure  dominicaine. 

Si  l'enlumineur  a  représenté  fidèlement  les  cos- 
tumes militaires,  il  a  dû  le  faire  antérieurement 
à  l'apparition  de  l'ailette  2.  Car  on  ne  voit  aucune 

1  La  tradition  d'une  visite  de  saint  Louis  au  sanctuaire  de  Notre- 
Dame  des  Miracles  est  très  vivace,  mais  on  ignore  sur  quel  fait 
précis,  elle  s'appuie.  On  lit  cependant  dans  un  manuel  de  dévotion 
pour  le  pèlerinage,  le  passage  suivant  :  L'on  est  heureux  d'avoir 
retrouvé  la  preuve  écrite  que  Louis  IX  vint  avec  sa  pieuse  Mère,  la 
Reine  Blanche,  vénérer  Notre-Dame  des  Miracles  de  Saint-Omer  en 
1231  et  que  le  saint  roi  y  retourna  à  deux  époques  ultérieures.  » 

Les  documents,  les  pièces  écrites  font  défaut.  Il  est  à  remarquer 
cependant  que  le  soubassement  du  portail  intérieur  du  transept  sud 
de  la  cathédrale  est  décoré  d'un  semis  de  lis  et  de  tours,  et  cette 
circonstance  est  de  l'avis  de  feu  M.  L.  Deschamps  de  Pas  pour 
beaucoup  dans  la  tradition  qui  vient  d'être  mentionnée. 

Un  doyen  de  la  cathédrale  Saint-Omer  a  fait  placer  de  nos  jours 
dans  le  portail  précité  une  inscription  rappelant  la  visite  de  la  Reine 
Blanche  et  de  saint  Louis. 

2  Les  ailettes  figurent  dès  1280  sur  le  sceau  de  Jean  Ier  de  Brabant. 
Voir  Costumes  militaires  belges,  par  Van  Vinckeroy. 

D'après  De  May,  Le  costume  au  moyen-âge  d'après  les  sceaux , 
p.  127,  l'ailette  paraît  pour  la  première  fois  sur  le  sceau  de  Pierre 
de  Chambly  en  1294,  et  se  répète  sur  ceux  d'Othon,  comte  d'Artois, 
en  1302,  etc. 


.     —    382    — 

trace  de  cette  pièce  de  renfort  dans  la  représen- 
tation de  plusieurs  chevaliers.  L'ailette  ne  semble 
pas  antérieure  aux  vingt  dernières  années  du 
XIIIe  siècle.  Je  m'empresse  d'ajouter  qu'on  aurait 
tort  d'attacher  trop  d'importance  à  ce  fait.  En 
effet,  les  artistes  n'ont  pas  toujours  été  d'une 
rigueur  extrême  dans  la  représentation  du  cos- 
tume. Outre  que  plusieurs  copiaient  leurs  prédé- 
cesseurs, d'autres  se  sont  répétés  sans  tenir  compte 
des  progrès  de  l'armement  chez  leurs  contem- 
porains. 

Mais  les  données  fournies  par  l'histoire  de  l'hé- 
raldique permettent  de  fixer,  à  quelques  années 
près,  l'exécution  du  psautier. 

Il  remonte  au  laps  de  temps  compris  entre  les 
années  1280,  date  de  la  mort  de  Marguerite  de 
Constantinople,  et  1298,  époque  de  l'avènement 
de  Jean  de  Dampierre,  comme  comte  de  Namur. 

L'enlumineur  du  psautier  est  inconnu;  mais 
n'est-on  pas  en  droit  de  le  considérer  comme  appar- 
tenant à  cette  pléiade  d'artistes  du  Nord  de  la 
France,  qui  unissaient  déjà  l'humour  des  Fla- 
mands, au  style,  cet  apanage  du  génie  français? 

Du  reste  le  calendrier  permet  de  supposer  que 
le  manuscrit  a  vu  le  jour  dans  nos  contrées,  ou 
dans  les  pays  limitrophes  qui  faisaient  naguère 
partie  de  la  Belgique.  Je  relève  dans  les  litanies 
et  le  calendrier,  les  noms  des  saints  suivants  : 
Lambert,  Christophe,  Quentin,  Nicaise,  Biaise, 
Amand,  Nicolas,  Remtj,  Germain,  Vaast,  Vinnocq, 
Berlin,  etc. 


—    383 


II 

Avant  d'aborder  la  description  du  manuscrit, 
il  y  a  lieu  d'observer  qu'il  ne  constitue  pas  un  livre 
d'heures,  mais  un  psautier  proprement  dit  auquel 
a  été  joint  le  Magnificat,  le  Nunc  demittis  le  sym- 
bole de  Saint-Athanase  :  quicumque  vult  salvns  esse 
ante  omnia  opus  est  ut  teneat  catholicam  fidem  et 
enfin  les  litanies  des  saints. 

Les  miniatures  ayant  trait  à  la  vie  de  J.-C.  sont 
placées  au  commencement  du  livre  en  manière 
d'album  pieux.  Elles  ne  pouvaient  être  dissémi- 
nées, car  elles  ne  commentaient  pas  le  texte, 
tandis  que  dans  un  livre  d'heures,  les  «  histoires  » 
qui  retracent  la  vie  de  J.-C.  ou  des  saints,  se 
trouvent  en  face  de  la  prière  ou  de  l'office  qui  leur 
est  propre. 

Dans  la  plupart  des  psautiers  et  des  autres 
livres  liturgiques,  la  miniature  est  un  écho  du 
texte;  dans  le  présent  manuscrit,  je  trouve  seule- 
ment deux  reproductions  de  sujets  traditionnels  : 
le  fol  muni  de  son  inséparable  marotte  en  regard 
du  psaume,  commençant  par  les  mots  :  Insipiens 
dixit  in  corde  suo  non  est  Deus.  Une  lettrine  nous 
montre,  au  psaume  débutant  par  les  mots  Cantate 
Domino  canticum  novum,  des  prêtres  revêtus  de 
chapes  et  chantant. 

Le  Calendrier.  —  Les  illustrations  des  calen- 
driers des  livres  d'heures  constituent  un  des  objets 
les  plus  intéressants  que  le  moyen- âge  nous  ait 


—    384    — 

légués.  Elles  apparaissent  tout  d'abord,  sous  leur 
forme  fort  laconique  :  un  ou  deux  personnages 
dans  un  médaillon  ou  sous  une  arcature  à  fond 
d'or.  Plus  tard  ce  modeste  décor  sera  abandonné 
pour  faire  place  à  une  ébauche  de  paysage;  la 
perspective  à  peine  pressentie,  s'accuse  timide- 
ment, puis  s'affirme  avec  un  certain  éclat.  Le 
XIVe  siècle  s'est  à  peine  écoulé  que  des  artistes 
tels  que  Pol  de  Limbourg  et  ses  frères  créeront 
des  paysages  se  recommandant  par  des  qualités 
les  plus  sérieuses. 

Mais  il  sera  réservé  aux  artistes  de  Gand  et  de 
Bruges  et  en  particulier  aux  Horenbout  et  aux 
Bening  de  multiplier  avec  une  fécondité  qui  dé- 
concerte des  sujets  de  genre  pris  sur  le  vif. 

Janvier.  —  Un  homme  tourne  le  dos  à  l'âtre  égayé  par 
un  feu  des  plus  vifs.  Il  emplit  une  coupe  sans  pied;  en 
dehors  de  la  pièce,  un  tonneau  est  placé  sur  un  chantier. 
Voilà  une  image  très  nette  de  bien-être  matériel.  C'est  bien 
le  dos  au  feu  et  le  ventre  à  table  qui  caractérise  le  penchant 
intime  de  l'homme  pour  ses  aises...  et  les  satisfactions  des 
sens. 

Février.  —  Une  femme  tenant  un  cierge  debout  devant 
un  prie  Dieu.  Allusion  à  la  fête  de  la  Chandeleur. 

Mars.  —  Un  homme  émonde  un  arbre. 

Avril.  —  Un  homme  tient  des  fleurs  dans  chaque  main. 
Plus  tard  cette  simple  indication  sera  remplacée  par  une 
scène  favorite  à  l'art  médiéviste.  Un  damoiseau  et  une 
damoiselle  seront  en  train  de  faire  la  cueillette  des  pre- 
mières fleurs  tout  en  devisant;  sur  d'autres  miniatures,  on 
les  voit,  les  fleurs  en  main,  former  un  couple  charmant. 

Mai.  —  Voici  le  chasseur  sur  un  cheval  gris  pommelé  ; 


-     385    - 

plus  loin  ses  deux  chiens  l'un  blanc,  l'autre  rouge  ver- 
millon. Il  agite  ses  gants  dans  la  direction  d'un  faucon  qui 
fond  sur  une  spatule. 

Juin.  —  Un  bûcheron  portant  un  fagot.  La  hache  est 
encore  au  pied  du  tronc,  l'arbre  conserve  un  rameau. 

Juillet.  —  Un  homme  fauche  l'herbe  à  l'aide  de  la  grande 
faux  encore  en  usage  de  nos  jours. 

Août.  —  Un  moissonneur  se  sert  de  la  faucille  pour  cou- 
per des  épis  de  seigle  qui  dépassent  de  beaucoup  sa  stature. 

Septembre.  —  Un  semeur. 

Octobre.  —  Un  homme  foule  le  raisin  dans  une  cuve, 
tandis  qu'un  vigneron  cueille  des  grappes  qui  se  trouvent 
suspendues  au-dessus  de  la  tête  de  son  compagnon  de 
travail. 

Novembre.  —  Un  homme  monté  sur  un  chêne  abat  des 
glands  qui  sitôt  tombés  sont  mangés  par  deux  porcs.  Un 
porcher,  un  gros  bâton  à  la  main  s'apprête  à  lancer  celui-ci 
dans  les  branches  de  l'arbre. 

Décembre.  —  Un  homme  abat  avec  une  cognée  un  porc 
couché  devant  lui. 

Toutes  les  miniatures  à  pleine  page  se  pré- 
sentent entourées  d'un  cadre  orné  de  feuillages, 
aux  quatre  extrémités  duquel  sont  placés  des 
médaillons,  posés  en  saillie,  et  contenant  un  écu 
armorié. 

Une  arcature  simple  ou  double  reposant  sur  des 
colonnettes  couronne  chaque  scène  ;  de  petites 
tours,  des  édicules  peints  en  vert,  en  vermillon,  etc. , 
s'appuient  sur  les  rampants  du  gable. 

Toutes  les  miniatures  à  pleine  page  sont  peintes 
sur  lamelle  d'or  ;  le  champ  de  quelques-unes  d'entre- 
elles  est  agrémenté  d'un  losange  ou  d'un  quadrillé 
très  légèrement  traités. 


-    386    — 

1.  L' Annonciation.  —  Une  colonne  supportant  une 
double  arcature  sépare  l'ange  de  la  Vierge.  Celui-ci  à 
gauche,  debout,  tient  un  philactère  vide  ;  Marie  également 
debout  fait  un  geste  d'étonnement.  Le  saint  Esprit  sous  la 
forme  d'une  colombe  plane  au-dessus  de  sa  tête. 

2.  La  Nativité.  —  La  Vierge  est  représentée  assise  dans 
son  lit,  tenant  l'enfant  Jésus  sur  ses  genoux.  Saint  Joseph, 
un  vieillard  à  barbe  blanche, coiffé  du  chapeau  pointu  tradi- 
tionnel, sommeille  appuyé  sur  son  bâton.  Un  ange  se  dirige 
vers  la  Vierge.  Dans  le  fond,  au  dessus  de  la  crèche  vide, 
posée  sur  un  mur  peu  élevé  se  trouvent  le  bœuf  et  l'âne; 
une  courtine  relevée  est  attachée  sur  le  côté. 

3.  Naissance  du  Christ  annoncé  aux  'pasteurs.  —  Un  ange 
nimbé,  tenant  un  philactère  vide,  s'adresse  à  un  berger 
assis  et  s'appuyant  sur  son  bâton  ;  en  face,  se  trouve  un 
autre  pasteur,  monté  sur  des  échasses  très  basses  et  retenus 
aux  jambes  par  des  lanières;  il  tient  une  cornemuse  dont  il 
se  dispose  à  jouer. 

Entre  les  deux  personnages  est  assis  un  chien  de  berger, 
d'un  dessin  correct,  mais...  peint  en  vermillon.  A  l'avant- 
plan  défile  le  troupeau  composé  d'un  bélier,  de  moutons, 
de  chèvres.  L'enlumineur,  comme  on  pourra  le  voir  à  la 
planche  ci-jointe,  n'a  pas  tenu  compte  de  la  taille  des  divers 
animaux,  tandis  qu'il  en  a  très  bien  observé  le  caractère. 

4.  IS Adoration  des  Mages.  —  H  y  a  ici  deux  scènes  par- 
faitement distinctes,  mais  le  miniaturiste  n'a  pas  commis  la 
moindre  confusion.  Un  ange  montre  à  deux  Mages,  l'étoile 
qui  doit  les  guider.  Le  troisième  Mage,  un  vieillard  chauve 
à  barbe  grise,  le  genou  en  terre,  baise  le  pied  de  l'enfant 
Jésus  qui  tient  en  main  un  panier  dont  il  vient  de  lui  faire 
don.  La  Vierge  a  la  tête  ceinte  d'une  couronne  ;  elle  porte 
un  robe  de  drap  d'or.  C'est  une  des  scènes  les  mieux  inter- 
prétées du  Psautier. 

5.  Massacre  des  innocents.  —  Dans  un  cadre  orné  d'une 


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—    387    — 

double  arcature  trilobée,  on  voit  Hérode  couronné,  et  assis 
sur  son  trône,  le  pied  sur  un  escabeau.  Un  soldat,  tient  en 
main  l'enfant  qu'il  vient  d'arracher  à  sa  mère.  Celle-ci  dans 
son  désespoir,  a  saisi  l'extrémité  du  glaive,  mais  le  soldat  la 
repousse  du  pied.  Derrière  lui,  un  bourreau  vient  d'embro- 
cher un  enfant  et  en  tient  un  autre  dans  les  plis  de  son 
vêtement.  Une  mère  prosternée  contre  terre  couvre  de  ses 
baisers  le  corps  de  son  nourrisson. 

6.  Grand  B.,  appartenant  au  commencement  du  psaume. 
Beatus  vir  qui  non  abiit  in  consilio  impiorum. 

Dans  la  première  boucle  de  la  lettre  est  représentée  la 
fuite  en  Egypte.  La  sainte  Vierge  qui  est  nimbée  dépose 
un  baiser  sur  l'enfant  Jésus.  Saint  Joseph  coiffé  du  bonnet 
pointu,  guide  la  mère  et  l'enfant.  Dans  la  boucle  d'en-bas, 
J.-C.  monté  sur  un  âne  fait  son  entrée  à  Jérusalem.  A  la 
porte  on  voit  un  homme  qui  étend  sa  tunique  et  on  en  aper- 
çoit un  autre  sur  un  arbre. 

Dans  les  rinceaux  qui  se  déroulent  ornés  eux-mêmes  de 
ci  de  là  de  têtes  en  guise  de  nœuds,  on  est  tout  étonné 
d'apercevoir  un  écureuil  qui  a  l'air  de  s'entretenir  avec  un 
héraut;  plus  loin  c'est  un  chien  blanc,  puis  un  petit  monstre 
à  figure  humaine  coiffé  d'une  mitre.  En  bas  du  folio,  le 
peintre  a  mis  en  face  deux  petits  bonhommes,  la  rondache 
au  bras,  l'épée  au  poing  et  prêts  à  s'élancer  l'un  contre 
l'autre. 

Folio  43.  —  A  l'endroit  débutant  par  un  D.  (Dominus 
illuminatio  meà),  l'enlumineur  nous  montre  un  soldat  s'ap- 
prêtant  à  trancher  la  tête  à  saint  J. -Baptiste,  qui  est  h 
genoux  sur  le  seuil  de  la  prison.  Dans  l'encadrement  pit- 
toresque de  cette  page  apparaissent  Hérode...  plus  bas 
Salomé  jouant  de  la  harpe,  et  enfin  sa  mère  Hérodiade. 

Folio  44.  —  La  flagellation.  —  Miniature  à  pleine  page. 
J.-O.  attaché  à  la  colonne  sur  laquelle  repose  la  double 
arcature  de  l'encadrement.  Un  nègre  au  sourire  cruel  et  un 


—    388    — 

bourreau  au  visage  blanc  le  frappent  de  verges.  Le  type  du 
nègre  est  particulièrement  bien  observé. 

Folio  65.  —  Dans  l'intérieur  d'un  grand  D,  on  aperçoit 
saint  Martin  sur  un  cheval  gris  pommelé,  coupant  son 
manteau  pour  le  donner  à  un  mendiant. 

Un  D.  Dixit  insipiens  (ps.  III),  est  représenté  par  le 
martyre  de  saint  Pierre,  la  tête  en  bas.  On  y  remarque 
également  un  nègre. 

Folio  83  présente  une  lettrine  fort  curieuse  qui  renferme 
peut-être  une  allusion  plus  ou  moins  directe  au  texte.  Dans 
une  lettre  quid  gloriaris  in  malicia  qui  potens  es  in  iniqui- 
tate  :  Un  roi  s'entretient  avec  un  monstre  ventru,  dont  le 
corps  est  peint  en  vermillon  et  la  tête...  en  bleu.  Serait-ce 
là  une  allusion  au  texte  précité  ? 

Folio  103.  —  Lettrine.  Martyre  de  saint  Laurent.  Celui-ci 
est  étendu  sur  le  gril.  Un  feu  très  vif  enveloppe  ses  mem- 
bres. Deux  bourreaux  au  regard  torve  s'aidant  de  deux 
fourches  empêchent  la  victime  de  se  soulever  de  son  lit  de 
torture. 

Folio  104.  —  Grand  M.  —  Notre  Seigneur  tenant  la  croix 
de  la  résurrection  apparaît  à  Marie-Madeleine.  Le  jardin 
où  d'après  la  tradition  la  scène  s'est  passée  est  indiqué  par 
un  arbre. 

Folio  128.  —  Grande  miniature.  —  Notre  Seigneur  s'ap- 
puyant  sur  la  croix  de  la  résurrection,  marchant  sur  la  tête 
du  monstre  infernal,  emmène  des  limbes,  lésâmes  des  justes. 
On  aperçoit  dans  le  nombre  Adam  et  Eve.  Deux  diables 
peints  en  couleurs  voyantes,  armés  d'un  double  croc,  se 
tiennent  au  rez-de-chaussée  et  à  l'étage  du  castel  infernal. 
Cette  petite  scène  est  dessinée  avec  autant  de  verve  que 
d'énergie. 

Dans  un  grand  E  initial.  Exultate  Domino  deo  adjutore 
nostro.  Trois  juifs  lapident  saint  Etienne.  En  dessous  on 
aperçoit  Saul  qui  tient  les  habits  des  bourreaux. 


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—    389    — 

Folio  149.  —  Grande  miniature.  —  Saint  Thomas  ù 
genoux  tenant  un  livre,  met  la  main  dans  le  côté  de  J.-C 
qui  tient  la  croix  de  la  résurrection. 

Cantate  Domino  canticum  novum  trois  prêtres  chantent 
au  lutrin  ;  voir  notre  planche. 

Folio  175.  —  Grande  miniature.  —  Ascension  sous  une 
arcade  trilobée,  la  sainte  Vierge  au  milieu  des  apôtres. 
Parmi  les  assistants  règne  le  plus  vif  émoi,  à  la  vue  de  J.-C. 
dont  le  corps  disparaît  enveloppé  par  la  nue. 

Folio  174.  —  Lettre  D.  —  Dixit  Dominus  domino  meo. 
Néron  fait  décapiter  saint  Paul. 

Beaucoup  de  psaumes  commencent  par  des  let- 
trines de  moyenne  grandeur  qui  contiennent  des 
têtes  d'hommes,  de  femmes,  de  guerriers,  de  saints  ; 
et  dans  un  tout  autre  ordre  d'idées  des  têtes  d'ani- 
maux, d'oiseaux,  et  de  monstres  fantastiques.  Les 
plus  petites  lettrines  n'ont  qu'un  demi  centimètre 
carré. 

Les  encadrements  sont  d'un  pittoresque  et  d'une 
variété  vraiment  incroyable.  D'abord  ils  n'affectent 
aucune  forme  régulière,  si  j'en  excepte  toutefois 
les  miniatures  à  pleine  page.  Ils  sont  le  fruit  d'une 
imagination  fertile,  aimant  l'imprévu,  variant  et 
multipliant  les  lettrines,  les  exécutant  avec  un 
humour  intarissable  et  une  habileté  peu  commune. 
Dans  ces  mille  et  une  bagatelles,  si  je  puis  ainsi 
parler,  on  ne  se  heurte  pas  à  des  redites.  La  même 
idée  apparaîtra  vingt  fois  mais  toujours  sous  un 
aspect  nouveau. 

L'enlumineur  accroche  quelque  monstre  au  corps 
d'une  lettrine  ;  la  queue  prend  des  proportions 
considérables,  et  s'agrémente  à  son  tour  de  têtes 


—    390    — 

étranges.  Parfois  les  appendices  de  ces  bizarres 
lettrines  s'animent  d'une  vie  fantastique.  Ici,  c'est 
un  couple  amoureux  métamorphosé  en  monstres. 
Ils  n'ont  retenu  de  leur  précédent  état  qu'un  frais 
et  charmant  visage.  Là  le  diable  entre  en  scène, 
brandissant  son  croc  terrible,  à  la  recherche  d'une 
victime,  quœrens  quem  devoret! 

Dans  les  enroulements  des  lettrines  et  les  marges 
des  folios,  s'agite  tout  un  inonde,  empruntant 
son  existence  à  la  légende,  aux  circonstances  de 
la  vie  journalière,  aux  aventures  de  la  chasse, 
aux  hasards  de  la  guerre  et  surtout  à  la  fantaisie 
de  l'artiste,  toujours  féconde  en  invention  et  en 
caprices.  Ce  manuscrit  nous  offre  le  sincère  reflet, 
dans  sa  forme  minuscule  et  naïve,  de  la  vie  et  des 
conceptions  fabuleuses  de  la  seconde  moitié  du 
XIIIe  siècle. 

Joseph  Destrée. 
(A  suivre.) 


391     — 


LE  BOURREAU  DE  GAND 


II 

APPLICATION  DE  LA  TORTURE 

Le  bourreau  n'était  pas  seulement  chargé  de 
procéder  aux  exécutions  capitales  ;  c'était  encore 
à  lui  qu'incombait  la  mission  de  soumettre  les 
accusés  à  la  torture.  Aussi,  avions-nous  raison  de 
dire,  au  début  de  cette  étude,  qu'autrefois  l'office 
de  bourreau  était  loin  de  constituer  une  sinécure. 

L'accusé  qui  ne  voulait  pas  reconnaître  les  faits 
mis  à  sa  charge  et  entraînant  la  peine  capitale,  ou 
bien  qui  refusait  de  nommer  ses  complices,  devait 
inévitablement  subir  la  question  ou  la  torture.  Les 
supplices,  que  le  bourreau  lui  faisait  endurer,  se 
renouvelaient  plusieurs  fois  à  des  jours  ou  à  des 
semaines  d'intervalle  jusqu'à  ce  qu'enfin  le  patient, 
brisé  par  la  douleur  et  les  privations,  se  reconnût 
coupable  d'un  crime  qu'il  n'avait  peut-être  pas 

1  Suite.  Voir  Messager  des  Sciences  histor,,  3e  livr.,  1890,  p.  241, 


—    392    — 

commis.  Wielant,  dans  sa  Practijcke  Criminele,  dit 
à  cet  égard  : 

Want  dicwils  bevonden  es  datte  de  patienten,  uijt  despa- 
ratien  ende  uijt  pijnen,  liever  hebbende  te  sterven  dan  de 
pijne  te  verdragene,  gekent  hebben  't  gunt  dat  zij  noeijt 
gedaen  en  hebben. 

Il  est  vrai  que  l'accusé  ne  pouvait  être  soumis 
une  seconde  fois  à  la  torture  que  si  de  nouvelles 
présomptions  s'élevaient  contre  lui.  Mais  il  n'y 
avait  là  aucune  garantie  sérieuse  pour  l'accusé 
puisque  c'était  le  juge,  chargé  de  faire  appliquer 
la  torture,  qui  décidait  en  même  temps  du  point 
de  savoir  s'il  y  avait  de  nouvelles  présomptions  de 
culpabilité. 

C'était  encore  le  pouvoir  discrétionnaire  du  juge 
qui  décidait  si  les  faits,  mis  à  charge  de  l'inculpé, 
rentraient  dans  la  catégorie  de  ceux  pour  la 
preuve  desquels  l'application  de  la  torture  était 
requise.  Wielant  dit  à  ce  sujet  : 

Oft  de  inditien,  suspitien  oft  presumptien  suffisant  zijn 
oni  de  banck,  licht  naectelijk  inde  discretie  ende  de  con- 
sientie  vanden  juge,  ende  is  gheen  regele  noch  leeringe 
daerinne  gegeven. 

Nous  avons  déjà  vu  que  le  juge  criminel  avait 
une  latitude  absolue  dans  le  choix  des  supplices 
à  infliger  aux  malheureux,  condamnés  à  la  peine 
capitale  ou  à  une  peine  corporelle  quelconque.  La 
même  latitude  lui  était  laissée  dans  l'application 
de  la  torture.  Ce  pouvoir  nous  paraît  d'autant  plus 
exorbitant  aujourd'hui  que  bien  des  faits,  tombant 
sous  l'application  des  lois  pénales  de  ce  temps,  ne 


—    393    — 

sont  nullement  repréhensibles  à  nos  yeux.  Citons 
encore  le  criminaliste  gantois  : 

De  pijnen  ende  tormenten  worden  gedaen  met  coorden 
ende  men  vint  niet  in  redite  dat  rnen  se  anders  doen  mach, 
maer,  naer  de  costume,  worden  zij  diverselyck  gedaen,  niet 
alleenlijck  met  coorden,  maer  oock  met  watere,  met  azijue, 
met  viere  ende  andersins,  ter  ordinantie  vanden  juge,'  naer 
de  gelegentheijt  van  den  persoone  ende  qualiteijt  van  den 
persoone. 

Outre  les  enfants  en  dessous  de  quatorze  ans, 
les  fous  et  les  femmes  enceintes,  il  y  avait  encore 
certaines  personnes  qu'à  raison  des  fonctions  dont 
elles  étaient  revêtues  on  ne  soumettait  pas  à  la 
torture,  à  moins  toutefois  qu'il  ne  s'agît  du  crime 
de  lèse-majesté  et  de  haute  trahison.  Wielant 
énumère  ces  personnes  dans  le  chapitre  XL  de  sa 
Practijcke  Criminele. 

Les  citations,  que  nous  avons  empruntées  à  Phi- 
lippe Wielant,  sont  extraites  des  chapitres  XXXV, 
XXXVI,  XXXVII  et  XL  de  l'ouvrage  de  ce  savant 
criminaliste.  La  Société  des  bibliophiles  flamands 
confia  en  1872  à  M.  Aug.  Orts  le  soin  de  publier  le 
Practijcke  Criminele  de  Wielant. 

Même  en  cas  de  flagrant  délit,  ou  quand  les  faits 
étaient  clairement  démontrés  par  les  dépositions 
des  témoins,  on  soumettait  encore  l'accusé  à  la 
torture,  afin  d'obtenir  son  aveu.  C'est  ce  que  Josse 
Damhouder  écrit  au  chapitre  XXXVIII  de  son 
Practijcke  ende  handbouck  in  criminele  zaeken  : 

Zy  useren  in  vêle  plaetsen  in  Vlaenderen  den  patient  die 
by  oirconde  oft  andersints  duechdelicke  venvonnen  is,  soo 


—    394    — 

dickwylst  en  soo  langhe  te  pynene  ende  herpynene,  totdat 
hy  tstick  ghekent  heeft. 

Il  n'est  pas  question  ici,  comme  dans  Wielant, 
de  nouvelles  présomptions  à  apporter  pour  sou- 
mettre l'accusé  plusieurs  fois  à  la  torture. 


La  torture  était  infligée  au  condamné  par  le 
bourreau,  assisté  de  ses  aides,  en  présence  du 
grand-bailli  ou  de  son  délégué,  d'un  ou  de  plusieurs 
échevins  de  la  Retire  et  d'un  secrétaire.  La  coutume 
de  Gand,  à  l'article  5  de  la  rubrique  XI,  est  ainsi 
conçue  : 

Als  men  ter  banck  gaen  ende  torture  doen  wilt,  zo  ghe- 
schiet  't  zelve  ten  byzyne  van  den  hoochbailliu,  onderbailliu 
ende  van  den  collège  van  scepenen,  ten  minste  zevene,  met 
huerlieden  pensionarissen  ende  secretarissen  ende  zulcke 
dienaers  als  't  den  bailliu  belieft. 

Les  prescriptions  de  cet  article  5  n'étaient  pas 
suivies  dans  la  pratique.  Dans  la  chambre  de  tor- 
ture, in  den  Pijnkeldere,  se  trouvaient  ordinaire- 
ment, outre  le  bourreau  et  le  grand-bailli  ou  son 
délégué,  un  échevin  de  la  Heure  et  un  secrétaire. 
Quand  la  torture  était  appliquée  en  exécution  d'un 
arrêt  du  conseil  de  Flandre,  au  lieu  d'un  échevin 
de  la  Keure,  c'était  un  membre  de  ce  corps  judi- 
ciaire qui  était  présent  dans  le  Pijnkelder. 

Fort  peu  des  procès- verbaux,  tenus  par  les 
secrétaires   des   échevins   de   la    Keure    dans   la 


-     395     — 

chambre  de  torture,  sont  parvenus  jusqu'à  nous. 
On  en  trouve  quelques-uns,  antérieurs  au  dix-sep- 
tième siècle,  insérés  dans  le  criemboeck  en  même 
temps  que  le  jugement  de  condamnation.  Ceux, 
qui  ont  été  conservés  isolément  aux  archives  com- 
munales, sont  en  très  petit  nombre  et  ne  vont 
guère  que  de  1625  à  1711.  A-t-on  détruit  ou 
déplacé  les  autres,  c'est  ce  qu'il  est  impossible 
d'établir. 

Le  même  fait  se  produit,  d'ailleurs,  pour  les  pro- 
cès-verbaux tenus  par  les  secrétaires  du  Conseil  de 
Flandre.  Là  aussi  les  procès-verbaux  des  interro- 
gatoires des  inculpés,  soumis  à  la  torture,  sont  en 
fort  petit  nombre. 

Ces  quelques  procès-verbaux  nous  ont  donc  été 
de  peu  de  secours  pour  indiquer  les  diverses 
variétés  de  tourments  que  le  bonrreau  appliquait 
à  Gand  aux  accusés  qu'il  devait  soumettre  à  la 
torture . 

Il  est  presque  toujours  question  dans  ces  procès- 
verbaux  de  la  question  par  l'eau,  et  d'un  autre 
supplice  consistant  à  étendre  les  inculpés  sur  un 
chevalet,  à  leur  attacher  les  bras  sur  le  dos  et  à  y 
pendre  des  poids  en  fer. 

Voici  comment  ces  tortures  sont  décrites  som- 
mairement dans  l'interrogatoire  qu'on  faisait  subir 
à  l'accusé. 

Procès-verbal  du  15  octobre  1630  : 

Water  ghegoten  zynde  zoo  inden  mont  als  op  net  herte 
persisteert  als  voren. 

Voor  de  tweede  mael  zulck  noch  gedaen  zynde  ontkent 
als  voren. 


—    396    — 

De  derde  mael  waeter  ghegoten  zynde  ende  teecken 
ghedaen  liebbende  omme  te  sprecken  persisteert  als  boven. 

Procès-verbal  du  30  avril  16G4  : 

De  voornomde  Adriaen  de  Jode  ontcleedt  wesende  ende 
glieset  up  den  voornomde  drypickele  metten  ordinairen 
halsbant  aanden  hais  ende  syne  twee  beenen  opgliebonden 
aan  de  twee  pickels  van  den  voornomde  drypickele  oock 
liebbende  syne  ooglien  verblindt  met  eenen  snuytdoeck 
ende  een  hanghende  ghewichte  gebonden  aen  zyne  handen 
achter  op  synen  rugghe. 

Dans  un  procès-verbal  du  17  octobre  1630  le 
patient,  après  la  troisième  épreuve  par  l'eau,  se 
reconnaît  coupable.  Mais  peu  après  il  retracte 
ses  aveux  en  disant  que  c'est  la  douleur  qui  les  lui 
a  arrachés  «  heeft  ghekendt  door  de  pyne  zonder  te 
«  weten  ivat  hy  heeft  ghekendt.  »  On  le  soumet  à  une 
quatrième  application  de  cet  épouvantable  sup- 
plice et  vaincu  de  nouveau  par  la  douleur,  l'accusé 
se  reconnaît  une  seconde  fois  coupable. 

Et  c'était  sur  de  pareils  aveux,  à  tous  moments 
retractés,  que  dans  bien  des  cas  les  juges  criminels 
se  fondaient  pour  envoyer  les  accusés  au  dernier 
supplice. 

Dans  le  Practijcke  ende  handbouck  in  criminele 
zaeken  de  Josse  Damhouder  (édition  de  Louvain, 
1545),  se  trouve  une  gravure  sur  bois  représentant 
des  patients  soumis  à  la  question  de  l'eau.  Ils  sont 
liés  sur  un  banc  et  le  bourreau  leur  verse  de  la 
main  droite  de  l'eau  dans  la  bouche  tandis  que  de 
la  main  gauche  il  leur  tient  les  narines  fermées. 

En  général  on  plaçait  un  linge  mouillé  sur  la 


—    397     — 

figure  da  patient.  Ce  linge  l'empêchait  de  respirer 
par  les  narines  et  laissait  couler  l'eau  dans  la 
bouche.  L'eau  se  remplaçait  parfois  par  de  l'huile 
ou  du  vinaigre. 

On  y  voit  également  une  gravure  représentant 
l'accusé  attaché,  par  les  mains  et  par  les  pieds, 
à  des  anneaux  fixés  dans  la  muraille  et  le  corps 
suspendu.  Il  a  les  jambes,  les  cuisses,  la  poitrine 
et  la  tête  entourées  de  cordes  à  nœuds  que  le  bour- 
reau tord,  au  moyen  d'un  bâton,  de  façon  à  les 
faire  entrer  dans  les  chairs  du  patient.  Ce  supplice 
par  la  corde  à  nœuds  était  connu  sous  le  nom  de 
den  Patemoster,  le  chapelet. 


Outre  les  échevins  de  la  Heure  ou  les  membres 
du  conseil  de  Flandre,  le  grand-bailli,  le  secrétaire 
et  le  bourreau,  un  médecin  assistait  également  à 
l'application  de  la  torture.  Ce  médecin  était  chargé 
de  veiller  à  ce  que  le  bourreau  ne  mit  pas  la  vie  du 
patient  en  danger.  Il  devait  aussi  panser  immé- 
diatement les  blessures  dans  le  cas  où  celles-ci 
auraient  été  de  nature  à  mettre  l'accusé  en  danger 
de  mort.  Si  l'excès  de  la  douleur  faisait  perdre 
connaissance  au  patient,  que  torturait  le  bourreau, 
le  médecin  lui  administrait  un  cordial  pour  le 
remettre.  Une  fois  revenu  à  lui,  le  malheureux 
était  de  nouveau  livré  au  bourreau  qui  continuait 
sur  son  corps  sa  sinistre  besogne. 

Quand  le  patient,  le  corps  gonflé  d'eau  ou  cou- 
vert de  blessures,  sortait  des  mains  de  l'exécuteur 
des  hautes-œuvres,  il  était  reconduit  en  prison.  Le 


—    398    — 

médecin,  qui  avait  assisté  à  l'application  de  la 
torture,  venait  soigner  l'accusé  et  le  guérir  de  ses 
blessures  ou  tout  au  moins  remettre  celui-ci  sur 
pied  de  façon  qu'il  fût  en  état  de  supporter  une 
seconde  fois  et  plus  les  atrocités  nécessitées  par 
l'instruction  de  la  cause. 

Dans  les  comptes  de  dépenses  de  la  prison 
du  Chastelette  (archives  communales,  portefeuille 
119bis,  n°  1)  figurent  les  états  d'honoraires  et  de 
débours,  payés  aux  médecins-chirurgiens  chargés 
de  soigner  les  accusés  qui  avaient  été  soumis  à 
la  torture.  Voici,  à  titre  de  curiosité,  quelques 
articles  de  l'état  présenté  par  maître  Jean  d'Hondt 
pour  soins  donnés,  pendant  les  années  1613,  1614 
et  1615,  à  des  accusés  qui  avaient  passé,  dans  le 
Pijnkelder,  entre  les  mains  d'Abraham  Balthazar, 
exécuteur  des  hautes-œuvres  de  la  ville  de  G  and  : 

Specificatie  vande  gequetste  die  ic  Meester  Jan  D'hont 
ghecureert  hebbe  inde  vanghenesse  van  de  Chastelette 
deser  stede  glieduerende  den  tydt  van  ontrent  twee  jaeren 
beghinnende  anno  1613  metgaders  van  aile  de  medicanien- 
ten  by  my  daertoe  ghelevert.- 

Den  25  november  1613  hebbe  ic  noeh  ghemeestert  Jan  Hans 
van  de  quetsueren  by  hem  up  den  pynbanck  ghecreghen  in 
twaelf  diveersche  partyen  van  syn  lichaeui  ende  daertoe 
ghevacheert  den  tydt  van  vyf  weken  metgaders  ghelevert 
aile  de  medicamenten  daertoe  van  noode  xxxix  se.  gr. 

Den  14  der  selve  maent  july  1614  hebbe  ghecureert  Jan 
de  Ruysschere  vande  quetsuren  by  hem  van  ghelycken  up 
de  pynbanck  in  thien  partyen  ghecreghen  ende  hebbe  hem 
ghefrequenteert  den  tydt  van  eene  maendt  ende  de  bequaeme 
medicamente  daertoe  ghelevert  xxxiiii  se.  gr. 

Item  van  de  6  may  1615  voorts  den  tydt  van  veerthien 


—    309    — 

daghen  gheoccupeert  int  meesteren  ende  ghenesen  van 
quetsueren  by  Lieven  Bollaert  up  den  pynbanck  in  vier 
plaetsen  gliecreghen  ende  daertoe  gliolevert  de  bequaeme 
medicamenten  xiiii  se.  gr. 

Item  den  22  jnny  noch  in  handen  ghehadt  ende  ghecu- 
reert  binnen  den  tydt  van  veertien  daghen  den  selve  Lieven 
Bollaert  vande  quetsueren  by  hem  in  elf  plaetsen  up  den 
pynbanck  gliecreghen  ende  daertoe  ghelevert  de  noodelycke 
medicamenten  xiiii  se.  gr. 

Ten  selve  daghehebbeienoch  in  handen  ghehadt  Johanne 
Vauquet  ende  haer  ghenesen  vande  quetsueren  by  haer  up 
de  pynbanck  in  elf  plaetsen  gliecreghen  ende  daertoe  ghele- 
vert de  noodtsaeckelycke  medicamenten  hope  haer  teene- 
maele  te  ghenesen  binnen  twaelf  daghen  comt  xii  se.  gr. 

Ces  blessures  provenaient  ordinairement  soit 
des  coups  de  verges  ou  de  lanières  en  cuir,  soit  de 
la  pression  du  Paternostèr,  soit  des  entailles  faites 
dans  la  chair  avec  des  pinces  en  fer,  soit  du  collier 
à  pointes  mis  autour  du  cou. 

Le  bourreau,  Abraham  Balthazar,  en  fonctions 
à  cette  époque,  n'y  allait  pas  de  main  morte.  Nous 
voyons  en  effet  par  les  articles  du  compte,  cités 
plus  haut,  que  ces  malheureux,  sur  le  corps  des- 
quels il  s'était  livré  à  son  épouvantable  besogne, 
devaient  souvent  recevoir  pendant  plusieurs 
semaines  les  soins  du  médecin-chirurgien. 

Les  deux  articles  de  ce  compte,  relatifs  au  trai- 
tement d'un  certain  Liévin  Bollaert,  nous  four- 
nissent l'exemple  d'un  accusé  soumis  plusieurs  fois 
à  la  torture.  Le  6  mai  1615  il  fut  confié  une  pre- 
mière fois  aux  «  bons  soins  »  de  maître  Abraham 
Balthazar.  Quand  les  blessures  furent  jugées  suffi- 


—    400    — 

samment  guéries,  il  fut  soumis  le  22  juin  suivant 
une  seconde  fois  à  la  torture.  Il  reçut  alors  onze 
blessures  pour  lesquelles  le  médecin-chirurgien 
D'Hondt  le  soigna  pendant  quinze  jours. 

Le  praticien  D'Hondt  n'était  pas  seulement 
chargé  de  traiter  les  accusés,  que  le  bourreau 
Abraham  Balthazar  avait  soumis  à  la  torture,  il  * 
devait  également  soigner  tous  les  prisonniers  du 
Chastelette,  malades  et  blessés.  Dans  l'état  des 
honoraires  et  débours,  que  nous  venons  de  citer, 
se  trouve  un  article  qui  nous  montre  de  quelle 
façon  barbare  on  traitait  les  gens,  innocents  ou 
coupables,  qui  tombaient  entre  les  mains  de  la 
justice. 

Il  s'agit  dans  cet  article  d'un  certain  Jan 
Symoens,  blessé  aux  pieds  et  aux  mains  par  les 
cordes  dont  on  l'avait  entouré  pour  le  conduire  à 
la  prison  du  Chastelette  : 

Den  25  november  1613  hebbe  icke  ghecureert  Jan  Sy- 
moens, den  welcke  alsdoen  alhier  in  stede  ghebrocht  ende 
ghecoort  ende  ghebonden  in  vanghenesse  vande  voor- 
noemde  Chastelette  gherecommandeert  wierdt  ende  deur 
de  groote  forse  van  tbinden  vande  selve  coorden  in  handen 
ende  voeten  ghequetst  was  hebbende  daartoe  gbevachiert 
den  tydt  van  vyf  daghen,  ende  medecamenten  daertoe  be- 
hoefvende  gelevert,  comt  v  se.  gr. 

Dans  deux  comptes,  présentés  aux  échevins  de 
la  Keure  par  le  bourreau  Jean  Franck ,  nous  avons 
rencontré  des  indications  très  précieuses  sur  le 
temps  que  durait  parfois  la  mise  à  la  torture. 

Un  certain  Pieter  van  Hoye  fut,  en  1711,  sou- 


—    401     — 

mis  à  la  question  depuis  cinq  heures  de  l'après- 
midi  jusqu'à  quatre  heures  du  matin.  Il  y  eut 
probablement  des  intervalles,  pendant  lesquels  les 
juges  procédaient  à  l'interrogatoire  de  van  Hoye 
et  à  la  rédaction  du  procès-verbal.  Il  est  en  effet 
impossible  qu'une  créature  humaine  eut  pu  sup- 
porter pendant  onze  heures  consécutives,  sans 
succomber,  les  tourments  qu'on  faisait  endurer 
aux  accusés  qui  étaient  «  inde  torture  ghestelt.  » 
Voici,  pris  au  hasard,  trois  articles  de  ces 
comptes  : 

Item  clen  26  maerte  1699  inde  torture  gestelt  savonts  ten 
negen  uren  tôt  ten  een  uren  den  persoon  van  Helena  Maria 
van  Hele,  compt  £  0-3-4. 

Item  den  24  september  1700  inde  torture  ghestelt  tsa- 
vons  ten  neghen  uren  ende  gheseten  tôt  smorghens  ten  vier 
uren  den  persoon  van  Jacobus  Bruijn,  compt  £  0-3-4. 

Item  den  9  maerte  1711  Pieter  van  Hoye  inde  torture 
ghestelt  van  savons  ten  vyf  uren  tôt  smorgens  ten  vier 
uren,  compt  £  0-5-0. 

Les  articles,  que  nous  venons  de  citer,  se  rap- 
portent à  des  cas  où  la  torture  était  appliquée 
pendant  la  nuit. 

Il  y  avait  à  Gand  trois  endroits,  Pijnkelders,  où 
l'on  soumettait  les  accusés  à  la  torture  :  l'hôtel  de 
ville,  le  château  des  comtes  et  la  prison  du  Chas- 
telette. 

Au  mois  de  novembre  1631  les  membres  du 
Conseil  privé  firent  aux  échevins  des  observations 
au  sujet  de  cette  chambre  de  torture  de  l'hôtel  de 
ville.  Le  Conseil  privé  demanda  au  Magistrat  de 


—    402     — 

Gancl  pourquoi  celui-ci  ne  continuait  pas,  comme 
par  le  passé,  à  se  servir  de  la  chambre  de  torture 
du  château  des  comtes  où  siégeait  le  Conseil  de 
Flandre.  Ces  observations  furent  présentées  à  l'oc- 
casion de  la  mise  à  la  torture  de  Joacliim  Pyn, 
poursuivi  du  chef  de  trahison. 

Ce  Joachim  Pyn,  qu'on  désigne  aussi  sous  le  nom 
de  Josse  Pyn,  fut  exécuté  au  marché  du  Vendredi 
après  que  le  bourreau  lui  eut  coupé  le  poing.  Sa 
tête  fut  placée  sur  une  tige  en  fer  fixée  dans  un 
bastion,  appelé  le  Begghijnen  Turre,  près  du  Rabot. 
Ce  bastion,  depuis  nommé  Joos  Pynshoofd,  fut 
démoli  en  1811. 

Les  échevins,  par  lettre  du  10  novembre  1631, 
répondirent  que  de  tous  temps  la  ville  de  Gand 
avait  eu  une  chambre  de  torture  à  la  maison  com- 
munale. Ils  terminent  ainsi  leur  réponse  : 

...  oultre  qu'entendons  que  noz  prédécesseurs  en  loy  de 
tous  temps  immémoriaulx  se  sont  serviz  d'un  banc  de  tor- 
ture en  la  maison  eschevinale  de  ceste  ville  en  certain  lieu 
qui  pour  le  présent  encore  se  nomme  la  cave  de  torture 
qu'avons  faict  accommoder  pour  y  appliquer  à  la  question 
les  déliquans  ainsy  qu'en  usent  toutes  aultres  villes  et  chas- 
tellenies  subalternes  de  ceste  province  et  mesmes  tous  sei- 
gneurs ayans  liaul te  justice  si  comme  par  exemple  en  ceste 
ville  ceulx  du  Vieubourg  et  sainct  Pierre  ausquels  saubz 
correction  ne  debvons  céder  ains  plustost  estre  préférez  en 
authoritê  et  faict  de  justice  pour  estre  magistrat  d'une 
cliiefve  ville  représentant  le  premier  collège  des  estats  de 
ceste  province,  et  comme  ne  pouvons  bonnement  com- 
prendre les  raisons  qui  peuvent  avoir  meu  nos  devanciers 
de  quicter  leur  ancliien  lieu  de  torture  et  suivre  celuy  du 


-    403    — 

dict  chasteau  parmy  tant  d'jnconimoditez  et  distance  des 
lieux  en  temps  de  pluyc  et  orage  oultre  plusieurs  aultres 
jnconvéniens  que  ce  changement  leur  a  apporté  et  à  tous 
leurs  successeurs  et  qu'jl  n'apperrera  qu'  jcelluy  ait  esté 
iutroduict  par  quelque  juste  raison  de  forfaicture  ou  aultre 
supplions  vos  sries  qu'en  levant  l'jnhibition  portée  au  dernier 
membre  de  ladicte  lettre,  nous  soit  consente  en  tant  que 
besoin  est  d'avoir  une  place,  lieu  et  banc  de  torture  pour 
y  applicquer  toute  sorte  de  délinquans  qu'à  ce  par  nous 
seront  condamnez.  Et  moyennant  ce  finissant  la  présente 
par  noz  humbles  recommandations  aux  bonnes  grâces  de 
vos  srie",  prions  Dieu. 

Messeigneurs  Vous  donner  en  santé  longue  et  heureuse 
vie.  De  Gand  le  xe  novembre  1631. 
De  vos  sries 

Très  humbles  serviteurs 

Les  Eschevins  et  conseil  de  la  ville  de  Gand, 

A.  Van  Luythem. 

La  lettre  du  conseil  privé  se  trouve  aux  archives 
communales  série  102,  n°  5,  Decreten,  Adverten- 
tien  et  la  réponse  des  échevins  série  3  n°  15, 
Geschreven  Brieven . 

Où  se  trouvait  le  Pijnkelder  de  l'hôtel  de  ville? 
La  tradition  le  place  dans  la  cave,  située  sous  la 
salle  où  se  réunissent  actuellement  les  commis- 
sions. On  entrait  dans  cette  cave  par  un  réduit 
donnant  sur  la  cour  intérieure  de  l'hôtel  de  ville. 

Dans  ce  réduit  existe  un  escalier  de  douze 
marches  aboutissant  à  un  couloir.  A  l'extrémité 
de  ce  couloir  se  trouve,  de  chaque  côté,  une  petite 
salle  voûtée  clans  laquelle  on  descend  par  trois 
marches.  On  y  enfermait  probablement  les  accusés 
avant  de  les  conduire  dans  le  Pijnkelder. 


—    404    - 

Des  lieux  d'aisance  étaient  établis  dans  l'une  de 
ces  salles;  dans  l'autre  il  y  avait  une  cheminée 
avec  un  gril  en  fer.  Dans  cette  seconde  salle  était 
pratiquée  une  ouverture,  munie  d'épais  barreaux, 
donnant  sur  le  réduit  qui  servait  d'entrée. 

Sur  les  murs  de  chacune  de  ces  espèces  de  salles 
d'attente,  les  prisonniers  avaient  gravé  des  ins- 
criptions et  des  dessins  de  toutes  sortes  dont  quel- 
ques-uns se  distinguent  par  leur  obscénité. 

Au  bout  de  ce  couloir  on  descend  encore  sept 
marches  et  on  arrive  dans  la  cave  connue  sous  le 
nom  de  Pijnkelder.  Cette  cave  a  une  superficie  de 
huit  mètres  sur  quatre.  Dans  trois  des  quatre  coins 
on  voit  des  élévations  en  maçonnerie,  pouvant 
servir  de  sièges.  Au-dessus  de  ces  espèces  de  sièges 
on  remarque  encore  dans  la  muraille  les  débris 
des  anneaux  ou  des  crochets  auxquels  on  fixait  les 
liens,  servant  à  attacher  les  accusés  pendant  qu'on 
procédait  à  leur  interrogatoire. 

L'expression  «  de  tous  temps  immémoriaulx,  » 
dont  les  échevins  se  servent  en  1631,  vient  égale- 
ment confirmer  l'opinion  que  cette  cave  est  le  Pijn- 
kelder  ou  «  cave  de  torture  »  qui  fait  l'objet  de  la 
correspondance  que  nous  avons  citée  plus  haut. 
Cette  cave,  en  effet,  appartient  à  la  partie  la  plus 
ancienne  de  l'hôtel  de  ville  et  est  de  beaucoup 
antérieure  aux  constructions  qui  la  surmontent. 

Nous  ignorons  si  le  Pijnkelder,  de  l'hôtel  de  ville 
fut  maintenu.  Dans  les  procès-verbaux  on  se 
borne  à  dire  actum  in  den  Pijnkelder  sans  indiquer 
de  quelle  chambre  de  torture  il  est  question. 


—    405    — 

Une  nouvelle  chambre  de  torture  fut  construite; 
clans  le  château  des  comtes  peu  après  la  publica- 
tion de  l'ordonnance  sur  le  crime  de  lèse-majesté 
Voici  à  quelle  occasion. 

Par  son  ordonnance  du  30  avril  1545,  l'em- 
pereur Charles-Quint,  dans  le  but  d'arriver  plus 
promptement  et  plus  facilement  à  «  l'extirpation 
«  de  la  mauldicte  secte  luthérienne  et  aultres  sem- 
«  blables  répugnantes  à  notre  saincte  foy,  »  donna 
aux  échevins  de  la  ville  de  Gand  «  la  cognoissance 
«  du  crime  de  lèse-majesté  divine  et  procéder 
«  contre  les  transgressions  de  nos  ordonnances 
«  publiées  pour  la  conservation  de  nostre  saincte 
«  religion.  » 

C'est  à  la  suite  de  cette  ordonnance  que  les 
échevins  de  la  Keure,  s'attendant  à  un  surcroît  de 
besogne,  firent  construire  aux  frais  de  la  ville  une 
nouvelle  chambre  de  torture  dans  le  château  des 
comtes. 

La  manière  dont  ce  local  était  construit  est 
décrite  dans  le  registre  k.  k.  folio  324ro  sous  le 
titre  de  «  De  manière  hoe  men  den  nieuwen  pijn- 
«  keldere  maken  zonde  in  sgravensteen.  »  La 
chambre  de  torture  avait  quatorze  pieds  carrés. 
Sa  hauteur  était  de  vingt  pieds.  On  y  arrivait  par 
un  couloir  ou  portail  de  douze  pieds  de  longueur 
et  de  six  pieds  de  largeur.  Il  y  avait  aussi  un  petit 
réduit  dans  lequel  probablement  on  enfermait 
l'accusé  avant  de  l'introduire  dans  le  Pijnkelder. 

Au  milieu  du  Pijnkelder  se  trouvait,  sous  le  banc 
de  torture,  une  rigole  en  pierre  dans  laquelle  on 
laissait  couler  l'eau  dont  on   s'était  servi  pour 


—    406     — 

mettre  le  patient  à  la  question  ou  pour  enlever  le 
sang  qui  couvrait  le  parquet. 

Daar  moet  ooc  in  clen  prjnkelder  daar  de  banck  staen  sal 
een  gote  ligghen  van  witte  gotesteenen  twee  voeten  lanc 
ende  thende  van  dien  eenen  put  ghedolven  ende  ghemetst 
dry  voeten  diepen  ende  vier  voeten  vierkant  omme  twaeter 
inné  te  sueren. 

La  construction  de  ce  Pijnkelder,  qui  fut  inau- 
gurée par  le  Scherprechter ,  maître  Mathias  du 
Mont,  coûta  quarante  livres  de  gros.  Nous  igno- 
rons dans  quelle  partie  du  château  des  comtes  il 
était  situé. 

Pendant  les  troubles  religieux  du  seizième 
siècle,  il  arrivait  aussi  que  des  personnes,  accusées 
du  crime  d'hérésie,  fussent  enfermées  à  la  cita- 
delle que  Charles-Quint  avait  fait  construire  sur 
l'emplacement  de  l'abbaye  de  Saint-Bavon,  dé- 
molie par  son  ordre  en  1540. 

Dans  cette  citadelle  il  y  avait  un  Pijnkelder 
où  l'on  soumettait  les  prisonniers  à  la  question. 
Marcus  van  Vaernewyck,  dans  le  troisième  livre 
de  ses  Beroerlicke  Tijden,  rapporte  qu'on  y  emmena 
le  4  septembre  1566  six  prisonniers  auxquels  le 
bourreau  de  Gand,  maître  Jean  du  Mont,  fit  subir 
la  torture. 

Voici  comment  ce  fait  est  raconté  par  l'historien 
gantois  : 

Up  den  zelven  dach,  ooc  naar  noene  was  den  hoogbaliu 
int  nieuw  casteel  ghereden  ende  schepenen  vander  Keure, 


—     407     — 

metghaders  de  secretarisscn  ende  den  scheerprechter  ghyn- 
ghen  ooc  daar,  maar  up  verscheeden  tijden  endc  bij  par- 
tijen,om  dat  men  te  min  up  letton  zoude;  maar  tvolc  creech 
de  spuere  ende  quamen  hooren  ende  zien  wat  daar  te  doen 
was;  want  sy  presumeerde  dat  men  ter  scheerpe  exame 
ghijnck  ende  zeker  ghevangenen  ter  tortuere  oft  pijne 
brachte,  te  weten  eenige  vande  voornoemde  zesse,  die  daar 
in  ghevanghen  gheleet  waren. 

Une  autre  indication,  que  nous  fournissent  les 
comptes  du  bourreau  Jean  Franck,  cités  plus  haut, 
c'est  qu'on  appliquait  également  la  torture  clans 
le  local  où  siégeait  la  Cour  de  la  Prévôté,  het  gees- 
telijk  hof.  Ce  local  était  situé  dans  la  rue  du  Bas- 
Escaut. 

Item  den  28  february  1711  tanneken  de  Smet  ter  torture 
ghestelt  van  s'avonts  ten  acht  uren  tôt  smorgens  ten  twee 
uren  gedaen  ten  geestelycken  hove,  comt  £  0-5-0. 

Cette  tanneken  de  Smet  était,  sans  doute,  pour- 
suivie pour  crime  de  sorcellerie  et  soumise  de  ce 
chef  à  la  juridiction  de  la  Cour  de  la  Prévôté. 

Contrairement  à  Y  usage,  on  a  désigné  ici  l'en- 
droit, gedaen  ten  geestelijchen  hove,  où  la  torture 
fut  appliquée.  Nous  croyons  que  cette  désignation 
a  été  ajoutée  parce  que  la  Prévôté  devait  rem- 
bourser à  la  ville  de  Gand  les  sommes  payées  au 
bourreau,  mettant  à  la  torture  les  accusés  compa- 
raissant devant  ce  tribunal  ecclésiastique. 

La  prison  du  Sausselet  ou  Chastelette,  dons  nous 
avons  parlé  tantôt,  fut  construite  en  1296  en  rem- 
placement d'une  autre  située  rue  Haut-Port.  Elle 
fut  démolie  en  1528  et  sur  son  emplacement  on 


—    408    — 

construisit  une  nouvelle  prison  ayant  quatre-vingt 
pieds  de  largeur  sur  quarante  de  profondeur. 

En  1716  la  prison  du  Chastelette,  qui  était  une 
propriété  de  l'État,  fut  vendue  à  la  ville  de  Gand 
pour  la  somme  de  neuf  mille  florins.  Le  Sansselet 
fut  abattu  et  remplacé  par  le  bâtiment  qui  s'y 
trouve  encore  aujourd'hui.  C'est  dans  ce  bâtiment, 
nommé  Pakhuis,  qu'on  établit  les  bureaux  pour 
la  perception  des  impôts  communaux  ' . 

Depuis  171 G  la  torture  fut  toujours  appliquée* 
dans  le  Pijnkelder  du  château  des  Comtes.  Il  est 
possible    qu'on   l'appliqua  encore    dans  une   des' 
caves  de  l'hôtel  de  ville,  mais  nous  n'avons  aucune 
donnée  précise  à  cet  égard. 


Malgré  la  présence  du  médecin-chirurgien,  qui 
devait  veiller  à  ce  que  l'exécuteur  des  hautes 
œuvres  ne  mit  pas  en  danger  la  vie  de  l'accusé 
soumis  à  la  torture,  il  arrivait  parfois  que  des 
patients  succombassent  aux  tourments  qu'on  leur 
avait  fait  endurer. 

Le  Memorieboek  der  stad  Gendt  cite  le  cas  d'un 
individu  qui  mourut  en  1585  des  suites  de  la  tor- 
ture. Il  s'agit  d'un  certain  Michiel  Asaert,  accusé 
d'avoir  assassiné  une  femme  qui  demeurait  en  face 
de  sa  maison.  Cette  femme  avait  été  en  réalité 
tuée  par  le  fils  de  Asaert. 

Michel  Asaert  fut  soumis  plusieurs  fois  à  la 
question,  ghetortureert ,   in   de  poleye  gelianghen 

1  Pages  d'histoire  locale  gantoise,  —  Troisième  série. 


—    409    — 

ende  ghegeesselt,  à  tel  point  qu'il  ne  ressemblait 
plus  à  une  créature  vivante,  zoo  dat  tusschen  de 
doot  ende  hem  niet  en  icas.  Cette  victime  des  actes 
de  violence,  exercés  sur  son  corps  par  le  bour- 
reau Hubert  Baens,  mourut  au  château  des  comtes 
deux  jours  après  avoir  subi  la  torture  pour  la  der- 
nière fois. 

Le  véritable  assassin,  le  fils  Frans  Asaert,  fut 
brûlé  vif  quelques  jours  plus  tard. 

La  même  année  1585  nous  voyons  appliquer  à 
G  and  un  genre  de  torture  des  plus  épouvantables 
et  qu'on  n'avait  jamais  pratiqué  jusque  là.  On 
empêcha  de  dormir,  pendant  huit  jours  consécu- 
tifs, un  individu  accusé  de  complicité  de  meurtre. 

Maître  Hubert  Baens,  exécuteur  des  hautes- 
œuvres,  lui  mit  au  cou  un  collier  ou  carcan  avec 
des  pointes  en  fer.  Ces  pointes  entraient  dans 
la  chair  du  prisonnier  au  moindre  mouvement  et 
l'empêchaient  naturellement  de  se  livrer  au  som- 
meil. Au  bout  de  huit  jours  de  ce  supplice  intolé- 
rable, ce  malheureux,  qu'on  avait  surveillé  tout  le 
temps,  fut  relâché.    . 

Cet  événement  dut  causer  une  certaine  émotion 
à  cette  époque,  car  il  est  relaté  comme  suit  dans 
le  Memorieboek  de  l'année  1586  : 

Item,  in  de  maendt  apiïl  1586  was  op  de  heerlicheyt  van 
Nevele  verbrant  eenen  jonghman  die  in  't  jaer  1582  sijn 
eyghen  oom  vermoort  hadde  ende  corts  daernaer  was  zync 
complice  (zoo  men  zeyde)  genaempt  Adriaen  Ronsse,  daer 
omme  ter  scherper  torture  ghebrocht,  maer  en  kende  niet; 
ende  zekeren  tijt  daer  naer  wiert  hy  met  eenen  yseren  hals- 
bant  met  yseren  pinnen  die  in  dcn  hais  staken,  aclit  daghen 

28 


—    410     — 

lanck  in  een  camerken  achter  in  de  vanghenesse  van 
't  Gravencasteel  daer  hy  zat,  ende  stont  de  voornoemde 
acht  daglien  lanck  zonder  slapen;  want  hy  aile  nachten 
ende  daghen  versch  volck  hadde  die  hem  waecten,  ende  niet 
en  lieten  slapen  ende  op  den  selven  vrijdach  naer  noene, 
wiert  hy  liber  ende  los  ontsleghen;  insglielijcx  is  noynt 
ghesien  gheweest. 

Quand  l'accusé,  soumis  à  la  torture,  s'évanouis- 
sait ou  tout  au  moins  commençait  à  perdre  ses 
forces,  on  lui  faisait  prendre  un  cordial  pour  le 
ranimer.  Ce  cordial  consistait  le  plus  souvent  en 
quelques  gorgées  de  vin  chaud.  Les  magistrats  et 
les  médecins,  qui  assistaient  aux  opérations,  pro- 
fitaient de  l'occasion  pour  prendre  également  un 
verre  de  vin.  Quant  au  bourreau  et  à  ses  aides,  ils 
devaient  se  contenter  d'une  modeste  cruche  de 
bière.  On  servait  également  un  repas  à  ceux-ci 
quand  ils  passaient  une  partie  de  la  journée  à 
remplir  leurs  fonctions  dans  le  Pijnkelder. 

Nous  n'avons  pas  trouvé  d'état  détaillé  de  ces 
dépenses  pour  vin,  bière  et  victuailles  dans  les 
comptes  de  la  ville  de  Gand  ou  dans  les  pièces 
justificatives  du  trésorier.  Ces  dépenses  figuraient 
en  un  seul  poste  dans  les  frais  de  justice.  Mais 
nous  avons  vu  un  état  de  débours  de  cette  espèce, 
faits  en  1746  par  le  concierge  de  l'hôtel-de- ville 
de  Bruges  où  se  trouvait  la  chambre  de  torture  '. 

Cet  état  est  assez  curieux,  par  les  détails  qu'il 
renferme,  pour  être  donné  en  entier.  Il  nous  montre 

1  Ce  document  appartient  à  la  Bibliothèque  de  la  ville  et  de 
l'Université  de  Gand, 


—    411     — 

un  des  aspects  cle  la  vie  judiciaire  d'autrefois  qu'il 
est  bon  de  rappeler. 

Ghelevert  bij  Jacques  Gadeijne  coneliiergc  van  het 
stadthuijs  van  Brugge  by  ordre  van  dheer  ende 
meester  maerten  Willems  greffier  crimineel  der 
selve  stadt  soo  int  doen  van  torture  als  justitie 
soo  volght. 

Alvooren  den  21 en  maerte  1740  synde  torture  ghelevert 
een  bottel  wàrme  wyn  voor  den  patient    .    0  »      3  »       G 

eod.  twee  bottels  bourgogne  wyn  voor 
den  selven  heer  ende  de  doctoors.     ...    0  »     1 1  »      8 

voor  den  scherpreghter  en  s'  heerens 
dienaers  seven  stoopen  bier 0  »      4  »       8 

voor  heure  van  bedde  en  sarge.    ...    0  »     10  »      0 

voor  het  ontbyt  van  den  patient  en 
s'  heerens  dienaers  met  leveringe  van  ses 
cannen  bier 0  »       6  »       0 

voor  het  middaghs  en  avontmael  van  de 
selve  met  leveringhe  van  bier 0  »     15  »     10 

den  22e  torture  alsvooren  een  bottel 
warme  wyn 0  »      3  »      6 

twee  bottels  bourgogne  wyn  voor  de  doc- 
toors     0  »     11  »      8 

ses  stoop  bier  voor  de  dienaers.    ...    0  »      4  »      0 

voor  bedde  en  sarge 0  »       4  »      0 

voor  ontbyt  van  den  patient  ende  sheeren 
dienaers  met  bier 0  »      4  »      0 

voor  het  noen  en  avontmael  van  de  selve 
met  bier 0  »     17  »      4 

24en  int  prepareeren  vande  torture  een 
pinte  wyn  voor  den  patient  en  seven  stoop 
bier  voor  de  dienaars 0»       5  »     10 

een  bottel  bourgogne  wyn  en  caffée  .    .    0  »      7  »     10 


—    412    — 

29en  dito  int  preparéren  vande  torture 
een  pinte  wyn  voor  den  patient  en  dry 
stoopen  bier  voor  de  dienaeren    ....    0  »       3  »      2 

eod.  dry  bottels  bourgogne  voor  myn- 
heer  den  burgm.  Delacoste  den  heer  greffier 
ende  doctoors 0  »     17  »       6 

tse"    .    .    Lb.    6  »     10  »      6 

L'ordonnance  de  paiement,  signée  par  J.  van 
Zuylen  van  Nyevelt,  J.  J.  Pardo  et  de  Trenicourt, 
porte  la  date  du  28  septembre  1746. 

Ce  compte  nous  apprend  que  le  patient,  avant 
d'être  soumis  à  la  torture,  recevait  une  pinte  de 
vin.  Quant  aux  autorités  judiciaires  et  aux  mé- 
decins, ils  avaient  une  préférence  marquée  pour  le 
vin  de  Bourgogne. 

On  voit  encore  par  ce  compte  que  dans  la 
chambre  de  torture  il  y  avait  un  lit  (peclde  en  sargè) 
sur  lequel  on  faisait  reposer  le  patient  quand, 
vaincu  par  la  douleur,  ses  forces  commençaient  à 
l'abandonner.  C'était  également  sur  ce  lit  qu'on 
déposait  l'accusé  quand  on  suspendait  un  instant 
les  tourments  pour  lui  faire  subir  un  nouvel  inter- 
rogatoire. Aussi  clans  les  actes  de  procédure  crimi- 
nelle en  France  trouve-t-on  souvent  les  expres- 
sions :  «  Mis  sur  le  matelas,  l'accusé  réitère  son 
aveu,,  ou  retracte,  etc.  » 

Le  bourreau,  dont  il  est  question  dans  l'état 
présenté  par  le  concierge  de  l'hôtel  de  ville  de 
Bruges,  est  ce  Frans  Boitquin  dont  nous  avons 
parlé  au  chapitre  précédent. 


—    413    — 

Dans  le  premier  fascicule  de  ses  Mélanges  sur 
la  ville  d'Ypres,  M.  l'archiviste  Diegerick  donne 
plusieurs  extraits  du  compte  de  1606,  rensei- 
gnant les  sommes  payées  pour  le  Bourgogne, 
le  Bordeaux,,  le  vin  blanc  et  la  bière  anglaise, 
consommés  par  les  échevins  durant  la  mise  à  la 
torture  d'une  certaine  Prontkgen  de  Witte,  accusée 
du  crime  de  sorcellerie.  Voici  deux  articles  de  ce 
compte  : 

Betaelt  Guillaume  de  Smet,  schepene,  in  remboursement 
van  x  lb.  xviiij  s.  by  hem  verschoten,  van  vier  stoopen  rooden 
wyn  gehaelt  ten  huze  van  Jan  Robaeis,  metsgaders  xxvj  s. 
van  twee  ponden  castaignen  met  twee  stoopen  engels  bier 
ghehaelt  te  Pter  Hugues  ghedurende  t' examen  van  Prontk- 
gen de  Witte  xij  lb.  iiij  s. 

•  Gherembourseert  Mter  Roelant  Carpentier,  greffier  ende 
pensionnaris  dezer  stede,  van  vier  stoopen  witten  most  te 
x  1.  vj  s.  par.  den  stoop,  op  zynen  namen  ghehaelt  int  Pauw- 
ken,  mitgaders  vier  stoopen  rooden  wyn  ende  eenen  stoop 
inghels  bier  in  St-Omaers,  ten  verzoucke  van  myne  heeren 
Yoogbt  ende  Schepenen,  ghedurende  t'examineren  ende 
bewaren  van  Prontkgen  de  Witte  gheexecuteert  met  den 
viere  om  tcryme  van  tooverye  den  20  mye  1606  xjx  lb.  xvij  s. 

Les  échevins  yprois,  afin  d'avoir  le  gosier  sec  et 
d'être  par  conséquent  mieux  disposés  à  boire, 
mangeaient  quelques  livres  de  marrons  pendant  les 
opérations  de  la  torture.  Voir  donner  la  question 
était  donc  un  passe-temps  que  les  magistrats  se 
rendaient  le  plus  agréable  possible. 

Quel  spectacle  terrifiant  et  digne  d'inspirer 
l'imagination  du  peintre,  du  dramaturge  ou  du 


—    414     — 

romancier,  que  la  vue  de  ce  sombre  Pijnkelder 
éclairé  à  la  lueur  vacillante  des  chandelles,  dans 
lequel  échevins,  grand-bailli  et  médecins  se  rafraî- 
chissaient en  buvant  de  la  bière  ou  dégustaient  les 
crus  de  la  Bourgogne  et  du  Bordelais  pendant  que 
le  misérable  patient  criait  et  se  tordait  de  dou- 
leur sous  la  main  du  Scherprechter  entouré  de  ses 
aides  ! 

Le  Stoop,  dont  il  est  question  dans  le  compte  de 
la  ville  d'Ypres,  vaut  à  peu  près  deux  litres.  Les 
échevins  consommaient  donc,  pendant  ces  deux 
séances,  seize  litres  de  vin  rouge,  huit  litres  de 
vin  blanc  (most)  et  six  litres  de  bière  anglaise.  La 
livre  Parisis  valait  dix  sous  ou  nonante  centimes 
de  notre  monnaie. 

Aux  archives  communales  de  Gand,  il  existe  un 
dossier  très  volumineux  et  un  registre  spécial  con- 
cernant le  procès  bien  connu  de  Mast  et  Danneels, 
exécutés  à  Gand  le  8  décembre  1763.  Ces  malfai- 
teurs avaient  assassiné,  à  coups  de  marteau,  un 
certain  Daniel  van  Beveren  et  sa  sœur  Anne- 
Cathérine,  ainsi  que  trois  sœurs,  nommées  Van 
Haute.  Ces  cinq  personnes  habitaient  la  rue  des 
Tonneliers,  située  derrière  le  couvent  des  Carmes 
chaussés  (aujourd'hui musée  communal),  rue  longue 
des  Pierres  et  appelée  à  cette  époque  Lieve  Vrouwe 
Broedersstraetje . 

Malgré  les  preuves  certaines  de  culpabilité,  les 
échevins  de  la  Kenre  ordonnèrent,  le  25  novembre, 
de  mettre  Mast  et  Danneels  à  la  question,  afin  d'ap- 
prendre de  leur  bouche  toutes  les  circonstances  du 


—    415    — 

crime.  On  décida  aussi  que  pour  l'application  de  la 
torture,  maître  Jean  Boitquin,  bourreau  de  Gand, 
serait  assisté  de  son  confrère  de  Bruxelles. 

Un  détail  qui  mérite  d'être  relevé.  Dans  la  lettre, 
adressée  aux  autorités  communales  de  Bruxelles, 
les  échevins  gantois ,  en  sollicitant  le  concours 
de  l'exécuteur  des  hautes -œuvres  brabançon,  de- 
mandent que  celui-ci  soit  porteur  de  ses  instru- 
ments pour  permettre  d'en  comparer  le  poids  avec 
celui  de  ceux  employés  à  Gand. 

....  ende  dat  hy  saude  medegebracht  liebben  aile  de  usten- 
cielen  daertoe  noodigh  omme  te  sien  of  die  swaerder  waeren 
als  de  gonne  van  Ghendt.... 

Les  échevins,  qui  assistèrent  à  la  question, 
étaient  présidés  par  le  Voorschepen  Vilain  XIIII. 
Le  conseiller  pensionnaire  Vander  Weerden  pro- 
cédait à  l'interrogatoire  des  accusés. 


Mast  et  Danneels  furent  introduits  le  28  no- 
vembre 1763,  à  trois  heures  de  l'après-midi,  dans 
le  Pijnkelder.  Quand  Danneels  vit  les  instruments 
de  torture  rangés  dans  la  salle,  la  peur  le  saisit  et 
il  fit  immédiatement  les  aveux  les  plus  complets. 
Il  y  avait  d'ailleurs  de  quoi  être  effrayé  quand  on 
lit  le  passage  suivant  du  procès-verbal  : 

Den  verweerdere  gheleyt  synde  in  de  pynkaemere  ahvaer 
het  vier  ontstoken,  den  halsband  gespannen  ende  den  dry- 
pickel  in  gereedthey  t  ghebraecht  met  de  voordere  accessoiren 
voor  het  scherpexamen. 


—    416    — 

Il  n'en  fut  pas  de  même  de  Mast.  Celui-ci  entra 
en  ricanant  clans  le  Pijnkelder  et  s'y  livra,  en 
attendant  la  torture,  à  des  plaisanteries  lesquelles 
sont: soigneusement  rapportées  dans  le  procès- 
verbal. 

Mast  persistant  à  nier,  Téchevin-président  Vi- 
lain XIIII  ordonna  à  Jean-Baptiste  Boitquin  de 
commencer  son  office.  Le  bourreau  de  Gand,  assisté 
de  son  confrère  de  Bruxelles,  se  saisit  de  l'accusé, 
le  déshabilla  et  le  plaça  sur  le  trépied,  drypickel, 
près  du  feu.  Il  était  alors  trois  heures  et  quafcfc-. 
Enfin  Boitquin  lui  mit  les  cordes  à  nœuds,  pater- 
noster,  et  les  tordit  de  façon  à  les  faire  entrer  dans 
les  chairs  déjà  entamées  par  le  feu  ardent  près 
duquel  le  patient  était  placé. 

Quatre  minutes  avant  quatre  heures  et  demie, 
dit  le  procès-verbal,  Mast  s'écria  :  laet  my  los,  laet 
my  los,  ick  zal  ailes  zeggen;  déliez-moi,  déliez -moi, 
je  dirai  tout.  Les  bourreaux  avaient  tellement  serré 
les  cordes  à  nœuds  que  le  poignet  droit  de  Mast 
était  presque  arraché. 

La  lecture  des  pièces  cle  ce  dossier,  qui  renferme 
un  des  rares  procès-verbaux  de  la  torture,  est  fort 
intéressante  et  en  même  temps  très  instructive. 
Elle  nous  fournit  un  tableau  complet  des  mœurs 
judiciaires  et  de  la  procédure  criminelle  de  ce 
temps,  depuis  la  découverte  de  l'assassinat  jusqu'à 
l'exécution  des  coupables  par  la  main  du  bourreau. 
Le  procès-verbal  de  l'interrogatoire  de  Mast  est 
surtout  curieux  en  ce  qu'il  donne,- pour  ainsi  dire 
minute  par  minute,  l'attitude  de  l'accusé  et  la 
série  graduée  des  tourments  que  le  bourreau  de 


—    417    — 

Gand  et  celai  de  Bruxelles  lui  firent  endurer  pen- 
dant plus  d'une  heure. 

Nous  parlerons  dans  un  autre  ckagitre  de  l'exé- 
cution de  ces  deux  criminels.    « 

Nous  laissons  de  côté  les  particularités  relatives 
à  la  question,  appliquée  aux  femmes  accusées  de 
sorcellerie.  Ce  sujet  sortant  de  notre  cadre,  nous 
nous  bornerons  à  dire  que  le  bourreau  ne  soumet- 
tait la  victime  à  la  torture  qu'après  lui  avoir  versé 
dans  la  bouche  un  verre  de  vin  frelaté,  destiné  à  lui 
faire  cracher  le  démon  réfugié  dans  son  corps. 

C'est  à  l'empereur  d'Autriche,  Joseph  II,  qu'on 
doit  la  suppression  définitive  de  la  torture.  Plu- 
sieurs fois  déjà  le  gouvernement  autrichien  avait 
essayé  de  la  supprimer  ^ou  tout  au  moins  d'y 
apporter  des  adoucissements. 

Une  première  fois,  en  1728,  le  gouvernement 
de  l'empereur  Charles  VI  envoya  une  circulaire 
aux  conseillers  fiscaux  des  conseils  de  justice  pour 
demander  leur  avis  sur  l'abolition  de  la  torture. 
En  1765,  Charles  de  Lorraine,  gouverneur-général 
des  Pays-Bas  autrichiens,  demanda  aux  conseils 
de  justice  s'il  ne  conviendrait  pas  de  supprimer  la 
torture  et  la  marque.  Il  renouvela  sa  tentative 
en  1771  et  invita  de  plus  le  Conseil  privé  à  donner 
son  avis  sur  cette  suppression. 

La  magistrature  tenait  à  conserver  la  torture. 
Aussi  toutes  les  réponses  furent-elles  généralement 
défavorables    à  la   suppression  de   ce   mode   de 


—    418    — 

preuve.  Le  Conseil  de  Flandre,  que  Charles  de 
Lorraine  avait  consulté  en  1765,  1766,  1777  et 
1778,  ou  bien  laissait  les  lettres  du  gouverneur- 
général  sans  réponse,  ou  bien  leur  donnait  une 
réponse  évasive. 

Joseph  II  coupa  court  à  ces  résistances  des 
corps  judiciaires.  Par  l'article  LXIII  de  l'édit  du 
3  avril  1787,  sur  la  réorganisation  de  la  justice 
dans  les  Pays-Bas,  l'empereur  supprima  purement 
et  simplement  la  torture.  Cet  édit,  qui  fut  imprimé 
à  Gand  chez  Pierre-François  de  Goesin,  est  inti- 
tulé : 

Edict  van  den  Keyser  ende  Koninck,  voor  de  kervor- 
minge  van  de  Justitie  binnen  de  Nederlanden  van  den 
3  april  1787. 

L'article  LXIII  est  rédigé  comme  suit  : 

Wy  hebben  afgeschaft  in  aile  de  geiïchten  van  onse  voor- 
seyde  Nederlandtsche  Provincien  het  gebruyck  van  de  pyn- 
banck  ofte  torture1. 

C'est  dans  le  même  édit  que  Joseph  II  établit 
les  trois  degrés  de  juridiction  :  première  instance, 
appel  et  révision  ou  cassation.  Il  avait  institué  à 
Gand  un  tribunal  de  première  instance  qui  com- 
prenait toutes  les  communes,  sauf  deux,  faisant 
encore  aujourd'hui  partie  de  notre  arrondissement 
judiciaire. 

L'édit  de  1787,  en  supprimant  la  torture,  ré- 
duisit  fortement   les    occupations    du   bourreau. 

1  Bibliographie  gantoise  F.  Vandek  Haeghen,  vol.  IV,  p.  256. 


-     419     — 

Maître  Jean  Hamel,  alors  en  fonctions  à  Gand,  ne 
conserva  plus  que  les  exécutions  capitales,  que 
l'emploi  de  la  guillotine  allait  bientôt  simplifier 
considérablement . 

Aussi  les  représentants  du  gouvernement  fran- 
çais près  des  armées  du  Nord  et  de  Sambre  et 
Meuse  enfonçaient-ils  une  porte  ouverte  quand, 
dans  leur  proclamation  au  peuple  belge,  datée  de 
Bruxelles  le  27  brumaire  an  111(17  décembre  1794), 
ils  inscrivaient  : 

A  rticle  premier.  —  La  Torture  est  abolie. 

Prospee  Claeys. 
(A  suivre.) 


420 


AXALECTES  BELGIQUES'. 


IL 

JEAN-FRANÇOIS     DE    LOS    RIO  S, 
Libraire  anversois  établi  à  Lyon  s. 


Jean-François  de  Los  Rios  naquit  à  Anvers, 
sur  la  paroisse  Saint-Jacques,  où  il  fut  tenu  sur 
les  fonts  baptismaux,  le  23  janvier  1727.  par 
François-Dominique  Lievens  et  Jeanne-Catherine 
Torremans.  Il  était  fils  de  Paul  de  Los  Rios  et  de 
Marie-Catherine  Lodewvckx .  A  l'en  croire,  il  des- 
cendait d'une  noble  famille  espagnole  qui  s'était 

4  Suite.  Voir  Messager  des  sciences  histor.,  3?  livr..  1S0O.  p. 263. 

2  \  oyez  sur  ce  personuage,  outre  ses  œuvres  :  J.-M.  Quéraed. 
La  France  littéraire,  t.  Y'(1S33).  p.  302.  —  Michaud.  Biographe 
universelle,  t.  LXXII  (1843),  pp.  108-109.  —  Le  bibliophile  belge, 
t.  H  (1S45).  pp.  395-300  (article  Je  Fr.  de  Reiffenberg).  —  Hœfee. 
Xoiu-elle  biographie  générale,  t.  XXXI  (1S62),  col.  607:  etc.  J'ai 
ajouté  aux  données  contenues  dans  ces  sources,  les  renseignements 
nouveaux  qu'il  m'a  été  possible  de  trouver,  tels  que  les  dates 
exactes  de  l'état-civil  de  Fr.  de  Los  fiios,  la  description  précise  de 
ses  œuvres,  etc..  ainsi  que  ceux  que  m'a  obligeamment  fournis 
M'  Aimé  Yingtrinier,  bibliothécaire  de  la  grande  bibliothèque  de  la 
ville  de  Lvon. 


—    421     — 

établie  à  Anvers  pendant  que  les  Pays-Bas  se 
trouvaient  sous  la  domination  de  l'Espagne.  Il 
embrassa  d'abord  la  carrière  militaire,  et  servit 
dans  le  régiment  de  Los  Eios,  à  la  tête  duquel 
se  trouvait  un  de  ses  parents  qui  était,  en  même 
temps,  gouverneur  de  la  petite  ville  d'Ath;  mais 
il  le  quitta  le  lendemain  de  la  bataille  de  Fonte- 
noy,et  se  rendit  à  Paris,  où  il  arriva  le  18  mai  1745. 
Il  entra  comme  commis  de  magasin,  c'est  à  dire 
comme  «  petit  valet  de  messieurs  les  commis  », 
chez  un  libraire  de  la  rue  Saint-Sévérin,  Gabriel 
Valeire  : 

Ma  chambre  à  coucher,  nous  raconte-t-il  clans  ses  Œuvres 
publiées  en  1789,  était  dans  le  coin  d'un  grenier  au  sixième 
étage,  où  il  n'y  avait  pas  plus  de  jour  qu'au  fond  d'une 
cave,  parce  que  douze  rangs  de  bouquins  bouchaient  les 
fenêtres  depuis  plus  de  30  ans.  Un  jour,  je  proposai  à 
M.  Valeire  que,  s'il  voulait  me  donner  son  agrément,  je 
trouverais  moyen  de  placer  ses  quatre  mille  bouquins  poul- 
ies faire  circuler  dans  le  commerce;  il  me  donna  plein 
pouvoir  de  faire  ce  que  je  voudrais,  et  qu'il  s'en  rapportait 
à  tout  ce  que  je  ferais  à  cet  objet.  La  veille  de  la  Pentecôte, 
je  disposai  trois  grandes  balles,  dans  chacune  desquelles  je 
mis  deux  cent  volumes,  que  je  fis  porter  la  seconde  fête  sur 
le  quai  de  la  Ferraille,  prenant  avec  moi  deux  petits 
Savoyards.  Comme  je  ne  voulais  être  connu  de  personne, 
j'endossai  une  vieille  veste  et  une  robe-de-chambre  qui  me 
tombait  jusqu'au  gras  de  jambe,  toute  en  guenilles;  mon 
visage  machuré  d'encre  d'imprimerie,  et  la  tête  couverte 
d'un  vieux  morceau  de  chapeau  que  mes  cheveux  passaient 
de  tous  côtés.  Sur  les  neuf  heures  du  matin,  je  commençai 
à  crier  à  haute  voix  :  à  six  sols,  à  choisir  dans  la  balle,  à 
six  sols,  à  six  sols.  Vers  le  midi,  mon  commerce  prit  une 


—     422     — 

tournure  avantageuse,  car  l'argent  me  venait  de  tous  côtés. 
A  deux  heures  après-midi,  la  vieille  Jeanneton,  cuisinière 
de  M.  Valeire,  m'apporta  ma  soupe  dans  une  marmite 
de  fer  que  je  posai  sur  une  des  balles  vide  :  j'invitai  mes 
deux  petits  commis  savoyards  à  dîner  avec  moi,  et  nous 
mangeâmes  notre  soupe  avec  des  cuillers  de  bois  ;  parta- 
geant ensuite  notre  morceau  de  bouilli  entre  les  trois,  nous 
dînâmes  aussi  bien  que  chez  Mde.  Lipine,  où  l'on  payait 
24  sols  par  repas.  A  cinq  heures  du  soir,  je  finis  ma  troi- 
sième et  dernière  balle;  je  payai  mes  commis,  et  le  produit 
fut  de  180  livres.  Je  continuai  ce  commerce  les  fêtes  et 
dimanches,  jusqu'à  la  fin  du  mois  de  juin,  et  je  vendis,  dans 
cet  espace  de  temps,  pour  19G4  liv. 

Sur  la  fin  du  mois  de  juillet,  M.  Valeire  père,  voulant 
me  récompenser  des  fatigues  que  j'avais  eues  en  vendant 
ses  bouquins  sur  le  quai  de  la  Ferraille,  fit  appeler  son 
tailleur  et  lui  donna  un  habit  noir  qui  avait  été  fait  en 
1707,  pour  le  jour  de  ses  noces  :  le  tailleur  me  prit  mesure 
et  me  rendit  mon  habit  le  15  août,  jour  de  l'Assomption  de 
la  Vierge.  La  veille,  M.  Valeire  me  fit  présent  d'une  per- 
ruque bien  étoffée,  et  je  mis  le  chapeau  sous  le  bras  ;  chacun 
me  regardait  et  plusieurs  me  riaient  au  nez.  Le  même  jour 
après  midi,  en  passant  dans  la  rue  du  Roule,  j'entrai  au 
café  de  l'Étoile  et  j'en  demandai  une  tasse;  le  garçon  qui 
me  servit  fit  un  éclat  de  rire  si  fort  que  son  café  rejaillit 
sur  une  table  de  marbre.  Je  crois  que  c'était  par  rapport 
à  ma  perruque,  qui  était  en  effet  ridicule,  car  elle  couvrait 
mes  épaules  des  deux  côtés.  La  galerie  quitta  les  jeux  de 
cartes,  de  dames,  etc.  et  chacun  me  regardait;  l'un  me 
demandait  si  mon  grand-père  était  médecin  à  Paris,  que 
cette  grande  perruque  n'était  pas  de  mon  âge;  un  autre 
s'approchant  me  demande  si  j'avais  acheté  une  charge  de 
conseiller  au  parlement  d'Angleterre;  un  troisième  vint  se 
mettre  près  de  moi  et  me  dit  :  je  crois,  mon  cher  ami, 


—    423     — 

que  notre  gros  Thomas1  vous  a  cédé  une  de  ses  perruques 
neuves  Toutes  ces  questions  me  déplaisaient;  je  me  lève 
brusquement,  je  sors  ma  filoche,  alors  garnie  de  3  livr. 
17  sols,  je  paie  ma  tasse,  et  je  quitte  cette  société,  très 
mécontent  d'y  être  entré.  En  passant  près  de  la  rue  de  la 
Ferronnerie,  je  vis,  sous  une  porte  cocliére,  un  homme  qui 
vendait  plusieurs  effets  de  rencontre;  il  se  trouvait  parmi 
quatre  perruques  à  bourse;  je  lui  proposai  un  échange,  et 
nous  convînmes  que  je  lui  céderais  la  mienne  avec  six  sols 
de  retour,  contre  la  plus  belle  des  quatre.  Depuis  ce 
temps-là,  j'ai  toujours  observé  de  me  coiffer  à  la  française. 

Après  avoir  débité  les  bouquins  de  son  patron 
sur  le  quai  de  la  Ferraille,  Los  Rios  acheta  des 
marionnettes  avec  un  certain  Jean-Samuel  Caillier, 
de  Genève,  mais  un  orage  dispersa  ses  acteurs  à 
la  première  représentation,  qui  eut  lieu  au  port 
Saint-Paul.  Pour  surcroît  de  malheur,  le  commis- 
saire de  police  les  confisqua,  faisant  défense  à  leur 
imprésario  de  continuer  à  jouer  sans  permission 
en  règle,  sous  peine  de  trois  mois  de  prison  au 
Châtelet.  Mais  donnons  lui  encore  la  parole  : 

L'on  a  bien  raison  de  dire  que,  lorsque  l'on  est  jeune,  on 
fait  des  folies:  chacun  a  ses  passions  ;  les  uns  aiment  les  jeux, 
les  autres  le  vin,  les  autres  les  femmes,  etc.  La  mienne  était 
d'aller  aux  fêtes  des  villages  ;  la  danse,  le  violon,  les  petites 
comédies  et  les  parades  de  Nicolet  aux  boulevards,  avaient 
des  attraits  pour  moi  ;  mais  la  plus  forte  était  celle  des 
chevaux.  Dans  le  même  temps,  je  fis  connaissance  avec  Jean 
Samuel  Caillier,  de  Genève  ;  il  était  à  peu  près  de  mon  âge 


1  Le  gros  Thomas  était  connu  au  Pont-Neuf  pour  un  des  plus 
habiles  arracheurs  de  dents  de  son  siècle.  [Xote  de  Los  Rios]. 


_    424    — 

et  je  l'aimais  véritablement;  il  était  gai  et  farceur.  Quelques 
jours  après,  en  passant  à  la  foire  SMrermain,  mes  regards 
s'attachèrent  sur  une  boutique  supérieurement  bien  étalée 
et  garnie  de  toutes  sortes  de  marchandises  très  riches,  parmi 
lesquelles  j'aperçus  un  jeu  de  marionnettes  au  nombre  de 
dix  figures  bien  habillées,  avec  des  ressorts  très  bien  faits 
qui  faisaient  mouvoir  avec  aisance  toutes  les  parties  du 
corps  à  droite  et  à  gauche.  Je  les  marchandai.  On  m'en 
demanda  60  liv.;  j'en  offris  48,  et  j'en  restai  propriétaire  à 
ce  prix.  Pendant  plusieurs  semaines,  je  m'exerçai  seul; 
mais  le  hasard  m'ayant  fait  connaître  le  sieur  Malloit, 
fameux  joueur  de  marionnettes,  qui  a  eu  l'honneur  de 
représenter  plusieurs  fois  dans  le  parc  de  Versailles,  il  me 
donna  douze  leçons,  pour  le  prix  de  24  liv.;  et,  bientôt,  je  fis 
des  progrès  qui  me  mirent  en  état  de  représenter  publique- 
ment. Un  dimanche  que  le  temps  me  parut  assez  beau  pour 
m'éloigner  de  la  rue  S'-Sévérin,  je  fis  porter  ma  petite  bou- 
tique au  port  SVPaul  ;  Caillier  sonnait  de  la  trompette  et 
vendait  des  petits  livres  de  calcul  à  six  sols  la  pièce,  qui  ne 
lui  coûtaient  que  24  s.  la  douzaine.  Après  les  vêpres,  nous 
eûmes  plus  de  six  cent  spectateurs  sans  compter  les  enfants  ; 
mais,  sur  les  quatre  heures,  il  survint  un  ouragan  si  horrible 
que  la  poussière  aveuglait  le  public;  l'on  voyait  voltiger 
de  côté  et  d'autre  les  chapeaux  et  les  coiffes  des  femmes. 
Ma  baraque  fut  renversée  dans  la  Seine;  je  tombai  par  les 
degrés  et  je  me  retins  à  la  chaîne;  mais  je  perdis  deux  de 
mes  meilleures  marionnettes,  qui  étaient  mon  arlequin  et 
M.  l'abbé,  qui  furent  noyés  sans  ressource.  Caillier  se 
blessa  un  peu  en  roulant  contre  des  tonneaux  ;  son  chapeau 
fut  perdu,  son  habit  taché  et  sa  trompette  bossuée.  Dans 
ce  moment  malheureux,  le  guet  vint  à  nous,  nous  arrêta,  et 
nous  conduisit  chez  M.  Danthon,  commissaire,  rue  S'-Paul, 
qui  nous  interrogea  et  nous  demanda  à  voir  le  certificat  et 
la  permission  de  M.  le  lieutenant  général  de  police.  Après" 
avoir  exposé  nos  raisons,  il  nous  dit  de  nous  retirer,  nous 


—    425    — 

défendit  de  jouer  en  public  sous  peine  de  trois  mois  de 
prison  au  Châtelet.  II  prit  nos  noms  et  notre  demeure.  Les 
marionnettes  furent  portées  au  bureau  général  de  police, 
où  elles  sont  restées  plus  de  quatre  mois  ;  elles  ne  m'ont  été 
rendues  que  par  la  protection  de  M.  Dupuis,  directeur  de 
l'imprimerie  royale  du  Louvre.  Je  rencontrais  souvent, 
dans  les  rues  de  Paris,  des  hommes  habillés  de  noir  avec 
un  bout  de  mousseline  blanche  sur  les  manches  ;  je  me  fis 
expliquer  la  raison  de  cette  cérémonie;  l'on  me  répondit 
que  ces  particuliers  avaient  perdu  quelques  uns  de  leurs 
parents  ou  amis,  et  que,  pour  marquer  les  regrets  que  leur 
causait  cette  mort,  ils  s'habillaient  de  cette  manière.  Moi 
qui  regrettais  toujours  la  perte  de  mon  arlequin  et  de  mon 
cher  abbé,  je  n'eus  rien  de  plus  pressé  que  de  porter  mon 
habit  noir  chez  le  tailleur  pour  faire  mettre  des  pleureuses. 
Tour  36  s.  je  fis  acquisition  d'une  épée  à  poignée  noire  de 
rencontre.  Le  premier  dimanche  que  je  portai  le  grand 
deuil ,  je  rencontrai  M.  Lamelle,  fondeur  de  caractères 
et  M.  Vincent,  libraire-imprimeur,  qui  me  demandèrent 
quelles  étaient  les  personnes  de  ma  famille  que  j'avais  per- 
dues; je  leur  répondis,  d'un  air  triste  et  d'un  ton  lugubre, 
que  c'étaient  deux  personnes  à  qui  j'étais  très  attaché.  Ils 
me  consolèrent  le  mieux  qu'ils  purent,  et  je  continuai  à 
porter  le  deuil,  pendant  six  semaines,  à  l'honneur  de 
l'arlequin  de  mes  marionnettes. 

Après  sa  rencontre  avec  le  guet,  Los  Rios  se  le 
tint,  sans  doute,  pour  dit,  et  revint  à  la  boutique 
de  la  rue  Saint-Sévérin.  Quoiqu'il  en  soit,  en  1750, 
nous  le  retrouvons  à  Rome,  où  il  fait  la  connais- 
sance d'un  bouquiniste  établi  au  bas  des  degrés 
du  Vatican  : 

Gabriel  Badetto,  surnommé  Gamba  Corta,  né  à  Frescaii. 
en  1690,  d'un  honnête  valet  de  pied  du  cardinal  Azolini, 

29 


—    420     — 

et  d'une  discrète  sage-femme,  était  un  petit  homme  aussi 
contrefait  que  la  nature  en  eût  produit  jusqu'au  moment 
où  j'eus  le  bonheur  de  le  connaître  :  une  bosse  qui  s'élevait 
sur  son  épaule  gauche,  laissait  à  peine  entrevoir  le  sommet 
de  sa  tête;  il  n'en  était  pas  de  même  de  ses  jambes,  qui,  par 
l'énormité  de  leur  longueur,  faisaient  les  deux  tiers  de  sa 
stature,  mais  dont  Tune,  beaucoup  plus  courte  que  l'autre, 
l'obligeait  à  porter  un  talon  de  bois  de  la  hauteur  de  six 
pouces.  Comme  il  est  d'usage  établi  entre  les  gens  à  talents 
de  se  visiter  les  uns  les  autres,  je  ne  manquai  pas,  dès  le 
lendemain  de  mon  arrivée,  de  me  rendre  au  bas  des  degrés, 
où  cet  homme  illustre  faisait  sa  résidence  journalière,  et  là 
je  le  suppliai  très  humblement  de  vouloir  bien  m'accorder 
sa  protection  ;  il  me  la  promit  le  plus  gracieusement  du 
monde  et  sans  me  faire  valeter,  ainsi  que  cela  se  pratique 
chez  les  grands.  Il  m'occupa  tout  de  suite  à  l'arrangement 
d'un  cabinet  de  livres  anciens  dont  il  était  chargé  de  faire 
la  vente,  préférablement  à  des  libraires  en  titre,  qui  s'y 
seraient  moins  entendu  que  lui.  Après  m'en  être  acquitté  à 
sa  satisfaction,  il  me  récompensa  généreusement  et  me 
procura  la  connaissance  d'un  de  ses  amis,  qui  ne  se  pro- 
posait pas  moins,  disait-il,  que  de  faire  ma  fortune  ;  et,  sur 
la  bonne  opinion  qu'il  avait  conçue  de  mon  savoir,  il  voulut 
bien  me  confier  une  petite  balle  contenant  des  almanachs, 
des  petits  livres  de  prières,  des  cantiques;  il  y  joignait,  par 
un  excès  de  confiance  dont  je  me  souviendrai  éternelle- 
ment, des  images  enluminées,  des  chapelets,  des  rosaires, 
des  agnus  dei,  des  médailles  bénites  et  des  étuis  de  bois  de 
Ste  Luce  ;  la  facture  générale  de  cette  pacotille  se  montait 
à  14  liv.  8  s.  6  cl.  Ce  crédit  me  fut  d'autant  plus  agréable 
que  je  venais  de  faire  un  long  voyage,  et  que,  dans  la 
crainte  de  fatiguer  les  chevaux  de  poste,  ou  de  priver 
d'honnêtes  gens  des  places  qu'ils  auraient  pu  occuper  dans 
les  voitures  publiques,  j'avais  fait  ce  voyage  cà  pied  ;  ce  qui 


—     427     — 

n'empêcha  pas  qu'à  mon  arrivée  à  Rome,  tout  mon  avoir 
ne  fût  réduit  à  21  s.;  encore  aurais-je  été  bien  éloigné  de 
ce  degré  d'opulence,  si,  en  passant  à  Bologne,  je  n'y  eusse 
vendu  une  paire  de  boucles  d'argent,  seul  reste  de  mon 
ancienne  splendeur,  dont  le  produit  me  suffît  jusqu'à  mon 
arrivée  à  Rome.  Je  fut  installé  et  reçu  marchand  sans 
apprentissage,  ni  brevet  de  maîtrise;  au  moyen  de  quoi, 
j'eus  la  liberté  d'entrer,  non  seulement  dans  lés  cafés  et 
autres  lieux  publics,  comme  corridors,  cloîtres,  galères,  etc. 
mais  encore  jusque  dans  l'intérieur  des  palais  des  cardi- 
naux, où  tout  m'était  ouvert,  excepté  les  cuisines  et  les 
salles  à  manger.  Quoi  qu'il  en  soit,  ce  commerce  devint 
fatigant  et  ennuyeux  par  l'obligation  où  j'étais  de  courir 
les  rues  comme  un  chien  qui  a  perdu  son  maître,  et  ne 
contribua  pas  peu  à  me  dégoûter  du  séjour  de  Rome, 
quoique  j'y  eusse  vendu,  pendant  l'espace  de  sept  semaines, 
pour  environ  400  liv.,  dont  la  moitié  était  pur  bénéfice. 
Déterminé  à  partir,  je  vendis  mon  fonds  de  magasin  à 
un  autre  marchand  colporteur  qui  s'en  accommoda;  au 
moyen  de  quoi  je  retournai  en  France,  six  mois  après  en 
être  parti. 

Son  humeur  vagabonde  ne  lui  permit  pas  de 
rester  longtemps  en  France,  et  c'est  alors  que 
peuvent  se  placer  les  voyages  en  Angleterre  et 
dans  les  Pays-Bas  dont  il  parle  dans  ses  Œuvres. 
Il  admire  les  larges  rues  de  Londres,  leur  anima- 
tion, le  nombre  incroyable  de  voitures  qu'on. y  voit 
circuler  journellement  et  qu'il  n'évalue  pas  à  moins 
de  60,000  ;  il  est  frappé  de  la  richesse  des  étalages  ' 


1  Tous  les  étrangers  qui  viennent  à  Londres,  dit-il,  sont  singulière- 
ment surpris  de  voir  les  richesses  étalées  sur  le  devant  des  boutiques, 
qui  sont  toutes  vitrées,  afin  que  l'air  ni  la  poussière  ne  puissent  les 


—     428     — 

des  magasins,  ainsi  que  de  la  propreté  des  femmes 
anglaises';  l'église  Saint-Paul,  à  son  avis,  dépasse 
en  beauté  celle  de  Saint-Pierre,  à  Rome;  enfin  les 
élégants  cottages  des  environs  de  Londres  lui 
paraissent  fort  agréables.  C'est  là  que  lui  arrive 
une  plaisante  mésaventure,  qu'il  raconte  en  ces 
termes  : 

Environ  a  cinq  lieues  de  Londres,  il  y  a  un  vjllage  dont 
les  maisons  sont  bâties  dans  le  goût  des  bâtiments  chinois. 
Elles  sont  carrées,  de  80  pieds  environ,  et  sont  percées, 
dans  les  quatre  faces  par  quantité  de  croisées,  de  sorte  que, 
s'il  pleut,  grêle,  ou  s'il  fait  quelque  mauvais  temps  d'un 
côté,  on  le  ferme  et  l'on  ouvre  de  l'autre.  La  curiosité 
m'excita  à  m'y  rendre.  Je  partis  de  Londres  le  8  mai  avant 
midi;  j'avais  pour  tout  équipage  une  canne  à  la  main;  la 
route  est  belle  et  fréquentée,  mais,  sur  les  deux  heures 
après  midi,  il  survint  une  pluie  si  abondante,  accompagnée 
de  tonnerres  et  d'éclairs,  que  je  ne  savais  si  je  devais  périr 
ce  jour-là.  Je  vis  devant  moi  un  chariot  à  4  roues,  attelé 

gâter.  Il  y  a  des  boutiques  d'orfèvres  qui  ont  pour  six  millions  de 
marchandises  fabriquées.  Ce  n'est  qu'à  Londres  que  l'on  se  sert  de 
tasses  et  de  cafetières  en  or.  Les  boucles  de  souliers  et  de  jarre- 
tières y  sont  assez  communes;  on  en  fait  beaucoup  usage.  Les  hor- 
logers tiennent  aussi  un  rang  assez  distingué.  Un  seul  magasin,  près 
la  place  Carrée,  contient  pour  un  million  de  montres  fabriquées. 
Celles  entourées  de  diamants  sont  souvent  du  prix  de  7  à  8  livres. 
1  Voici  le  jugement  qu'il  porte  sur  les  femmes  anglaises  : 
Les  femmes  anglaises,  sans  être  jolies,  sont  bien  faites  ;  elles  ont 
la  peau  très  blanche  ;  mais  peu  de  gorge  ;  on  attribue  ce  défaut  au 
climat  du  pays  et  au  reflux  de  la  mer;  leur  habillement  est  très 
modeste  et  peu  dispendieux,  surtout  leur  coiffure  qui  ne  consiste 
qu'en  un  chapeau  d'étoffe  de  soie  orné  d'un  simple  ruban.  Elles  ont 
toujours  du  beau  linge  fin  et  bien  blanc.  Ce  que  j'ai  remarqué,  c'est 
que  le  faste  règne  dans  les  appartements,  et  qu'elles  se  piquent  de 
propreté  dans  la  batterie  de  cuisine;  les  carreaux  des  appartements, 
les  lits  et  autres  meubles  sont  aussi  brillants  que  l'acier  poli. 


-    429    - 

de  trois  chevaux,  et  chargé  de  deux  grandes  et  longues 
cages  ;  ce  chariot  avait  conduit  au  marché  de  Londres  des 
agneaux  et  des  moutons.  Le  voiturier  me  demanda  si  je 
voulais  entrer  dans  une  des  cages  pour  me  garantir  du 
mauvais  temps.  J'acceptai  la  proposition,  et  je  m'étendis 
sur  les  paquets,  provisions  etc.,  dont  il  était  chargé  par 
des  particuliers  de  la  campagne.  La  douceur  de  cette  voi- 
ture m'excita  à  un  profond  sommeil  jusqu'à  6  heures  du 
soir.  Quelle  fut  ma  surprise  de  me  voir,  à  mon  réveil, 
enfermé  dans  une  cage  et  remisé  à  la  cour,  sous  un  hangar, 
et  de  ne  voir  ni  chevaux,  ni  voiturier;  ce  dernier  était 
déjà  parti  pour  faire  emplette  de  bestiaux  dans  le  voisi- 
nage, et  il  avait  emporté  la  clef  de  la  cage.  Quel  embarras 
pour  moi  !  de  me  trouver  enfermé  dans  une  cage  et  privé 
de  ma  liberté  dans  un  pays  étranger  !  Je  fis  du  bruit  contre 
les  barreaux  avec  mon  couteau  ;  une  servante  vint  dans  la 
cour,  et  surprise  de  voir  un  être  vivant  dans  la  cage,  elle 
crut  que  quelque  mouton  s'était  métamorphosé  eh  homme. 
Elle  sortit  en  fermant  la  porte,  et,  en  moins  de  4  minutes, 
je  vis  autour  de  la  cage  plus  de  20  personnes;  c'étaient 
des  servantes,  des  valets  d'écurie  et  des  enfants  ;  chacun 
faisait  des  éclats  de  rire;  les  enfants  dansaient  de  joie  de 
me  voir;  un  moment  après,  vint  M.  le  curé,  ou  autrement 
le  ministre,  avec  madame  son  épouse,  qui  parlait  français 
parce  qu'elle  avait  demeuré  à  Dunkerque.  Je  lui  fis  part  de 
mon  aventure,  et,  dans  le  moment,  elle  donna  ordre  à  son 
valet  de  couper  quatre  barreaux,  ce  qui  me  procura  ma 
liberté  ;  elle  me  pria  d'entrer  chez  le  notaire,  qui  était  le 
juge  du  village  ;  je  lui  montrai  mon  portefeuille  :  il  n'y  avait 
que  des  lettres  que  j'avais  reçues  à  Paris,  de  plusieurs 
maisons,  concernant  les  affaires  de  mon  commerce  de 
librairie  ;  et  il  me  fit  conduire  dans  une  bonne  auberge.  Le 
lendemain,  sur  les  sept  heures  du  matin,  comme  je  me 
promenais  dans  le  village  en  fumant  une  pipe,  comme  à 
mon  ordinaire,  quantité  d'enfants  vinrent  autour  de  moi, 


-    430    — 

criant  à  haute  voix  en  patois  anglais  :  bon  jour,  bon  jour, 
l'agneau  de  la  cage.  Un  bourgeois  qui  se  promenait  sur  sa 
terrasse,  ne  sachant  pourquoi  les  enfans  criaient  toujours  : 
l'agneau  de  la  cage,  me  demanda  de  -quoi  il  était  question. 
Je  lui  rendis  compte  du  fait  ;  il  se  mit  à  rire  et  me  fit  entrer 
chez  lui,  où  il  y  avait  une  société  très  honnête  :  heureuse- 
ment pour  moi  qu'il  s'y  trouva  un  officier  qui  avoit  fait  le 
voyage  d'Espagne,  et  qui  connaissait  la  famille  de  Los  Rios  ; 
je  fus  accueilli  dans  ce  cercle,  où  je  passai  la  journée.  Le 
lendemain  10,  un  de  ces  messieurs  retournait  à  Londres 
pour  affaires  ;  il  me  fit  l'honneur  de  me  donner  une  place 
dans  sa  voiture,  et  nous  arrivâmes  avant  l'entrée  de  la 
comédie. 

Los  Rios  s'intéresse  naturellement  à  ce  qui 
concerne  sa  profession.  Aussi  nous  décrit-il  avec 
soin  le  cabinet  littéraire  qu'il  a  vu  à  Londres  : 

Ce  cabinet  appartient  à  Corneille  Lyck,  et  il  est  composé 
de  deux  grandes  salles  :  dans  la  première,  on  trouve  environ 
2000  volumes  en  romans,  voyages  et  quelques  autres  livres 
nouveaux;  dans  la  seconde,  environ  180  estampes  sous  verre 
à  cadres  dorés,  au  bas  desquels  il  y  a  une  carte  avec  le  prix. 
Les  tables  sont  couvertes  des  papiers,  nouvelles,  etc.,  et 
on  y  trouve  constamment  une  assemblée  de  négociants  et 
autres  personnes  qui  viennent  y  lire.  Le  catalogue  des 
livres  du  cabinet  est  sur  la  table;  les  abonnés  peuvent 
demander  ceux  qu'ils  jugent  à  propos,  mais  il  ne  leur  est 
pas  permis  de  les  sortir  du  cabinet.  L'abonnement  est  de 
40  liv.  par  année. 

Laissons  lui  encore  raconter  l'aventure  qui  lui 
arriva  dans  un  café  de  Londres  : 

Après  avoir  parcouru  la  ville,  l'espace  de  quatre  heures, 
fatigué  par  le  pavé  et  la  multitude  de  voitures,  j'entrai  dans 


-    431    - 

un  café,  où  je  restai  quelques  moments  en  silence.  Le  garçon 
cafetier  vint  à  moi,  et  me  demanda  ce  qui  pourrait  me  faire 
plaisir;  et,  voyant  que  j'étais  étranger,  il  me  demanda  de 
quel  pays  j'étais.  Comme  le  Français  n'est  pas  véritable- 
ment ami  de  l'Anglais,  je  me  dis  Hollandais,  parce  que 
cette  langue  m'est  assez  familière.  Dans  l'instant,  le  cercle 
en  fut  instruit;  un  jeune  homme  d'environ  20  ans  vint 
s'asseoir  auprès  de  moi,  et  me  dit  en  hollandais,  d'un  air 
gracieux  :  bonjour  M.  le  pays.  En  moins  d'un  quart  d'heure, 
nous  fîmes  connaissance  ;  c'était  le  fils  d'un  fameux  libraire 
d'Amsterdam,  appelé  Vander  Aa.  Pendant  deux  jours,  nous 
parcourûmes  la  ville,  et  il  m'introduisit  dans  plusieurs 
maisons  honnêtes. 

Los  Rios  semble  avoir  résumé  ses  impressions 
sur  l'Angleterre  dans  les  lignes  suivantes  : 

Ce  royaume  est  le  Pérou  de  l'Europe,  le  plus  beau  séjour 
pour  ceux  qui  veulent  vivre  en  liberté.  Les  Anglais  sont 
naturellement  très  fiers  ;  ils  méprisent  la  mort  comme 
s'ils  étaient  sans  religion.  La  fortune  y  distribue  ses  grâces 
à  pleines  mains  ;  les  talents  et  les  prix  y  sont  plus  communs 
que  dans  d'autres  royaumes.  Il  ne  manque  à  cette  nation 
que  de  la  politesse;  elle  est  jalouse  de  ses  droits  ;  les  lords 
y  sont  regardés  comme  des  princes;  quarante  personnes 
de  leur  état  font  vivre  journellement  plus  de  quatre  mille 
ouvriers,  surtout  pour  les  équipages;  leurs  chevaux  sont 
superbes,  et  surpassent  ceux  de  France.  Les  femmes  sont 
assez  jolies,  et  infiniment  plus  polies  et  plus  honnêtes  que 
les  hommes.  Les  Français  ne  sont  pas  aimés  en  Angleterre, 
s'ils  ne  jouissent  de  richesses  pour  faire  de  la  dépense. 

Dans  les  Pays-Bas,  il  voit,  en  passant,  l'immense 
volière  que  le  fils  d'un  riche  banquier  anver- 
sois,  Louis  Van  Kessel,  s'était  fait  construire  près 


-    432    — 

d'Anvers,  et  qui  n'avait  pas  moins  de  quatre  vingt 
quatre  pieds  de  long,  sur  dix-neuf  de  large  et 
quarante  de  haut  : 

On  a  raison  de  dire  que  chaque  homme  a  sa  passion 
particulière.  Le  fils  de  Louis  Van  Kessel,  banquier  de  la 
ville  d'Anvers,  fit  bâtir  dans  sa  maison  de  campagne,  près 
de  la  ville,  une  volière  de  84  pieds  de  longueur  sur  19  de 
large  et  40  d'hauteur.  L'artiste  a  employé  trente-quatre 
milliers  de  fer,  y  compris  le  fil  d'archal  qui  est  entre  les 
barreaux  :  en  été,  on  y  voit  près  de  deux  mille  oiseaux  de 
différentes  espèces;  il  y  a  plus  de  soixante  arbres  à  fruits  ; 
deux  fontaines  d'où  découle  sans  cesse  de  l'eau  très  claire  ; 
il  y  a  plus  de  quatre-vingts  poules  ou  volailles  de  différentes 
espèces,  ainsi  que  des  oiseaux  étrangers.  Les  carnassiers 
sont  enfermés  dans  des  cages  de  fer;  on  leur  donne  à 
manger  de  la  viande  et  des  oiseaux  crevés.  Cette  volière 
est  gouvernée  par  deux  domestiques  ;  et,  lorsque  la  famille 
Van  Kessel  est  au  château,  l'après-midi,  on  ouvre  la  bar- 
rière ;  les  dames  et  autres  entrent  dans  la  volière,  où  ils 
prennent  le  café.  Les  étrangers  peuvent  voir  publiquement 
cette  volière  en  entrant  au  château. 

Plus  tard,  Los  Rios  se  rend  en  Hollande;  en 
revenant  d'Amsterdam,  au  mois  d'août  1776,  il  est 
nommé  membre  correspondant  d'une  Académie  de 
belle  humeur,  siégeant  à  Berg-op-Zoom,  et  où 
n'étaient  admis  que  de  joyeux  compères  qui  se 
réunissaient  pour  manger,  boire  et  plaisanter  : 

Dans  le  mois  d'août  177G,  en  venant  d'Amsterdam,  et 
passant  à  Berg-op-Zoom  pour  prendre  la  voiture  d'Anvers, 
je  vis  au  dessus  d'une  porte  ces  mots  en  lettres  d'or  : 
Académie  de  belle  humeur.  J'étais  curieux  de  savoir  en 
quoi  consistaient  ses  instituts  et  son  exercice  :  le  hasard 


—    433     - 

me  servit  très  bien,  car  la  personne  à  laquelle  je  m'adressai, 

se  trouva  être  un  des  membres  de  cette  académie,  et  il 
m'invita  à  me  rendre  l'après-midi  à  leur  assemblée,  qui 
se  tient  dans  une  grande  salle  éclairée  par  12  croisées; 
elle  peut  contenir  au  moins  quarante  personnes.  On  n'y 
lit  ni  papiers,  ni  mémoires  ;' on  n'y  récite  aucun  discours 
de  réception;  on  n'y  reçoit  que  les  confrères  .de  bonne 
humeur  et  d'un  caractère  gai,  pour  se  plaisanter  les  uns 
et  les  autres,  des  diseurs  de  bons  mots,  etc.  Par  leurs 
instituts,  il  est  défendu  de  parler  des  affaires  de  famille, 
et  de  critiquer  son  prochain  sur  sa  bonne  ou  mauvaise 
conduite.  L'assemblée  de  la  grande  chambre  commença 
à  quatre  heures  après  midi,  et  finit  à  huit.  A  6  heures,  le 
concierge  sonna  une  petite  cloche;  alors  le  chef  de  l'aca- 
démie sortit  de  la  salle,  et  tous  les  confrères  après  lui  ; 
on  entra  dans  un  salon  orné  d'une  tapisserie  et  d'un  beau 
plafond  peint  et  vernis,  et  on  trouva  une  table  servie  de 
plusieurs  plats,  savoir  :  un  gros  jambon  de  Mayence,  un 
pâté  froid,  deux  plats  de  poisson  salé,  des  figues,  des 
raisins  de  Calabre,  et  de  la  pâtisserie  :  pendant  ce  goûter, 
un  'de  ces  messieurs  m'entreprit,  et  bientôt  il  eut  à  son 
secours  trois  à  quatre  de  ses  confrères.  On  me  plaisantait 
très  finement  ;  je  leur  répondais  par  quelques  petits  traits 
de  ma  façon  ;  dans  le  moment,  on  ordonna  de  boire  à  ma 
santé,  et  on  me  traita  en  qualité  de  confrère  correspondant 
de  l'académie  de  Berg-op-Zoom. 

Nota.  —  Cette  académie  tient  son  assemblée  tous  les 
jeudis  de  la  semaine.  Les  confrères  sont  libres  de  venir 
ou  non,  il  n'y  a  point  d'amende  pour  celui  qui  manque; 
l'entrée  de  chaque  confrère,  les  jours  d'assemblée,  est  de 
deux  escalins,  qui  font  28  sols  de  France;  sur  quoi  le 
concierge  est  obligé  de  fournir  le  goûter.  Suivant  leurs 
instituts,  le  membre  doit  régaler  toute  la  société,  composée 
ordinairement  de  40  personnes,  le  jour  anniversaire  de  sa 


—    434    — 

naissance.  Cette  journée  lui  coûte  15  à  1G  florins  de  Hol- 
lande, qui  peuvent  valoir  33  liv.  de  France.  Ces  fêtes 
arrivent  souvent,  car  elles  se  répètent  3  ou  4  fois  par  mois. 

On  peut  attacher  à  ce  voyage,  ses  observations 
sur  les  mœurs  des  Juifs  d'Amsterdam,  sur  la 
banque  de  cette  ville,  sur  l'imprimerie  en  Hol- 
lande et  sur  les  curiosités  d'Anvers. 

En  1766,  celui  qu'on  a  pu  appeler  à  juste  titre 
le  Guzman  d'Alfarache  de  la  librairie  vint  se  fixer 
à  Lyon,  où  il  resta  jusqu'à  1794,  s'adonnant  au 
commerce  de  vieux  livres,  dont  il  publia  de  nom- 
breux catalogues  à  prix  marqués.  En  1789,  il  en 
comptait  environ  150,  clans  une  petite  note  auto- 
biographique qu'il  avait  rédigée  pour  le  diction- 
naire historique  imprimé  par  les  frères  Bruyset, 
à  Lyon,  et  dont  voici  le  texte  : 

DeLosRios  (François),  né  à  Anvers,  en  1728,  d'une  famille 
distinguée  d'Espagne,  libraire  à  Lyon.  Son  principal  com- 
merce était  celui  des  vieux  livres  :  il  avait  un  caractère 
gai,  toujours  content  de  son  état  et  laborieux  ;  il  ne  connais- 
sait point  ses  ennemis,  ou,  du  moins,  il  les  ignorait.  Nous 
avons  de  lui  150  catalogues  de  ventes  publiques  ou  autres 
dont  il  était  chargé,  avec  quelques  notes  remarquables  sur 
les  livres  rares  et  souvent  des  préfaces  extravagantes,  d'un 
style  baroque,  qui  ont  amusé  quelques  moments  les  ap- 
prentis philosophes  ou  les  hommes  de  la  petite  littérature. 

Les  gens  de  lettres,  dit-il  ailleurs, 

m'ont  honoré  jusque  présent  de  leur  confiance,  et  ils 
trouveront  chez  moi,  en  tout  temps,  des  livres  rares  et 
singuliers,  dignes  d'embellir  leurs  bibliothèques.  Je  les  ai 


—    435    — 

prévenus  que  je  n'étais  ni  homme  de  lettres,  ni  philosophe, 
ni  même  français,  et  que  je  ne  possédais  d'autre  connais- 
sance  que  celle  d'adorer  l'Etre  suprême,  vivre  en  bonne 
union  avec  les  hommes,  et  vendre  mes  livres  un  peu  plus 
qu'ils  ne  m'ont  coûté.  Ils  sont  convenus  du  fait,  et  leur 
complaisance  m'a  fait  pardonner  quelques  fautes  d'ortho- 
graphe, tant  dans  le  passé  que  pour  le  présent  et  l'avenir. 

Nous  sommes  loin  de  la  biographie  Micliaud  qui 
fait  de  notre  bouquiniste  «  l'un  des  libraires  les 
plus  érudits  de  son  temps  ». 

En  septembre  1794,  Los  Rios  vendit  son  fonds  à 
Antoine  Lafarge  et  entra,  comme  commis,  dans  la 
maison  Périsse.  Vers  la  fin  de  sa  vie,  il  se  retira 
à  Marines,  où  il  passa  ses  dernières  années  dans  un 
état  voisin  de  la  misère.  Il  était  devenu  totalement 
aveugle  depuis  trois  ou  quatre  ans,  quand  il  mou- 
rut, le  24  novembre  1820,  âgé  de  quatre  vingt 
treize  ans  et  dix  mois,  laissant  son  mince  patri- 
moine à  sa  nièce,  Marie- Catherine  de  Los  Rios  de 
Brun. 

Comme- on  a  déjà  pu  s'en  apercevoir,  François 
de  Los  Rios  était,  dans  toute  la  force  du  terme, 
ce  qu'on  appelle  un  original.  La  bibliothèque  qu'il 
s'était  formée  à  sa  campagne,  n'était  composée 
que  d'une  quarantaine  de  volumes  d'anas,  de  re- 
cueils de  bons  mots,  qui  lui  fournissaient,  dit-il, 
une  source  intarissable  d'amusement,  et  devenaient 
par  là  une  espèce  d'élixir  de  gaîté.  Son  meilleur 
ami  était  son  cheval,  à  qui  il  dédia  ses  Œuvres, 
en  lui  disant  :  «  Votre  sagesse ,  votre  prudence,  et 
votre  fidélité   sont  les  objets  qui  m'engagent  à 


—    436    — 

vous  témoigner  ma  juste  reconnaissance  :  depuis 
que  nous  sommes  associés  dans  le  commerce,  grâce 
au  Seigneur ,  aucune  mauvaise  affaire  n'a  été 
contractée,  ni  accident  de  banqueroute,  ce  qui  est 
assez  rare  dans  ce  siècle.  Je  vous  aime,  vous  êtes 
mon  ami,  et  je  suis  le  vôtre;  agréez  donc  ce  recueil 
où  l'on  parle  de  vous;  voyez  et  lisez-le...  ».  Dans 
la  préface  même  de  ce  recueil,  Los  Rios  annonce 
que  le  prospectus  en  sera  lancé,  non  par  le  moyen 
des  journaux  et  autres  écrits  périodiques,  mais  par 
le  moyen  d'une  montgolfière  qui  s'élèvera  dans  les 
airs,  et  fera  tomber  sur  l'Europe  une  pluie  d'an- 
nonces et  d'avis  : 

Il  n'est  plus  nécessaire  de  faire  annoncer  les  livres 
nouveaux  par  des  journaux,  ou  autres  ouvrages  périodi- 
ques; l'invention  des  ballons  de  M.  Montgolfier  nous  a  fait 
connaître  leur  utilité.  Celui  que  Ton  doit  construire  pour 
mon  usage  partira  au  plus  tard  le  32  du  mois  passé.  Je  ne 
doute  pas  qu'il  ne  mérite  l'attention  du  public  ;  je  préviens 
qu'en  huit  minutes  il  montera  150  toises  ;  une  bombe  rem- 
plie d'artifice  fera  un  éclat  qui,  par  son  mouvement,  sera 
entendu  jusqu'au  Pérou;  et,  avant  que  l'air  inflammable 
en  soit  éteint,  ce  globe  se  partagera  en  deux,  et  inondera 
une  grande  partie  de  l'Europe  des  avis  et  des  annonces 
de  mon  recueil.  Nous  prions  les  nations  étrangères  de  le 
faire  traduire  en  différentes  langues  à  leur  usage,  afin 
que  personne  n'ignore  combien  de  belles  bibliothèques 
resteraient  imparfaites,  si  on  négligeait  d'y  joindre  le 
recueil   de  mes  productions. 

Aussi  n'est-ce  pas  sans  raison  qu'en  tête  de  ce 
bizarre  volume,  où  des  souvenirs  de  voyage  cou- 
doient des  notes  sur  les  imprimeurs  célèbres,  des 


—     437     — 

anecdotes,  des  descriptions  de  tonte  espèce,  des 
réflexions  philosophiques,  et  jusqu'à  des  observa- 
tions sur  la  manière  de  conserver  sa  santé,  il  a 
placé  ce  laconique  avertissement  : 

A  quelque  coin  de  singularité  que  je  sois  marqué,  je  ne 
saurais  m'imaginer  qu'il  me  soit  défendu  de  m'amuser 
quelquefois,  et,  en  même  temps,  d'amuser  les  autres,  fût- 
ce  à  mes  dépens.  C'est  ce  que  je, vais  tâcher  de  faire,  et 
pour  cet  effet,  j'entre  en  matière  sans  allonger  le  préambule. 

Los  Pàos  parle  volontiers  de  sa  profession,  et  on 
sent  qu'il  l'aime;  mais,  qnoi  qu'en  ait  dit  la  Biogra- 
phie universelle,  les  renseignements  qu'il  donne  sur 
les  origines  de  l'imprimerie  et  les  imprimeurs  cé- 
lèbres des  Pays-Bas,  de  France,  d'Angleterre  et 
d'Italie  ne  montrent  pas  qu'il  ait  été  très  instruit 
de  rhistoire  de  l'art  typographique.  Citons,  à  titre 
de  curiosité,  sa  notice  sur  quelques  imprimeurs 
célèbres  : 

Alde,  de  Venise,  était  un  des  plus  savants  imprimeurs  de 
Tltalie,  et  sa  réputation  ne  mourra  jamais;  il  a  mérité,  par 
sa  douceur  et  sa  bonté  envers  ses  ouvriers,  une  place  distin- 
guée-entre  les  bienfaiteurs  du  genre  humain.  Il  a  légué,  par 
son  testament,  500  liv.  à  chacun  de  ses  ouvriers. 

Frobenius,  savant  imprimeur  de  Bâle,  était  si  bon  et  si 
honnête  envers  ses  ouvriers,  que,  tous  les  3  mois,  il  leur 
donnait  un  jour  de  récréation  dans  sa  maison  de  campagne  : 
on  servait  un  repas  dont  il  faisait  lui-même  les  honneurs. 
Il  est  certain  que,  depuis,  que  l'imprimerie  existe,  jamais 
libraire  en  Europe  n'a  autant  travaillé  ;  car,  dans  l'espace  de 
54  ans,  il  a  fait  paraître  340  volumes  de  différents  ouvrages 
in-folio,  et  près  de  700  volumes,  tant  in-quarto  qu'in-8°et 


—    438    - 

iii-12°.  Il  n'est  donc  point  étonnant  si  toutes  les  biblio- 
thèques de  France,  d'Allemagne,  d'Angleterre,  et  surtout 
chez  les  moines,  sont  si  inondées  de  ces  livres,  et  qu'on  les 
vende  aujourd'hui  pour  faire  des  cornets  à  tabac. 

Martin  Ulrique,  fameux  imprimeur  de  Paris,  sous  le 
règne  de  Louis  onze,  fit  imprimer  le  Spéculum  Rodigi 
Zamoziensis  episcopi* .  Ce  livre  est  d'une  rareté  singulière. 
J'en  ai  vu  un  exemplaire  chez  les  capucins  à  Turin,  et  un 
autre  au  Vatican,  à  Rome. 

Robert  Etienne,  aussi  célèbre  imprimeur  de  Paris,  mort 
à  Lyon  en  1520.  Les  ouvrages  sortis  de  ses  presses,  en  grec 
et  en  latin,  seront  toujours  recherchés  à  cause  de  leur 
beauté  et  de  leur  correction  fidèle  et  sans  errata;  il  était 
très  instruit  et  accueilli  dans  les  sociétés  des  gens  de 
lettres. 

Baltazard  Munier,  libraire  de  Wittenberg  en  1581,  fut 
nommé  commandant  de  la  ville,  et  a  occupé  cette  place 
l'espace  de  33  ans.  Il  fut  très-regretté  de  ses  concitoyens. 

Nicolas  Vandevelde,  d'Amsterdam,  fut  nommé  en  1612, 
par  les  élus,  à  la  charge  de  premier  président  des  états, 
trésorier  de  la  banque  d'Amsterdam,  et  chef  des  hôpitaux 
de  la  même  ville.  En  1626,  milord  Kelt  épousa  sa  fille, 
avec  douze  cent  mille  livres  de  France  de  dot. 

Plantin,  libraire-imprimeur  d'Anvers  en  1571,  occupa 
14  ans  la  place  de  commandant  de  la  ville.  En  1583,  il  fut 
chargé  par  la  cour  d'Espagne  de  plusieurs  négociations 
importantes  concernant  les  Provinces-Unies. 


1  II  serait  trop  long  de  relever  les  erreurs  qui  fourmillent  dans 
cette  notice  de  Los  Rios.  Bornons-nous  à  faire  remarquer  qu'il 
s'agit  ici  du  Spéculum  vitce  humance  de  Rodriguez  ou  Sanchez  de 
Arevalo,  évèque  de  Zamora,  imprimé  à  Paris,  en  1475,  par  Martin 
Crantz,  Ulric  Gering  et  Michel  Friburger. 


—    43!)     — 

Nicolas  Blaisii  ,  libraire-imprimeur  de  Venise,  fut 
nommé  par  la  république,  en  1630,  ambassadeurs  la  cour  à 
Vienne.  Il  était  bon  politique  et  avait  un  génie  pénétrant. 
Au  retour  de  son  ambassade,  la  république  lui  fitfrapper 
une  médaille  d'or  au  coin  de  la  ville ,  avec  le  portrait 
du  doge. 

Les  frères  Verdussen,  imprimeurs-libraires  d'Anvers, 
ont  acquis  une  réputation  très  distinguée  par  la  beauté 
de  leurs  éditions  en  rouge  et  noir,  et  ont  été  appelés  dans 
les  charges  les  plus  honorables,  comme  celles  d'échevins, 
trésoriers  de  la  ville,  etc. 

Les  frères  de  Tournes,  une  des  plus  anciennes  et  des 
plus  illustres  familles  de  Genève  :  depuis  1320,  ils  ont  été 
honorés,  et  ont  occupé  les  premières  places  dans  la  magis- 
trature de  la  République.  En  1503,  Jean  de  Tournes,  l'un 
des  frères,  vint  à  Lyon  pour  y  fixer  son  établissement  de 
librairie  ;  et,  en  1507,  le  premier  ouvrage  qui  sortit  de  ses 
presses  fut  les  fables  d'Esope,  latin-français,  in-18°,  avec 
des  petites  figures  en  bois  ;  ce  fut  alors  que  Louis  XII  fit 
spn  entrée  à  Lyon.  Jean  de  Tournes  présenta  au  prince 
un  exemplaire  de  son  livre,  et  le  Prince  accorda  sa  pro- 
tection à  lui  et  à  ses  descendants.  Cette  maison  célèbre 
a  existé  plus  de  deux  siècles  dans  cette  ville,  faisant  tous 
les  ans  pour  plus  d'un  million  d'affaires,  tant  en  Allemagne 
qu'en  Italie,  Espagne  et  Portugal.  En  1780,  ils  ont  cédé  leur 
commerce  à  MM.  Piestre  et  de  Lamollière,  leurs  élèves, 
qui  ont  augmenté  ce  commerce  d'une  imprimerie  que  l'on 
peut  regarder  comme  la  plus  belle  de  Lyon,  ayant  8  presses 
sur  la  même  ligne;  la  salle  est  éclairée  par  quantité  de 
croisées.  L'on  y  occupe  journellement  au  moins  40  per- 
sonnes. Le  catalogue  de  leur  fonds  de  librairie  est  un 
vol.  in-8°  de  près  de  600  pages,  et  contient  plus  de  cinq 
mille  articles  dont  ils  possèdent,  pour  la  plupart,  un  grand 
nombre  d'exemplaires. 


—    440     — 

Jean  Baskerville,  célèbre  imprimeur-libraire  de  Bir- 
mingham, en  Angleterre,  mort  en  1775,  âgé  de  00  ans. 
Personne  avant  lui  n'avait  porté  si  loin  la  perfection  de 
son  art  :  les  éditions  sorties  de  ses  presses  sont  de  la 
plus  grande  beauté,  surtout  celle  de  Virgile,  in-4°,  et  de 
l'Arioste,  4  vol.  in-S°,  dont  quelques  exemplaires  sont  tirés 
sur  grand  papier;  ce  sont  des  chef-d'œuvres  de  typo- 
graphie. Il  gravait  et  fondait  lui-même  ses  caractères- 
il  est  aussi  l'inventeur  d'une  nouvelle  manière  de  fabri- 
quer le  papier,  qui  ressemble  à  de  l'étoffe  de  soie  ;  mais  il 
n'a  jamais  voulu  communiquer  son  secret  à  personne.  Une 
partie  de  ses  caractères  sont  passés  à  la  Société  typogra- 
phique de  Kehl,  près  de  Strasbourg,  qui  s'en  est  servi  à 
donner  plusieurs  éditions  de  Voltaire,  tant  in-8"  qu'in-12°, 
dont  il  a  paru  jusqu'à  présent  51  volumes.  Baskerville 
jouissait  d'une  haute  considération  ;  il  a  eu  l'honneur  de 
loger  chez  lui,  pendant  12  jours,  monseigneur  le  duc  de 
Cumberland  et  l'archevêque  de  Cantorbéry;  et,  lorsqu'il 
venait  à  Londres,  il  lui  était  défendu  de  loger  autre  part 
qu'à  la  cour. 

Gabriel  Martin,  libraire  de  Paris,  mort  en  1761,  avait 
une  grande  connaissance  des  livres,  et  possédait  l'art  de 
disposer  une  bibliothèque.  Il  était  en  correspondance  avec 
les  plus  célèbres  bibliothécaires  de  l'Europe,  et  consultait 
sans  cesse  les  gens  de  lettres.  Les  amateurs  conservent 
les  catalogues  faits  par  lui  des  ventes  publiques  dont  il 
était  chargé,  et  les  mettent  au  rang  des  bons  livres, 
surtout  ceux  de  Collert,  de  Bulteau,  de  Boisier,  de  Dufay, 
de  Hoym,  de  Rothelin,  de  Brochard,  de  la  comtesse  de 
Verne,  de  Bellanger,  de  Boze,  etc. 

Jacob  Martens,  un  des  premiers  imprimeurs  de  Louvain, 
vint,  en  1534,  s'établir  à  Anvers,  avec  la  réputation  d'un 
homme  savant  et  honnête.  Les  livres  sortis  de  ses  presses 


—    441     — 

ont  presque  tous  eu  le  sort  d'être  vendus  à  la  beurrière, 
aussi  bien  que  deux  petits  volumes  de  chansons  dont  il 
était  l'auteur,  qui  ont  eu  le  même  sort.  On  peut  comparer 
cet  imprimeur  et  ses  ouvrages  à  ceux  sortis  de  la  plume 
du  sieur  Los  Rios,  libraire  à  Lyon. 

Je  pourrais  encore  faire  mention  d'une  infinité  d'hom- 
mes célèbres  dans  l'imprimerie  et  librairie,  tant  à  Paris 
qu'à  Lyon.  Cette  dernière  ville  surtout,  toujours  attentive 
à  honorer  les  talents,  en  a  souvent  appelé  aux  charges 
municipales,  aussi  bien  qu'à  l'administration  de  ses  deux 
hôpitaux;  tels  sont  les  Rouville,  les  Cardon,  les  Vincent,  les 
Anisson,  les  Posuel,  les  Valfray,  les  Périsse,  les  Regnault, 
les  Bruyset,  etc. 

Sa  Bibliographie  instructive  (1777)  est  une  œuvre 
médiocre,  dont  les  notes  sont  peu  importantes,  et 
qui  n'a  guère  d'intérêt  que  comme  document  sur 
le  prix  des  livres.  La  plupart  des  ouvrages  qui  y 
sont  décrits  provenaient  de  la  bibliothèque  des 
jésuites  de  Lyon,  dont  Los  Rios  avait  fait  l'acqui- 
sition en  1768,  ainsi  que  des  bibliothèques  des 
jésuites  de  Tournon  et  de  Mâcon  et  des  collections 
des  abbés  Piole  et  Gindre. 

Malgré  mes  recherches,  je  n'ai  pu  trouver  de 
Los  Rios  que  les  deux  ouvrages  dont  il  a  déjà  été 
question,  et  dont  voici  la  description  bibliogra- 
phique exacte  : 

I. 

BIBLIOGRAPHIE  ||  INSTRUCTIVE,  ||  OU  ||  NOTICE  ||  De 
quelques  Livres  rares,  Singuliers  &  ||  difficiles  à  trouver,  avec 
des  Notes  ||  historiques,  pour  connoître  &  dij-\\tinguer  les  diffé- 
rentes Editions,  ||  &  leur  valeur  dans  le  commerce;  ||  difpofce  par 
FRANÇOIS  DE  LOS-||RIOS,  Libraire  à  Lyon.  ||  3  liv.  broché.  || 

30 


—    442     — 

A  AVIGNON,  ||  Chez  FRANÇOIS  SEGUIN,  Imprimeur.  ||  A 
LYON,  ||  Chez  l'Auteur.  ||  M.  DCC.  L  XXVII.  || 

In-8°,  XVI  pp.  pour  le  titre,  l'avertissement  et  la  table  des 
auteurs,  207  pp.  de  texte  et  1  p.  blanche.  Avec  un  portrait  en  maniçre 
noire,  profil  adroite;  un  cadre  ovale  contient  l'inscription  :  François 
de  Los-Rios,  né  à  Anvers  en  1728  [sic],  libraire  a  Lyon  depuis  1766  '. 

[Bibl.  Université  de  Gand,  Hist.,  n°928]. 

II. 

ŒUVRES  ||  DE  ||  FRANÇOIS  DE  LOS-RIOS,  ||  Libraire  de 
Lyon.  ||  CONTENANT  ||  Plufieurs  defcriptions  &  obfervations  \\ 
fur  des  objets  curieux  ou  particuliers,  aventures,  voyages,  &c.\\ 
|  Fleuron]. 

A  LONDRES,  ||  chez  MOLINI,  Libraire  de  l'Académie.  ||  1789. || 

In-12°,  IV  et  VIII  pp.  pour  le  titre  et  la  table  des  matières, 
173  pp.  de  texte  et  1  p.  blanche.  L'adresse  est  fausse,  selon  l'usage 
de  l'époque  pour  les  livres  de  cette  nature.  Le  recueil  de  Los  Rios  a 
sans  doute  été  imprimé  à  Paris  ou  à  Lyon. 

[Bibliothèque  royale  de  Bruxelles,  fonds  Van  Hul- 
them,n°  14413]. 

La  France  littéraire  mentionne  encore  les  deux 
œuvres  suivantes  de  François  de  Los  Rios  : 

III. 

Petite  bibliothèque  amusante,  ou  recueil  de  pièces  choisies.  — 
London,  printed  for  S.Crowder,C.Ware  andPayne  [Lyon],  1781; 
2  vol.  in-16°. 

D'après  l'analyse  que  Breghot  du  Lut  en  donne  dans  ses 
Mélanges  biographiques  et  littéraires  (1828),  ce  recueil  contient 
plusieurs  pièces  reproduites  dans  les  Œuvres.  A  la  fin  de  la 
seconde  partie,  se  trouve  une  lettre  de  l'auteur  à  Mr  G.  de  B., 
où  Los-Rios  engage  ce  dernier  à  inviter  l'auteur  des  Mémoires  et 

1  Outre  ce  portrait,  la  grande  bibliothèque  de  la  ville  de  Lyon 
possède  encoi'e  un  portrait  de  Los  Rios,  sans  nom  d'auteur,  qui  n'en 
est,  sans  doute,  qu'une  variante  :  médaillon,  avec  des  livres  sur  une 
plinthe  ;  profil  à  droite  ;  in-8°. 


—    443     — 

aventures  de  don  Louis  de  Guevarra,  dont  il  avait  paru  deux 
volumes,  à  lui  demander,  à  lui,  Los-Rios,  d'y  ajouter  un  troisième 
volume.  J.-S.  Ersch  cite  de  la  Petite  bibliothèque  amusante  une 
édition  de  Lyon,  17GG. 

IV. 

La  science  de  la  librairie,  à  V usage  des  élèves  de  cet  état. 

Enfin,  d'après  une  note,  qui  se  trouve  à  la  suite 
de  la  table  des  matières  des  Œuvres,  mais  d'appa- 
rence assez  fallacieuse,  Los  Rios  aurait  aussi  écrit 
les  trois  pièces  suivantes  : 

V. 

Arlequin  libraire-bouquiniste-brocanteur,  tend,  achète  et  par- 
court les  bibliothèques  des  villes  et  des  campagnes,  comédie  en 

prose  et  en  un  acte. 

VI. 

Le  Maréchal -ferrant  aux  prises  avec  un  célèbre  médecin,  dis- 
pidant  une  cause  de  maladies  de  l'ïiomme  et  du  cheval,  comédie 
en  un  acte. 

Dans  cette  pièce,  Los-Rios  mettait  sans  doute  en  scène  ce  maré- 
chal-ferrant  de  La  Guillotière,  Pierre  Brakman,  qui  l'avait  sauvé, 
en  1774,  d'une  maladie  dont  la  Faculté  n'avait  pu  venir  à  bout. 

VII. 

Les  fêtes  extravagantes  des  guinguettes  aux  environs  de  Lon- 
dres, comédie  en  un  acte. 

C'est  par  erreur  que  J.-S.  Ersch  lui  attribue 
plusieurs  romans;  il  s'agit  probablement  des  pro- 
ductions de  sa  parente,  Charlotte-Marie  de  Los 
Rios,  qui  fut  maîtresse  de  pension,  et  écrivit  des 
romans  à  l'usage  de  la  jeunesse  '. 

Paul  Bergman  s. 
(A  continuer). 

1  Cf.  Biographie  nationale,  t.  V  (187G),  col.  4G3,  v°  De  Los  Rios, 


—     444     — 


L'ADMINISTRATION  PROVINCIALE 

ZEIST    FLAUDRE 

Sous  les  périodes  espagnole  et  autrichienne1, 


(Les  États  de  Flandre.) 

La  forme  sociale  et  politique  dans  laquelle  un  peuple 
peut  entrer  et  rester  n'est  pas  livrée  à  son  arbitraire, 
mais  déterminée  par  son  caractère  et  son  passé... 
Si  nous  parvenons  à  trouver  la  nôtre,  ce  ne  sera 
qu'en  nous  étudiant  nous  mêmes,  et  plus  nous 
saurons  précisément  ce  que  nous  sommes,  plus  nous 
démêlerons  sûrement  ce  qui  nous  convient.... 

(H.  Taise.  Les  origines  de  la  France  contem- 
poraine. L'ancien  régime.) 


CHAPITRE    I. 
LES  ÉTATS  DE  FLANDRE  JUSQU'EN  1754. 


TITRE  I. 

ÉVOLUTION  DE  L'ANCIEN  POUVOIR  PROVINCIAL  EN  FLANDRE. 

Le  pouvoir  placé  à  la  tête  de  chaque  province 
des  anciens  Pays-Bas  était,  comme  on  sait,  un  corps 
représentatif  et  délibératif,  connu,  d'une  façon 
générale,  sous  le  nom  d'États  provinciaux2. 

1  Suite.  —  Voir  Mess,  des  Sciences  histor.,  3e  liv.  1890,  p.  319. 
8  La  dénomination  sous  laquelle   furent    connus    les  États   de 
Flandre  a  quelque  peu  varié. 
Jusque  vers  la  fin  du  XVIe  siècde,  il  n'est  question,  dans  les  docu- 


—    445    — 

Nous  avons  examiné  brièvement,  les  origines 
de  cette  institution  en  Flandre,  et  les  transforma- 
tions qu'elle  subit  jusqu'au  commencement  du 
régime  espagnol. 

En  dépit  de  toutes  ces  transformations,  les  États 
de  Flandre  constituèrent  toujours  le  premier  pou- 
voir de  la  province.  Cette  vérité  résulte  déjà  de  ce 
qui  précède  et  ressortira  plus  clairement  encore  de 
ce  qui  va  suivre. 

On  a  vu  quelle  était  la  jouissance  des  anciens 
Parlements,  on  les  a  vu  participer  à  tous  les  actes 
de  la  politique  intérieure  et  même  à  ceux  de  la 
politique  extérieure  du  pays. 

Sous  les  ducs  de  Bourgogne,  ou  tout  au  moins 
jusque  vers  la  seconde  moitié  du  XVe  siècle,  les 


ments  publiés  que  des  Quatre  Membres  et  Estais  du  pays  et  conté  de 
Flandres  * . 

En  1599  seulement  apparaît  la  dénomination  :  les  Ecclésiastiques 
et  Quatre  Membres  de  Flayidres  **. 

Au  XVIIe  siècle  on  emploie  tantôt  cette  dernière  dénomination, 
tantôt  celle-ci  :  les  Estats  du  pays  et  conté  de  Flandres,  ou  encore  : 
les  Estats  de  la  province  de  Flandres  **'. 

A  partir  de  la  fin  du  XVIIe  siècle  et  jusqu'en  1754,  le  titre  de 
cette  assemblée  ne  varia  plus  et  fut  le  suivant  :  les  Ecclésiastiques  et 
Membres  de  Flandre  [de  Geestelijcke  en  de  Ledenvan  Vlaendren). 

Disons  enfin  que  les  pièces  de  cette  dernière  époque  émanant  du 
pouvoir  central  portaient  généralement  la  suscription  passablement 
longue  que  voici  :  A  très  révérends  Pères  en  Dieu,  vénérables  nobles, 
très  chers  et  bien  amez,  chers  et  bien  amez,  les  ecclésiastiques, 
nobles,  membres  et  Députez  des  villes  et  chastellenies  subalternes  du 
Pays  et  comté  de  Flandres  représentant  les  Estats  d'icelluy  Pays  ou 
leurs  Députez. 

*  Archives  communales  de  Gand.  Inventaire  général  Ml,  série  91  1. 
**  Idem. 
***  Idem. 


446     — 


États,    où  les   Quatre  Membres  étaient  prédomi- 
nants, sont  encore  en  plein  exercice  de  leur  puis- 


sance ', 


Ce  fut  la  belle  époque  des  États,  mais  malheu- 
reusement, elle  ne  dura  guère.  On  a  vu,  en  effet, 
de  quelle  rude  façon  ils  furent  traités ,  dans  la 
suite,  par  Charles  le  Téméraire,  et  comment  ils  se 
conduisirent  à  l'égard  de  ce  prince. 

Loin  de  nous,  la  pensée  de  nier  que  le  seul  fait 
d'oser  concevoir  de  la  résistance  aux  ordres  du 
puissant  duc,  ne  dénotât  encore  chez  eux  le  senti- 
ment d'une  certaine  force;  mais,  il  est  évident, 
d'autre  part,  que  la  promptitude  avec  laquelle  ils 
s'inclinèrent  prouve  que  leur  résistance  ne  s'ap- 
puyait plus,  dès  lors,  sur  des  bases  bien  sérieuses 
et  que,  de  cette  époque  déjà,  date  la  décadence  de 
leur  ancien  pouvoir. 


1  Le  5  février  1408,  les  États  réunis  à  Gand,  correspondent  avec 
les  ambassadeurs  anglais,  à  Calais  (Gilliodts,  loc.  cit.,  p.  38). 

«  A  cette  époque  (même  auteur,  p.  263),  les  États  de  Flandre 
«  composés  des  Quatre  Membres  —  Gand,  Bruges,  Ypres  et  le 
«  Franc  —  continuaient  à  tenir  leurs  séances  à  Gand,  et  s'y  établis- 
«  saient  pour  ainsi  dire  en  permanence. 

«  Peu  à  peu  ils  avaient  entrepris  la  direction  de  toutes  les  affaires 
«  générales  intéressant  le  pays;  ils  étaient  devenus  une  véritable 
«  puissance  avec  laquelle  les  ducs  devaient  compter. 

«  Ce  n'était  plus  là  un  simple  corps  consultatif  appelé  à  émettre 
«  des  vœux  sans  sanction.  Ils  formaient  un  corps  délibérant,  et  leurs 
«  décisions  avaient  la  force  qui  s'attache  à  l'expression  régulière  et 
>.  légale  de  la  volonté  du  peuple. 

«  Les  relations  extérieures  les  préoccupaient  à  un  même  degré  que 
«  l'administration  intérieure...  En  un  mot,  s'il  nous  est  permis 
«  d'introduire  à  cette  époque  éloignée  notre  langage  moderne,  nous 
«  dirons  qu'ils  avaient  jeté  les  premières  bases  du  système  représen- 
«  tatif.  » 


—    447    — 

Notons,  du  reste,  qu'antérieurement  aux  ducs 
de  Bourgogne,  la  Flandre  n'était,  à  proprement 
parler,  pas  une  province,  mais  un  véritable  État, 
dans  lequel  les  Parlements  étaient  quasi  souve- 
rains. Mais,  la  «  provincialisation  »  —  s'il  nous  est 
permis  d'employer  ce  mot  — des  petits  États,  consé- 
quence naturelle  de  la  formation  des  grands,  com- 
mence à  l'époque  des  ducs,  et  s'achève,  en  Flandre, 
par  la  réunion  du  comté  à  la  couronne  d'Autriche. 
Les  États  du  pays  devinrent,  dès  lors,  sinon  en 
droit,  du  moins  en  fait,  peu  à  peu,  de  simples 
États  provinciaux. 

Dans  la  suite,  le  pouvoir  central  s'établit  de  plus 
en  plus  solidement  et  s'appliqua  constamment  à 
limiter  le  cercle  d'attributions  des  États,  aux 
intérêts  économiques  de  la  province. 

De  là,  le  pouvoir  provincial. 

On  aura  remarqué  '  que  l'on  peut  distinguer 
deux  grandes  étapes  dans  l'évolution  du  pouvoir 
provincial  en  Flandre. 

La  première  comprend  une  période  d'oligarchie 
des  grandes  villes;  elle  commence,  pour  ainsi  dire, 
à  l'origine  de  l'institution  et  se  maintient  jusqu'en 
1754. 

Sous  l'influence  des  idées  de  cette  époque,  et 
aussi  par  raison  politique,  une  réforme  radicale  eut 
lieu  en  cette  année  :  les  petites  villes  et  le  plat 
pays  acquirent  une  part  dans  le  pouvoir  provincial. 

Voici  comment  ce  pouvoir  est  défini  par  un 
homme  politique   du  XVIIIe   siècle,   le  comte  de 

1  Voir  l'Introduction. 


—    448    - 

Neny,  chef  et  président  du  Conseil  privé,  dans  ses 
Mémoires  historiques  et  politiques  sur  les  Pays-Bas 
autrichiens  '. 

«  Le  pouvoir  des  États,  dit-il,  doit  être  borné  au 
«  droit  de  consentir  aux  impositions  et  à  une  ad- 
«  ministration  économique  sans  juridiction,  sans 
«  aucune  attribution  de  la  puissance  publique,  car 
«  ils  ne  sont  que  les  représentants  du  corps  des 
«  sujets  :  les  tributs  qu'ils  lèvent  sur  les  peuples 
«  sont  des  fonds  appartenant  au  Souverain,  impo- 
«  ses  en  vertu  de  leur  consentement,  mais  par  l'au- 
«  torité  du  Souverain,  sans  laquelle  nulle  espèce 
«  d'impôt  n'est  légitime.  » 

Telles  étaient  les  idées  que  l'on  avait,  vers  la  fin 
du  XVIir  siècle,  dans  les  sphères  gouvernemen- 
tales, au  sujet  du  pouvoir  provincial. 

Cependant,  qu'on  ne  s'y  trompe  pas,  ce  pouvoir 
«  borné  au  droit  de  consentir  des  impositions  » 
avait,  dans  la  pratique,  les  conséquences  les  plus 
graves.  En  effet,  le  souverain  ne  pouvait  évidem- 
ment gouverner  sans  argent,  et,  comme  les  États 
n'accordaient  celui-ci  que  sous  certaines  conditions, 
il  s'en  suivait  que  le  pouvoir  des  États,  quoique 
bien  restreint  dans  les  derniers  temps,  surtout 
comparativement  à  ce  qu'il  avait  été,  constituait 
encore  toujours  une  puissance  assez  considérable, 
soit  pour  empêcher,  le  cas  échéant,  le  Souverain 
de  prendre  une  mesure  arbitraire,  soit  pour  lui 
imposer  des  réformes  ou  des  améliorations  dans 
toutes  les  branches  du  gouvernement. 

1  Tome  II,  p.  153. 


-    440    - 
TITRE  IL 

COMPOSITION  DES  ÉTATS. 

Les  États  se  composaient  de  deux  éléments  bien 
distincts  :  l'élément  délibératif  et  l'élément  consul- 
tatif. 

Les  chefs-villes,  et,  plus  tard,  le  clergé,  consti- 
tuaient le  premier;  la  noblesse,  pendant  quelques 
temps,  et  les  villes,  châtellenies,  métiers  et  districts, 
constituaient  le  second. 

L'élément  délibératif  avait  ses  représentants  à 
l'Assemblée  de  la  Députation  '  tandis  que  l'élément 
consultatif  n'en  avait  pas. 


8  1. 


l'élément  délibératif. 


Le  Clergé. 

D'après  Zaman2,  le  clergé  ne  commença  d'en- 
voyer des  députés  aux  États  —  c'est-à-dire  qu'il 
n'y  acquit  voix  délibérative  —  que  dans  la  seconde 
moitié  du  XVIe  siècle. 

«  Vers  l'an  1551,  dit  cet  auteur,  on  accorda  un 
«  subside  considérable  ;  pour  le  pouvoir  païer  on 


1  On  verra  plus  loin  ce  que  fût  ce  Collège. 

s  Loc.  cit.,  p.  89.  On  fait  naturellement  abstraction  des  faits  qui  se 
sont  passés  antérieurement  à  la  période  espagnole. 


—    450    - 

«  mit  des  accises  ou  impositions  sur  plusieurs 
«  espèces  de  consomption  et  autrement,  et  on 
«  créa  des  Rentes,  lesquels  on  affecta  sur  le  revenu 
«  de  ces  accises  '.  Par  l'accord  de  ce  subside,  les 
«  Quatre  Membres  eurent  la  collecte  et  la  direction 
«  de  ces  accises,  d'où  l'Assemblée  de  leurs  Députez 
«  devint  plus  fréquente.  Et  comme  le  clergé  avait 
«  consenti  de  païer  aussi  ces  impositions 2  il  joignit 
«  ses  Députez  à  ceux  des  Quatre  Membres,  d'où 
«  est  venu  l'Assemblée  qu'on  appelle  celle  des 
«  Députez  des  Ecclésiastiques  et  Membres...  « 

Cela  dura  ainsi,  d'après  le  même  auteur,  jus- 
qu'en 1576;  mais,  dit-il,  à  cette  époque,  la. reli- 
gion réformée  ayant  pris  le  dessus  en  Flandre,  le 
clergé  fut  exclu  des  États.  Toutefois,  les  Membres 
daignaient  lui  reconnaître,  de  temps  à  autre",  voix 
consultative. 

Telle  est  la  version  de  Zaman  ;  il  est  regrettable 
que,  suivant  son  habitude,  cet  auteur  n'indique 
pas  les  sources  où  il  a  puisé. 

S'il  faut  en  croire  un  Mémoire  rédigé  par  le 
baron  de  Thysebaert,  premier  pensionnaire  de  la 
ville  de  Gand,  en  1719  3,  les  choses  ne  se  seraient 
pas  absolument  passées  ainsi. 

On  verra  plus  loin,  la  véritable  cause  de  l'éta- 
blissement des  impôts  dont  parle  Zaman. 

1  Voir  plus  loin  le  véritable  motif  de  l'établissement  de  ces  impôts. 

5  On  doit  observer  ici  que  les  subsides  si  considérables  accordés 
alors  devaient  servir  à  subvenir  aux  frais  entraînés  parles  guerres  de 
religion  de  cette  époque,  et  que  le  clergé  eu  consentant  à  intervenir, 
stipula  que  son  intervention  cesserait  à  partir  du  rétablissement  de 
la  paix  religieuse.  Cela  résulte  de  divers  actes  d'accord. 

3  Bibliothèque  de  l'Université  de  Gand.  Collection  de  documents 
citée. 


—    451    — 

Antérieurement,  à  rétablissement  de  ces  impôts, 
le  clergé  n'intervenait  pas  dans  le  payement  des 
subsides  qui  se  levaient  d'après  le  Transport  sur 
lequel  le  clergé  ne  figurait  pas. 

A  partir  de  Tannée  1543,  le  Transport  ne  servit 
plus  à  la  levée  du  subside. 

Depuis  cette  époque,  jusqu'en  1G31,  des  impôts 
furent  établis  à  cette  fin,  et  le  clergé  contribua, 
comme  tout  le  monde  du  reste,  dans  le  payement 
de  ces  impôts.  Mais  on  ne  songea  pas  pour  cela  à 
faire  rentrer  le  clergé  aux  États  ':  «  le  tout  s'est 
«  présenté  et  fait,  dit  l'auteur  du  Mémoire,  de  la 
«  part  et  à  la  réquisition  des  Quatre  Membres, 
«  sans  qu'il  y  soit  entre  venu  aucun  consentement 
«  des  Ecclésiastiques  (p.  3).  » 

Les  Ecclésiastiques  (comme  les  nobles)  s'en 
plaignirent  et  demandèrent  à  n'être  soumis  à  l'im- 
pôt que  de  «  leur  préalable  aveu  et  consentement.  » 
Leur  demande  fut  rejetée  ;  tout  au  plus  obtinrent- 
ils  que  trois  Députés  de  leur  ordre  pussent  assister 
à  l'audition  des  comptes  de  l'accord  fait  par  les 
Membres  de  Flandre  (décret  du  10  février  1551). 

Durant  la  période  des  troubles,  le  clergé  paya 
assez  volontiers  l'impôt  pour  procurer  au  gouver- 
nement espagnol  les  moyens  de  détruire  la  réforme 
dans  les  Pays-Bas. 

Mais,  en  1593,  les  Ecclésiastiques  refusèrent 
même  de  donner  l'avis  qui  leur  avait  été  demandé 
par  les  Membres  sur  l'octroi  d'un  subside.  Ils 
prétendirent  alors  qu'il  ne  suffisait  plus  de  les 
consulter,  mais  qu'ils  avaient  le  droit  de  faire 
partie  de  l'Assemblée  de  la  Députation,  en  d'autres 


-    452    -- 

termes,  comme  nous  l'avons  déjà  vu,  d'avoir  voix 
délibérative. 

A  cette  époque  cependant,  les  Quatre  Membres 
furent  encore  autorisés  à  passer  outre  à  ce  refus. 

C'est  alors  que  le  clergé  «  forma  un  débat  contre 
les  Quatre  Membres  »  qui  fut  envoyé  le  12  octo- 
bre 1596  au  Grand  Conseil,  lequel  décida  par 
arrêt  du  5  du  mois  de  novembre  suivant  «  qu'en 
«  toutes  convocations  et  assemblées  qui  se  feront 
«  pour  le  fait  des  aj^des  et  autrement,  èsquelles 
«  les  supplians  seront  appelles,  leur  sera  donné  la 
«  place  que  leur  qualité  et  dignité  le  requiert, 
«  et  selon  qu'avant  les  troubles  dernières  a  été 
«  observé  ' .  » 

Ce  serait  trop  s'avancer  que  de  conclure  de  cet 
arrêt  que  le  clergé  avait  obtenu  gain  de  cause,  car, 
comme  nous  venons  de  le  dire,  nous  n'avons  trouvé 
avant  «  les  troubles  »  que  le  décret  du  10  février 
1551  qui  n'accorde  au  clergé  que  le  droit  d'assister 
à  Y  audition  des  comptes  de  V  accord  fait  par  les 
Membres,  ce  qui,  on  en  conviendra,  est  tout  autre 
chose  que  d'obtenir  le  droit  de  faire  partie  de  la 
Députation  et  d'avoir  voix  délibérative. 

On  tarda  encore  quelques  années  d'ailleurs  avant 
d'admettre  les  prétentions  du  clergé,  et  ce  ne  fut 
qu'à  partir  de  l'an  1616  2  et  après  divers  arran- 
gements, que  cet  état  acquit  définitivement  voix 
délibérative  et  fut  régulièrement  représenté  à 
l'Assemblée  de  la  Députation. 

1  Placards  de  Flandre,  Ve  livre,  p.  335. 

2  Wynants  dit  1610  (Mémoires  contenant  des  notions  générales  de 
tout  ce  qui  concerne  le  Gouvernement  des  Pays-Bas,  formées  en 
1730.  Biblioth.  de  l'Université  de  Gand,  manuscrit  n°  142). 


-     453    — 

L'ordre  ecclésiastique  avait  clans  l'Assemblée 
une  voix  collective  \ 

Il  formait  dans  chacun  des  deux  diocèses  un 
corps  composé  de  l'évêque,  des  abbés  des  monas- 
tères et  des  chapitres  de  chanoines.  Les  réunions 
de  ces  deux  corps  avaient  lieu  dans  les  palais  épis- 
copaux  et  les  résolutions  s'y  prenaient  à  la  plura- 
lité des  voix 2. 

Ils  pouvaient  envoyer  à  l'Assemblée  de  la  Dépu- 
tation  deux  ou  trois  députés  au  plus  3.  En  fait,  ils 
n'en  envoyèrent  jamais  que  deux. 

Le  clergé  tenait  le  premier  rang  dans  les  États  l. 

Telle  était  la  loi,  mais  en  fait,  ceux  de  Gand  pré- 
tendirent ne  pas  lui  être  inférieur  et  soutinrent 
toujours  qu'ils  constituaient  le  premier  Membre  de 
Flandre,  à  preuve,  disaient-ils,  entre  autres,  que 
les  députés  de  Gand  «  signent  en  parallèle  avec 
a  ceux  des  ecclésiastiques,  le  membre  de  Bruges, 
«  sous  la  signature  des  ecclésiastiques,  et  ceux  du 
«  Franc,  sous  la  signature  des  députés  de  Gand5.  » 

1  Sentence  du  5  novembre  1596  et  décret  du  20  mars  1597  (Plac. 
de  Flandre,  Ve  livre,  p.  335-336). 

*  Archives  communales  de  Gand,  Inventaire  cité,  série91;l  et 91  2. 
Au  XVIIe  siècle  les  réunions  de  tout  le  clergé  de  Flandre  avaient 
lieu  dans  le  palais  de  l'évêque  de  Bruges  (Archives  État-Gand, 
reg.  567,  f°  20). 

3  Décret  du  20  mars  1597  cité. 

4  Idem,  voir  aussi  Raepsaet,  loc.  cit.,  p.  31. 

8  Archives  communales  de  Gand,  Inventaire  cité,  série  91/9.  Voir 
aussi  le  Mémoire  du  baron  Thysebaert  où  l'on  conteste  formellement 
la  prééminence  du  clergé.  Voici  enfin  un  extrait  d'un  document  de 
l'année  1594  :  «  Jehan  Douchet,  huissier  d'armes  du  grand  conseil 
de  Sa  Majesté,  déclare  d'avoir  fait  commandement  comme  je  fais  par 
cestes  à  messires  les  Echevins  de  la  ville  de  Gand,  comme  premier 
membre  du  pays  de  Flandres,  représentant  aussy  les  aultres  trois 
membres  des  Etats  du  dit  pays  de  Flandre,  etc.  » 


—    454    — 

Enfin,  la  composition  de  Tordre  ecclésiastique 
varia  quelque  peu ,  selon  les  époques. 

Sous  Charles  Quint,  il  se  composait  de  cinq 
évêques,  trente-deux  abbés,  six  prévôts,  cinq 
prieurs,  etc.  (Wielandt  {loc.  cit.),  en  donne  la 
nomenclature  complète.) 

Au  XVIIe  siècle,  Tordre  ecclésiastique  aux  États 
se  composait  des  évêques  de  Gand  et  de  Bruges,  de 
dix^neuf  abbés  et  de  quatorze  chapitres. 

Dans  la  première  moitié  du  XVIIIe  siècle  la  repré- 
sentation ecclésiastique  ne  comptait  plus  que  les 
deux  évêques  de  Gand  et  de  Bruges,  onze  abbés  et 
onze  chapitres. 

En  1775  ',  la  composition  était  la  suivante  : 
Clergé  de  Gand,  Tévêque,  les  abbayes  de  Saint- 
Pierre,  d'Eenaeme,  Ninove,  Tronchiennes ,  Bau- 
deloo  et  Waerschoot;  les  chapitres  de  Saint-Bavon, 
Sainte-Pharaïlde,  Notre  Dame  de  Courtrai,  Notre 
Dame  de  Termonde,  Saint-Sauveur  (Harlebeke), 
Saint-Martin  (Alost)  et  Saint-Hermès  (Renaix).  — 
Clergé' de  Bruges,  Tévêque,  les  abbayes  d'Ouder- 
burgh  (Oudenbourg) ,  Saint- André,  des  Dunes, 
d'Eeckhaute  (Bruges)  ;  et  les  chapitres  de  Saint- 
Donat,  Notre  Dame,  Saint-Sauveur  (Bruges)  et 
Saint-Pierre  (Thourout). 

Antérieurement,  il  y  eut  aussi  les  abbayes  de 
Saint- Adrien  (Grammont),  de  Loo,  de  Saint- Winox 
(Berghes),  Saint-Jean  du  Mont  (Ypres);  Waestene; 
Zonnebeke,  les  prévôtés  d'Eversham,  de  Worme- 
zele,  et  de  Watene  (Watou),  etc. 

1  Mémoire  n°  47U  (Archives  État- Gand). 


—    455    — 


Les  Membres. 


La  représentation  la  pins  importante  était,  sans 
contredit,  celle  des  villes  on  Membres.  Elle  se  com- 
posait des  villes  de  Gand,  Bruges  et  Ypres,  ainsi 
que  du  Franc  de  Bruges . 

La  ville  d' Ypres  ne  fut  représentée  que  jusqu'en 
1678.  Après  le  traité  de  Nimègue,  du  17  septembre 
1678,  Ypres  fut  cédée  à  la  France,  et  après  la 
rétrocession  de  cette  ville  à  la  Maison  d'Autriche, 
elle  ne  fut  plus  représentée  aux  États. 

Chacune  des  chefs-villes  ayant  une  voix  décisive, 
leur  représentation  était  prépondérante  aux  États, 
puisqu'elles  disposaient,  après  1678,  de  trois  voix 
sur  quatre  et,  auparavant,  de  quatre  voix  sur  cinq. 
Nous  avons  déjà  montré,  d'après  Warnkoenig, 
que  la  cause  première  de  cette  prépondérance  des 
grandes  villes  ou  chefs-villes  sur  le  plat  pays,  rési- 
dait dans  l'ancienne  organisation  judiciaire  qui 
rendait  les  communes  du  plat  pays  justiciables  de 
leur  chef-ville. 

Mais,  d'autres  causes  encore  assurèrent  la  pré- 
potence de  celles-ci. 

Ces  causes  peuvent  être  divisées  en  trois  caté- 
gories principales  :  militaires ,  commerciales  et 
financières. 

Au  point  de  vue  militaire,  les  chefs-villes  avaient, 
selon  l'expression  de  Zaman  (loc.  cit.,  p.  78,  IX), 
la  direction  «  d'Armes  et  de  Guerre.  »  Le  môme 
auteur  donne  des  considérations  très  intéressantes 
à  ce  sujet  et  publie  une  a  ordonnance  sur  le  fait  de 
Guerre  pour  le  Membre  de  Gand  »  (p.  78  à  83), 


—    456    — 

La  puissance  commerciale  des  Membres,  qui  fut 
la  source  de  leur  puissance  financière,  était,  comme 
on  sait,  extrêmement  considérable. 

Elle  puisait  son  origine  dans  les  Hanses.  Les 
chefs-villes  furent  d'abord  affiliées  à  la  Hanse  de 
Londres  et  ensuite  à  la  Hanse  teutonique.  Cette  affi- 
liation les  mettaient  —  on  a  déjà  pu  le  constater 
—  en  rapports  diplomatiques  directs  avec  les  États 
voisins.  On  sait  aussi  que  la  Hanse  avait  une  marine 
marchande  et  militaire.  Ceux  de  Bruges  et  du 
Franc  en  avaient  la  direction. 

Cette  marine  était  fortement  organisée  et  eut 
des  fastes  remarquables. 

Ainsi,  «  en  1422,  la  Hanse  put  rassembler  240  na- 
vires et  12,000  hommes  pour  combattre  le  roi  de 
■Suède,  et,  un  demi  siècle  après,  elle  déclara  la  guerre 
aux  Anglais,  se  saisit  de  leurs  vaisseaux  sur  toutes 
les  mers  et  fit  plusieurs  descentes  sur  leurs  côtes  ' .  » 

On  conçoit  combien  une  telle  puissance  à  l'exté- 
rieur devait  avoir  son  contre  coup  sur  la  politique 
intérieure  du  pays.  Aussi,  avons-nous  eu  déjà  l'oc- 
casion de  montrer  que  les  Quatre  Membres  me- 
nèrent, à  un  moment  donné,  pour  ainsi  dire  seuls, 
toutes  les  affaires  politiques  du  Comté,  tant  inté- 
rieures qu'extérieures. 

Mais,  ces  deux  premières  causes  ne  doivent 
cependant  être  envisagées  que  comme  ayant  établi, 
à  l'origine,  la  supériorité  des  Membres.  A  l'époque 
où  nous  sommes  parvenus,  elles  ne  sont  plus  qu'un 
souvenir. 

La  cause  principale,  et  qui  dura  pendant  pres- 

{  La  Belgique  actuelle  au  point  de  vue  commercial,  colonial  et 
militaire,  2"  édition,  1889  (passage  extrait  de  Strada). 


—    457     — 

que  tout  l'ancien  régime,  était  la  grande  richesse 
des  chefs- villes  qui  payaient,  et  de  beaucoup,  la 
plus  forte  part  contributive  dans  les  subsides. 

On  sait  déjà  que  chaque  ville,  châtellenie,  métier, 
pays  ou  district ,  contribuait  aux  subsides  pour 
une  cote  proportionnelle  établie  par  le  cadastre  ou 
Transport. 

Or,  d'après  le  premier  Transport,  qui  date  de 
l'année  1309,  les  trois  chefs-villes  Gand,  Bruges  et 
Ypres,  intervenaient  dans  le  subside  pour  environ 
40  p.  c.  —  H  y  a  lieu  de  noter,  qu'à  cette  époque,  le 
Franc,  qui  payait,  à  lui  seul,  14  p.  c.  du  subside, 
n'était  pas  encore  le  quatrième  Membre  de  Flandre. 

En  1408,  on  dressa  un  nouveau  Transport, 
«  pour  ce  que  depuis  le  dit  viel  transport  (celui 
«  de  1309)  ordonne  plusieurs  des  villes  et  parroces 
«  et  partie  des  chastellenies  de  nostre  dit  pays 
«  deuers  les  marches  de  la  mer  sont  tellement 
«  apouries  et  les  aucunes  du  tout  noyées  et  jnun- 
«  dees  de  la  diète  mer  et  les  autres  diminuées,  et 
«  en  voie  de  desercion  tant  par  le  fait  dicelle  mer, 
«  comme  par  le  fait  des  commotions  qui  ont  este 
«  derrenierement  en  nostre  dit  pays  de  Flandres, 
«  et  autrement  en  pluiseurs  manières,  que  celles 
«  ne  pourroient  en  aucune  manière  selon  le  dit 
«  viel  transport  supporter  ne  paier  leur  porcion 
«  du  dit  ayde,  aincois  en  seroient  du  tout  désert 
«  et  mis  a  destruction  etc.  '  » 


1  Les  députés  des  Quatre  Membres  de  Flandre  qui  préparèrent  le 
nouveau  Transport  de  1408  s'assemblèrent  à  Oudenbourg et  reçurent, 
à  titre  de  frais  de  séjour,  une  somme  équivalant,  savoir  pour  les 
chevaliers  ou  nobles,  à  4  francs  par  jour,  pour  les  autres,  à  3  francs 
par  jour  (Gilliopts,  Invent.  cité,  p,  20). 

31 


—    458    — 

Les  cotes  réunies  des  quatre  chefs  collèges  for- 
maient, d'après  ce  Transport  de  Tannée  1408, 
50  p.  c.  du  montant  du  subside. 

Un  troisième  cadastre  fut  dressé  en  1517  ' ,  et  un 
quatrième,  le  dernier  de  juillet  1631.  Celui-ci  resta 
en  vigueur  jusqu'en  1794. 

D'après  le  Transport  de  1631,  les  chefs  collèges, 
réduits  de  nouveau  à  trois,  à  partir  de  1678,  par 
suite  de  la  cession  d'Ypres  à  la. France,  ne  payaient 
plus  guère  qu'un  peu  au-delà  du  quart  du  subside2. 

On    vient    donc  de  voir   que,   jusque   dans   la 


1  Le  Transport  de  1517  ne  put  jamais  être  sérieusement  appliqué. 
Un  placard  du  23  août  1550  en  décide  la  revision.  Ce  placard  constate 
que  l'on  a  dû  faire  des  remises  du  quart,  du  tiers,  voire  de  la 
moitié  sur  le  montant  des  cotes  à  payer  par  les  collèges  d'après  le 
Transport  de  1517.  On  verra  plus  loin  (titre  IV),  pour  quelles  raisons 
le  nouveau  Transport  ordonné  par  l'édit  de  1550  ne  fut  dressé 
qu'en  1G31.  On  devait  tenir  compte,  dit  le  placard  de  1550,  notam- 
ment du  revenu  que  chaque  ville  retirait  de  l'accise  sur  le  vin  et  la 
bière,  de  l'étendue  territoriale  de  la  ville,  de  la  valeur  locativ'e  des 
terrains,  de  la  situation  des  villes,  du  nombre  des  maisons  sises  dans 
chaque  ville,  du  nombre  des  moulins,  du  nombre  de  personnes 
exerçant  les  métiers  de  charron,  forgeron,  scieur,  drapier,  tisserand, 
menuisier,  etc.  (Voir  Placards  de  Flandre,  livre  III,  p.  372  et  suiv.). 

2  D'après  le  Transport  de  1631  : 

Le  Franc  payait  9  livres  pour  100  livres. 
Gand  »       6  1.14  s.    9  d.     pour  100  livres. 

Bruges         »       5 1.  »  » 

Ypres  »       2  1.    1  s.  10 '/a  d.    » 

(Placards  de  Flandre,  livre  III,  p.  378  et  suiv.) 
En  1692,  les  États  accordent  un  subside  de  1,315,000  florins. 
La  ville  de  Gand  y  contribue  en  fait  pour    88,598-2-6. 
»  Bruges  »  »        65,750-0-0. 

Le  pays  du  Franc  »  »      118,350-0-0. 

En  1694,  accord  d'un  subside  de  400,000  florins. 
La  ville  de  Gand  contribue  pour  50,389-0-0. 
»  Bruges        »  »      37,370-0-0. 

Le  pays  du  Franc         »  »      67.190-0-0. 


—     4.7)     — 

seconde  moitié  du  XVIIe  siècle,  les  Quatre  Membres 
payaient  à  eux  seuls  la  moitié  du  revenu  que  le 
Souverain  tirait  de  la  Flandre1.  A  partir  de  cette 
époque,  ils  paient  encore  toujours  plus  du  quart  de 
ce  revenu. 

Cette  grande  puissance  financière  fit  que  les 
princes  eurent  constamment  toutes  sortes  d'égards 
pour  les  Membres  et  laissèrent  acquérir  à  ceux-ci, 
au  détriment  de  la  noblesse  et  des  villes  subal- 
ternes, une  très  grande  influence.  Et  ce,  d'autant 
plus,  que  les  dispositions  de  Tétat  ecclésiastique 
n'étaient  guère  favorables  au  payement  des  aides 
et  subsides.  Nous  avons  déjà  vu,  en  effet,  que  le 
clergé  ne  commença  à  payer  sa  part  que  lors  des 
guerres  de  religion  qui  désolèrent  les  Pays-Bas  au 
XVIe  siècle.  Après  le  rétablissement  de  la  paix 
religieuse,  il  continua  (sauf  une  petite  interruption) 
à  payer  sa  cote,  mais  en  ayant  toujours  soin  de 
faire  des  réserves,  portant  «  qu'il  n'était  pas  impo- 
sable, qu'il  devait  être  exempt  de  toute  charge, 

1  Et  comme  la  Flambe  contribuait  pour  plus  du  quart  dans  les 
charges  demandées  aux  Pays-Bas,  il  s'en  suivait  que,  à  un  moment 
donné,  les  quatre  chefs  collèges  fournissaient  à  eux  seuls  la  huitième 
partie  du  revenu  total  des  Pays-Bas. 

La  Flandre  était  d'ailleurs  la  plus  belle  et  la  plus  riche  province 
de  l'époque  :  ....  »  Aucune  des  autres  provinces  dû  Pays-Bas  encore 
«  soumises  à  l'Auguste  Maison  d'Autriche  ne  pouvant  être  comparée 
«  à  la  partie  de  la  Flandre  qu'elle  y  possède  actuellement,  ni  pour  la 
«  multiplicité,  ni  pour  la  variété,  ni  pour  l'importance  des  adminis- 
«  trations....  La  Flandre  Orientale  laquelle  quoique  très  démembrée 
«  forme  encore  telle  qu'elle  est  la  plus  belle  et  la  plus  riche  province 
«  des  Pays-Bas.  »  (Rapport  sur  l'état  des  administrations  de  la 
Flandre  Orientale,  de  la  Flandre  rétrocédée  et  de  Tournai  et  Tour- 
nesis,  rédigé  en  1777  par  l'auditeur  Mcller.  —  Archives  du  royaume. 
Inventaire  des  registres  de  la  Jointe  des  administrations.  Iteg.  144.) 


—     460    — 

mais  qu'il  consentait  cependant,  sans  toutefois 
vouloir  engager  l'avenir,  à  payer  sa  part  dans  le 
subside  demandé  à  la  province,  par  pur  esprit  de 
conciliation  et  par  dévouement  au  service  du 
Prince.  » 

Cela  n'était  guère  rassurant  pour  celui-ci  qui  ne 
pouvait  donc  positivement  compter  que  sur  les 
Membres. 

Les  motifs  de  la  prépondérance  des  Quatre  Mem- 
bres étant  exposés,  voyons  maintenant  quelle  était 
leur  constitution. 

C'était  la  grande  commune  ou  large  conseil  qui, 
dans  chaque  chef- ville,  formait  le  second  ordre  des 
États  de  la  province. 

La  composition  de  ces  larges  conseils  qui  consti- 
tuaient la  représentation  du  «  tiers,  »  variait  de 
l'une  ville  à  l'autre. 

A  Gand,  il  était  appelé  «  la  Collace  »  et  se  com- 
posait, depuis  1540  :  1°  des  échevins  sortis  de  la 
dernière  loi  '  ;  2"  de  quarante-deux  notables  dési- 
gnés par  le  Magistrat  et  tirés  en  nombre  égal  des 
sept  paroisses2. 

A  Bruges,  il  se  composait  de  trois  membres  : 
1°  les  anciens  bourgmestres;  2°  les  anciens  éche- 
vins et  conseillers  3;  3°  les  doyens  des  métiers,  au 

1  11  y  avait,  comme  on  sait,  à  Gand  vingt-six  échevins  (treize  de 
la  Keure  et  treize  des  Parchons). 

1  Concession  Caroline  de  1540.  —  Une  ordonnance  du  26  fé- 
vrier 1759  {Placards  de  Flandre,  livre  V,  p.  490)  décida  que  doré- 
navant les  quarante-deux  notables  formeraient  seuls  la  Collace. 

3  11  y  avait  à  Bruges  un  bourgmestre,  des  échevins  et  douze  éche- 
vins; un  bourgmestre  de  la  commune  et  douze  conseillers. 


—    4G1    — 

nombre  de  trente-quatre,  réunis  aux  six  chefs- 
hommes  ou  capitaines  des  portes  ' . 

A  Ypres,  ce  qu'on  appelait  la  grande  commune, 
était  formée  de  six  chambres  ou  collèges.  Le  pre- 
mier collège  était  le  Magistrat  renforcé  des  treize 
conseillers  (raeden  van  de  camere);  le  deuxième 
était  celui  des  vingt-sept  conseillers  (raeden  seven 
en  twintig)  ;  le  troisième,  celui  des  quinze  notables 
(notabele  poorters)  ;  le  quatrième,  celui  de  la  dra- 
perie (cinq  membres)  ;  le  cinquième,  celui  de  la 
sayetterie  (cinq  membres);  et  le  sixième,  celui  du 
négoce  commun  (de  gemeene  neirynghe),  composé 
de  dix  gouverneurs  des  métiers. 

La  généralité  du  Franc  était  représentée  par 
trois  Membres  :  1"  les  nobles  et  notables  dont  le 
nombre  était  indéterminé  ;  2°  les  seigneuries  vas- 
sales qui  se  subdivisaient  en  seigneuries  contri- 
buantes et  appendantes  ;  leur  nombre  variait  éga- 
lement2, et  3°  les  chefs  hommes  des  seigneuries 
de  la  Keure  5.  Chacun  de  ces  trois  Membres  avait 
une  voix. 

Le  Magistrat  du  Franc  émettait  un  avis  sur  les 
propositions  ;  cet  avis  était  communiqué  à  la  Géné- 
ralité qui  était  convoquée  et  assemblée  par  les 
soins  du  Magistrat1. 

1  Précis  du  régime  municipal,  par  Gachard,  p.  56.  —  Essai  sur  le 
droit  communal,  par  Giron,  p.  35. 

3  En  1775,  par  exemple,  il  y  avait  vingt-quatre  seigneuries  appen- 
dantes  ;  il  y  eut  de  six  à  dix  seigneuries  contribuantes. 

3  Le  nombre  de  paroisses  de  la  Keure  s'élevait  à  67. 

1  Ce  magistrat  était  composé  de  quatre  bourgmestres  renouvelé 
tous  les  ans,  de  vingt-huit  échevins  nommés  à  vie,  de  douze  pension- 
naires et  de  deux  greffiers  {Recueil  et  sommaire  Déduction  du  gou- 
vernement des  Païs-'Bas,  etc.  Bibliotb.  univ.  de  Gand;  man.  n°  425). 


—     462    — 


Chacune  des  trois  chefs-villes  et  la  communauté 
du  Franc,  envoyait  un  Député  à  l'Assemblée  de  la 
Députation  qui  représentait  les  États. 


§2. 


l'élément  consultatif. 


Les  autres  villes,  châtellenies,  métiers,  pays  et 
districts,  que  l'on  appelait  les  «  subalternes  »  fai- 
saient aussi  partie  des  États.  Mais  le  pouvoir  de 
ces  «  subalternes  »  ou  «  moindres  villes  »  fut  ré- 
duit, du  moins  jusqu'en  1754,  à  l'émission  d'un 
simple  avis  sur  toutes  les  demandes  ou  proposi- 
tions faites  par  le  Gouvernement.  Elles  ne  pou- 
vaient même,  conformément  à  une  ordonnance  de 
1542,  s'entendre  pour  faire  accorder  leurs  avis, 
tandis  que  la  même  ordonnance  chargeait  les  dé- 
putés des  Quatre  Membres  qui  siégeaient,  comme 
anciennement,  en  permanence,  ou  peu  s'en  fallait, 
de  faire  «  la  despeche  de  la  réponse  générale  ou 
«  de  dresser  l'acte  d'accord  du  subside'.  » 

Les  «  subalternes  »  réclamèrent,  à  différentes 
reprises,  leur  voix  délibérative  ou  décisive  aux 
États.  La  question  ne  fut  tranchée  définitivement, 
et  en  leur  faveur,  qu'en  1754.  Jusque-là,  elle  ne 
l'avait  été  que  provisoirement,  par  l'arrêté  provi- 
sionnel des  archiducs  Albert  et  Isabelle  de  Tan  1614, 

1  C'est  là,  semble-t-il,  l'origine  ou  plutôt  la  reconnaissance  offi- 
cielle de  l'Assemblée  de  la  Députation  ou  de  la  Députation  perma- 
nente des  États. 


—    4G3     - 

lequel  maintenait  d'ailleurs  le  statu  quo.  —  Voici, 
en  effet,  ce  que  porte  l'article  premier  de  cet 
arrêté  :  «  Premièrement,  sur  ce  que  les  Députez 
desdits  villes  et  châtellenies  subalternes  prétendent 
d'avoir  voix  décisive  avec  les  dits  Ecclésiastiques 
et  Quatre  Membres  de  nostre  pays  de  Flandres,  ou 
bien  avec  le  Membre  particulier  soubz  lequel  elles 
ressortissent.  Nous  entendons  que  ceux  des  dits 
Villes  et  châtellenies  subalternes  se  devront  contenter 
quant  à  présent  de  donner  par  escrit  leur  a  ris  et 
opinions  délibératives  sur  les  jjrojjosilions  qui  se 
feront  aux  dits  Ecclésiastiques  et  Quatre  Membres  » 
et  l'article  II  porte  :  «  Sur  lesquelles  propositions 
et  avis  iceux  Ecclésiastiques  et  Quatre  Membres 
prendront  les  résolutions  qu'ils  trouveront  convenir 
à  pluralité  de  voix  etc.  » 

Zaman  (toc.  cit.,  p.  2  A3)  qui  plaidait  la  cause  des 
subalternes,  conclut  de  ce  texte  «  que  générale- 
ment toutes  les  villes  ,  Pays  et  chastellenies  de 
Flandres  qu'on  est  accoutumé  de  mander  aux 
assemblées  pour  entendre  les  propositions,  ont 
chacun  leur  voix  délibérative  à  l'égard  des  affaires 
de  la  Province,  et  des  accords  des  subsides;  mais 
que  les  Ecclésiastiques,  les  quatre  Communautez, 
qu'on  appelle  les  Quatre  Membres,  peuvent  à  la 
pluralité  des  voix  entre  eux  donner  la  voix  déci- 
sive, quand  les  voix  délibératives  des  villes  et 
châtellenies  sont  également,  ou  pour  la  plupart, 
discordantes  et  non  conciliables  :  vu  que  sans  cela 
il  est  évident,  que  l'on  n'a  point  besoin  de  voix 
décisive.  Il  est  notoire  qu'on  appelle  une  voix 
délibérative,  lorsqu'on  a  droit  de  dire  dans  une 


—    464    — 

assemblée,  dans  une  délibération  ou  dans  un  juge- 
ment, son  avis  ou  opinion,  et  qu'il  y  est  compté 
parmi  les  suffrages  :  et  qu'on  appelle,  au  cas  susdit, 
une  voix  décisive  sur  des  voix  délibératives,  un 
avis  ou  opinion  par  lequel  on  décide,  résoud  ou 
prononce  en  dernier  ressort  sur  les  avis  délibératif  s 
contraires  ou  differens,  ou  du  moins  pour 'la  plus 
partie.   » 

Ces  considérations  sont  très  justes,  mais  elles 
n'enlèvent  rien,  à  notre  sens,  au  caractère  de  subor- 
dination du  plat  pays  à  l'égard  des  chefs  commu- 
nautés. 

Quant  à  la  noblesse,  nous  avons  vu,  qu'à  l'ori- 
gine, et  pour  certaines  affaires  de  grande  impor- 
tance, les  nobles  étaient  convoqués  aux  États. 

Nous  avons  vu  aussi  qu'ils  s'abstinrent  généra- 
lement d'user  de  cette  prérogative  préférant  s'en 
décharger  sur  les  Quatre  Membres. 

Les  Nobles  d'ailleurs,  on  le  sait  déjà,  ne  furent, 
pour  ainsi  dire,  jamais  convoqués  pour  les  ques- 
tions de  finances  et  de  subsides  (lesquelles  consti- 
tuaient, comme  on  le  verra,  les  attributions  essen- 
tielles des  États),  et  cette  exclusion  s'explique  tout 
naturellement,  si  Ton  se  rappelle  que  Tordre  noble 
étant,  à  l'origine,  exempt  des  charges  et  tailles, 
n'avait,  à  cette  époque,  aucun  intérêt  à  paraître 
dans  ces  assemblées. 

Mais,  d'autre  part,  on  s'explique  tout  aussi  bien 
les  réclamations  que  les  nobles  firent  valoir  plus 
tard,  lorsque  les  souverains  commençant  à  se 
passer  de  leurs  services  militaires,  ils  perdirent 
peu  à  peu  le  privilège  de  l'exemption  des  autres 


—    465    — 

charges.  Zaman  (toc.  cit.,  p.  128)  rapporte  que,  déjà 
en  1477,  une  partie  de  la  noblesse  dut  payer  su 
part  dans  le  subside  :  n'étaient  exempts  que"  ceux 
d'entre  les  nobles  qui,  à  cause  de  leurs  fiefs, 
étaient  encore  astreints  au  service  militaire.  Sous 
Charles  Quint,  on  n'employa  plus  guère  dans  les 
armées  que  des  mercenaires,  et,  à  partir  de  cette 
époque,  la  noblesse,  presque  toute  entière,  se  trouva 
astreinte  à  participer  au  payement  des  impôts  pré- 
levés alors  en  vue  des  subsides  à  accorder  au  Sou- 
verain par  les  États. 

Ses  intérêts  se  trouvant  ainsi  engagés,  elle 
commença,  dès  lors,  à  demander  de  pouvoir  inter- 
venir dans  l'assemblée  des  États  pour  les  questions 
d'aides  ou  d'impôts. 

Cette  demande  était  naturelle  et  légitime,  et  il  y 
fut  fait  droit,  du  moins  en  partie  :  désormais  les 
nobles  eurent  voix  consultative  aux  États  ' . 

Malheureusement  pour  eux,  ils  négligèrent 
encore  l'exercice  de  ce  droit,  déjà  si  restreint,  et 
s'abstinrent,  le  plus  souvent,  d'envoyer  l'avis  qui 
leur  était  demandé.  C'est  ainsi  que  clans  maint 
acte  d'accord  de  subside,  et,  entre  autres,  dans 
celui  du  subside  consenti  en  1594"2,  il  est  constaté 
que  les  Quatre  Membres  ont  demandé  l'avis  des 


1  Wielandt,  parlant  des  États  de  Flandre,  cite  l'ordre  noble 
comme  «  le  second  estât  de  Flandres,  »  «  les  États  de  l'Église  » 
étant  les  premiers,  mais  il  n'entre  dans  aucun  détail .  On  sait  qu'il 
écrivait  sous  la  minorité  de  Charles-Quint  {Recueil  des  Chroniques 
de  Flandre,  publiées  sous  la  direction  de  la  Commission  royale 
d'histoire  par  J.  J.  Desmet,  tome  IV,  Bruxelles,  Haye/.,  1865). 

2  Archives  communales  de  Gand,  Inv.  cité,  série  91/1. 


—    4fi6    — 

nobles  et  que  «  trois  ou  quatre  »  de  ceux-ci  seule- 
ment ont  répondu. 

Mais,  il  faut  dire  aussi  que,  de  leur  côté,  les 
Quatre  Membres  négligaient  assez  souvent  de  de- 
mander cet  avis,  à  telles  enseignes  qu'un  décret 
du  20  mars  1597  '  dut  les  rappeler  à  l'observance 
des  «  anciennes  formes.  » 

Malgré  cela,  on  persista  dans  les  anciens  erre- 
ments, et  nous  ne  voyons  plus  que  les  nobles  aient 
été  encore  consultés  en  matière  d'aides  ou  d'im- 
pôts, dès  les  premières  années  du  XVIIe  siècle.  Ils 
introduisirent  même  de  ce  chef,  en  1628  2,  auprès 
du  Grand  Conseil,  un  procès  qui,  il  est  vrai,  ne 
reçut  jamais  de  solution  5. 

Néanmoins,  il  n'est  pas   absolument  exact  de 

1  On  trouvera  plus  loin  le  texte  de  ce  décret,  extrêmement  impor- 
tant en  cette  matière. 

2  En  1737,  il  y  eut  un  essai  de  rétablissement  de  la  noblesse 
comme  troisième  ordre  des  États  ;  ce  rétablissement  ne  dura  pas.  Il 
disparut  avec  le  retour  du  gouvernement  autrichien. 

Les  nobles  furent  admis  à  siéger  à  l'Assemblée  —  par  délibérations 
des  corps  principaux  — le  23  mai  1787.  Ils  furent  placés  à  côté  du 
clergé.  Les  quatre  délégués  de  la  noblesse  furent  :  le  comte  Charles 
de  Lichtervelde  deuxième  Béer  de  Flandre,  le  marquis  Charles  de 
Khodes,  le  comte  Emmanuel  d'Hane  de  Leeuwerghem  et  le  vicomte 
Philippe  Vilain  XIIII. 

Le  guidon  héréditaire  ou  le  premier  Béer  de  Flandre  convoquait 
les  nobles  pour  prendre  résolution  sur  ce  qui  concernait  les  inaugu- 
rations. (Voir  divers  documents  déposés  à  la  Bibliothèque  de  l'Uni- 
versité de  Gand,  v°  Etats  de  Flandre.) 

3  Wynants  l'avait  prévu.  «  Il  y  a  »  dit-il  «  procès  pendant  au 
Grand  Conseil  depuis  nonante  ans  ou  environs  intenté  sur  le  nom 
de  la  Noblesse  contre  les  Membres,  lequel,  selon  les  apparences, 
restera  indécis  par  une  raison  de  politique  »  (Mémoires  contenant 
des  notions  générales  de  tout  ce  qui  concerne  le  Gouvernement 
des  Pays  Bas  formées  en  1730.  Bibliothèque  de  l'Université  de  Gand, 
manuscrit  n°  142). 


—    407    — 

dire,  comme  quelques-uns  l'ont  fait,  que  les  nobles 
ne  faisaient  pas  partie  des  États.  Il  est  vrai  qu'ils 
ne  furent  jamais  admis  aux  délibérations  et  encore 
tenons-nous  que  la  légalité  de  cette  exclusion  était 
très  contestable,  mais  ils  furent  toujours  convo- 
qués, comme  second  ordre  des  États,  dans  les 
occasions  d'apparat,  comme  par  exemple,  à  l'inau- 
guration d'un  Souverain  <. 

Une  liste  des  nobles  faisant  partie  des  Etats  a 
d'ailleurs  toujours  existé,  et  nous  croyons  intéres- 
sant de  reproduire  en  note"  les  noms  de  ceux  qui 
figuraient  sur  la  liste  servant  aux  convocations, 
en  1590,  ainsi  que  la  liste  de  ceux  qui  furent  convo- 
qués pour  l'inauguration  de  l'impératrice  Marie- 
Thérèse,  comme  comtesse  de  Flandre. 

Ach.  Galle t-Miby. 
(A  suivre.) 


1  ....  «  A  l'égard  de  la  Flandre  »  dit  le  conseiller  Wynants,  je 
«  tiens  que  du  passé  son  État  étoit  aussi  formé  de  trois  classes, 
«  plusieurs  pièces  anciennes  en  font  preuve...  quand  et  comment 
«  la  Noblesse  de  Flandres  a  cessé  de  concourir  comme  seconde 
«  classe  aux  États  de  Flandres  n'est  pas  facile  à  déterrer... 

«  Cependant  la  Noblesse  est  convoquée  et  concoure  encore  au- 
«  jourd'hui  à  toutes  les  inaugurations  »  (Mémoires  cités). 

2  Note  IV. 


—    468 


VARIETES, 


Les  gamins  au  siècle  dernier.  —  Troubles  a  l'aca- 
démie eu  1768.  —  Le  peintre  gantois  Philippe  Charles 
Marissal  fonda,  en  1751,  l'académie  de  peinture,  de  dessin 
et  d'architecture.  Les  leçons  se  donnèrent  à  l'origine  dans 
le  local  de  l'ancienne  confrérie  des  arquebusiers  de  Saint- 
Antoine,  situé  passage  de  la  Lieve  (Lievegang)  converti, 
depuis  la  fin  du  siècle  dernier,  en  refuge  pour  les  vieilles 
femmes,  entretenues  par  les  hospices  civils  de  notre  ville. 
L'année  suivante,  le  siège  de  l'académie  fut  transféré  à 
l'hôtel  de  ville,  dans  la  salle  connue  aujourd'hui  sous  le 
nom  de  salle  du  trône. 

En  1756  les  cours  se  donnèrent  dans  les  salles  du  second 
étage  du  Pakhuis,  au  marché  aux  Grains,  où  l'académie 
resta  jusqu'en  l'année  1797.  Depuis  lors  l'académie  occupe 
les  bâtiments  de  l'ancien  couvent  des  Augustins,dans  les- 
quels était  autrefois  le  collège  pour  jeunes  gens  tenu  par 
ces  religieux. 

Jusqu'en  1797  l'académie  de  Gand,  tout  en  jouissant  de 
certaines  faveurs  de  la  part  du  gouvernement  et  de  la  ville, 
était  un  établissement  privé  dont  les  ressources  consistaient 
dans  les  rétributions  payées  par  les  membres  protecteurs. 

Il  paraît  que  dans  les  premières  années  on  avait  quelque 
peine  à  maintenir  la  discipline  parmi  la  jeunesse  turbulente 
qui  fréquentait  les  cours. 


—    469    — 

Outre  les  élèves  suivant  régulièrement  les  leçons,  il  y 
avait  ce  que  nous  pourrions  nommer  des  élèves  volontaires, 
qui  assistaient  aux  cours  en  simples  spectateurs.  Ce  Boni 
ces  derniers  qui  se  rendirent  coupables  des  actes  de  gami- 
nerie et  de  violence,  dont  le  directeur  se  plaint  dans  la 
requête  qu'il  adressa  le  1er  décembre  17G8  aux  échevins  de 
la  Keure. 

Le  texte  de  cette  requête  nous  montre  que  le  respect  de 
l'autorité  et  la  crainte  des  punitions  étaient  choses  incon- 
nues chez  une  bonne  partie  de  la  jeunesse  gantoise  de  ce 
temps.  C'est  un  petit  tableau  de  mœurs  qui  ne  manque  pas 
d'originalité. 

«  A  en  myne  Edele  heeren  Schepenen  vander  Keure  der 
stadt  Qhendt  sapplierende  verthoont  Philip  Carel  Marissal 
binnen  Qhendt  als  Directeur  der  Académie  van  schilder  en 
bauivconst  opgerecht  binnen  de  selve  stadt  onder  de  protectie 
van  syne  Konincklycke  Prins  Carel  van  Loreynen  &a  mits- 
gaeders  die  van  uwe  Edele  heeren. 

»  Dat  nu  sedert  eenighe  avonden  de  selve  académie  soo- 
daenigh  is gestoort  ende  geturbeert  geiceest  door  menighvid- 
dighe  ongeschoefte  jonckheydt  ofte  om  beter  te  segghen 
straetjongens,  de  welcke  op  het  pretext  van  te  commen  sien 
teeckenen  dichicils  op  de  selve  académie  getolereert  ende  ver- 
draeghen  syn geioeest ,  maerom  hunne petulantien,  stooringen 
ende  onbeschaemtheden  aldaer  begaen  daer  af  syn ghehauden 
door  eenen  persoon  ter  desen  oorsaecke  aen  de  deure  gestelt 
ende  hunne  stautigheyt  soo  verre  laeten  gaen  dat  sy  den 
inganck  geioeygert  synde  hun  op  den  voornoemden  persoon 
ofte  deurwachter  alsoock  op  sommige  aendere  discipelen  der 
voorseyde  académie  hunne  vraeke  willende  uytieercken  de 
selve  hebben  aengerandt  ende  geslaegen  naer  het  rcelcke, 
geensins  door  hunne  voorige  stautigheyt  voldaen  synde, 
hebben  sy  hun  geadviseert  in  troepen  naer  de  selve  académie 
tîcee  daeghen  daernaer  synde  maendagh  gepasseert  den 


—     470    — 

acht  en  tiointigsten  der  voorleden  maent  november  xoederom 
te  heeren  met  een  onbekent  insigt,  maer  den  voorseyden 
deurxoachter  cddaer  niet  vindende,  den  xoelchen  uyt  vreese 
cddaer  niet  en  heeft  duvven  blyven,  syn  sy  aile  te  saement 
turmatim  met  groot  geschreeuw,  geiooel  ende  gedruys  onder 
ende  boven  geloopen,  niet  beschaemt  synde  van  op  menigvid- 
dige  plaetsen  onbehoorelycke  vuyligheden  te  doen  maer  oock 
met  de  selve  de  muren  te  behladen  ende  de  trappen  te  besmeu- 
ren,  hun  voorders  verstaudende  't  sy  met  steenen,  stocken 
ofte  andere  instrumenten  de  lampen  op  de  selve  trappen 
hangende  uyt  te  doen  ende  af  te  smytcn,  aile  het  toelcke  nu 
verricht  synde,  hebben  sy  op  de  passagie  van  de  trappen  een 
eydel  vat  gestelt  waer  do  or  den  eersten  afkomende  gemah- 
helyck  (van  licht  niet  voorsien  synde)  een  groot  ongeluck 
soude  connen  gehadt  hebben  soo  het  byna  gebeurt  is. 

»  Het  toelcke  aile  de  oorsaecke  is  dat  den  supliant  om 
buyten  peryckelen  te  syn  deicelcke  door  sidcke  artlistigheydt 
souden  connen  veroorsaeckt  xoorden  sigh  gedioongen  heeft 
gevonden  sedert  dien  dagh  de  geivoonelycke  avont-lessen  te 
interromperen  ende  syn  recours  tôt  uioe  Edele  heeren  te 
nemen. 

»  De  selve  biddende  gedient  te  xoesen  tôt  meerdere  securi- 
teyt  van  clese  publiecque  plaetse  ende  de  persoonen  die  de 
selve  frequenteren  Y  sy  aldaer  eenighe  stadtssoldaeten  van 
ten  alf  vyf  uren  te  ordonneren  ofte  op  aendere  manieren 
daer  inné  te  voorsien  soo  het  aen  uice  Edelheden  sal  geraedt- 
sam  duncken. 

»  f  xcelcke  doende  &a 

»    VAN   BOTERDAELE  proc.    » 

On  voit,  par  les  termes  de  cette  requête,  combien  la 
conduite  de  la  jeunesse  gantoise  était  turbulente  et  gros- 
sière. Les  Straetjongens,  signalés  dans  la  plainte  adressée 
aux  échevins  de  la  Heure,  maltraitaient  le  concierge  et  les 
élèves  de  l'académie,  souillaient  les  escaliers  et  les  murs  du 


-     471     — 

Pahhuis,  brisaient  les  lampes,  se  livraient  enfin  à  (1rs  actes 
de  violence  et  de  désordre  tellement  graves  que  Marissal  fui 
obligé  de  suspendre  les  cours  et  de  fermer  momentanémenl 
l'établissement  dont  il  avait  la  direction. 

Ces  troubles  ne  prirent  fin  que  quand  l'autorité  commu- 
nale eut  envoyé  sur  les  lieux  une  escouade  de  soldats  de  la 
ville,  chargés  de  protéger  les  élèves  et  les  professeurs  et 
d'appréhender  au  corps  les  perturbateurs. 

Ces  soldats,  nommés  Stadts  wackende  Mannen,  formaient 
une  compagnie  de  septante  hommes  commandés  par  un 
capitaine  et  placés  sous  la  surveillance  des  deux  sergents- 
majors  de  la  ville.  Leur  uniforme  se  composait  d'un  habit  et 
d'un  gilet  de  drap  gris  avec  collet  et  parements  noirs,  de 
culottes  également  de  drap  gris,  d'un  tricorne  noir  avec 
galon  blanc  et  d'une  paire  de  guêtres  en  toile  blanche.  Us 
étaient  armés  d'Un  fusil  et  d'un  sabre. 

Les  Stadts  waehende  Mannen  remplacèrent  les  compa- 
gnies bourgeoises,  supprimées  en  1752.  P.  C. 


Les  chanteurs  publics  sous  l'empire.  —  Nous  avons 
montré  dernièrement  comment,  au  XVIe  siècle,  on  agissait 
avec  les  chanteurs  publics  qui  se  permettaient  d'attaquer, 
dans  leur  couplets,  les  autorités  civiles  et  religieuses.  Voici 
maintenant  à  quel  régime  on  les  soumit  deux  siècles  et 
demi  plus  tard. 

Sous  le  premier  empire  des  chanteurs  de  rue,  dans  le 
genre  de  ceux  que  nous  voyons  encore  aujourd'hui  exercer 
leur  profession  sur  le  marché  du  Vendredi,  s'apitoyaient  le 
plus  souvent  dans  leurs  complaintes  sur  le  malheureux  sort 
réservé  aux  conscrits  flamands,  forcés  de  quitter  leur  pays 
pour  aller  se  battre  et  mourir  loin  de  leur  famille  et  de  leur, 
amis.  Ces  chansons,  dans  lesquelles  on  dépeignait  les  hor- 


—     472     — 

reurs  de  la  guerre,  semblaient  à  l'autorité  impériale  Je 
nature  à  jeter  le  discrédit  sur  le  gouvernement  français. 

Pour  mettre  un  terme  à  ce  qu'on  considérait  comme  une 
dangereuse  propagande,  le  Préfet  de  l'Escaut,  d'Houdetot, 
ordonna  aux  chanteurs  publics  du  département  de  déposer 
leurs  couplets  à  la  mairie  de  Gand,  où  on  avait  soin  de  dé- 
truire toutes  les  chansons  flamandes  renfermant  la  moindre 
allusion  désobligeante  à  l'adresse  du  régime  auquel  notre 
pays  était  soumis. 

Les  employés  du  troisième  bureau  de  la  mairie,  placé  sous 
la  direction  de  Norbert  Cornelissen,  qui  étaient  chargés  d'exa- 
miner ces  chansons,  avaient  trouvé  mieux.  Ils  faisaient  de  la 
propagande  impériale  en  forçant  ces  musiciens  ambulants 
à  chanter  des  couplets  flamands,  célébrant  le  bonheur  sans 
pareil  de  servir  dans  les  régiments  français  et  vouant  au 
mépris  public  le  conscrit  assez  peu  soucieux  de  la  gloire 
des  armes  pour  oser  déserter  les  drapeaux  ou  se  soustraire 
au  service  militaire. 

Cornelissen  adressa  à  ce  sujet  au  préfet  un  rapport,  tran- 
scrit dans  le  registre  d'où  nous  avons  extrait  le  récit  de  la 
punition  infligée,  sous  l'empire,  aux  marchands  de  toile  qui 
trompaient  les  acheteurs  sur  la  qualité  et  le  métrage  des 
pièces  vendues. 

Cerapport,  qui  nous  fait  connaître  une  particularité  des 
mœurs  administratives  de  cette  époque,  nous  a  paru  inté- 
ressant à  reproduire.  Le  voici  textuellement  tel  que  nous  le 
trouvons  dans  ce  registre  à  la  date  du  5-6  octobre  1809. 

«  Du  5  au  6  octobre  1809. 

»  On  croirait  qu'il  n'y  a  que  trois  moyens  de  parler  au 
»  public  :  la  chaire,  le  barreau  et  le  théâtre.  La  police  sait 
»  d'avance  ce  qui  va  se  dire  au  théâtre  et  elle  élague  tout 
»  ce  qui  peut  paraître  dangereux.  L'avocat  qui  dit  des 
»  choses  inconvenantes  est  rappelé  à  l'ordre.  Quand  l'évêque 


—     473     — 

»  est  dans  les  principes  du  gouvernement  il  peut  savoir 
»  assez  vite  ce  qui  s'y  prêche  de  contraire. 

»  On  ne  songe  guère  aux  chansonniers  qui  sont  très- 
»  nombreux  dans  ce  pays  et  toujours  entourés  de  quan- 
»  tités  d'oisifs  attroupés  autour  d'un  tableau,  car  on  dirait 
»  que  fidèles  aux  préceptes  d'Horace  ces  troubadours  ambu- 
»  lants  savent  que  ce  qui  frappe  les  yeux  agit  mieux  sur 
»  l'esprit  que  ce  qui  ne  lui  parvient  que  par  les  oreilles. 

»  Ces  chansonniers  peuvent  être  très-dangereux  en  ce 
»  qu'ils  chantent  quelquefois  les  malheurs  de  la  guerre, 
»  ceux  des  conscrits  et  généralement  tout  ce  qui  tend  à 
»  faire  voir  trop  clairement  la  misère  des  temps. 

»  J'ignore  si  la  police  dans  d'autres  villes  est  assez  scru- 
»  pilleuse  en  examinant  les  productions  de  ces  chanson- 
»  niers,  mais  ici  je  les  défie  de  tromper  le  3e  bureau  de  la 
»  mairie  auquel  ils  soumettent  leurs  chansons.  A  force  d'en 
»  enlever  des  paquets  entiers,  on  est  parvenu  depuis  4  à 
»  5  ans  non  seulement  à  rendre  nos  chansonniers  plus  cir- 
»  conspects,  mais  même  à  donner  aux  chansons  une  direc- 
»  tion  telle  que  le  gouvernement  ne  pourrait  en  désirer 
»  une  autre. 

»  M.  le  préfet  qui  a  peut-être  lu  les  chansons  n'a  peut- 
»  être  aucune  idée  des  chants  guerriers  des  Tyrtées  de  la 
»  Flandre  ;  il  doit  me  pardonner,  dans  un  moment  de  loisir, 
»  de  lui  en  mettre  un  essai  sous  les  yeux  : 

CHANSON  DE  NOS  COURAGEUX  GARDES  NATIONAUX. 

Belle  amante  reveille-toi 

Le  jour  paraît 

Je  dois  partir  ; 

Leve-toi  bien  vite 

Nous  devons  aller  marcher 

Vers  les  rivages  de  Neptune 

Et  nous  deffendre 

Comme  Gardes  nationaux. 

:■■■ 


—     474     — 

Nous  volons  avec  courage 

Vers  les  champs  de  Mars 

Nos  gages  sont  bons 

24  sols  du  pays 

Nous  ne  devons  avoir  soin  de  rien  : 

Et  puis  encore  de  la  viande  et  du  pain. 

On  ne  doit  nous  donner  aucun  crédit, 

Nous  n'avons  besoins  de  rien. 

Nous  n'économisons  rien  pour  nos  héritiers 

Çà  l'hôte  !  encore  du  vin 

Qu'avec  notre  maîtresse 

Nous  soyons  encore  joyeux  ! 

Nous  devons  avant  tout  régaler 

Toutes  nos  maîtresses 

Cela  nous  fera  songer  longtemps 

Aux  gardes  nationaux. 

Que  l'ennemi  vienne  nous  attaquer 

Sur  les  rivages  de  Neptune 

Cela  ne  nous  ennuyera  pas 

Nous  sommes  des  gardes  nationaux. 


COMPLAINTE  D'UN  DÉSERTEUR. 

Amis,  écoutez  ma  complainte 

Ce  qui  m'est  arrivé 

C'est  triste  pour  qui  le  voit  et  l'entend 

Comment  dans  ma  jeunesse 

En  l'an  VIII  je  tombai  dans  le  sort. 

Par  des  insinuations  perfides 

Je  me  mis  helas  o  grand  Dieu 

A  déserter  de  Bruxelles. 

Quand  je  vins  chez  moi 

Mes  parents,  frères  et  sœurs  et  amis 

Ne  me  voulurent  pas  accueillir 

Je  ne  trouvai  nulle  part  de  la  consolation 

J'errai  toute  la  nuit 

D'ici  à  là  chez  mes  voisins. 

Mais  le  matin  quand  le  jour  parut 

Tout  le  monde  me  ferma  la  porte. 


-    475    — 

J'allai  chez  les  jeunes  filles 

Que  j'avais  fréquentées  ; 

Mais  elles  ne  firent  aucune  attention  à  moi 

Lorsqu'elles  virent  mon  uni  l'orme 

Toutes  dirent,  Jeannot  tu  es  déserteur 

Nous  devons  fuir  ta  compagnie 

Tu  nous  causerais  des  dangers 

Jamais  tu  ne  peux  épouser  une  fille. 

Je  devais  dormir  au  milieu  des  champs 

Personne  ne  voulait  m'héberger 

Songez  à  ma  position 

Lorsque  j'ai  déserté 

Je  m'écriai  au  milieu  de  mon  chagrin 

Oh  Dieu  !  Si  je  pouvais  rejoindre  mon  régiment 

Je  ne  serais  plus  malheureux 

Je  suis  comme  un  lièvre  dans  les  bois. 

Je  suis  parti  pour  Gahd 

Où  je  me  suis  rendu  aux  autorités 

Je  fus  dirigé  sur  mon  régiment 

Je  jouis  ici  d'une  vie  plus  heureuse 

Jeunes  gens  je  vous  le  conseille 

Lorsque  vous  devez  porter  les  armes 

Ne  désertez  jamais 

La  vie  d'un  déserteur  est  à  plaindre. 

»  Qu'on  se  figure  un  chansonnier  entouré  les  vendredis 
»  et  les  dimanches  successivement  de  plusieurs  centaines 
»  d'auditeurs,  les  plus  part  gens  de  la  campagne,  qu'on  se  le 
»  figure  chantant  avec  une  voix  de  stentor  et  dans  le  patois 
»  le  plus  trivial  et  qu'on  juge  de  l'impression  qu'il  doit  faire, 
»  soit  en  bien,  soit  en  mal  est  un  objet  que  la  police  ne  doit 
»  pas  négliger.  » 

Plusieurs  chansons  flamandes,  du  genre  de  celles  tra- 
duites dans  ce  rapport,  font  partie  de  la  collection  gantoise 
à  la  bibliothèque  de  la  ville  et  de  l'université. 

Ces  musiciens  ambulants  parcouraient  donc  la  ville  et  la 


—     47G     — 

campagne  célébrant  sur  tous  les  tons  «  le  plaisir  d'être 
soldat,  »  ainsi  que  le  chantait  encore  quinze  ans  plus  tard 
le  sous-lieutenant  Georges  Brown  de  La  Dame  blanche. 

Pendant  ce  temps  les  femmes  des  habitants  de  Gand, 
enrôlés  dans  la  Garde  nationale  et  absents  de  la  ville, 
assiégeaient  la  mairie  pour  toucher  l'indemnité  à  laquelle 
elles  avaient  droit  mais  qu'on  négligeait  de  leur  payer.  Cet 
incident  fait  l'objet  du  rapport  suivant  de  Norbert  Corne- 
lissen,  portant  la  date  du  19-20  octobre  1809  et  transcrit 
dans  le  même  registre  : 

«  Ces  femmes,  mères  et  épouses,  remplissent  tous  les 
»  jours  la  maison  de  ville  en  demandant  à  grands  cris 
»  l'indemnité  qu'elles  doivent  avoir  du  chef  de  leurs  époux, 
»  gardes  nationaux  et  cette  cohue  offre  quelque  chose  de 
»  triste  et  de  pénible.  Il  y  a  dans  tout  cela  quelque  chose 
»  d'embrouillé  où  je  n'entends  rien. 

»  Sous  le  rapport  de  l'ordre  et  de  la  police,  ces  rassem- 
»  blements  tumultueux  peuvent  devenir  dangereux.  On 
»  paye  difficilement  ces  femmes  de  raisons.  Il  leur  faut  de 
»  l'argent  et  pour  venir  chercher  quelques  francs  qu'elles 
»  ne  reçoivent  pas  elles  sont  de  huit  à  dix  jours  sans  s'oc- 
»  cuper  de  leur  travail.  »  P.  C. 


Commerce  de  tableaux  de  maîtres  anciens,  a  Gand, 
au  commencement  du  XVIIIe  siècle.  —  François- Jacques 
Vanden  Berghe  et  Gilles  Vander  Vennet,  son  cousin,  étaient 
associés  pour  le  commerce  de  tableaux,  qu'ils  faisaient  de 
compte  à  demi,  à  Gand,  à  partir  de  novembre  1705.  C'est  ce 
que  nous  apprennent  un  compte  et  diverses  autres  pièces 
récemment  trouvés  à  l'hôtel-de-ville  de  Gand,  parmi  des 
papiers  de  rebut  provenant  de  liquidations  de  faillites,  de 
successions  en  déshérence,  etc.  Ces  pièces  mériteraient  une 


-    477     - 

publication  intégrale;  nous  en  prenons  quelques  extraits 
qui  suffiront  pour  en  signaler  l'importance. 

«  Sr  Oillis  Vander  Vennet  is  vertrocken  naer  Parys  den 
21  9ber  1 705,  met  de  volgende  stucken  competerende  d'heer 
Frans  Jaques  Vanden  Berghe,  soo  volght,  ende  gcdestineert 
ofte aengenoemen  in  companieby  denbovenz  .Sr  Gillis  Vander 
Vennet  op  de  pryzen  gelyck  volght  : 

Nous  trouvons  dans  rénumération  de  ces  tableaux  un 
portrait  de  Zabagh,  par  Van  Dyck,  et  «  een  stuck  van 
Rubens  zynde  D^orville  met  syne  huysvrouioe  »  le  tout  évalué 
cent  vingt  livres,  argent  de  change.  Une  chasse  aux  tigres 
de  Van  Dyck  est  évaluée  £  100.  Un  tableau  de  Rubens 
«  het  Vagevierken l  »  est  acquis  en  échange  d'un  paysage  de 
Berchem,  d'un  tableau  de  De  Wit  et  Teniers  et  d'une  troi- 
sième pièce.  Nous  trouvons  dans  le  même  relevé  :  een  stuck 
synde  een  meideken  van  den  fluioeelen  Breughel  £  80,  et 
diverses  autres  pièces  de  De  Neef,  de  Breughel,  de  Milet,  etc. 

A  Van  Biesum,  à  Rotterdam,  est  vendu  au  prix  de 
1715  florins  «  een  stuck  van  Rubbens,  synde  de  zalige  sielen2.» 
—  Item  een  portrait  synde  eenen  geestelyken  van  Rubbens, 
tôt  Antioerpen  gecocht,  au  prix  de  £  2-11-5. 

Le  26  mai  1707,  envoi  est  fait  à  Van  Biesum,  à  Rotter- 
dam, de  différents  tableaux,  la  plupart  tirés  de  Paris, 
parmi  lesquels  : 

2  stucken  van  Beneditto  Castigniole £  300 

Item  een  stuck  van  Albano »  400 

Item  ttoee  stukken  van  Salvator  Rosa     .     ...»     40 

Twee  Bourdons,  Lasarus  ende  David    .     .     .     •     »  120 

Dans  un  compte  de  débours  se  trouve  une  dépense  de  trois 

livres  pour  port  d'un  envoi  en  France,  évalué  à  quatre  cents 

«  Max  Rooses,  dans  l'œuvre  de  Rubens.  en  cours  de  publication, 
ne  renseigne  d'autre  Purgatoire  de  Rubens  qu'un  grand  tableau  de  la 
cathédrale  de  Tournai. 

»  Comparez  Max  Rooses,  n°  94,  t.  I,  p.  111. 


—    478    - 

livres  de  change,  et  d'autres  sommes  pour  ports  de  caisses 
venues  de  Paris. 

Dans  un  compte  de  recettes  de  1709,  nous  rencontrons 
un  genre  de  diminutif  que  la  langue  française  ne  possède 
point.  On  y  renseigne  comme  vendu  à  J.  de  Saedelaer  :  een 
cleyn  wauvermanneken  gecomen  van  Parys;  de  plus  ver- 
cocht  aen  eenen  franschman  van  Parys  ticee  stuxkens,  het 
eene  van  broecler  van  Wauvermans  ende  het  ander  van 
Ostade,  Peerdekens,  H  saemen  seven  ponden  wisselgelt. 

Au  même  compte ,  le  tableau  Vénus  et  Adonis ,  de 
Rubens,  est  renseigné  comme  vendu  à  Bruxelles  au  prix 
de  mille  florins  de  change1.  Un  autre  tableau  de  Vénus  et 
Adonis,  de  Lievens,  évaluée  cent  florins  de  change,  figure 
dans  une  liste  de  tableaux  restés  en  indivis,  ainsi  que  des 
œuvres  de  Poelenburg,  de  Rom  haut  {een  Luitspeelder),  de 
Wouvermans,  de  Feyt,  de  De  Brauwer  (n.  74.  een  Brau- 
werken,  fl.  100)  et  d'autres. 

Dans  une  liste  de  tableaux  que  l'associé  Vander  Vennet 
emporte  à  Paris,  en  1710,  avec  évaluation  donnée  par  lui, 
se  trouvent  une  Susanne,  de  Rubens  (fl.  120) 2;  plusieurs 
Poelenburgh  (Loth  et  ses  filles,  fl.  200  ;  Des  nymphes  au 
bain,  fl.  300)  ;  un  Paul  Bri-1  (fl.  500)  ;  une  chasse  au  faucon, 
de  Wouvermans  (fi.  900),  etc. 

Puis,  nous  rencontrons  un  «  Mémoire  des  tableaux 
laissez  entre  les  mains  de  M.  de  Laporte  appartenant  à 
Messieurs  Vanden  Berghe  et  Vandervene  (sic).  »  La  pièce 
est  datée  de  Paris,  4  octobre  1710  et  signée  de  Laporte  3. 


1  S'agit-il  du  tableau  qui  fait  aujourd'hui  partie  de  la  collection  de 
l'Hermitage  à  Saint-Pétersbourg,  et  qui  a  été  gravé  par  Tassaert, 
lorsqu'il  appartenait  au  comte  Cobenzl?  (voir  Max  Rooses,  n°  691, 
t.  II,  p.  176). 

2  Sujet  traité  souvent  par  Rubens  (voir  Max  Rooses,  nos  131  à  136). 

3  «  Charpentier  ordinaire  des  bâtiments  'du  Roy  »  d'après  une 
autre  pièce. 


—    470    — 

Le  n°  1  est  «  un  tableau  de  Van  Dyck,  représentant  une 
descente  de  croix,  emborduré,  f.  8000;  »  le  n°  3  «  un  por- 
trait du  dict,  représentant  luy  mesme  avec  un  soleil,  f.  900;  » 
le  n°4  «  un  autre  du  dict,  représentant  le  Sr  Zabacq,  f.  500;  » 
len°  6  est  «  un  tableau  du  Poussin,  représentant  Bersabé  et 
David,  f.2000  ;  »  le  n°  9  «  une  Vierge,  de  Raphaël,  de  sa  pre- 
mière manière,  f.  G00.  »  C'est  de  ce  même  tableau,  semble- 
t-il,  qu'il  est  dit  dans  une  pièce  suivante  :  «  compt  van 
Morts''  Beaucamp,  eersten  dansmeester  van  den  honinck.  » 
Le  dernier  n°  de  cette  liste  est  «  La  Magdeleine  chez  le 
farisien  de  M.  Jouvenet,  f.  300.  » 

Le  18  novembre  1711  est  dressée  une  liste  de  tableaux 
achetés  et  négociés,  y  est-il  dit,  par  Vander  Vennet,  à  Paris, 
pour  l'association,  et  point  encore  arrivés  (à  Gand).  Nous  y 
trouvons  :  de  noodt  Gods  van  Van  Dyck  comende  van  den 
ducd'Aumont,  lequel  est  vendu  à  Van  Biesum,  avec  une 
sainte  Justine  de  Paul  Véronèse,  provenant  du  duc  d'Or- 
léans, au  prix  de  10,000  florins  de  Hollande.  Un  portrait  de 
Van  Dyck,  par  lui-même  «  met  eene  sonneblomme  »  est 
échangé  contre  un  tableau  de  Jacques  Bassan  ;  un  autre 
portrait  par  Van  Dyck,  représentant  un  bourgmestre  jus- 
qu'aux genoux,  est  évalué  fl.  900.  Nous  y  trouvons  encore  : 
«  een  stuck  van  Paido  Veronese,  de  famille  van  Darius  ende 
Trhimphe  van  Alexander,  compt  van  Monsr  Burin  (?)  in  de 
Louvre,  fl.  1500. 

Le  19  décembre  1711,  Vander  Vennet  part  pour  la  Hol- 
lande, emportant  plusieurs  tableaux,  parmi  lesquels  des 
Teniers,  un  Van  Baelen  et  Breughel,  un  Gérard  Dow  ;  sans 
indication  dans  cette  liste,  de  sujets,  de  dimensions,  ni  de 
prix. 

Dans  une  autre  liste,  reparaissent  le  portrait  de  Dorville 
et  de  sa  femme  par  Rubens,  évalué  <à  f.  1200,  le  portrait  de 
Zabagh,  par  Van  Dyck,  à  f.  800  ;  la  chasse  aux  tigres,  de 
Van  Dyck,  à  f.  1500. 


—    4S0    — 

Nous  avons  enfin  une  reconnaissance  émanée  de  Van 
Biesum  qu'il  a  «  van  den  heer  Vanden  Berghe  gecogt  een 
stuck  van  A.  Van  Dyck  synde  de  Grafleging,  ende  een  stuck 
van  Paulo  Verones,  saemen  f.  10,000.  » 

Le  22  septembre  1714,  un  sieur  Germain  écrit  de  Paris 
que  Vander  Vennet  vient  d'y  faire  un  troc  d'une  douzaine 
de  tableaux  de  conséquence.  Us  auraient  été  déjà  envoyés 
par  bateau  «  n'estoit  que  la  mort  du  Roy  a  causé  un  peu 
«  d'embarras  chez  monsieur  de  Gourville  où  sont  les 
«  tableaux...  et  comme  Mons.  de  Gourville  vient  souvent 
«  chez  luy  avec  nombre  de  gens  de  qualité,  monsieur 
«  Tebout  n'est  pas  bien  aise  que  quand  le  maistre  y  est,  l'on 
«  travaille  à  tout  cela...  » 

Au  revers  de  cette  lettre  se  lit  un  «  Second  Mémoire  des 
tableaux  que  le  Sr  Vandre  Vene  a  acquis  à  Paris.  »  Pour  cette 
seule  fois  nous  avons,  en  même  temps,  le  sujet,  les  dimen- 
sions et  des  évaluations  :  «  un  tableau  de  Valentin  repré- 
sentant la  prison  de  saint  Pierre  de  cinq  pieds  et  clemy  de 
long  sur  quatre  et  demy  de  haut,  f.  600.  Quatre  tableaux 
du  Gouarchin  (sic),  représentant  les  quatre  pères  de  l'église 
de  quatre  pieds  et  demy  sur  trois  pieds  et  demy  de  haut, 
f.  1600,  etc. 

En  juillet  1716  Germain  écrit  à  Vanden  Berghe  pour  se 
plaindre  de  n'avoir  pas  reçu  payement  de  Vander  Vennet, 
et  Vanden  Berghe  annote  sur  la  lettre  que  le  26  juillet  1716 
il  a  envoyé  deux  lettres  de  change  de  f .  3000. 

Enfin  une  vente  publique  de  tableaux  et  de  curiosités  a 

lieu  à  Gand,  à  la  requête  de  Vanden  Berghe,  en  mai  1727. 

On  n'en  a  malheureusement  que  les  noms  des  adjudicataires 

et  les  prix,  sans  description  des  tableaux. 

D. 


—    4SI     — 

Tableaux  de  Rubens,  évalués  a  Gand  en  1668. 
«  Gheestimeert  deu  iiiien  10briB  1668  ten  sterfhuyze  van 
dheer  Jacques  Stoop  de  naervolgendè  schilderyen  : 

1.  Rubens  :  Alvooren  de  verryssenisse 

van  de  salighe ff  150  (116-13-4) 

2.  Rubens   :  Den  val  van  onzaelighe 

sielen »     50  (51) 

3.  Rubens  :  Den  Hertog  van  Ferrera 

in  wapenen »     50  (20) 

4.  Rubens  :  Den  Hertog  van  Saocen.     .     »     34 

5.  Rubens  :  Een  cleynverrysenishen     .     »     15 
G.  Den  Satyr  van  Van  Dyck.     ...»     12 

Puis  différents  tableaux  de  Brouwer,  de  Langen  Jan,  de 
Snaeyers,  de  Achtschellinck,  etc.  » 

Les  chiffres  que  nous  avons  mis  entre  parenthèses  sont 
écrits  au-dessus  de  ceux  de  l'évaluation,  qui  sont  barr< 
peut-être  sont  ils  les  chiffres  de  vente. 

Le  document  dont  ces  lignes  sont  extraites,  provient  de 
papiers  de  rebut  de  l'hôtel-de-ville,  récemment  triés  ;  il  a 
été  déposé  avec  d'autres,  dont  nous  parlons  plus  haut,  à  la 
Bibliothèque  de  l'Université.  D. 


Monnaies  circulant  en  1818.  —  On  ne  se  fait  guère, 
de  nos  jours,  une  idée  des  complications  de  compte  et  des 
pertes  de  temps  qui  devaient  résulter,  à  une  époque  encore 
peu  éloignée  de  nous,  des  variétés  nombreuses  de  monnaies 
d'origine  diverse,  ayant  cours  en  notre  pays.  Et  si  l'on 
voulait  approximativement  connaître  en  quelle  proportion 
les  diverses  monnaies  se  rencontraient  dans  la  circulatipn, 
les  documents  manqueraient  pour  établir  à  cet  égard  un 
jugement  quelconque.  Il  nous  est  tombé  sous  la  main  des 
relevés  de  caisse  hebdomadaires,  faits  par  un  percepteur  de 


—    482    - 

droits  de  barrière  à  Saint-Gilles  (Brabant)  en  1818.  Il  nous 
a  paru  intéressant  d'en  reproduire  deux  ci-dessous,  par 
le.squels  se  peut  voir  en  quelle  proportion  les  monnaies 
modernes  et  les  monnaies  anciennes  concouraient  dans  les 
payements,  et  combien,  parmi  celles-ci,  il  se  trouvait  d'es- 
pèces différentes  : 

In  francs 256-00 

Een  louis 23-55 

13  palms 75-40 

ôhalfidem 13-75 

In  schellingen 265-50 

In  luyckx  schellingen 13-44 

Een  vierde  ducaton 1-57 

Indecims 20-00 

669-21 
22  november  1818. 

In  francs 353-00 

12  palms 69-60 

9halfiedem 24-75 

In  schellingen 201-75 

3  vierdens  ducaton 4-71 

In  luyckx  schellingen 21-84 

Indecims 12-00 

687-65 
29  november  1818. 

D'après  ce  relevé,  notre  percepteur  recevait  des  louis, 
des  pièces  de  cinq  francs,  de  deux  francs,  d'un  franc,  d'un 
demi  franc,  toutes  comprises  sans  doute  sous  l'expression 
in  francs;  —  des  pièces  valant  fr.  5,60  et  qu'il  appelle 
palms  (couronnes?)  —  des  pièces  qu'il  appelle  halve  palms 
et  dont  deux  ne  valaient  pas  un  entier  puisqu'il  les  compte 
à  fr.  2,75;  —  des  escalins  de  Brabant,  ayant  encore  une 
valeur  de  0,75;  — des  escalins  de  Liège  de  0,56;  —  des 


—    483    — 

quarts  de  ducatons  de  fr.  l,r>7;  enfin  les  décimes  et  demi- 
décimes  de  la  République  qui  ont  eu  cours  en  France  jusqu'à 
l'émission  de  la  monnaie  de  bronze  actuelle.  -  -  Nous  nous 
étonnons  de  ne  pas  rencontrer  dans  ces  relevés,  ni  lès  pla- 
quettes, anciens  liards  du  pays  valant  deux  centimes,  ni  la 
pièce  d'un  centime  de  la  République.  —  Peu  d'années  plus 
tard  les  comptes  devaient  se  compliquer  des  nouvelles  mon- 
naies du  royaume  des  Pays-Bas  (voir  la  loi  du  28  sept.  1S1G, 
et  le  tarif  annexé  à  l'arrêté  royal  du  8  déc.  1824). 


Bibliothèque  des  écrivains  de  la  Compagnie  deJésis. 
par  le  P.  Carlos  Sommervogel.  Bruxelles,  1800.  In- 1  -, 
vol.  I.  —  Il  existe  un  certain  nombre  de  recueils  bibliogra- 
phiques se  rapportant  aux  ordres  religieux.  Presque  tous, 
quoique  de  mérite  différent,  fournissent,  avec  plus  ou  moins 
d'exactitude,  des  renseignements  utiles.  La  plupart  pré- 
sentent ce  défaut  capital  de  donner  uniquement  en  latin,  et 
en  abrégé,  les  titres  de  livres  écrits  en  français,  en  néerlan- 
dais, en  allemand  et  en  d'autres  langues.  Ce  procédé  déroute 
l'homme  d'étude  et  l'oblige  souvent  à  faire  des  recherches 
longues  et  fastidieuses. 

Les  ouvrages  de  Quétif  et  Échard,  de  L.  Wadding,  de 
Cosme  de  Villiers,  de  N.  de  Tombeur  sont  d'excellents 
livres  et  leur  réputation  est  parfaitement  justifiée.  Les 
publierait-on  dans  les  mêmes  conditions  aujourd'hui  ? 

La  bibliographie  sérieuse  a  d'autres  exigences  au 
XIXe  siècle.  Il  n'est  plus  permis  de  modifier  l'orthographe 
d'un  titre  de  livre,  encore  moins  de  le  traduire.  Les  ren- 
seignements doivent  être  précis,  ne  laisser  place  à  aucun 
doute.  L'indication  du  format  et  du  nombre  des  pages 
contribuent  à  donner  une  idée  de  l'importance  du  livre 
signalé;  on  ne  peut  omettre  ces  détails.  Il  est  encore  néces- 
saire de  fournir  la  liste  des  diverses  éditions  d'un  ouvrage, 
en  déterminant  en  quoi  elles  se  distinguent/ 


-    484    — 

Quand  il  s'agit,  comme  pour  les  jésuites,  d'un  nombre 
prodigieux  d'écrivains,  dont  les  œuvres  ont  été  imprimées 
dans  tous  les  pays  et  dans  toutes  les  langues  du  monde, 
et  qui  ont  traité  des  sujets  embrassant  l'universalité  des 
connaissances  humaines,  on  comprend  aisément  combien 
l'exécution  d'une  bibliographie  de  cette  nature  suppose  de 
travail  opiniâtre  et  de  recherches  ardues.  Pour  oser  entre- 
prendre un  ouvrage,  ayant  de  telles  proportions,  il  faut 
joindre  la  persévérance  à  l'érudition  la  plus  étendue  ;  il  faut, 
en  outre,  pouvoir  compter  sur  des  aides  officieux  dans  toutes 
les  localités  du  globe  terrestre. 

Les  PP.  Aug.  et  Al.  de  Backer  avaient  réalisé,  en  grande 
partie,  le  programme  de  ce  monument  littéraire.  La  lre  édi- 
tion de  leur  Bibliothèque  des  écrivains  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  en  7  vol.  in-8°,  fit  sensation  ;  aussi  fut-elle  rapidement 
épuisée.  La  2e  édition,  en  3  vol.  in-folio,  très  augmentée, 
parut  dix  ans  après.  On  la  considérait,  à  bon  droit,  comme 
une  œuvre  du  plus  grand  mérite,  comme  une  édition  défi- 
nitive. 

Cependant  un  travail  aussi  vaste  devait  nécessairement 
présenter  quelques  lacunes.  A  qui  allait  être  réservé  le  soin 
de  les  combler  ? 

Le  P.  Carlos  Sommervogel,  qui  avait  déjà  été  le  principal 
collaborateur  des  PP.  de  Backer,  entreprit  courageusement 
cette  tâche,  ce  labeur  ingrat.  Tout  d'abord,  il  commença  par 
établir  la  liste  des  auteurs  anonymes  et  pseudonymes;  puis, 
il  reprit,  un  à  un,  les  milliers  d'articles  de  cet  immense 
répertoire.  Il  puisa  à  de  nouvelles  sources,  fit  des  recherches 
minutieuses  dans  les  dépôts  d'archives,  dépouilla  les  revues 
et  les  journaux  périodiques,  les  inventaires  de  toutes  les 
bibliothèques  publiques  et  privées,  fit  des  démarches, person- 
nellement ou  par  correspondance,  partout  où  il  y  avait 
espoir  de  trouver  la  rectification  d'une  erreur  ou  quelque 
renseignement  inédit,  et,  après  14  à  15  années  de  patientes 


—    435     — 

recherches,  de  travail  incessant,  il  est  parvenu,  avec  ce  flair 
de  bibliophile  qui  lui  est  particulier,  à  édifier  le  monument 
bibliographique  dont  le  1er  volume  vient  de  paraître.  Cette 
nouvelle  édition  dépasse  de  beaucoup,  en  méthode,  eu  ponc- 
tualité, en  valeur  et  en  science,  l'œuvre  des  PP.  de  Backer, 
laquelle  était  déjà  elle-même  supérieure  à  toutes  les  biblio- 
graphies d'ordres  religieux. 

Puisse  l'exemple  donné  par  le  P.  Sommervogel  porter 
fruit.  A  quand  de  nouvelles  éditions,  plus  conformes  à  la 
science  moderne,  desBibliothccae  des  PP.  dominicains,  béné- 
dictins, franciscains  et  augustins  ? 

Feed.  Vander  Haeghen. 


Le  récit  tragique  de  l'attentat  énorme  et  exé- 
crable DONT  L'IDÉE  SEULE  FAIT  FRÉMIR  LES  ANGES  ET  LES 

hommes,  commis  par  trois  soldats  de  la  garnison  de 
Luxembourg,  qui  ont  fait  servir  la  sainte  Eucharistie 
au  sacrilège'.  —  Trois  impies,  quoique  catholiques 
(soldats  du  régiment  du  prince  Salm  Salin,  général  d'artil- 
lerie) avides  d'argent  pour  fournir  au  jeu  et  à  la  débauche, 
vers  la  Toussaint  de  l'an  1748,  tinrent  assemblée  pour 
trouver  moyen  de  conjurer  le  démon  de  leur  en  procurer 
pour  cette  fin. 

Le  premier,  plus  entendu,  mais  bien  éloigné  des  voies 
droites,  prononça  :  qu'il  falloit  pour  cet  effet  se  servir  d'une 
hostie  consacrée.  Mais  les  circonstances  sacrilèges  dont  il 
accompagna  le  récit  qu'il  leur  fit,  ne  pouvant  qu'inspirer 
de  l'horreur  à  tout  le  monde,  on  juge  à  propos  de  les  sup- 
primer icy.  (Il  ajouta  qu'il  avait  eu  cette  cognaissance, 
qu'on  peut  traiter  de  mystère  infernal  et  diabolique,  d'une 

1  Archives  du  Grand-Duché  de  Luxembourg.  —  Couvent  du 
Saint-Esprit.  —  Chronique. 


—    486    — 

femme.)  Les  deux  antres,  animés  par  ce  récit  à  mettre  ce 
moyen  en  œuvre  pour  se  procurer  de  l'argent,  contestèrent 
ensemble  comment  ils  s'y  prendraient  pour  exécuter  leur 
abominable  projet. 

L'un  offre  à  conjurer  le  diable  pourvu  que  l'autre  luy 
fournisse  la  sainte  hostie.  Celui-cy,  l'animant  au  crime,  se 
confesse  le  dimanche  suivant  et  ayant  communié  dans 
l'église  des  RR.  PP.  Jésuites,  met  la  sainte  hostie  dans  un 
mouchoir  et  la  présente  à  son  compagnon.  Celui-cy  l'ayant 
reçue,  ils  s'en  vont  ensemble  le  même  soir  dans  un  jardin 
écarté  pour  y  faire  leurs  sortilèges.  Celui  qui  avait  la  sainte 
hostie  l'attache  à  une  arbre  avec  deux  épingles.  A  ce  spec- 
tacle son  compagnon  frémit  d'horreur.  L'autre,  le  voyant 
saisi  de  crainte,  le  renvoie  pour  exécuter  librement  son 
dessein  diabolique.  Il  prend  une  troisième  épingle  et  perce 
deux  fois  la  sainte  hostie,  disant  à  chaque  fois  :  si  tu  es  le 
vrai  Dieu,  commande  au  diable  de  nous  apporter  de  V argent. 

Mais  comme  le  mal  ne  produit  jamais  de  bien  et  qu'on 
ne  peut,  se  promettre  les  faveurs  de  Dieu  ny  ses  dons,- 
qu'autant  qu'ils  contribuent  à  notre  salut  et  que  nous 
sommes  disposés  à  en  profiter  par  nos  humbles  prières,  son 
horrible  dessein  échoua.  Il  rappelle  donc  son  compagnon 
disant  que,  pour  cette  fois,  tout  était  manqué;  il  reprend  la 
sainte  hostie,  et  l'ayant  mise  dans  une  de  ses  poches,  ils 
s'en  retournent  aux  casernes  et  vont  prendre  leur  repos,  si 
cependant  on  en  peut  goûter  dans  un  si  affreux  état.  En 
effet  celui  qui  avait  la  sainte  hostie,  voulant  dormir,  il 
s'imaginait  voir  le  Saint-Esprit  remplir  la  chambre,  accom- 
pagné d'une  troupe  innombrable  d'anges  voltigeant  autour 
de  luy.  De  telles  pensées  et  un  tel  spectacle  auraient  dû  le 
faire  rentrer  en  luy-même,  mais  un  pécheur,  une  fois 
endurci  dans  le  crime,  ne  tient  plus  aucun  compte,  dit 
l'Ecriture,  des  saintes  inspirations,  et  rien  n'est  capable  de 
le  toucher. 


—    487     — 

Ces  impies  se  rendent  donc  le  lendemain  au  même 
endroit  pour  recommencer  leur  barbare  projet;  niais  le 
premier  n'ayant  pu  réussir  le  jour  précédent,  c'est  à  vous, 
dit-il  h  son  compagnon,  à  éprouver  à  présent.  Celui-ci 
témoigna  la  même  répugnance  que  le  jour  précédent, 
d'hazarder  un  pareil  attentat.  Enfin,  après  quelques  délibé- 
rations sur  ce  qu'ils  avaient  à  faire,  ils  conclurent  que  le 
dernier  ayant  déjà  reçu  l'hostie  en  communiant,  à  la  solli- 
citation de  l'autre,  l'avalerait  sur  le  champ,  et  la  luy  pré- 
senta avec  l'épingle  dont  iU'avait  attachée. 

Mais  comme,  selon  l'Évangile,  rien  de  si  caché  qui 
n'éclate  enfin,  leur  propre  conscience  les  accusant,  dévoila 
leur  crime.  Caïn,  après  son  meurtre,  errait  par  les  cam- 
pagnes en  vagabond  incapable  de  repos;  et  l'auteur  du 
sortilège  qui  avait  percé  la  sainte  hostie,  était  si  agité  des 
remords  que,  transi  de  frayeur,  il  déclara  son  crime  à  un 
autre  soldat  qui,  par  un  coup  de  Providence,  aigri  contre  le 
coupable,  le  dénonça  à  un  bas-officier,  qui  en  informa  ses 
supérieurs. 

M.  le  baron  de  Kessel,  colonel  du  régiment,  très  zélé  pour 
la  gloire  de  Dieu,  fit  mettre  tous  les  dénoncés  aux  fers.  On 
tint  conseil  de  guerre,  et  après  une  exacte  recherche  et  de 
longues  informations,  on  parvint  à  la  connaissance  de  toutes 
les  circonstances  du  crime,  et  les  scélérats  furent  condamnés 
à  mort  par  un  arrêt  solemnel. 

Celui  qui  avait  suggéré  cet  énorme  attentat,  fut  condamné 
à  perdre  la  vie  par  le  glaive  et  les  deux  autres  par  le  feu, 
avec  cette  circonstance  qu'on  coupa  le  poing  droit  à  celui 
qui  avait  percé  la  sainte  hostie. 

On  leur  annonça  sans  délai  la  sentence.  Le  Dieu  des 
miséricordes  qui  ne  souhaite  la  perte  du  pécheur,  fit  assez 
cognaître  par  l'exemple  de  ces  scélérats,  que  quelque 
infâme  que  soit  le  pécheur  il  ne  doit  jamais  désespérer  de 
ses  bontés.  Il  toucha  si  fortement  les  cœurs  de  ces  malheu- 
reux, qu'ils  se  soumirent  de  plein  gré  aune  mort  si  cruelle, 


—    488    — 

après  s'y  être  disposés  par  une  entière  confession  de  toute 
leur  vie.  Plus  l'heure  du  supplice  approchait,  plus  ils 
s'exhortaient  à  le  subir  avec  patience. 

Le  16  janvier  ils  furent  conduits  au  lieu  du  supplice; 
en  passant  près  de  l'église  des  KR.  PP.  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  ils  firent  respectueusement  amende  honorable,  qu'ils 
renouvelèrent  encore  avant  que  d'être  exécutes,  à  haute 
voix,  en  présence  de  tous  les  spectateurs. 

On  commença  l'exécution  par  celui  qui  devait  être  déca- 
pité. Mais,  Dieu  le  permettant  peut-être  ainsy  pour  le  faire 
souffrir  davantage  et  pour  une  plus  parfaite  pénitence,  le 
bourreau  manqua  son  coup.  Le  patient  ne  laissa  échapper 
aucune  plainte  :  mais,  fermant  les  yeux  pour  signe  de  la 
douleur  qu'il  souffrait,  il  attendit  avec  patience  le  second 
coup  qui  luy  ôta  la  vie. 

Ensuite  on  coupa  le  poing  à  l'autre,  qui  ne  se  plaignit  pas 
de  ce  tourment.  Après  quoi  on  les  conduisit  tous  deux  sur  le 
bûcher  où  ils  furent  attachés  séparément  à  des  poteaux. 
Mais  au  grand  étonnement  de  tout  le  monde  il  arriva  que 
celui  à  qui  on  avait  coupé  le  poing,  étant  mal  lié,  gémit 
fort  longtemps  dans  les  flammes  où  cependant,  sans  autre 
plainte,  il  réclamait  son  confesseur,  et  presque  à  demi  brûlé 
il  sauta  hors  des  flammes,  demandant  par  grâce  d'être 
étranglé,  mais  inutilement  ;  il  fut  de  nouveau  précipité  dans 
les  flammes,  la  tête  en  bas,  où  il  expira  d'abord,  en  pro- 
nonçant les  saints  noms  de  Jésus,  Marie  et  Joseph. 

Fasse  le  Ciel  que  la  gloire  de  Dieu  soit  réparée  par  le 
supplice  des  coupables. 

Toute  la  ville,  non  contente  de  cette  exécution,  pour 
réparer  la  gloire  de  Dieu  si  indignement  flétrie,  résolut 
d'indiquer  une  procession  des  plus  lugubre,  mais  en  même 
temps  des  plus  solemnelle,  quoiqu'il  survînt  une  grosse 
pluie. 

Cependant  Son  Excellence  le  comte  de  Neipperg,  mare- 


—    489    — 

chai  des  armées  de  Sa  Majesté  impériale  et  royale,  gouver- 
neur de  cette  ville,  M.  le  Président  avec  le  Conseil,  les 
Révérendissimes  abbés  de  Saint-Maximin  et  de  Munster 
avec  tout  le  clergé  régulier  et  séculier,  M.  le  comte  de 
Chanclos,  général  d'artillerie,  tout  l'état-major,  toute  la 
garnison  sous  les  armes,  la  noblesse  de  l'un  et  dé  L'autre 
sexe,  le  magistrat  avec  toute  la  bourgeoisie,  les  écoliers  du 
collège  conduits  par  leurs  régens  assistèrent  à  cette  pro- 
cession, partie  en  flambeaux,  d'autres  portant  des  cierges, 
tous  avec  une  dévotion  sensible. 

Cet  acte  de  religion  annoncé  la  veille  et  le  lendemain  par 
le  son  de  toutes  les  cloches  de  la  ville,  commença  le  21  jan- 
vier vers  les  sept  heures  et  demie  du  matin,  dans  l'église  de 
la  Compagnie  de  Jésus,  où  tout  le  monde  se  rendit.  Là  se  fit 
la  première  amende  honorable  par  le  R.  P.  recteur  en  aube 
déliée  et  portant  une  corde  au  col. 

De  là  on  marcha,  flambeaux  éteints,  vers  l'endroit  de  la 
profanation.  On  récita  dans  la  route  les  sept  psaumes 
pénitentiaux,  tous  les  assistants  marquant  l'horreur  qu'ils 
avaient  d'un  crime,  si  noir  par  leurs  larmes  et  leur  silence. 

Le  Vénérable  étant  exposé  dans  l'endroit  de  la  profana- 
tion, le  Révérend  abbé  de  Munster  fit  amende  honorable  au 
nom  de  la  ville  et  de  tout  le  Duché.  L'arbre  fut  déraciné  et 
porté  par  deux  prêtres  au  couvent  des  Dames  du  Saint- 
Esprit. 

On  planta  une  croix  au  même  lieu.  De  là  la  procession 
continua  sa  marche  au  son  des  trompettes,  des  tambours, 
des  timballes  et  de  toutes  les  cloches  de  la  ville  vers  l'église 
des  Révérends  Pères  Récollets  où  on  la  termina  par  une 
grande  messe,  chantée  par  le  Rissime  abbé  de  Saint-Maximin, 
suivie  de  la  bénédiction  du  Très  Saint-Sacrement. 

Ainsi  tout  la  ville  de  Luxembourg  s'est  signalée  pour 
réparer  l'honneur  et  la  gloire  du  Tout-Puissant  (pie  des 
scélérats  avaient  entrepris  de  flétrir... 

33 


—    490    — 

Notre  église  n'a  jamais  été  plus  magnifiquement  et  plus 
richement  ornée  et  parée  jusques  à  la  voûte,  et  on  n'a 
jamais  vu  tant  de  noblesses  et  de  monde  qu'en  cette  occa- 
sion, chacun  son  flambeau  à  la  main,  ce  qui  donna  tant  de 
fumée  que  l'on  ne  voyait  point  de  vitres. 

On  assure  que  l'arbre  si  solennellement  transporté,  a  été, 
par  ordre  des  supérieurs  ecclésiastiques,  réduit  en  cendres 
et  enseveli  dans  les  tombes  de  notre  église  *.  D. 


Le  théatke  de  Lille.  —  Dès  1351,  on  trouve  des  rhéto- 
riciens  établis  à  Lille,  où  ils  jouent  La  fieste  [fuite]  des 
enfans  Aymery  de  Narbonne  et  le  jeu  de  Sainte-Catherine. 
Des  documents  épars  2  permettent  de  reconstituer  leur  his- 
toire depuis  le  XIVe  siècle  jusqu'à  la  fin  du  XVIe,  époque 
à  laquelle  ils  disparaissent  à  la  suite  de  plusieurs  édits  du 
Magistrat.  Au  XVIIe  siècle,  on  connaît  plusieurs  pièces 
représentées  par  les  élèves  du  collège  des  jésuites.  Il  est  à 
souhaiter  que  quelque  érudit  lillois  combine  les  documents 
que  l'on  possède  sur  ce  sujet,  et  fouille,  dans  le  même  sens, 

1  L'usage  d'inhumer  daus  les  églises  a  existé  jusque  sous  Joseph  II, 
et  était  cause  d'émanations  pestilentielles.  Comparez  Belgique  judi- 
ciaire, 1864,  p.  113. 

9  Les  Annales  et  le  Bulletin  du  Comité  flamand  de  France  ren- 
ferment de  nombreux  articles  sur  les  chambres  de  rhétorique  de  la 
Flandre  française,  ainsi  que  les  Archives  historiques  et  littéraires  du 
Nord  delà  France,  publiées  par  A.  Le  Roy  et  A.  Dinaux.  Il  importe 
également  de  consulter  les  excellents  travaux  de  Mr  L.  Petit  de 
Julleville  sur  l'histoire  du  théâtre  français  au  moyen-âge.  Sur  Lille, 
en  particulier,  voir  :  De  La  Fons-Mélicocq,  Les  ménestrels  de  Lille 
aux  "Xl Ve-X  VIe  siècles  (Archives  historiques  et  littéraires  du  Nord 
de  la  France,  3e  série,  t.  V,  pp.  57-67)  ;  —  G.  Jouvenel,  Lettre  au 
président  Yiglius,  touchant  les  rhétoriques  qu'on  avait  voulu  faire 
à  Lille,  2  août  1561  (Compte-rendu  des  séances  de  la  Commission 
royale  d'histoire,  3e  série,  t.  IV,  pp.  392-394)  ;  —  sur  le  théâtre  de 
Lille  au  XVIIe  siècle  :  Edm.  Vander  Straeten,  La  musique  aux  Pays- 
Bas,  t.  III,  pp.  116-118;  —  etc. 


—    491      — 

les  archives  de  Lille  ;  il  y  a  certainement  là  matière  à  une 
monographie  d'un  sérieux  intérêt.  Mr  Léon  Lefebvre  nous 
paraît  tout  désigné  pour  s'acquitter  de  cette  tâche,  lui  qui 
a  déjà  publié  plusieurs  notes  sur  le  théâtre  de  Lille  au 
XVIIIe  et  au  XIX*"  siècles  :  Tahna  dans  le  Nord;  note  sur 
sa  famille;  Véchauffourée  des  chasseurs  de  la  Vendée  (Lille, 
imp.  Lefebvre-Ducrocq,  1888;  pet.  in-8°,  IV-33  pp.  et 
3  pp»  bl.);  Le  théâtre  de  Lille  il  y  a  cent  ans  (Lille,  imp. 
Lefebvre-Ducrocq,  1889;  pet.  in-8°,  4G  pp.  et  3  pp.  bl.); 
Un  chapitre  de  Thistoire  du  théâtre  de  Lille  (Lille,  imp. 
Lefebvre-Ducrocq,  1890  ;  pet.  in-8°,  94  pp.  et  1  f.  bl:)  ; 
Souvenirs  de  théâtre  d'un  Lillois  (Lille,  imp.  Lefebvre- 
Ducrocq,  1890;  pet.  in-8°,  VIII-124  pp.  et  2  ff.  bl.).  Ce 
sont  d'utiles  contributions,  non  seulement  à  l'histoire  de 
Lille,  mais  encore  à  l'histoire  générale  de  l'art  dramatique. 
On  y  trouve,  en  effet,  des  renseignements  sur  beaucoup  d'ar- 
tistes célèbres  qui  ont  passé  par  la  capitale  de  la  Flandre 
française.  Ceux  qui  s'intéressent  à  l'histoire  du  théâtre  à 
Gand,  en  particulier,  liront  avec  plaisir  des  détails  curieux 
sur  l'exploitation  de  Mme  Denarelle,  qui  dirigea  concurrem- 
ment les  scènes  de  Gand  et  de  Lille,  à  la  fin  du  XVIIIe  siècle1. 

Mr  Lefebvre  a  trouvé  dans  le  journal  lillois,  Les  Feuilles 
des  Flandres,  un  avis  concernant  le  théâtre  de  la  confrérie 
Saint-Sébastien  ;  en  voici  la  reproduction,  d'après  la-copie 
qu'il  a  bien  voulu  m'envoyer  : 

«  Le  Serment  de  Saint-Sébastien  de  la  ville  de  Gand, 
dans  la  Flandre  autrichienne,  donne  avis  que  le  privilège 
de  la  direction  du  Théâtre  de  cette  ville,  pour  la  présente 
année  1787,  est  vacant.  On  exige  de  celui  qui  désirera 

1  V.  sur  l'incident  Pécinadé  {Le  théâtre  de  Lille  il  y  a  cent  ans, 
p.  7),  le  document  tiré  de  la  correspondance  du  Magistrat  de  Gand, 
que  j'ai  publié  dans  le  Guide  musical,  1887,  n°  37.  Le  comédien 
Henry,  dont  j'ai  donné,  au  même  endroit,  une  lettre  fort  curieuse, 
doit,  sans  doute,  être  identifié  avec  celui  qui  est  mentionné  dans  le 
même  opuscule  (p.  19). 


—    492    — 

obtenir  cette  Direction,  qui  est  très  avantageuse,  qu'il 
puisse  prouver  sa  capacité  pour  conduire  une  Troupe  et 
choisir  de  bons  sujets  qui  réunissent  les  trois  genres  :  la 
Tragédie,  la  Comédie  et  l'Opéra.  —  On  pourra  s'adresser 
personnellement  ou  par  lettre  à  M.  le  Doyen  dudit  Serment 
à  Gand.  Il  y  a  toujours  six  mois  d'abonnement  pendant 
l'hiver,  qui  commencent  dès  les  premiers  jours  d'octobre. 
Le  Directeur,  pour  cet  abonnement  qui  peut  rapporter 
3000  livres  de  France  par  mois,  est  obligé  de  donner 
12  représentations,  qui  sont  fixées  tous  les  dimanches, 
mardis  et  jeudis,  et  il  lui  est  libre  de  faire  représenter  tous 
les  samedis  par  abonnement  suspendu  qui,  joint  à  la  recette 
journalière,  rapporte  au  moins  tous  les  mois  4000  livres 
tournois.  Ces  7000  livres  de  recette  sont  assurées,  et  c'est 
le  moins  qu'on  puisse  la  fixer,  car  il  est  de  fait  notoire  qu'il 
y  a  des  Directeurs  qui  ont  fait  60,000  livres  pendant  les 
six  mois.  »  Paul  Bergmans. 


Encore  les  armoiries  de  l'Abbaye  d'Alne.  —  Dans 
la  deuxième  livraison  du  Messager  des  Sciences  historiques l 
M.  van  Spilbeeck  affirme  que  les  armes  propres  ou  locales 
de  la  ci-devant  abbaye  d'Alne  consistaient  en  une  fasce 
d'argent  avec  trois  merlettes  en  chef,  sur  fond  d'azur. 
A  l'appui  de  son  allégation,  il  invoque,  outre  une  gravure 
du  XVIe  siècle  et  un  dessin  de  1621,  le  cachet  de  Dom 
Norbert  Herset,  dernier  abbé  de  ce  monastère,  qui  fut, 
on  le  sait,  incendié,  en  1794,  par  les  troupes  de  la  Répu- 
blique, sous  la  conduite  d'un  soldat  de  fortune  qui  portait 
à  juste  titre  le  surnom  de  Charbonnier. 

Nous  avons  sous  la  main  les  éléments  nécessaires  pour 
confirmer  l'allégation  de  M.  Van  Spilbeeck.  Nous  allons 
les  faire  connaître  aux  lecteurs  du  Messager. 

>  Année  1890,  p.  121. 


-    493    - 

L'ancienne  Université  de  Lonvain  possédait  un  collège 
des  humanités  appelé  le  Collège  de  la  Sainte -Trinité 
(actuellement  le  Collège  de  MM.  les  Josephites).  Chaque 
année  les  livres  à  offrir  en  prix  aux  élèves  de  cet  établisse- 
ment étaient  donnés  par  le  chef  de  l'une  ou  l'autre  de  nos 
grandes  abbayes  ou  par  un  haut  dignitaire  ecclésiastique, 
prévôt  de  chapitre  ou  doyen  de  ville.  Le  donnateur,  qu'on 
qualifiait  de  Mécène,  venait  ordinairement  présider  la 
distribution  des  prix  qui  réunissait  les  membres  de  l'Uni- 
versité et  la  bonne  compagnie  Louvaniste,  et  qui  était 
toujours  précédée  d'une  représentation  théâtrale. 

Or,  en  1734  le  Mécène  de  Vannée  du  Collège  delà  Sainte- 
Trinité,  était  Dom  Barthélémy  Louant,  abbé  d'Aine. 
Les  livres  à  être  donnés  en  prix  furent  reliés  en  veau  aux 
armes  de  l'abbaye. 

Nous  possédons,  dans  notre  Bibliothèque  particulière, 
un  de  ces  volumes.  Il  porte  le  titre  suivant  :  Histoire 
de  la  vie  et  des  miracles  de  Jésus- Christ,  tiré  de  l'histoire 
de  l'ancien  et  du  nouveau  Testament  par  le  R.  P.  D. 
Augustin  Calmet,  abbé  de  Saint-Léopold  de  Nancy.  A 
Bruxelles,  chez  Simon  t'Serstevens,  imprimeur  près  les  RR. 
PP.  Dominicains,  1721,  in-12°. 

Sur  l'une  des  feuilles  de  garde  de  ce  volume  se  trouve 
l'inscription  suivante  : 

Ex  munificentia  Amplissimi  ac  Reverendissimi  Domini 
Bartholomsei  Louant,  celeberrimi  Monasterii  de  Alna 
Abbatis  dignissimi.  In  minori  figura  octavo  Carolo  vander 
Haert,  Lovaniensi,  in  Oymnasio  SS.  Trinitatis  Lovanii, 
hac  30  augusti  1734. 

La  reliure  porte  sur  le  plat  les  armes  de  l'abbaye  d'Aine 
frappées  en  or.  L'écusson,  de  forme  ovale,  se  trouve  dans 
un  cartouche  en  style  Louis  XV,  surmonté  d'une  mitre 
et  d'une  crosse.  C'est  une  fasce  accompagnée  en  chef  de 
trois  merlettes.  L'inscription  porte  :  Abb.  B.  M.  de  At.x  j 


—    494    — 

(Abbatia  Beatœ  Matrice,  de  Alna).  Les  émaux  ne  sont  pas 
marqués. 

Entre  la  feuille  de  garde  et  le  titre  du  livre  on  a  collé 
une  gravure  du  XVIIe  siècle,  pliée  en  quatre.  La  planche 
a  23  centimètres  de  hauteur  et  25  de  largeur.  Cette  planche 
offre  également  les  armoiries  de  l'abbaye  d'Aine.  Dans  le 
ciel  on  voit  la  Sainte-Trinité  :  à  droite  Dieu  le  père  por- 
tant le  globe,  à  gauche  Dieu  le  fils  tenant  la  croix;  au 
milieu  le  Saint-Esprit  sous  la  forme  de  la  colombe.  Une 
légende  porte  :  S.  Trinitas  Benedixit.  Les  armes  d'Aine 
occupent  en  quelque  sorte  le  centre  de  la  planche.  L'écus- 
son  se  trouve  dans  un  cartouche  du  XVIIe  siècle,  lequel 
est  orné  au  haut  comme  au  bas  d'une  tête  d'ange  ailée. 
Sur  la  tête  d'ange,  au  haut  du  cartouche,  se  trouve  une 
église  couronnée  d'une  flèche  très  élevée.  A  droite  de 
l'écusson  on  observe  saint  Landelin,  fondateur  d'Aine,  en 
habit  de  Bénédictin ,  tenant  la  main  droite  à  l'église  et 
portant  dans  la  main  gauche  la  crosse  abbatiale.  A  gauche 
on  remarque  saint  Bernard,  en  habit  de  l'ordre  de  Citeaux, 
touchant  de  la  main  gauche  la  susdite  église  et  tenant  la 
crosse  de  la  main  droite.  Une  légende  explique  la  présence 
de  ces  deux  saints  :  Has  JEdes  S.  Landelinus  fundavit,  — 
S.  Bernardus  acquisivit.  Ces  figures  ont  10  centimètres 
de  hauteur.  L'écusson  est  chargé  d'une  fasce  accompagnée 
en  chef  de  trois  merlettes.  La  devise,  qui  se  trouve  au  bas 
de  l'écusson,  est  :  Mansnete  liber  aliter. 

La  planche  est  signée  :  Michel  van  Lochutn,  fecit.  Ce 
graveur,  élève  d'Abraham  van  Meerel,  en  1613,  travailla 
à  Anvers  en  1621.  Notre  planche  fut  probablement  gravée 
pour  servir  d'entêté  et  d'illustration  d'un  poème  en  l'hon- 
neur de  l'abbé  d'Aine.  Elle  fut  exécutée  sous  la  prélature 
de  Dom  Edmond  Jouvent,  élu  le  23  février  1622,  mort  en 
octobre  1655. 

Louvain,  28  septembre  1890. 

Ed.  Van  Even. 


495    — 


CHRONIQUE. 


Tapisseries  anciennes.- —  M.  Soil,  avocat  à  Tournai,  a  publié  dans 
les  Bulletins  delà  Gilde  de  Saint-Thomas  et  Saint-Luc  (Bull.  XXII; 
des  notes  sur  de  vieilles  tapisseries  conservées  en  Allemagne,  à 
Quedlinhurg,  Halberstadt,  Rostock,  Goslar,  Brunswick  et  Ilildes- 
heim.  Ces  tapisseries  de  la  plus  haute  ancienneté,  car  elles  appar- 
tiennent au  XII0  et  au  XIII0  siècles,  sont  extrêmement  intéressantes. 
La  notice  est  accompagnée  de  quatre  planches  et  de  deux  gravures 
dans  le  texte.  Les  quatre  planches  sont  :  1°  un  fragment  de  tapisserie 
de  la  cathédrale  d'Halberstadt,  représentant  le  Christ  enseignant, 
entouré  d'archanges  et  d'apôtres  ;  2°  un  fragment  de  la  tapisserie  do 
l'histoire  d'Abraham,  encore  à  la  cathédrale  d'Halberstadt;  3"  la 
tapisserie  dite  du  philosophe,  à  la  même  église;  4°  une  tapisserie  à 
l'aiguille,  devant  d'autel,  encore  à  la  même  église. 

Nous  devons  également  à  M.  Soil  une  notice-catalogue  du  Musée 

de  peinture  et  du  Musée  archéologique  de  Tournai,  inaugurés  tous 

deux  le  14  septembre  1890,  où  les  remarques  historiques  valent  au 

moins  autant  que  la  nomenclature  des  objets  exposés. 

Emile  V. 

Jacob  van  Ruysdael  et  les  paysagistes  de  l'école  de  Harlem  ' . 
—  M.  Michel  nous  donne,  sous  ce  titre,  une  suite  intéressante  à  son 
étude  consacrée  à  Hobbema  et  les  paysagistes  de  son  temps  en  Hol- 
lande (voir  plus  haut  p.  114).  <  Des  documents  nouveaux,  dit-il,  dus 
pour  la  plupart  aux  heureuses  découvertes  faites  dans  les  archives 
par  M.  A.  Bredius,  nous  ont  permis  de  déterminer  la  filiation 
jusqu'ici  assez  embrouillée  des  membres  de  la  famille  Ruysdael,  et 

i  Emile  Michel,  Jacob  van  Ruysdael  et  les  paysagistes  de  l'école 
de  Harlem  (avec  21  gravures).  (Paris,  Librairie  de  l'Art,  petit  in- 1  », 
92  pp.) 


—    496    — 

d'établir  entre  les  divers  artistes  qu'elle  a  produits-,  des  distinctions 
qu'il  est  désormais  possible  de  justifier.  En  même  temps  des  voyages 
réitérés.entrepris  pour  visiter  la  plupart  des  musées  et  des  collections 
privées  de  l'Europe,  nous  ont  mis  à  même  de  connaître  les  principales 
œuvres  du  grand  paysagiste  ;  nous  avons  pu,  grâce  à  des  excursions 
plus  fréquentes  encore  en  Hollande,  et  à  des  séjours  prolongés  dans  . 
la  campagne  de  Harlem,  retrouver  quelques-uns  des  lieux  où  il  a 
travaillé  et  qui  lui  ont  fourni  ses  meilleures  inspirations.  »  Les 
premières  pages  sont  consacrées  à  l'école  de  Harlem  et  aux  prédé- 
cesseurs de  Ruysdael.  Parmi  ceux-ci,  Van  Goyen  arrête  le  plus 
longtemps  l'auteur,  qui  décrit  admirablement  son  talent  :  «  Le  ciel 
et  l'eau  lui  fournissent  de  précieuses  ressources  pour  exprimer  la 
poésie  propre  à  son  pays,  celle  de  l'espace  et  des  jeux  de  la  lumière 
qui  en  modifient  à  chaque  instant  les  aspects.  D'ordinaire  le  ciel 
remplit  les  trois  quarts  des  tableaux  de  Van  Goyen  et  parfois  même 
cette  proportion  est  dépassée.  Au-dessous  de  ces  grands  ciels  où  se 
meut  la  troupe  légère  des  nuages,  l'eau  des  fleuves  ou  des  canaux 
réfléchit  leurs  formes  et  leur  fait  écho...  »  C'est  principalement  dans 
les  grands  cours  d'eau  qu'excelle  Van  Goyen  et  qu'il  montre  toute 
son  originalité  ;  en  ces  sortes  de  sujets  il  est  maître,  il  n'a  point  été 
dépassé,  et  jamais  il  n'en  a  été  traité  en  meilleurs  termes  que  par 
M.  Michel. 

Jacob  Ruysdael  naquit  à  Harlem  en  1628  ou  1629,  c'est-à-dire 
trois  ou  quatre  ans  après  la  date  adoptée  jusqu'ici.  On  a,  dans  un 
acte  du  9  juin  1661,  sa  propre  déclaration  au  sujet  de  son  âge  :  il  se 
déclarait  âgé  de  32  ans.  Salomon  van  Ruysdael,  que  l'on  considérait 
autrefois  comme  son  frère  aine,  était  son  oncle  et  passe  pour  avoir 
été  son  maître.  Ses  premiers  paysages  offrent  en  général  des  motifs 
très  simples,  pris  aux  environs  de  Harlem.  Dans  la  maturité  de  son 
talent,  il  doit  avoir  visité  la  Norwège,  dont  le  peintre  Everdingen 
faisait  alors  connaître  la  beauté.  «  Sans  vouloir  égaler  à  ses  paysages 
hollandais  les  cascades  et  les  motifs  norvégiens  de  Ruysdael,  nous 
trouvons  dans  ces  tableaux,  dit  M.  Michel,  une  précision  de  détails, 
une  variété  et  un  sentiment  poétique  qui  rendent  ces  interprétations 
de  la  nature  supérieures  à  celles  qu'Everdingen  nous  a  données. 
Gomment  avec  sa  sincérité  si  scrupuleuse,  le  maître  aurait-il  ainsi 
multiplié  les  images  d'un  pays  qu'il  n'aurait  point  vu?...  Peut-être 
à  raison  du  peu  de  succès  qu'obtenaient  près  de  ses  contemporains 
ses  premiers  ouvrages,  se  décida-t-il  à  chercher  au  milieu  d'une 


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nature  plus  accidentée,  des  sujets  qui  auraient  plus  de  chance  de 
leur  plaire...  »  Malgré  son  grand  talent,  sauf  Hobbema,  il  n'eut. pas 
d'élèves.  Ses  tableaux  n